‹ Campagne de Prusse, 1806Chapitre 199 sur 412 · M. DE THIARD A L EMPEREUR · texte numérisé non relu

M. DE THIARD A L EMPEREUR

Dresde, 26 octobre 1806.

V. M. m'a fait ordonner de maintenir une exacte discipline. Cette disposition est tout à fait opposée à l'esprit de la division bavaroise. Les généraux ne parlent que de réquisitions ; les soldats n'entrent pas dans une maison sans piller. Il m'est difficile de réprimer le désordre, je ne peux opposer que des Bavarois à des Bavarois, et mes ordres sont mal exécutés; avec 15 gendarmes la police serait exactement faite. M. Schônfeld est le boute-feu; c'est lui qui excite les généraux, et il est certain que si j'étais arrivé après la division, la ville eût été pillée. Les généraux croyaient y faire leur fortune, et ma présence leur déplaît beaucoup...

•RAHDK ABMÉK.

ORDRE DU JOUR

Au quartier général impérial ù Charlottonburg, le 27 octobre 1806.

L'Empereur fait armer et mettre dans le meilleur état de défense les places d'Erfurt, Wittenberg et Spandau. L'armée est prévenue que ce n'est que dans ces places que doivent être les grands et petits dépôts des corps de l'armée, ainsi que leurs bagages inutiles, ces 3 places étant les seuls points de sûreté pendant les opérations de l'armée. On y a désigné des locaux pour servir de dépôt à chacun des 7 corps de la Grande Armée. Les ordres ont été donnés pour qu'un adjoint d'état-major commandât le dépôt de chacun des corps d'armée; les hommes légèrement blessés, fatigués ou éclopés, se dirigeront sur Spandau.

S. M. réitère l'ordre qu'elle a déjà donné que les régiments au lieu de traîner avec eux leurs caisses, leurs bagages et leurs gros papiers, les laissent aux dépôts ; il en sera de même pour les officiers généraux.

Tous les hommes venant joindre l'armée soit isolément, soit par petits détachements, se dirigeront sur les dépôts de Spandau, et jamais sur Berlin; ils se feront inscrire chez l'adjoint commandant le dépôt de leur corps d'armée ; celui-ci en rendra compte au commandant de la place qui en adressera tous les jours l'état au Major général.

Tous les effets d'habillement et autres qui arriveront à l'armée, se dirigeront sur ces dépôts d'où ils ne rejoindront leur corps que par l'ordre du Major général. Il y aura dans la place un adjudant commandant sous les ordres du commandant d'armes chargé d'inspecter tous les dépôts et de correspondre plus particulièrement avec le Major général. Tous les magasins, tant de l'artillerie que de l'administration, soit vivres, soit habillement, soit hôpitaux, seront établis à Spandau. L'intention de l'Empereur n'est point d'assujettir ses manœuvres à la défense et à la conservation de Berlin ; mais Spandau sera toujours en sûreté.

M*1 Alex. Berthier.

19e BULLETIN DE LA GRANDE ARMEE.

Churlottenburg, 27 octobre 1806.

L'Empereur, parti de Potsdam aujourd'hui1 à midi, a été visiter la forteresse de Spandau. Il a donné ses ordres au général de division Chasseloup, commandant le génie de l'armée, sur les améliorations à faire aux fortifications de cette place. C'est un ouvrage superbe; les magasins sont magnifiques. On a trouvé à Spandau des farines, des grains, de l'avoine pour nourrir l'armée pendant 2 mois, des munitions de guerre pour doubler l'approvisionnement de l'artillerie. Cette forteresse, située sur la Sprée, à 2 lieues de Berlin, est une acquisition inestimable. Dans nos mains elle soutiendra 2 mois de tranchée ouverte. Si les Prussiens ne l'ont pas défendue, c'est que le commandant n'avait pas reçu d'ordre, et que les Français y sont arrivés en même temps que la nouvelle de la bataille perdue. Les batteries n'étaient pas faites et la place était désarmée.

Pour donner une idée de l'extrême confusion qui règne dans cette monarchie, il suffit de dire que la Reine, à son retour de ses ridicules et tristes voyages d'Erfurt et de

i Le 26.

Weimar, a passé la nuit à Berlin sans voir personne ; qu'on a été longtemps sans avoir de nouvelles du Roi -, que personne n'a pourvu à la sûreté de la capitale, et que les bourgeois ont été obligés de se réunir pour former un gouvernement provisoire.

L'indignation est à son comble contre les auteurs de la guerre. Le manifeste, que Ton appelle à Berlin un indécent libelle où aucun grief n'a été articulé, a soulevé la nation contre son auteur, misérable scribe, nommé Gentz, un de ces hommes sans honneur qui se vendent pour de l'argent.

Tout le monde avoue que la Reine est l'auteur des maux que souffre la nation prussienne. On entend dire partout: « Elle était si bonne, si douce, il y a un an ; mais depuis cette « fatale entrevue avec l'empereur Alexandre, combien elle a « changé! >

Il n'y a eu aucun ordre donné dans les palais, de manière qu'on a trouvé à Potsdam l'épée du grand Frédéric, la ceinture de général qu'il portait à la guerre de Sept ans et son cordon de l'Aigle Noir. L'Empereur s'est saisi de ces trophées avec empressement et a dit : « J'aime mieux cela que vingt « millions. » Puis, pensant un moment à qui il confierait ce précieux dépôt : c Je les enverrai, dit-il, à mes vieux soldats « de la guerre de Hanovre, j'en ferai présent au gouverneur « des Invalides ; cela restera à l'Hôtel. >

On a trouvé dans l'appartement qu'occupait la Reine, à Potsdam, 1er portrait de l'empereur de Russie dont ce prince lui avait fait présent. On a trouvé à Charlottenburg sa correspondance avec le Roi pendant 3 ans , et des mémoires rédigés par des écrivains anglais pour prouver qu'on ne devait tenir aucun compte des traités conclus avec l'empereur Napoléon, mais se tourner tout à fait du côté de la Russie. Ces pièces surtout sont des pièces historiques; elles démontreraient, si cela avait besoin d'une démonstration, combien sont malheureux les princes qui laissent prendre aux femmes de l'influence sur les affaires politiques. Les notes, les rapports, les papiers d'État, étaient musqués et se trouvaient mêlés avec des chiffons et d'autres objets de la toilette de la Reine.

Cette princesse avait exalté les têtes de toutes les femmes de Berlin ; mais aujourd'hui elles ont bien changé. Les premiers fuyards ont été mal reçus ; on leur a rappelé avec ironie le jour où ils aiguisaient leurs sabres sur les places de Berlin, voulant tout tuer et tout pourfendre.

Le général Sayary, envoyé avec un détachement de cavalerie à la recherche de l'ennemi, mande que le prince de Hohenlohe, obligé de quitter Magdeburg, se trouvait le 25 entre Rathenow et Ruppin, se retirant sur Stettin.

Le maréchal Lannes était déjà à Zehdenick ; il est probable que les débris de ce corps ne parviendront pas à se sauver sans être de nouveau entamés.

Le corps bavarois doit être entré ce matin à Dresde ; on n'en a pas encore de nouvelles.

Le prince Louis-Ferdinand, qui a été tué dans la première affaire de la campagne, est appelé publiquement à Berlin le petit duc d'Orléans. Ce jeune homme abusait de la bonté du Roi au point de l'insulter. C'erft lui qui, à la tête d'une troupe de jeunes officiers, se porta pendant une nuit à la maison de M. deHaugwitz, lorsque ce ministre revint de Paris, et cassa ses fenêtres. On ne sait si l'on doit le plus s'étonner de tant d'audace ou de tant de faiblesse.

Une grande partie de ce qui a été dirigé de Berlin sur Magdeburg et sur l'Oder a été intercepté par la cavalerie légère. On a déjà arrêté plus de 60 bateaux chargés d'effets d'habillement, de farine et d'artillerie. Il y a des régiments de hussards qui ont plus de 500,000 francs. On a rendu compte qu'ils achetaient de l'or pour de l'argent à cinquante pour cent de perte.

Le château de Charlottenburg, où loge l'Empereur, est situé à une lieue de Berlin sur la Sprée.

20e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

Charlottenburg, 27 octobre 1806.

Si les événements militaires n'ont plus l'intérêt de l'incertitude du dénouement, ils ont toujours l'intérêt des combi-

naisons, des marches et des manœuvres '. L'infatigable grandduc de Berg se trouvait à Zehdenick le 26, à 3 heures après midi, avec la brigade de cavalerie légère du général Lasal le, et les divisions de dragons des généraux Beaumont et Grouchy étaient en marche pour arriver sur ce point.

La brigade du général Lasalle contint, l'ennemi, qui lui montra près de 6,000 hommes de cavalerie. C'était toute la cavalerie de l'armée prussienne, qui, ayant abandonné Magdeburg, formait Tavant-garde du corps du prince de Hohenlohe qui se dirigeait sur Stettin. A 4 heures après midi les 2 divisions de dragons étant arrivées, la brigade du général Lasalle chargea l'ennemi avec cette singulière intrépidité qui a caractérisé les hussards et les chasseurs français dans cette campagne. La ligne de l'ennemi, quoique triple, fut rompue, l'ennemi poursuivi dans le village de Zehdenick et culbuté dans les défilés. Le régiment des dragons de la Reine voulut se reformer; mais les dragons de la division Grouchy se présentèrent, chargèrent l'ennemi et en firent un horrible carnage. De ces 6,000 hommes de cavalerie, partie a été culbuté dans les marais, 300 hommes sont restés sur le champ de bataille, 700 ont été pris avec leurs chevaux : le colonel du régiment de la Reine et un grand nombre d'officiers sont de ce nombre. L'étendard de ce régiment a été pris. Le corps du maréchal Lannes est en pleine marche pour soutenir la cavalerie. Les cuirassiers se portent en colonnes sur sa droite, et un autre corps d'armée se porte sur Gransee. Nous arriverons à Stettin avant cette armée, qui, attaquée dans sa marche en flanc, est déjà débordée par sa tête. Démoralisée comme elle l'est, on a lieu d'espérer que rien n'en échappera, et que toute la partie de l'armée prussienne qui a inutilement perdu 2 jours à Magdeburg pour se rallier n'arrivera pas sur l'Oder.

Ce combat de cavalerie de Zehdenick a son intérêt comme fait militaire ; de part et d'autre, il n'y avait pas d'infanterie ; mais la cavalerie prussienne est si loin de la nôtre,

l. C'est aussi l'intérêt de l'étude de l'histoire des guerres.

que les événements de la campagne ont prouvé qu'elle ne pouvait tenir vis-à-vis de forces moindres de la moitié.

Un adjoint de l'état-major, arrêté par un parti ennemi, du côté de la Thuringe , lorsqu'il portait des ordres au maréchal Mortier, a été conduit à Ktistrin, et y a vu le Roi. Il rapporte qu'au delà de l'Oder il n'est arrivé que très peu de fuyards. Soit à Stettin, soit à Ktistrin, il n'a presque point vu de troupes d'infanterie.

l'empereub au général songis.

Charlottenburg, 86 octobre 1806.

Mon intention est d'armer le fort et la ville de Spandau ; envoyez-y un général de brigade d'artillerie pour y organiser le service, et qu'avant demain, à 9 heures du matin, il y ait une compagnie entière d'artillerie de 100 hommes, une escouade d'ouvriers, un chef de brigade ou de bataillon d'artillerie, un officier en résidence, un garde-magasin général, un artificier. Le général de brigade y restera jusqu'à ce que le service soit parfaitement monté.

Toutes les poudres qui se trouvent à Berlin et dans tous les pays entre la Sprée et l'Oder, seront sans délai transportées à Spandau, ainsi que les plombs et tous les matériaux pour faire des cartouches à balle et à boulet ; également tous les matériaux propres aux travaux de l'arsenal. Je vous le répète, je ne veux rien à Berlin. Les transports de Berlin à Spandau seront très-faciles puisqu'il y a la Sprée1.

1. LE oéràRAL BONOIB AU GBNBBAL BBNABlfOKT, COMMANDANT i/aBTIU,BRIB A BBRLIM.

Berlin, 87 octobre 1806.

L'intention de l'Empereur, M. le Général, est que toute l'artillerie qui se trouve à Berlin ou dans les magasins des environs soit transportée à Spandau dans l'espace de 6 jours. Veuillez bien prendre vos mesures pour remplir autant que possible ses intentions. Il faut à cet effet que vous fassiez mettre sur-le-champ en réquisition une cinquantaine de bateaux, que vous les fassiez disposer de manière que Ton puisse embarquer à la fois dans 4 ou 5 endroits les plus à portée possible des magasins. Il faut demander au commandant de la place qu'il vous fasse fournir journellement, jusqu'à ce que cette opération soit terminée, 50 voitures attelées de 4 chevaux et 100 travailleurs militaires ou bourgeois pour transporter les poudres, autant pour le transport des fers

On choisira à Spandau des souterrains pour qu'ils puissent contenir un million de poudre et des emplacements pour contenir 4 à 5 millions de cartouches ; on établira une salle d'artifice, je n'en veux que là, un arsenal de construction, et on organisera tout ce que j'ai ordonné pour Erfurt et Wittenberg. Erfurt, Wittenberg et Spandau, voilà mes trois places de dépôts. Quelle que soit celle de ces places où je me dirige, j'y dois trouver poudre, pierres à feu, fusils, cartouches à balle et à boulet, moyens de rechange et de réparations nécessaires après une bataille gagnée ou perdue. On doit constamment considérer le reste du pays comme pouvant être occupé d'un moment à l'autre par la cavalerie ou les colonnes ennemies1. Ainsi l'artillerie à Spandau doit être considérée sous deux points de vue : artillerie nécessaire à la défense de la place, artillerie et munitions de guerre de toute espèce, de dépôt, pour réparer les consommations et les pertes. Il faut donc que, dans 3 jours, si cette place était cernée, l'artillerie y fût en mesure pour se défendre ; que, pour cela, les plates-formes fussent établies ; que le bois soit déjà coupé pour faire des saucissons et des gabions ; enfin que la citadelle et la place soient armées. 11 faut qu'avant 6 jours tout ce que j'ai à Berlin, qui peut m'être nécessaire, comme munitions, pièces de rechange, artillerie de campagne, se trouve emmagasiné dans le fort de Spandau. Je vous ai déjà ordonné de faire revenir tout ce que vous aviez en arrière, à Augsburg, Ulm, Wtirzburg, Kronach, non pas

coulés, 30 voitures ot 60 travailleurs pour le transport des fusils, autant pour le Iran sport du plomb et enfin un certain nombre do triqueballes ou chariots pour le transport des bouches à feu s'il ne s'en trouve pas suffisamment à l'arsenal comme je le crains. Vous ferez travailler en môme temps à ces différents transports, mais vous accélérerez principalement celui des poudres, des fusils, du plomb et des bouches à feu qui sont de service et ont des affûts.

S'il y a quelque canal à portée de la fabrique de poudre, il faudra y faire mener les bateaux, ce qui facilitera beaucoup les transports.

Le général Songis demandait en même temps le 27 au Major général que les chevaux de l'artillerie attachés à l'infanterie fussent employés pour les transports de l'artillerie de Berlin sur Spandau.

î. Il faut avoir toujours présent à l'esprit qu'au moment où l'Empereur donna ses ordres pour l'organisation de Spandan, il n'était pas encore maître de l'Oder.

en matériel, car je crois que vous en avez ici plus qu'il ne vous faut, mais en personnel ; enfin en tout ce qui vous est nécessaire. Répartissez ces moyens sur Erfurt, Wittenberg et Spandau.

l'empereur au général chasseloup.

Charlottenburg, 87 octobre 1806.

Erfurt, Wittenberg et Spandau, voilà les trois places qu'il faut mettre en état. J'ai déjà fait connaître mes intentions sur Wittenberg. Voici ce que j'entends qu'il soit fait pour Spandau. Il faut que, dans 3 jours d'ici, il y ait des ponts-levis, ou du moins des ponts sur chevalets, à toutes les portes de la ville ; que toutes les maisons qui* sont sur la muraille qui ferme la place du côté de la rivière soient abattues; que deux ou trois points soient choisis sur cette rivière pour 3 petites flèches palissadée6 qui flanquent les murs et contiennent du canon pour s'opposer à une surprise par des bateaux ; que toutes les demi-lunes soient palissadées, et que l'on travaille à creuser les fossés de manière à donner plus d'escarpe aux talus et rendre l'escalade plus difficile. Le projet général que vous me remettrez me fera connaître s'il convient d'approfondir tous ces fossés ou de chercher leur défense dans les manœuvres d'eau. Mon intention est qu'on travaille à fraiser toute la place, à palissader tous les chemins couverts, et à établir une grosse palissade au milieu de tous les fossés ; car les eaux, dans la saison où nous allons entrer, peuvent disparaître par la gelée, et comme la Sprée n'est point rapide, la place ne pourra se trouver à l'abri d'un coup de main qu'en mettant en bon état, le mur qui ferme la place du côté de la rivière et les trois flèches ci-dessus ordonnées. Je donne l'ordre à l'artillerie de construire sur-lechamp les batteries. Les terres que vous retirerez de la cunette ordonnée dans les fossés serviront à relever d'autant les parapets.

Toutes les maisons qui masquent la citadelle seront abat-

tues dans l'espace de trois jours ; les moulins seuls resteront, mais se trouveront par là très-isolés.

11 sera aussi établi pour le canon de campagne, ou au moins pour les hommes à pied, une communication entre la citadelle et la place, le long de l'estacade qui existe ; il est même nécessaire que le passage qu'on y établira, soit en sacs à terre ou en gros morceaux de bois, soit à l'abri de la mitraille. Cette première défense est indispensable, mais ne sera pas suffisante. On travaillera donc à palissader sur les démolitions ordonnées, sur lesquelles on fera un tracé qu'on palissadera. Ces deux moyens me paraissent suffisants sous le feu de la citadelle, dans le cas où le lac disparaîtrait par une forte gelée; car, sans cette circonstance-, la première défense serait suffisante.

Vous désignerez sans délai, dans l'intérieur du fort, remplacement pour les fours nécessaires à la confection de 60,000 rations de pain par jour. Vous désignerez les souterrains capables de contenir un million de poudre et 4 millions de cartouches, un emplacement où Ton puisse établir un hôpital pour 1,200 blessés. Vous désignerez dans la ville 7 locaux pour les dépôts des 7 corps de la Grande Armée, devant chacun contenir 200 hommes convalescents de chacun des corps d'armée. Vous aiderez l'artillerie à relever les parapets des bastions par de bons épaulements en gabions ou saucissons.

Mon intention est qu'avant 8 ou 10 jours tout ce que je viens de prescrire soit terminé.

J'attends le rapport que vous me ferez pour adopter un plus grand plan relativement au système des eaux, et à un système de redoutes qui embrasserait le local et qui ferait que 8 à 10,000 hommes puissent résister à toute une armée, en supposant les eaux non gelées.

Par toutes ces flèches et redoutes, je n'entends point de simples redoutes de campagne auxquelles je n'accorde aucune confiance, mais de bonnes redoutes revêtues en bois, ayant aussi des contrescarpes en bois. Il est prouvé qu'une pièce de bois de 8 pouces de diamètre n'est point brisée par un obus ni un coup de canon. La manière de les placer, en con-

ciliant l'économie du temps avec la grande solidité, est absolument du ressort des officiers du génie. Si leurs idées ne sont point assises, il sera peut-être convenable que, dans les différentes redoutes, ils essaient de différentes méthodes. Vous ne manquerez point de renfermer dans la citadelle une grande quantité de bois, de manière que la garnison, en cas d'attaque, ait le moyen de se blinder rapidement le long des talus intérieurs. On pourrait même, sous ces blindages, mettre à couvert la farine et autres objets qui ne seraient plus en sûreté dans le magasin.

Il est convenable qu'il y ait au moins 4 officiers du génie chargés de cette place, dont un chargé du détail, et un commandant le génie, seront destinés à défendre Spandau. Vous soumettrez à ma signature Tordre qui les placera dans Spandau, afin que, sous aucun prétexte, même celui de maladie, ils ne puissent sortir de la place. Le commandant doit avoir au moins le grade de colonel.

LE MAJOE GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL NANSOUTY

Charlottenburg, 27 octobre 1806, 4 heures du matin.

L'intention de l'Empereur, Général, est que votre division de cavalerie reste en repos pendant la journée d'aujourd'hui.

LE MAJOR GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL d'hAUTPOUL.

Charlottenburg, 27 octobre I8u6, 4 heures du matin.

Il est ordonné au général d'Hautpoul de prendre du pain pour 4 jours et de partir sur-le-champ pour tâcher d'être rendu ce soir 27 à Liebenwald l ; aussitôt son arrivée, il enverra prendre les ordres du grand-duc de Berg qui est à Zehdenick8.

Le général d'Hautpoul peut laisser un capitaine et 100

i. De Weissenaee à Liebenwald, 89 kil.

*. Il eût été plus exact de dire • qui a couché le 26 à Zehdenlck ». camp, os pauMB. — u. 16

cuirassiers environ, composés des chevaux les plus fatigués ; par ce moyen, ces chevaux pourront se remettre à Berlin tandis qu'ils crèveraient dans la course rapide que va faire le général d'Hautpoul.

Quant aux cuirassiers à pied, aux petits dépôts et aux bagages inutiles, il doit tout envoyer à Spandau qui est une place forte à l'abri de tout événement.

LE MAJOR GENERAL AU MARECHAL AUGEREAU

Cbarlottenburg, 27 octobre 1806, 4 heures et demie du matin.

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous fassiez «partir le 20e de chasseurs avec le général Durosnel pour marcher à grandes journées pour couper la communication du canal de navigation à Neustadt-Eberswald, et si cela est possible à Oderberg1 ; après cela, et les postes placés sur ces points, il faut arrêter et faire revenir tous les bateaux sur Spandau 5 on présume que l'on fera des prises très -considérables et peut-être même le trésor de la cour parti de Berlin8.

Vous ferez partir aussi le 7e de chasseurs pour garder le pont de Neubrlick ; il laissera 25 hommes à ce pont pour être en communication avec vous, et le colonel, avec le régiment, se dirigera sur Kremmen et Ruppin8 pour ramasser tous les ennemis fuyant isolément, charger sur leurs bagages, le grand-duc de Berg avec 6,000 hommes de cavalerie, soutenu des corps des maréchaux Lannes et Bernadotte, ayant débordé l'ennemi à la hauteur de Zehdenick, et le prince de Hohenlohe avec les débris de son armée se trouvant étendu et éparpillé sur toute la route depuis Rathenow, Fehrbellin, Alt-Ruppin et Rheinsberg.

Le colonel du 7e de chasseurs enverra à Fehrbellin pour

1. De Berlin à Rernau, 20 kil. ; — de Bernau à Eberswald, 24 kil. ; — d'Ëberswald à Oderberg, 16 kil.

Page 1