LE MARECHAL LANNES AU GRAND-DUC DE BERG
Paeewalk, si octobre 1806.
Monseigneur, je reçois Tordre du jour concernant la prise du corps du prince Hohenlohe ; le 5e corps verra avec la plus vive peine qu'il n'est pas fait mention de lui dans cet ordre du jour.
J'avais fait part de la prise de cette colonne à S. M. I. et je ne lui avais pas parlé de mon corps d'armée croyant que V. A. lui rendrait justice dans son rapport. J'avais seulement dit à S. M. que V. A. I. avait fait la plus belle charge qu'on ait jamais vue. Sans doute que les grandes occupations de V. A. lui ont fait oublier que j'étais à ses côtés, que j'avais mon avant-garde avec moi et que je lui avais moi-même amené le chef d'état-major du prince Hohenlohe qui m'avait demandé à se rendre.
Que V. A. me permette encore de lui dire ce que j'ai fait pour la mettre à même de poursuivre l'ennemi. V. A. I. me fit dire le 26 qu'elle était à Zehdenick et me fit prier de faire suivre l'infanterie afin de se porter elle-même en avant. J'é-
i. Voir au Si octobre la lettre du maréchal Laones à l'Empereur et la réponse de l'Empereur du 1er novembre.
ta?s alors avec mon corps d'armée à Oranienburg; j'en partis le même jour 26 à 10 heures du soir et j'arrivai le lendemain au soir 27 à Templin où je trouvai la division de dragons du général Beaumont».
A mon arrivée à Templin, j'eus l'honneur d'écrire à V. A. que je pensais qu'elle se dirigeait avec toute sa cavalerie sur Prenzlow, Pasewalk et Ukermunde, et que j'allais faire marcher la division Suchet sur les mêmes points pour la soutenir et me mettre moi-même à la poursuite de l'ennemi avec la division Gazan et toute la cavalerie légère du 5e corps d'armée. A peine aviez-vous reçu ma lettre que F adjudantcommandant Girard2 vint m'annoncer de votre part que le général Milhaud s'était emparé du pont de Boitzenburg et qu'il ne pourrait nous échapper personne de l'ennemi. Il me demanda de votre part de marcher sur ce point avec mon infanterie : j'eus l'honneur de faire dire à V. A. par le même adjudant-commandant que, quoique arrivé à 7 heures du soir venant d'Oranienburg sans m'arrêter, je partirais à 10 heures etquejeseraisle28, 2 heures avant le jour, à Boitzenburg*. J'arrivai effectivement à 4 heures du matin au quartier général de V. A. et j'eus l'honneur de lui dire que mes troupes étaient devant Boitzenburg et que les avant-postes ennemis, qui n'étaient qu'à 200 pas, nous avait tiré quelques coups de fusil.
1. L'état d'emplacement de la réserve de cavalerie porte cette division comme ayant couché à Herzfeldle 27. D'un autre côté, 1 régiment de la 3e brigade avait été envoyé de Templin en reconnaissance sur Lychen, voir p. 4 H, avec ordre de revenir sur ses pas s'il rencontrait l'ennemi et de rendre compte au Grand-duc et au maréchal Lannes à Templin. Ce régiment ayant fait 29 kil. pour venir de Falkonthal à Templin et 32 kil. pour aller à Lychen et on revenir, dut passer la nuit à Templin où l'autre régiment de la brigade et probablement aussi le général Beaumont et la 2e brigade étaient restés. Le général Beaumont partit pout-êtro pour Horzfold avec ses 2 premières brigades lorsqu'il vit Templin occupé par l'avant-garde du maréchal Lannes.
2. Le Grand- duc croit nécessaire d'envoyer pour cotte mission verbale importante le sous-chof d'état-major do la réserve de cavalerie.
3. L'avant-garde partit le 27 à il heures du soir pour se rendre à Boitzenburg. Los divisions Suchet et Gazan sont parties de Zehdenick le 27 à il h. du soir pour se rendre à Templin et de là à Prenzlow on passant par Closterwald, Kuhz et Hasleben. (État d'emplacdmonl du 5e corps.) — Parc, le 27 à Zehdenick.
V. A. I. se rappellera aussi que je lui dis ne pas croire que rennemi tînt à Boitzenburg : V. A. nie répondit qu'elle pensait, d'après ce qu'elle avait vu la veille, que l'ennemi voudrait se battre là. J'eus l'honneur de lui observer que je ne le croyais pas et que j'étais sûr qu'il n'y aurait pas un seul homme au point du jour, que nous n'avions pas un seul instant à perdre pour nous porter sur Prenzlow et j'en sentais tellement la nécessité que j'ordonnais aux divisions Suchet et Gazan de presser la marche et de se rendre sur ce point par le chemin le plus direct. V. A. me répondit qu'elle croyait prudent d'attendre le jour pour opérer ce mouvement : elle envoya son chef d'état-major pour sommer l'ennemi, mais il ne trouva personne, tout ayant filé pendant la nuit sur Prenzlow1.
Que V. A. ne pense pas qu'en mon particulier je sois fâché de ce qu'on n'ait rien dit du 5' corps d'armée, si je n'eusse reçu l'ordre du jour qui fait mention de toutes les troupes sans parler des miennes : je ne puis bonnement communiquer cet ordre au 5e corps d'armée ; les généraux et les régiments qui le composent en ressentiraient trop de chagrin.
Mais je veux cependant que S. M. I. connaisse la conduite de mes troupes dans cette circonstance et sache que je me trouverai heureux quand elle sera convaincue que je ne me bats que pour sa gloire et qu'il n'y a pas de sacrifice que je ne fasse pour la vôtre.
5e corps : le 26 marche de 24 kil. de Spandau à Oranienburg ;
L'avant-garde, 3,000 hommes d'infanterie légère, repart à 10 h. du soir après un repos de 7 à 8 heures et arrive le 27 à 9 heures du matin à Zehdenick, ayant mis 11 heures dont 6 de nuit pour faire 28 kil. ; il est probable que le maréchal Lannes fit faire un repos vers 4 ou 5 heures du matin à Falkenthal ;
Les divisions Suchet et Gazan partent à la pointe du jour, c'est-àdire vers 5 heures du matin, et arrivent vers midi à Zehdenick ;
L'avant-garde repart de Zehdenick probablement vers 2 heures de
l. Le prince de Hohenlohe fila par Schônermark, puis se rabattit sur Prenzlow. Voir son rapport à la suite du 24» bulletin, 31 octobre.
l'après-midi, après un repos de 5 heures pour manger, et arrive vers 7 heures du soir à Templin, marche de 20 kil. ; elle quitte Templin à 11 heures du soir après un repos de 3 heures pour manger et est à 4 heures du matin à Boitzenburg, marche de nuit de 17 kil. ;
Enfin elle se remet en marche presque immédiatement, probablement vers 5 heures, et arrive devant Prenzlow à 9 heures, marche de 16 kil.
Les divisions quittent Zehdenick de nuit et se dirigent par Templin et Hasleben sur Prenzlow qu'elles atteignent dans la journée (marche de 52 kil.).
Ainsi l'avant -garde, composée, il est vrai, de troupes d'élite, le 17e d'infanterie légère, tous les voltigeurs du corps d'armée et 6 pièces de canon, avait fait, sans s'arrêter, au moins 105 kil. en 50 heures ; elle avait fait 3 longs repos, le premier de 8 heures, le second de 5 heures, le troisième de 4 heures et avait terminé par une marche de 33 kil. dont 17 kil. parcourus la nuit.
Le corps d'armée avait fait 104 kil. environ en 60 heures, du 26 à 7 heures du matin au 28 à 6 heures du soir, mais il avait couché le 26 à Oranienburg.
Les marches de nuit avaient été favorisées par le clair de lune.
Il faut ajouter que les marches avaient été d'autant plus pénibles que le 5e corps traversait un pays extrêmement misérable et venait après 6,000 cavaliers, et qu'il ne pouvait pas être question d'augmenter la ration puisqu'on trouvait à peine de quoi faire les distributions.
Des faits analogues se passèrent au l*r corps.