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GÉNÉRAL SAVARY

LE MARÉCHAL SOULT A L'EMPEREUR

Tangermùnde, 27 oclobre 1806, 8 heures du matin.

Le 24 de ce mois, j'ai eu l'honneur de rendre compte à V. M. des motifs qui me déterminaient à porter le corps d'armée sur Tangermtinde; j'attends avec la plus vive impatience que V. M. ait daigné approuver ce mouvement et qu'elle l'ait trouvé aussi utile à ses armes qu'il me l'a paru.

Les rapports qui m'avaient été faits sur la marche du duc de Weimar se sont pleinement justifiés à mon arrivée à Tangermtinde : avant-hier à 10 heures du soir mon avant-garde, en

approchant de cette ville, a rencontré la tête d'une colonne ennemie qui faisait son mouvement de retraite sur Arneburg1 et, depuis 2 heures seulement, avait fait descendre les moyens de passage qu'il avait à Tangermtinde jusqu'à hauteur de Sandau et de Werben. L'arrière-garde de cette colonne dont le centre était à Stendal, était vivement harcelée par la cavalerie légère du corps d'armée sur la route de Gardelegen à Stendal *. Le duc de Weimar commandait cette réunion de troupes et il avait sous lui le duc de Brunswick- Heltz et 4 autres généraux.

La colonne se composait de 10,000 hommes d'infanterie et 1,500 chevaux que le duc de Weimar avait retirés d'Erfurt sur Langensalza et Heiligenstadt, etc. ; en passant à Brunswick cette colonne avait été jointe par 3 régiments de hussards (Kôller, Goestz et Rudolff) et 3 bataillons francs 80usla conduite du général Kôller venant du Hanovre ; ainsi la totalité des troupes que le duc avait avec lui, pouvait se monter à 17,000 ou 18,000 hommes dont 3,000 à cheval et 30 canons.

J'ai fait une marche forcée de 12 lieues pour le joindre et le forcer à combattre ; j'étais même parvenu à atteindre son arrière-garde et la tête de colonne qu'il avait montrée à Tangermtinde, mais, excepté quelques centaines de prisonniers qu'on a faits, et quelques équipages qu'on a pris, je n'ai pu obtenir d'autres résultats ; l'ennemi a fui sans cesse du moment que les premières troupes de V. M. se sont présentées, et jamais on ne l'a pu engager dans un combat; enfin l'ayant poursuivi avec la cavalerie jusqu'au-dessous de Sandau (en gardant la rive gauche), et voyant que sur tous les points où il pouvait jeter sur la rive opposée une partie de son monde, il le faisait, et qu'ainsi en diminuant ses forces il m'eût entraîné bien au delà du but que je devais me proposer, en me faisant bientôt courir après une ombre, j'ai arrêté l'infanterie à Stendal et à Tangermtinde et la cavalerie à

i. De Tangermùnde à Arneburg, 15 kil. ; — d'Arneburg à hauteur de Sandau, 12 kil. ; — de ce point à Werben, 16 kil. *. De Tangermùnde à Stendal, 10 kil. ; — do Stendal à Werben, 30 kil.

hauteur de Sandau, d'où aujourd'hui elle pousse des partis jusqu'à Werben, Seehausen etOsterburg, pour éclairer cette partie, et m'assurer si toute la cavalerie ennemie a effectué son passage de l'Elbe, ou s'il en reste de ce côté; dans ce cas, pour la faire descendre encore davantage.

Je regrette infiniment que le mouvement que j'ai fait faire au corps d'armée n'ait pas produit des résultats plus avantageux, mais pour en obtenir il eût fallu que l'ennemi qui d'abord se dirigeait sur Magdeburg et paraissait vouloir forcer le passage, et ensuite sur Tangenntinde où il voulait aussi passer, eût eu envie de combattre, ou qu'il perdît quelques heures dans sa marche pour l'y obliger. Sa fuite précipitée m'a déçu de l'espoir que j'avais de lui enlever la plus forte partie de son monde.

Aujourd'hui je fais toutes les dispositions nécessaires pour passer l'Elbe à Tangenntinde, et demain je compte avoir la tête de la colonne vers Rathenow. J'attendrai ensuite d'avoir reçu les ordres de V. M. pour aller plus avant et prendre la direction qu'il lui plaira de me donner.

Sire, j'éprouve le besoin que V. M. daigne me faire témoigner que dans le mouvement que j'ai fait faire au corps d'armée sur Tangermtinde, je ne me suis pas écarté de ses vues, et que je suis resté dans l'esprit de ses dispositions, même que j'y serai encore en passant l'Elbe sur ce point et en prenant ma direction sur Rathenow. Dans ces mouvements je n'ai vu que l'utilité de ses armes, et le zèle que je porte à son service m'a fait aller au-devant des succès que j'espérais obtenir.

LE GÉNÉRAL COMPAN8 AU MAJOR GÉNÉRAL

Tangermunde, 27 octobre 1806.

J'ai l'honneur d'adresser à V. A. les états de situation du corps d'armée aux époques des 15, 20 et 25 du courant. Le retard qu'a éprouvé l'envoi de ceux du 15 et du 20 a été causé par la rapidité des marches, l'éloignement et la dissémination de la cavalerie légère depuis la bataille du 14 jusqu'à ce jour. Ces circonstances doivent

servir d'excuse à l'adjudant-commandant Beurmann, le seul du corps d'armée qui ait mis du retard dans renvoi de ses états. Je prie V* A. d'être bien convaincue qu'en mon particulier je n'ai rien négligé pour m'acquitter plus exactement envers elle et que dans toutes les occasions je mettrai tout mon zèle à lui prouver mon exactitude.

LE MARÉCHAL SOULT AU MAJOR GÉNÉRAL

Tangermûnde, 27 octobre 1806.

V. A. aura remarqué sur les états de situation qui lui ont été adressés que dans la 4e division de dragons il n'y avait qu'un général de brigade et que pour la cavalerie légère du corps d'armée il s'en trouvait deux.

Un seul général de brigade étant suffisant pour commander la cavalerie légère et le général Guyot étant très-propre à ce service, j'ai l'honneur de prier V. A, de vouloir bien prendre les ordres de l'Empereur pour que je sois autorisé à faire passer le général Margaron dans la 4e division de dragons, qui pour ce service est également très-propre1.

LE MARÉCHAL SOULT AU GÉNÉRAL 8AHUO

Tangermûnde, 27 octobre 1806.

Je vous préviens que je donne ordre à la division de cavalerie légère de se rapprocher de Tangermtinde ; ainsi il ne restera en avant

1. La demande du maréchal Soult est motivée par la lenteur du général Margaron à effectuer son mouvement sur Neuhaldenslebon. Au lieu de se porter sur ce point le 24 à la fin de la journée comme il en avait reçu Tordre à deux reprises, le général Margaron, sous le prétexte d'attendre ses reconnaissances de Helmstâdt, passa la uuit du 24 au 25 à Ërxlebcn et ne se mit en marche pour Neuhaldensleben que le 25 à la pointe du jour. Ce retard du commandant de la cavalerie à suivre l'ennemi et à le harceler, permit à la colonne du duc de Weimar de le gagner de vitesse et de lui échapper. — Le général Guyot avait plus d'activité et plus do compréhension de la guerre que n'en avait le général Margaron. C'était à lui que le maréchal Soult confiait toutes les opérations qui demandaient de l'intelligence et de l'uclivité. Mais lorsque les 4 régiments du corps d'armée se trouvaient réunis, c'était le général Margaron qui, comme le plus ancien, en prenait le commandement et qui par suite dirigeait la division.

de celle que vous commandez que quelques partis que j'avais chargé le général Margaron d'envoyer pour éclairer le pays; vous vous garderez en conséquence.

Demain je ferai aussi rapprocher votre division de Tangermiinde afin que le jour même ou le lendemain elle effectue son passage.

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