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D'Oranienburg à Badingen, 30 kil.; — à Bergsdorf, 22 kil

LE GÉNÉRAL SAVABY A L'EMPEREUR

Fehrbellin, 27 octobre 1806, midi.

J'ai eu l'honneur de vous adresser ce matin à 2 heures un rapport. Il est midi et il me reste à vous rendre compte de tout ce que j'ai appris depuis, La patrouille qui est venue dans la nuit à mon petit avant-poste, était bien une patrouille prussienne du régiment d'Usedom ; un hussard de cette patrouille qui est déserté à la pointe du jour, m'a fait le rapport suivant :

L'arrière-garde a passé toute la nuit à Neu-Ruppin ; elle était composée de quelques régiments d'infanterie avec 6 pièces d'artillerie et 2 obusiers, d'un régiment de dragons, de 2 régiments de hussards de Rudorff et d'Usedom; cette cavalerie légère, forte environ de 1,200 chevaux, n'a été séparée de moi toute la nuit que par le marais dont ils occupaient les villages riverains depuis Neu-Ruppin jusqu'à Fehrbellin. Le général Usedom était lui-même dans un de ces villages dont le déserteur n'a pu me dire le nom. Le général Larisch commandait l'infanterie qui était à Neu- Ruppin. Le déserteur m'a appris qu'aussitôt qu'ils avaient su que les Français étaient arrivés à Fehrbellin au nombre de 800 et qu'ils avaient fait raccommoder le pont, son officier l'avait envoyé près de son colonel pour lui en donner avis et lui demander s'il fallait se retirer et que l'ordre du général avait été que puisque nous n'étions que 800 il ne fallait pas se retirer si vite. (J'avais commandé ici du fourrage et du pain pour 800 hommes qui devaient arriver dans la nuit.) Ce même hussard avait été chargé de porter cet ordre au régiment de Rudorff, mais en arrivant dans son cantonnement il l'avait trouvé parti et que c'est alors qu'il a déserté. Il ajoute que ce régiment de Rudorff est presque détruit, mais que le sien est encore de 800 hommes dont les trois quarts sont Polonais et ne demandent qu'à s'en aller. Voilà le rapport du hussard déserteur. Quelques déserteurs d'infanterie ajoutent qu'ils sont en marche continuelle depuis 14 jours dans le

plus mauvais état, que beaucoup de régiments n'ont plus que la force d'un demi-bataillon et que leurs officiers, qui faisaient les rodomonts il y a quelque temps, cherchent maintenant à soutenir le courage de leurs soldats en disant aux traînards de faire tous leurs efforts pour rejoindre à Stettin. Des députés des magistrats de la ville de Neu-Ruppin viennent de m'arriver. Ils m'apprennent que les premières troupesprussiennes ont commencé à passer samedi dernier1, que le prince de Hohenlohe a quitté Neu-Ruppin hier matin, que depuis samedi dernier jusqu'aujourd'hui ils ont vu passer beaucoup de troupes sans pouvoir en dire le nombre ; qu'elles se sont toutes dirigées sur Stettin et que ce matin , à 4 heures, toute cette arrière-garde était partie de Neu-Ruppin et devait coucher ce soir à Zehdenick ; qu'au moment où ils sont partis de Neu-Ruppin pour venir me trouver ils avaient encore laissé dans la ville beaucoup de bagages qui défilaient escortés par de petites troupes de hussards ; mais ils n'ont pas vu passer la cavalerie du général Usedom qui cependant aurait dû défiler presque en plein jour. Ils m'observent bien qu'il y a un chemin en dehors de la ville par lequel elle aurait pu passer, mais il serait possible qu'elle fût restée dans quelque village voisin pour se retirer à la nuit.

Le pays d'ici àNeu-Ruppin se trouvant être, immédiatement après le marais, une vaste et large plaine stérile, j'attendrai la chute du jour pour essayer de m'y rendre et de prendre encore quelques traînards. Si j'avais eu 600 bons chevaux au lieu de 100, j'aurais mis un bien grand désordre dans cette arrière-garde vers les 2 heures du matin et il n'est nul doute que je n'en aurais eu quelques lambeaux.

Le rapport que j'ai eu l'honneur d'adresser ce matin à V. M. à 2 heures, s'est trouvé confirmé par une découverte que j'ai fait faire avant le jour et qui a rencontré l'ennemi à une petite demi-lieue d'ici.

Je n'ai point reçu de nouveaux ordres de V. M. depuis le retour de mon aide de camp Custine. Si d'ici à la nuit je

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n'ai point d'autres ordres, après être entré à Neu-Ruppin s'il est possible, je reviendrai par ma droite à Liebenwald, où je trouverai probablement les postes du grand-duc de Berg ou du maréchal Bernadotte.

Je prends la liberté de réitérer à V. M. tous mes regrets de n'avoir pas eu de 500 à 600 chevaux pour faire cette nuit une échauffourée de tous ces bagages et troupes en désordre. Je ne me serais arrêté qu'au jour.

Je fais un rapport au grand-duc de Berg et au maréchal Bernadotte qui m'a écrit cette nuit la lettre ci-jointe.

La députatioû de Neu-Ruppin me dit que la population s'élève à 2,000 âmes.

RAPPORT DE LA RECONNAISSANCE DU GÉNÉRAL SAVART DEPUIS LE 27 A MIDI JUSQU'A MINUIT.

Après avoir reçu la députation des magistrats de Ruppin et avoir acquis la certitude que l'arrière-garde commandée par le général Usedom commençait sa retraite, je me suis mis en marche de Fehrbellin avec 1 20 dragons et je suis arrivé à la nuit à demi-lieue de Ruppin où j'ai rencontré un poste prussien ' ; il s'est engagé une escarmouche dans laquelle cette garde a été poussée à travers la ville jusqu'à environ une portée de canon au delà ; un feu de tirailleurs a succédé à cette charge et a duré jusqu'à 10 heures du soir.

J'interrogeai les habitants pendant ce temps-là, et j'appris que les équipages et la cavalerie du corps de Hohenlohe avaient eu une affaire à Zehdenick la veille, et que le corps du général Larisch qui était parti de Ruppin le 27 à 10 heures avait encore pris le chemin de Lindow, mais qu'ils croyaient que la cavalerie du général Usedom, forte de 1,000 à 1,200 chevaux environ et dont j'attaquais l'arrière -garde, n'aurait pas pris ce chemin-là, mais bien celui de Wittstock, qui était le second grand chemin à gauche en sortant de la ville. Pas

l. De FehrbelliD à Ruppin, la kil.

un ne voulut s'y laisser conduire, et je fus obligé d'aller le tâter moi-même.

Je fis alors rentrer tous mes tirailleurs et après avoir formé 4 échelons de mes 120 chevaux, je marchai franchement sur les Prussiens sans chercher à leur faire prendre une autre direction que celle qu'ils voudraient prendre ; je les menai ainsi pendant 500 ou 600 toises et je les laissai près de leurs escadrons sur le grand chemin de Wittstock.

Le pays étant une vaste et immense plaine et la ville de Ruppin trop grande elle-même, je n'ai pu m'y établir d'une manière à être averti promptement. — D'ailleurs mon détachement était si harassé que j'ai pris le parti, après avoir passé 2 heures au bivouac dans la plaine, de rentrer à Fehrbellin.

Les dragons n'avaient plus de cartouches. (Ils n'en avaient reçu que chacun 10 à Bamberg et plus depuis.)

Ce matin à midi j'ai rencontré 80 chevaux du 7e de chasseurs qui allaient à Ruppin. Je leur ai donné avis de ce que je savais.

J'ai renvoyé le détachement de dragons à sa division par Oranienburg, avec ses chevaux en mauvais état, et je suis rentré à Berlin.

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