‹ Campagne de Prusse, 1806Chapitre 219 sur 412 · DiCRKT · texte numérisé non relu

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Camp impérial de Berlin, 28 octobre 1806.

Article 1er. — Le prince de Hatzfeld, qui s'est présenté à la lôte de la députation de Berlin, comme chargé du gouvernement civil de cette capitale, et qui, nonobstant ce titre et les devoirs qui y étaient attachés, a profité des connaissances que sa place lui donnait sur la situation de l'armée française pour en faire part à l'ennemi, sera traduit devant une commission militaire, pour y être jugé comme traître et espion.

Le maréchal Oavout est chargé de l'oxécution de cet ordre.

Art. 2. — La commission militaire sera composée de 7 colonels du corps du maréchal Davout, où il sera jugé.

Art. s. — Le Major général est chargé de l'exécution du présent décret.

Napoléos.

fille avaient été interceptées : « Napoléon, disaient ces lettres, « ne veut pas faire la guerre ; il faut la lui faire. » — « Non, « dit Sa Majesté à M. de Neale, je ne veux pas la guerre ; « non pas que je me méfie de ma puissance, comme vous le « pensez, mais parce que le sang de mon peuple m'est pré- « cieux, et que mon premier devoir est de ne le répanc dre que pour sa sûreté et son honneur. Mais ce bon peuple « de Berlin est victime de la guerre, tandis que ceux qui c l'ont attirée se sont sauvés. Je rendrai cette noblesse de « cour si petite, qu'elle sera obligée de mendier son pain. »

En faisant connaître ses intentions au corps municipal : c J'entends, dit l'Empereur, qu'on ne casse les fenêtres de c personne. Mon frère le roi de Prusse a cessé d'être roi le c jour où il n'a pas fait pendre le prince Louis-Ferdinand, « lorsqu'il a été assez osé pour aller casser les fenêtres de ses c ministres. »

Aujourd'hui 28 l'Empereur est monté à cheval pour passer en revue le corps du maréchal Davout ; demain Sa Majesté passera en revue le corps du maréchal Augereau.

Le grand-duc de Berg et les maréchaux Lannes et prince de Ponte-Corvo sont à la poursuite du prince deHohenlohe. Après le brillant combat de cavalerie de Zehdenick, le grandduc de Berg s'est porté à Templin ; il y a trouvé les vivres et le dîner préparés pour les généraux et les troupes prussiennes. A Gransee, le prince de Hohenlohe a changé de route et s'est dirigé sur Fttrstenberg. Il est probable qu'il sera coupé de l'Oder et qu'il sera enveloppé et pris.

Le duc de Weimar est dans une position semblable vis-àvis du maréchal Soult.Ce duc a montré l'intention de passer l'Elbe à Tangermtinde pour gagner l'Oder. Le 25 le maréchal Soult l'a prévenu. S'il est joint, pas un homme n'échappera ; s'il parvient à passer, il tombe dans les mains du grand-duc de Berg et des maréchaux Lannes et prince de Ponte-Corvo. Une partie de nos troupes borde l'Oder. Le roi de Prusse a passé la Vistule.

M. le comte de Zastrow a été présenté à l'Empereur le 27, à Charlottenburg, et lui a remis une lettre du roi de Prusse.

CAMP. D» PBU88B. If. *9

Au moment même l'Empereur reçoit un aide de camp du prince Eugène qui lui annonce une victoire remportée sur les Russes en Albanie.

LE MAJOR GÉNÉRAL AU GRAND-DUC DE BERG

Berlin, S8 octobre 1806.

S. M., mon Prince, a vu avec le plus grand plaisir la manière brillante avec laquelle vous avez écrasé les 15 escadrons de cavalerie ennemie ; mais elle aurait désiré que vous ayez eu le reste en les poursuivant directement.

Il n'y a à la suite du corps du prince Hohenlohe que V. A., les maréchaux Lannes et Bernadotte ; il faut, d'après les renseignements que vous aurez, mon Prince, donner un débouché particulier au maréchal Bernadotte ; ce serait une force perdue s'il suivait le maréchal Lannes ; le corps de ce maréchal et le vôtre sont assez imposants sur une même direction *.

Quant au maréchal Soult, il n'est pas à la poursuite du corps du prince de Hohenlohe ; il pourchasse le corps du duc de Weimar ; Dieu sait où il pourra l'atteindre ; dans tous les cas, si le corps du duc de Weimar passait l'Elbe, il tomberait dans vos mains; du reste, mon Prince, l'intention de l'Empereur est que vous poursuiviez l'ennemi partout jusqu'à ce que vous l'atteigniez, même jusqu'à Stralsund, si cela est nécessaire ; mais dans ce cas l'Empereur demande que vous lui renvoyiez la division de cuirassiers du général d'Hautpoul.

Si dans vos prises vous avez des chevaux de reste, dirigezles sur Potsdam où il y a des dragons à pied qu'on s'occupe d'organiser.

l. Quoique cette dépêche semble être non pas l'expédition littérale d'un ordre écrit de l'Empereur mais bien la reproduction d'ordres verbaux donnés par lui au Major général, toutes les expressions sont celles dont l'Empereur s'est servi.

l'empereur au grand-duc de berg.

Berlin, 28 octobre 1806, midi.

Le Major général a dû vous écrire pour vous faire connaître mes intentions. Le Maréchal Soult est entre l'Elbe et la colonne du duc de Weimar. Son intention est d'abord de l'empêcher de passer l'Elbe ; si elle parvient à le passer, il la poursuivra et la mettra entre vous et lui. Suivez Hohenlohe partout. Si vous pouvez l'empêcher de passer l'Oder, cela sera heureux. S'il le passe, passez-le après lui. Faire du mal h l'ennemi, c'est le grand objet. Si vous étiez obligé de le poursuivre du côté de Stralsund, renvoyez-moi les cuirassiers. Il suffira que vous les envoyiez à mi-chemin entre vous et Berlin ; je leur enverrai des ordres selon les circonstances. J'ai fait hier mon entrée à Berlin ; elle a été belle. Vous avez les corps des maréchaux Lannes et Bernadotte ; c'est tout ce qu'il vous faut. Dirigez-les sur 2 directions parallèles, de manière qu'elles se trouvent à 3 ou 4 lieues au plus de distance l'une de l'autre. J'attends de vos nouvelles avec la plus grande curiosité.

Ainsi dans l'état où se trouve l'ennemi, mettre les corps d'armée en ligne pour hâter la poursuite ; les diriger sur 2 directions parallèles qui se trouvent à 3 ou 4 lieues au plus de distance, de façon qu'ils puissent se soutenir au besoin en 3 ou 4 heures de temps. — C'est l'intervalle entre les débouchés des colonnes d'armée.

L'EMPEREUR AU MARÉCHAL LANNES

Berlin, S8 octobre 1806, midi.

J'ai reçu votre lettre1. Je vois avec plaisir l'activité que vous mettez dans tous vos mouvements. Poussez le prince de Hohenlohe.

1. Lettre de Zehdeoick, s 7, 9 heures du matin. Voir page 12 ».

Le maréchal Soult a la colonne du duc de Weimar entre l'Elbe et lui. J'espère qu'il ne pourra pas s'échapper avec ses 10 ou 12,000 hommes, et qu'ils tomberont dans les défilés de Soult. Dans des marches forcées, le parti qu'il faut prendre est de former tous les jours, des traîneurs, une arrière-garde de 400 hommes avec lesquels vous laisserez un bon officier d'état-major1, qui sera chargé de la faire rejoindre. Par ce moyen, on empêchera qu'il ne se commette des désordres, et que les soldats ne fatiguent trop.

l'empereur au maréchal bernadotte.

Berlin, 28 octobre 1806, midi.

Je reçois votre lettre. Concertez-vous avec le grand-duc de Berg pour la direction à donner à vos mouvements. Ce que vous faites contre le prince de Hohenlohe, le maréchal Soult le fait contre le duc de Weimar au delà de l'Elbe. Point de repos qu'on n'ait vu le dernier homme de cette armée.

Le 7* corps d'armée fut passé en revue par l'Empereur le 28.

LB GÉNÉRAL AME Y AU MÀBÉOHÀL AUGBBBAU.

Neubrùck, 28 octobre 1806.

J'ai l'honneur d'informer V. Exe. que le détachement du 7e de chasseurs à cheval vient d'arriver à l'instant (midi) à Neubriick. Un guide l'avait conduit à Havelhausen * et l'avait égaré.

Un officier du 16e de dragons passe dans ce moment à Neubrùck conduisant 700 à 800 prisonniers prussiens faits à Zehdenick le 26 au soir parle prince Murât. Ces prisonniers sont dirigés sur Spandau par la rive droite de la Havel.

Il se confirme toujours que le général Hohenlohe gagne Stettin et que ses bagages le précèdent.

1. Pour cela il faut eu avoir de reste. — Le maréchal Bernadotte et le maréchal Soult laissèrent en arriére leurs hommes fatigués sous le commandement de chefs de bataillon d'infanterie. On trouvera plus loin le détail de celte organisation.

2. Pont de la route de Berlin à Oranienburg, à il kll. en amont de Neubrùck.

__Un garçon charpentier, venant de Kustrin, a passé hier soir à Hennigsdorf en avant de Neubriick. Il doit avoir dit à son hôte qu'il avait va l'armée russe à KUstrin. J'ai appris cette nouvelle au hasard en interrogeant mon hôte sur les nouvelles du temps.

Y. Exe. saura le degré de confiance à apporter à une nouvelle aussi vague, mais j'ai cru bien faire d'avoir l'honneur de l'en informer, ainsi que de tout ce que je pourrai apprendre sur la situation et la position de l'ennemi.

LE GÉNÉRAL DUBOBNEL AU MARÉCHAL AUGEBBAU.

Neustadt-Eberswald, 38 octobre 1806.

Conformément aux instructions qui m'ont été transmises par votre ordre par M. le général chef de l'état-major1, je me suis rendu ici en toute hâte avec le 20* de chasseurs *. Le 7e de chasseurs s'est dirigé sur Neubrtlck, Kremmen, etc., et le commandant se conformera aux instructions que j'ai reçu l'ordre de lui remettre. J'ai envoyé la compagnie d'artillerie légère à la lre division.

Arrivé ici hier au soir à 9 heures, j'ai trouvé le pont-écluse sur le canal coupé. Je l'ai fait rétablir aussitôt et j'ai de suite envoyé un parti de 25 chevaux à Oderberg, qui y a pris position pendant la nuit sans empêchement3. Un parti de hussards ennemis en était parti à 4 heures de l'après-midi ; pareil parti avait quitté Neustadt à midi et tous les deux se sont retirés sur la route de Stettin, sur laquelle j'ai envoyé une reconnaissance aussitôt mon arrivée ici, qui m'a rapporté qu'une colonne de ces hussards y a défilé hier au soir.

• Après avoir ordonné ces premières dispositions militaires J'ai fait capturer sur le canal 5 bateaux chargés d'armes, d'habillements, de draps, de grains, etc., suivant l'état sommaire que j'ai l'honneur d'adresser à Y. Exe. 4. Je me suis informé si le trésor de la cour était passé et

1. La signature du chef d'état-major a la môme valeur que celle du général dont il transmet les ordres. V. Iéna, page 31».

s. Voir Tordre du Major général du 87, page 402.

S. Le travail des reconnaissances se poursuit la nuit. On en a des preuves constantes pendant tout le cours de la campagne.

4. Le 87, Parquin était à la distribution à Berlin. Tout le monde y vaquait à ses affaires.... c Je remplaçais, dit-il, l'adjudant Mozére, qui m'avait confié « les bons, et j'allais être servi au magasin, lorsqu'une ordonnance arriva « porteur d'une lettre pour l'adjudant. Je rompis le cachet : c'était l'ordre dj ■ no recevoir aucune distribution, de déchirer les bons et de rejoindre au i plus vile le corps avec les fourriers, le régiment étant en route pour Neu- « stadt.... » Parquin fait monter son détachement à cheval, fait prévenir l'adjudant à l'hôtel de l'Aigle noir où il' est allé dîner, et rentre au pas. Biais au

j'ai appris avec beaucoup de regrets qu'il Tétait depuis plusieursjours. Je fais partir à l'instant ces 5 bateaux sous l'escorte d'un détachement de 25 hommes commandé par un officier auquel j'ai remis une instruction détaillée pour leur conduite sur Spandau jusqu'à ce qu'il puisse faire relever son détachement par d'autres troupes françaises (car il faut 8 jours pour leur route d'ici à Spandau) desquelles il prendra une décharge en règle, après avoir remis au commandant de cette troupe l'état sommaire qui est ci-joint, et auquel j'ai ajouté la lettre de chargement. Cet officier, dans son trajet, doit faire probablement d'autres captures, et son instruction lui indique de suivre la même méthode et de les faire rétrograder aussi sur Spandau avec le convoi qu'il escorte.

Dès hier au soir j'ai envoyé à la découverte sur le canal dans la direction de Liebenwald pour faire capturer tous les bateaux pour le compte de l'ennemi. Cette patrouille n'est pas encore rentrée.

A Oderberg on n'a point trouvé de bateaux. Je viens d'y envoyer un escadron commandé par un officier supérieur. Je lui ai donné l'ordre de faire longer le canal jusqu'à l'Oder pour bien s'assurer des captures qui seraient à faire. Il a aussi celui de faire faire des reconnaissances sur la rive gaucho de l'Oder, et de s'informer de la position et de la force de l'ennemi dans cette partie.

Je viens encore de faire partir un parti de 25 chevaux avec ordre de se porter à au moins 5 lieues d'ici sur la route de Stettin ' pour prendre connaissance des mouvements de l'ennemi. L'officier qui le commande a Tordre de faire reconnaître aussi la rive gauche de l'Oder.

lieu d'anéantir les bons, il les échange contre 100 frédérics d'or que luidonne le juif fournisseur, imitant l'exemple de l'adjudant du 7e de chasseurs» Lorsque l'adjudant rejoint le détachement, Parquin lui rend compte qu'il a

échangé les bons contre 50 frédérics qu'il lui donne, c Nous arrivâmes,

« continue-t-il, le lendemain à Neustadt ; le régiment avait déjà pris position « et il avait bivouaqué en dehors de la ville. Un canal latéral à l'Oder qui c flanquait la gauche de notre bivouac était encombré de bateaux contenant c des denrées de toutes sortes, provenant visiblement de Berlin dont Neustadt c n'est éloigné que de 14 lieues. Les chasseurs avaient saisi sur ces bâtiments c des feuillettes de vin de Bordeaux, des tonneaux de sucre et des caisses de c citrons. Tous ces comestibles en un instant firent 1* ornement du bivouac. a Je me rappelle qu'on n'y faisait pas 100 pas sans rencontrer une feuillette c de vin de Bordeaux défoncée par un bout, dans laquelle on avait jeté 4 ou t 6 pains de sucre avoc des citrons. Un chasseur, un gros bâton à la main, c mélangeait le tout dans la barrique, de façon à procurer une fort bonne boisa son, ma foi. Notre régiment était seul sur ce point.... » 8 Jours au bivouac devant Neustadt. Beaucoup de bateaux disparaissent un à un ; puis la veille du départ, ce qui restait de bateaux sur le canal disparut tout à coup ; le-

bruit courut que 60,000 francs avaient été le prix du laisser-passer La

régiment regorgeait de frédérics.

l. Angermûnde, € lieues au nord d'Eberswald sur la route de Stettin.

J'aurai soin de vous informer de tout ce qui pourra parvenir à ma connaissance.

P. -5. — Les habitants ne savent absolument rien sur la position de leurs troupes. C'est peine perdue que de les questionner ; ils ignorent le désastre de l'armée du prince de Hohenlohe.

LE GÉNÉBÀL MILHAUD AU GRÀWD-DUC DE BERO.

Boitzonburg, 18 octobre 1806.

On attendait positivement au château du comte de Hernen le prince Hohenlohe et sa suite ; mais on m'a assuré qu'aucun général n'avait paru hier dans ce château parce qu'on s'était occupé de faire filer les colonnes sur Prenzlow : on vient m'assurer de nouveau que 18,000 hommes d'infanterie et 36 pièces de canon avaient passé moitié sur la route de Boitzenburg à Prenzlow, moitié dans les champs entre la rivière et le grand chemin.

J'ai l'honneur d'adresser à V. A. I. plusieurs lettres adressées à Potsdam et ailleurs trouvées à Boitzenburg -, j'ignore- si elles sont intéressantes.

LE GRAND-DUC DE BEBG A L EMPEREUR

Prenzlow, 88 octobre 1806.

Sire, les ordres de V. M. sont exécutés. Le prince de Hohenlohe est en mon pouvoir ainsi que son corps d'armée. Comme je l'avais prévu ', il avait manœuvré par ma gauche, et s'était porté sur Prenzlow après avoir marché toute la nuit. Me doutant du mouvement j'avais ordonné au général Lasalle de se rendre dans la nuit à Prenzlow, les 2 têtes de colonne sont arrivées ensemble à cette ville ; les hussards ont dû faire les honneurs et laisser passer la colonne prussienne.

 6 heures du matin j'étais en marche avec toute la cavalerie pour appuyer le général Lasalle. Le général Milhaud suivait l'ennemi avec le 136 de chasseurs et le 9e de dragons; j'étais à deux heures de Prenzlow * lorsque le général Lasalle

1. Voir page 4*3, la lettre du 91 du maréchal Larmes au Grand-duc. ». De Boitzenburg à Prenzlow, 18 kil.

m'a fait prévenir du mouvement de l'ennemi et de sa position ; j'ai hâté ma marche et dès 9 heures je découvrais la marche de l'armée prussienne. J'ai ordonné au général Lasalle d'arriver sur le faubourg et d'attaquer. Je le faisais soutenir par 6 bouches à feu et par la division Grouchy et par 3 régiments de la division Beaumont. Le général Beaumont, mon aide de camp, a eu ordre de passer le pont au village de Gollmitz avec une brigade de dragons de la division Beaumont pour aller menacer et attaquer les derrières et le flanc de l'ennemi. Pendant ce temps un parti reconnaissait si Ton pouvait se porter par ma droite de Zolchow sur Seelibbe afin de tourner la ville.

L'attaque a commencé; la canonnade s'est engagée de part et d'autre d'une manière très-vive; l'artillerie de V. M. a fait taire le feu de l'artillerie ennemie et Ta forcée de se retirer de position en position1; nous étions arrivés auprès du

1 Le S8 octobre à la journée de Prenzlow, l'artillerie de la 8« division

de dragons commandée par le capitaine Churlaud, ayant par son feu jeté le désordre dans une colonne onnomie qui cherchait à se retirer dans la ville, donna à la cavalerie française le moyen de charger cette colonne, de la culbuter et d'entrer dans la ville, où Ton prit 8 pièces d'artillerie dont plusieurs se trouvèrent démontées. Au delà de la ville un bataillon carré de Prussiens commandé par le prince Auguste arrêtant le mouvement do la cavalerie, le capitaine Churlaud s'y porta avec sa batterie et fit canonner à mitraille le bataillon carré, qu'il força d'abord à un mouvement rétrograde et enfin à mettre bas les armes. Dans cette affaire les maréchaux-des-logis Lacère et Georges, le brigadier Henner et le canonnier Docq ont mérité d'être cités par le capitaine Churlaud. Le canonnier Docq, déjà blessé dans la campagne précédente à Auslerlitz d'une manière assez grave, parait devoir être particulièrement distingué.

L'artillerie de la 8e division de dragons, commandée par le lieutenant Dejobert, a été pour la même affaire nommée avec éloge à l'ordre de l'armée. Je regrette de n'avoir pas reçu do cet officier un rapport particulier qui me mette à même de vous faire connaître nominativement les sous-officiers et soldats de cette demi-batterie qui se sont distingués en cette occasion.

L'artillerie de la i" division de dragons ne s'est pas trouvée dans le cas de faire fou pendant le cours de la campagne.

Le parc a suivi le corps des réserves d'aussi près que le prescrivaient les ordres qu'il a reçus. Le directeur mérite des éloges, taut pour la manière dont il a organisé son propre service que pour l'attention qu'il met à se tenir toujours en mesure de satisfaire aux besoins des divisions actives et d'assurer ainsi le service général de l'artillerie du corps d'armée.

S'il me parvient de nouveaux rapports sur les opérations de l'artillerie dans la campagne dernière, je m'empresserai, mon Général, de vous les faire parvenir. J'aurai également l'honneur de vous faire connaître les per es en

faubourg ; voyant que la colonne était sur le point de m'échapper, j'ai fait passer à un gué la brigade du général Boussard et j'ai ordonné au général Grouchy de charger à sa tête sur les ennemis, ce qu'il a exécuté avec une intrépidité inconcevable ; il a culbuté l'infanterie, la cavalerie, a pris 18 pièces de canon, et allait entrer pêle-mêle dans la ville avec les Prussiens, lorsque l'on a fermé les portes ; tout ce qui se trouvait de ce côté a été pris. J'ai fait venir du canon, et envoyé le général Belliard pour sommer le prince Hohenlohe. Pendant ce temps les dragons ont enfoncé la porte de Stettin et allaient déboucher sur l'ennemi lorsque ce Prince a consenti à déposer les armes.

Les officiers sont prisonniers de guerre, conservent leur épée et leurs bagages et peuvent retourner chez eux jusqu'à l'échange; les troupes ont déposé les armes, sont prisonnières de guerre et renvoyées en France. 16,000 hommes d'infanterie et 6 régiments de cavalerie ont défilé devant la cavalerie de V. M. Sire, je serais embarrassé si je devais faire l'éloge particulier de quelques-uns. Tout le monde a fait son devoir; j'aurai cependant l'honneur de faire connaître à V. M. les noms de ceux qui ont pris les drapeaux et se sont le plus particulièrement distingués.

Par les charges de la brigade Boussard, le prince Auguste de Prusse s'est trouvé coupé et a gagné par sa gauche des hauteurs qui lui offraient une position avantageuse. Le général de division Beaumont a eu ordre de le suivre et de tourner la ville ; mais mon aide de camp Beaumont qui avait vu son mouvement, s'était porté sur lui ; il a été joint par le général

hommes et en chevaux, ainsi que les consommations qui ont eu lieu dans le cours de la môme campagne dés que les commandants de l'artillerie des divisions m'auront fourni les matériaux que je leur ai fait demander pour ce travail. (Rapport du général Ruty au général Songis, du 23 janvier 1807.)

25 janvier. — J'ai également remarqué dans la correspondance du général Lamartiniére que le commandant de la 8e division de dragons se loue singulièrement de la conduite du capitaine Churiaud et met beaucoup d'intérêt à ce que cet officier soit compris dans le nombre de ceux qui seront proposés pour la Légion d'honneur. J'ai entendu faire généralement l'éloge de la conduite à la guerre de cet officier que Je ne connais pas personnellement. (Général Ruty au général Songis.)

Beaumont ; on a chargé plusieurs fois, l'ennemi a été chassé de ses positions, culbuté dans un marais et forcé de se rendre.

Sire, 16,000 hommes d'infanterie, 6 régiments de cavalerie, 60 pièces de canon, 60 drapeaux, les princes Auguste- Ferdinand, Hohenlohe, Tauenzien, et plusieurs autres officiers généraux sont le résultat de cette brillante journée. Je désire, Sire, avoir rempli les intentions de V. M. et l'avoir convaincue de mon amour et de mon zèle pour son service.

Le général Lasalle marche sur LOcknitz où il couchera ce soir pour couper la retraite au général Blttcher ; le général Milhaud se porte sur Pasewalk ; demain je serai sur Stettin.

L'adjudant-commandant Girard, Sire, est chargé de vous remettre mon rapport et de conduire à V. M. le prince Ferdinand ; j'ai déjà demandé pour lui à V. M. le grade de général de brigade ; j'ai l'honneur de renouveler aujourd'hui ma demande ; c'est un bon officier dont j'ai été très-content la campagne dernière, et dans celle-ci j'ai encore beaucoup à me louer de son zèle et de son activité.

LE eÉNÉBAL OBOUCHY AU QBAND-DUO DE BEBG.

Baumgarten, 28 octobre 1806.

La division que je commande s'étant portée de Wichmansdorf sur Prenzlow, j'ai découvert des hauteurs qui dominent cette ville le corps d'armée du prince Hohenlohe qui, suivant sur mon flanc gauche une route presque parallèle à celle sur laquelle j'étais, se hâtait d'arriver à la ville et de la traverser avant que nous ne nous en fussions emparés. Faisant en conséquence arriver au grand trot mes 3 brigades, je les ai déployées en échelons à portée de canon de Prenzlow, conformément aux intentions de V. À. I., pour pouvoir couper, en chargeant la colonne du prince de Hohenlohe, tout ce qui ne serait point entré dans la ville, et par un effort simultané et audacieux, essayer d'y pénétrer en même temps que celles des troupes ennemies qui seraient en mesure de s'y retirer. Pour faire prendre le change à l'ennemi, j'ai ouvert un feu d'artillerie très-vif sur la tête du faubourg qui se trouvait en face de ma droite et que M. de Hohenlohe avait garnie d'infanterie et de canon. Il était naturel qu'il imaginât que nous essayerions d'arriver par

cette principale avenue, et qu'il crût la marche de sa colonne couverte par un marais qui la séparait du point où nous étions. Mais il existait un passage praticable à travers ce marais, et à la tête de ma 3e brigade je me suis hâté de déboucher sur l'ennemi par ce défilé. Le charger, couper sa colonne et en disperser une partie a été l'affaire d'un instant. Cependant les escadrons prussiens les plus à proximité du faubourg, flanqués d'un corps d'infanterie qui garnissait les vergers à gauche de la route, nous attendaient de pied ferme et se formaient en bataille sur mon flanc et sur mes derrières. Dans une position aussi délicate je me suis à l'instant porté par un mouvement de flanc en face des escadrons ennemis dont nous n'étions qu'à 40 pas et qui, au lieu de fournir la charge, l'ont reçue. Le 22e régiment, soutenu du 13e, les a enfoncés malgré un feu croisé des plus meurtriers de l'infanterie qui les protégeait. Rien n'a pu résister à l'impétuosité de mes braves dragons. La cavalerie ennemie culbutée sur son infanterie a été rejetée dans la principale rue du faubourg de la ville, et le 22e, se précipitant sur elle malgré les bouches à feu qui enfilaient et balayaient cette avenue, l'a taillée en pièces. L'artillerie a été prise, les canonnière sabrés et l'ennemi poursuivi jusque dans la ville dont j'ai fait enfoncer les portes à coups do hache par nos sapeurs, sous le feu même des Prussiens. Tout ce qui se trouvait de troupes dans le faubourg a mis bas les armes ; un officier général, plusieurs drapeaux et étendards, 8 pièces de canon et leurs caissons sont tombés en notre pouvoir.

Profitant de la terreur qu'un tel succès inspirait à l'ennemi, j'ai à l'instant fait sommer M. le prince de Hohenlohe de se rendre ; il est entré en pourparlers, et bientôt Y. A. I. lui a imposé les lois de la guerre.

La conduite de la division et notamment de la 3e brigade mérite les plus grands éloges ; tous et chacun ont fait glorieusement leurs devoirs ; mais je dois surtout vous désigner, Monseigneur, le général Boussard dont l'intrépidité si connue s'est montrée dans tout son éclat. Les colonels Larocho et Carrié se sont parfaitement conduits, ainsi que le chef d'escadron Boyer qui a pénétré le premier dans la ville. Mon aide de camp Monaco avec une poignée de dragons a fait mettre bas les armes à un bataillon entier ; mes autres aides de camp ont, comme dans les journées précédentes, parfaitement secondé mes vues, et particulièrement le sous-lieutenant Carbonel, du 13e régiment, qui a fait preuve d'intelligence autant que de valeur et qui, plus tard, chargé par V. A. I. d'une mission près du général Beaumont, somma 3 fois, au milieu d'une grêle de coups de fusil, le prince Auguste de se rendre et le conduisit à V. A. ; enfin une foule de traits de la plus haute valeur honorent cette journée.

Je dois encore ajouter qu'à peine maître du faubourg, j'ai envoyé

2 escadrons du 1 3e de dragons à la poursuite des troupes prussiennes que la rapidité de notre mouvement sur Prenzlow avait empêchées d'entrer en ville. Ce sont ces troupes que V. A. I. a fait poursuivre par la division Beaumont et qui, commandées par le prince Auguste, ont mis bas les armes dans la soirée.

Note du général Grouchy. — La division Grouchy, précédée des hussards de Lasalle et suivie de la division Beaumont, marchait sur Prenzlow lorsque, des hauteurs qui dominent la ville, on découvrit la colonne ennemie qui se hâtait d'y entrer. L'artillerie de la division, portée rapidement sur sa droite, entama une canonnade qui mit du désordre dans la cavalerie prussienne et lui fit faire un mouvement rétrograde. Les hussards tiraillaient sur la colonne, dont l'artillerie ne cessait de lancer des boulets et des obus sur la division Grouchy, formée sur 3 lignes. 11 fallait nécessairement couper la colonne ennemie ou se résoudre à la suivre pour l'attaquer au delà de la ville. Le général préféra le premier parti, et, se mettant à la tête de sa 3e brigade, la porta rapidement sur la droite des Prussiens, et, malgré leur feu et l'extrême difficulté du terrain, parvint à les couper.

Étonnée d'un mouvement aussi rapide, l'arrière- garde, commandée par le prince Auguste, se retira en désordre et abandonna le reste du . corps d'Hohenlohe. Mais au moment où le générai se disposait à charger ce corps, une partie de la cavalerie prussienne qui était masquée par un mouvement de terrain, se trouva en bataille sur notre flanc droit et nos derrières et se disposait à nous charger. Elle était soutenue par 2 bataillons qui, faisant équerre avec elle, la protégeait par un feu croisé des plus meurtriers, au milieu duquel se trouvait le général et son état-major.

L'artillerie soutenait également ce mouvement qui avait pour but de dégager la queue de la colonne d'Hohenlohe, en nous faisant faire un mouvement rétrograde, ce qui était d'autant plus présumable que le général n'avait avoc lui que 2 régiments et que le terrain ne permettait aucun développement. Sans s'étonner de cette sortie inattendue, le général, par un mouvement de demi-tour à droite par 4, reporta ses régiments en face de l'ennemi et, malgré son feu, culbuta cavalerie, infanterie et artillerie dans les faubourgs de la ville.

Le 22e de dragons chargea sur 8 pièces de canon qui tiraient à mitraille et les enleva. Les canonniers furent hachés sur leurs pièces. Ce fut alors que le prince de Hohenlohe, effrayé de l'intrépidité et de l'audace des troupes, demanda à capituler.

La division Grouchy est la seule qui ait chargé dans ce combat, le général Beaumont ayant été envoyé à la poursuite du prince Auguste et les hussards étant restés derrière la division Grouchy.

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