De Fiïratenberg à Lychen, 19 kil
Quoique mes troupes soient harassées, je marcherai demain avant le jour ; nous avons mille peines pour nous procurer quelques subsistances ; depuis Brandenburg il n'y a pu avoir une seule distribution de pain ; ce pays, qui est tout sable ou marais, n'offre aucune ressource.
6 heures du soir.
Je reçois à l'instant une lettre que le Grand-duc m'a écrite h 7 heures du matin de Wichmannsdorf. Il m'annonce avoir arrêté hier la tête de la colonne ennemie au village de Boitzenburg, et il a pris le régiment des gendarmes du roi. Comme il se trouve toujours en présence, il m'engage à forcer l'ennemi sur Lychen et Boitzenburg, tandis que M. le maréchal Lannes se joint à lui pour l'attaquer. Comme vous voyez, Monsieur le Duc, cet avis s'accorde avec le projet que j'avais formé moi-même.
La cavalerie légère arrivait à Fiirstenberg et prit position en avant de cette ville sur les routes de Àlt-Strelitz et de Lychen.
Les S divisions d'infanterie bivouaquèrent à l'entour de Ftirstenberg. (Journal du 1er corps.)
Depuis le 26 à 6 heures du matin jusqu'au 28 à 5 heures du soir, l'infanterie du 1er corps avait fait 120 kil. en 59 heures.
Partie de Brandenburg le 26 à 6 heures du matin la division Dupont avait fait 40 kil. pour se rendre à Bornicke ; les divisions Rivaud et Drouet, 31 kil. pour se rendre à Nauen.
Le 27 la division Dupont faisait 22 kil., de Bornicke à Oranienburg, de 6 heures et demie à midi, et 22 d'Oranienburg à Bergsdorf de 3 heures à 10 heures du soir ; — les divisions Rivaud et Drouet 31 kil. de Nauen à Oranienburg et 22 d'Oranienburg à Bergsdorf, «oit 53 kil. dans leur journée.
La division Dupont repartait à 1 heure du matin dans la nuit du 27 an 28 pour se porter à Badingen, 8 kil. en avant, ce qui mettait sa marche à 52 kil., puis de là à Gransee 6 kil. et enfin de Gransee à FUrstenberg 21 kil. — Les divisions Rivaud et Drouet commentaient également leur mouvement dans la nuit et par Badingen et Oransee atteignaient Ftirstenberg après une marche de 35 kil.
La marche avait été pour la division Dupont 40+52 + 27= 119k., pour les divisions Rivaud et Drouet 31 + 53 + 35 = 119 kil.
Enfin le 29 les divisions D rouet, Rivaud et Dupont partant à 5 h.r 5 heures et demie et 6 heures du matin, faisaient 36, 32 et 28 kil.
• LE MARÉCHAL SOULT AU MAJOR GÉNÉRAL
Tangermùnde, 28 octobre 1806.
L'officier d'état-major que V. A. m'a fait l'honneur de m'adresser, m'a remis la nuit dernière sa dépêche du 25 de ce mois ', laquelle me fait connaître la direction qui a été donnée aux autres corps d'armée et que S. M. a daigné m'autoriser à régler moi-même le mouvement du 4e corps.
Ainsi que j'ai eu l'honneur de le dire 'à V. A. par mon dernier rapport, aujourd'hui le corps d'armée passe l'Elbe à Tangermtinde et se dirige sur Rathenow*, d'où ensuite je le dirigerai soit sur Fehrbellin, soit sur Wtisterhausen suivant les mouvements que l'ennemi aura faits -, ou que je serai pressé par le corps d'armée de M. le maréchal Bernadotte, ou enfin suivant les nouveaux ordres que je recevrai de V.A.
Je ne crois pas que l'ennemi ait encore de troupes sur la rive gauche de l'Elbe à moins de quelques dépôts qui sont restés en Hanovre, mais cela ne peut être considérable.
La colonne du duc de Weimar, après avoir passé l'Elbe, a pris la direction de Stettin, mais le mouvement de S. A. le grand-duc de Berg et des autres corps d'armée doit nécessairement lui couper le passage et la forcer ou à revenir sur ses pas, ce qui la compromettrait encore davantage, ou l'obliger à entrer dans le Mecklemburg ; dans cette dernière supposition je pense que l'intention de S. M. sera qu'elle soit poursuivie et je donnerai même au corps d'armée cette direction, à moins que d'ici à cette époque je ne reçoive des ordres contraires.
1. Dépêche du 95 à 8 heures du soir. Voir page 325. — Do Potsdam à Tangermiïnde par Dessau, Kalbe et Magdeburg, il y a environ 50 lieues, soit 200 kil. L'officier parti le 25 vers d heures du soir arriva dans la nuit du 27 au 28. Il mit plus de 48 heures, environ 54 heures, à remplir sa mission. — Cette observation a pour but d'appeler l'attention sur la difficulté de faireparvenir les ordres. •
2. Do Tangermùnde à Wust, 10 kil. ; — de Wust à Rathenow, 18 kil.
Le 28 les divisions des généraux Levai et Legraud, la cavalerie et l'artillerie légères passèrent l'Elbe et se dirigèrent sur Rathenow où on trouva des magasins très -considérables en farine et en avoine, un dépôt de troupes prussiennes qu'on fit désarmer. 5 escadrons de cavalerie saxonne mirent bas les armes à Rathenow et furent dirigés sur les derrières.
2e division, Rathenow ; — 3e division, Wust -, — lre division, quartier général, parc d'artillerie, Tangermttnde ; — cavalerie légère, Karlbau ; — 4e division de dragons, Arneburg.
LE MARÉCHAL NEY AU MAJOR GÉNÉRAL
Schônebock, 28 octobre 1806.
M. le maréchal Soult m'écrit de Tangermûnde en date -d'hier qu'il lui a été impossible d'engager le duc de Weimar à combattre et que la colonne ennemie sous les ordres de ce général a passé l'Elbe à Tangermttnde et à Sandow. M. le maréchal Soult ajoute qu'il espère lui-même passer l'Elbe aujourd'hui et faire demain sa jonction sous Brandenburg avec M. le maréchal Bcrnadotte.
La garnison de Magdeburg se borne à la défensive ; elle est composée de 7 bataillons de garnison et des débris de plusieurs régiments défaits à la bataille d'Iéna ; la cavalerie consiste en 300 ou 400 hommes de diverses armes.
l'empereur au général clarke.
Berlin, as oclobre 1806.
Je reçois votre lettre du 24 octobre. Portez une grande attention à ce que les petits blessés ne soient pas évacués d'Erfurt du côté de France, parce qu'ils y rentreraient ; dirigez-les sur Wittenberg et Spandau par détachements de 100 hommes. Le maréchal Mortier m'écrit qu'il sera le 28 à Fulde ; ainsi vous devez en avoir aujourd'hui des nouvelles. Le personnel de l'artillerie et les hommes à pied qui se trouvaient à Wttrzburg, doivent être arrivés à Erfurt à l'heure «qu'il est. Cela vous donnera les moyens convenables. Une
brigade de Hesse-Darmstadt , un bataillon de Wlirzburg, un bataillon du prince Primat, un second bataillon de Nassau, des troupes de Bade, doivent également arriver à Erfurt. Ecrivez à mes ministres près de ces princes pour savoir pourquoi ces troupes n'arrivent pas. Un bataillon du grand-duc de Berg doit également venir à Erfurt pour prendre des fusils. J'ai donné des ordres pour qu'il vous soit envoyé un officier du génie, des officiers de santé et un payeur. En attendant que M. laBouillerie vous ait envoyé un payeur, nommez provisoirement quelqu'un. Vous aurez vu le décret qui constitue le pays d'Erfurt en gouvernement et qui y envoie un intendant.
Du moment que le 14e de ligne ne vous sera plus utile à Erfurt, non plus que le régiment de dragons que j'ai envoyé pour nettoyer les derrières de l'armée, ayez soin de diriger toutes ces troupes sur Berlin. J'imagine que, du moment que l'avant-garde de l'armée du Nord sera arrivée à Gôttingen, et le maréchal Mortier à Fulde, le 14" de ligne et le régiment de dragons seront inutiles à Erfurt, et vous les ferez repasser ici en toute diligence.
l'empereur a m. daru.
Berlin, 28 octobre 1806.
Il est nécessaire que vous fassiez verser dans la caisse du payeur l'argent des différentes caisses de Berlin, aiin que, sans toucher à l'argent de France, le Major général puisse en disposer pour les dépenses de l'artillerie, du, génie et autres dépenses extraordinaires, jusqu'à concurrence de ce que j'ai mis à sa disposition. Vous défendrez aux payeurs de payer avec de l'argent de France ; ils payeront avec de l'argent de Berlin ; on payera demain un mois de solde aux corps des maréchaux Davout et Augereau, à la division du général Nansouty et à ma Garde, et l'on tiendra l'argent prêt pour tous les corps de l'armée à mesure qu'ils passeront à Berlin.
Mon intention est que mon armée ait du vin, que vous fassiez faire l'inventaire des caves, et que vous en fassiez réunir une quantité nécessaire pour en distribuer à l'armée pendant 2 mois. Vous ferez réunir d'abord à Spandau la quantité d'eau-de-vie nécessaire pour faire 2 mois de distribution à l'armée. Vous ferez distribuer dès demain aux corps des maréchaux Davout et Augereau, à la division de cavalerie , une demi-bouteille de vin par jour pour chaque soldat.
Vous ferez prendre, dans les maisons des personnes de la Cour qui ont quitté Berlin, les matelas et effets de logement nécessaires pour les officiers, et vous les ferez transporter à Spandau. Vous prendrez les mesures nécessaires pour lever le drap nécessaire pour faire 100,000 capotes et 100,000 pantalons, pour vous procurer 100,000 paires de souliers1, 100,000 chapeaux et tous les objets nécessaires pour couvrir l'armée. 11 faut aussi désigner pour le logement des officiers des corps d'armée les maisons des personnes de la Cour absentes de Berlin, afin de soulager le bourgeois autant que possible. Mon intention est que Berlin me fournisse abondamment tout ce qui est nécessaire pour mon armée, et de ne rien ménager pour que mes soldats soient dans l'abondance de tout.