‹ Campagne de Prusse, 1806Chapitre 290 sur 412 · BERTHIER · texte numérisé non relu

BERTHIER

L'Empereur passait la revue de tous les détachements qui arrivaient à l'armée et qui recevaient toujours une route les faisant passer par le quartier général impérial, à moins que la position de leur corps ne les obligeât ensuite à une contre-marche. L'aide-major général commandant supérieur du quartier général prenait les ordres du Major général, du grand maréchal du Palais ou de l'aide de camp de Bervice pour l'heure où l'Empereur devait voir les troupes. Voir l'ordre du 23 mars 1807 du Major-général au général Pannetier, 1" aide-major général. Iéna, page 390.

Le Major général prenait sur son calepin les ordres et observations de l'Empereur qui étaient mis au net sur une feuille simple de papier de petit format par l'un de ses secrétaires. Le Major général présentait à l'Empereur sous forme de rapport le résultat de la revue et faisait ensuite expédier les différents ordres dans son cabinet.

Tout le monde connaît les anecdotes auxquelles ont donné lieu les incidents de ces revues. Je ne m'occupe que de la question de commandement ; aussi ai-je jugé indispensable de montrer une pièce constatant le résultat d'une de ces revues. J'ai trouvé d'autres pièces analogues, en grand nombre, elles n'offrent pas plus d'intérêt ; elles portent toutes sur des détails d'organisation ou d'administration, des avancements et des promotions dans la Légion d'honneur, des ordres de mouvement pour les détachements passés en revue. — Je n'ai pas trouvé de résultat de revue de l'Empereur pour un corps d'armée entier. — J'insiste sur un point essentiel : le travail de la revue était soumis à l'Empereur le lendemain même, c'est-à-dire sans retard ; on y passait la nuit et les corps devaient établir de suite leurs mémoires de proposition. D'ailleurs lorsqu'un corps d'armée devait passer la revue de l'Empereur, le Maréchal ordonnait toujours aux colonels

pour rétablir sa santé qui a souffert par les fatigues de la route qu'il vient de faire. Ses blessures so sont rouvertes et un peu de repos lui devient indispensable.

Si V. A. voulait avoir égard à sa situation, elle pourrait placer M. Freytag provisoirement, soit à Dresde, soit comme commandant à Naumburg ; et alors l'adjudant commandant Dentzel restera disponible au quartier général. Approuvé. — B. L'adjudant commandant,

Hastbxl.

d'établir à l'avance et d'emporter avec eux les mémoires de proposition pour l'avancement dans les différents grades et dans la Légion d'honneur.

L'Empereur rendait justice et récompensait séance tenante. C'est là la force du Chef de l'armée Chef de l'État.

Pendant le courant d'une campagne, l'Empereur voyait les troupes en détail toutes les fois que cela lui était possible, c'est-à-dire pendant les périodes d'inactivité des opérations. Il voyait aussi bien tout un corps d'armée qu'un régiment ou des détachements rejoignant l'armée. — L'Empereur vit successivement à Berlin le 8% le 7e, le 4* corps, la réserve de cavalerie, la Garde, les grands parcs d'artillerie et du génie ; à Varsovie, le 5* corps, la division Gudin. L'Empereur avait quitté Berlin lorsque le 1er corps y passa à la fin de novembre. — L'Empereur passa des revues analogues pendant les campagnes de l'an XIV et de 1809, pendant son séjour en Espagne ; mais à partir de 1812 le temps lui manqua pour voir les troupes en aussi grand détail, et en outre ce travail était trop fatigant pour qu'il pût s'y livrer d'une façon suivie avec ses autres occupations de Commandant d'armée et de Chef d'Etat.

Les revues rentrent dans le service des commandants de corps d'armée. Voir l'ordre du jour du 3 octobre, Iéna, page 270, les comptes rendus du grand-duc de Berg et du maréchal Davout, pages 303, 335, 336. — J'ai trouvé d'autres revues plus intéressantes encore à d'autres époques de la campagne. J'en parlerai en temps voulu.

LE MAJOR GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL HULIN

Berlin, si octobre 1806.

Je vous préviens que je donne ordre au général Fery d'envoyer demain à Berlin 465 dragons montés qui viennent d'arriver à Spandau. Ils doivent être rendus ici de bonne heure ; vous donnerez les ordres nécessaires pour les faire cantonner et vous les ferez réunir vers midi sur la place de la parade afin que l'Empereur puisse les passer en revue.

Ces dragons resteront à votre disposition pour la police de la ville et des environs jusqu'à nouvel ordre.

Ordres donnés le 31 au général Hulin de faire partir le lendemain 1" novembre, sous la conduite d'un officier de Tétat-major général, les 4 détachements du corps du maré-

chai Lannes, 110 hommes du 34% 12 du 100e, 36 du 103% 48 du 40e pour se rendre directement à Stettin où ils rejoindront le 5e corps.

LE MAJOR GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL HULIN

Berlin, 81 octobre 1806.

Il vient d'arriver à Berlin, Général, les détachements ciaprès :

48 hommes du 10e de chasseurs %

274 hommes du 25e léger*, 99 du 69e de ligne %

103 du 59c%

314 du 50e %

270 du 55e %

232 du 75e %

300 du 25e4.

Faites partir demain les 300 hommes du 25e de ligne pour rejoindre à Francfort sur l'Oder le corps de M. le maréchal Davout.

Les 48 hommes du 10e de chasseurs resteront ici à votre disposition pour le service de la place.

Faites former avec les 274 hommes du 25e léger, les 99 du 69% les 103 du 59e et les 314 du 50% un bataillon qui formera la garnison de Berlin jusqu'à nouvel ordre. Vous mettrez un chef de bataillon à la tête de ce bataillon. Il doit se trouver dans ces détachements des officiers de ce grade ; dans ce cas vous en choisirez un ; s'il n'y en avait pas, rendez m'en compte. Vous ferez donner à ce bataillon tout ce qui lui sera nécessaire et, comme les détachements qui le com-

i. Détachement venant de Mœseyck (26e division) passé à May en ce le 9 octobre à l'effectif de 49 hommes et 49 chevaux.

2. Détachement venant de Verdun passé à Mayence le 9 octobre à l'effectif de 878 hommes.

3. Détachements venant de Luxembourg passés à -Mayence le 9 octobre à l'effectif de 107 hommes chacun.

4. Détachements faisant partie de la 2e colonne venant de Boulogne. Voir léna, page 90.

posent appartiennent à des régiments qui font tous partie du corps du maréchal Ney, vous le ferez caserner dans une caserne particulière qui sera nommée caserne des détachements du corps du maréchal Ney. Ce bataillon attendra à Berlin le corps du maréchal Ney.

Avec les 270 hommes du 55e, les 232 du 75e, vous formerez, en les réunissant aux 200 hommes du 4e de ligne, aux 180 du 57e l et aux 27 du 24° léger que je vous ai chargé par ma lettre de ce matin de garder à Berlin, un autre bataillon qui restera également à Berlin jusqu'à nouvel ordre pour y attendre le passage du corps du maréchal Soult. Tous ces détachements appartiennent à ce corps d'armée. Vous casernerez pareillement ce bataillon dans une caserne particulière appelée caserne des détachements du corps du maréchal Soult. Il doit aussi se trouver des chefs de bataillon parmi ces détachements. Vous en prendrez un pour commander ce bataillon ; s'il n'y en avait pas, prévenez m'en. Veillez aussi à ce qu'il soit donné à ce bataillon tout ce qui lui sera nécessaire. — Instruisez-moi de l'exécution de ces dispositions.

Avis donné à M. Denniée le 31 octobre au soir pour les casernes.

Avis à l'Intendant général de tous les ordres donnés au général Hulin et au maréchal Lefebvre.

LE GENERAL CORBINEAU A L EMPEREUR

Spandau, si octobre 1806, 8 heures du soir.

M'étant rendu sur-le-champ à Spandau dès que j'en ai eu l'ordre de V. M., j'y ai cherché le général «Bourcier avec lequel je devais me concerter pour la réception et la répartition des chevaux pris sur l'armée prussienne. Je n'ai point trouvé ce général qu'on m'a dit être à Fotsdam.

1. Ces détachements du 4e de ligne et du 57e venaient de Strasbourg passant par Mannheim. Voir page 476.

Les 4,000 chevaux pris sur l'ennemi qu'on avait annoncé à V. M. devoir arriver aujourd'hui à Spandau n'y sont pas parvenus.

Un commissaire des guerres qui précède le général Beaumont, annonce 12,000 prisonniers amenés par ce général dont partie arriveront demain ici et l'autre partie après-demain. Avec cette seconde partie doivent arriver 500 chevaux seulement.

Il est arrivé à Spandau dans la journée d'aujourd'hui 31 octobre 1 officier et 25 chasseurs d'un bataillon deNassau- Usingen ; — 95 hommes du 95' régiment d'infanterie française ayant escorté un bateau de vivres; — 1,800 hommes d'infanterie appartenant à divers régiments organisés à Strasbourg (ils sont repartis sur-le-champ pour Berlin) ; — 440 dragons montés venant des bords du Rhin ayant escorté un trésor depuis Wtirzburg ; ils faisaient partie d'un détachement plus nombreux composé d'hommes des 1er, 3*, 5e, 9e et 15e de dragons ; ceux du 5e sont restés à Potsdam pour continuer à escorter le trésor ; les autres sont cantonnés près de Spandau et attendent des ordres1.

Il y a à Spandau 612 hommes de différents corps de cavalerie attendant des chevaux. Ils y sont arrivés hier, savoir : 62 carabiniers ;

230 dragons des 14e et 20e ;

120 cuirassiers des 2% 3% 9* et 12e;

121 hommes de la Garde de V. M. ;

35 chasseurs du 2e venus pour changer leurs chevaux ; 44 chasseurs du 12e venus à pied pour se monter. Les 2 derniers détachements n'ont des ordres que du chef de l' état-major du maréchal Davout.

Le général Bourcier ayant les instructions relativement à

la réception et au classement des chevaux pris, j'attends les

ordres de V. M. pour savoir ce que je devrai faire dans le

cas où ces chevaux arriveraient en l'absence de ce général.

Je continuerai à envoyer à V. M. chaque soir le rapport

l. Voir léna, page 242.

des mouvements qui surviendront dans Spandau pendant mon séjour dans cette place.

LE COLOHEE GUYARDET, COMMANDANT LE 13e RÉGIMENT D'INFANTERIE LÉGÈRE, AU MAJOR GÉNÉRAL.

Leipzig, 31 octobre 1806,

J'ai l'honneur de rendre compte à Y. A. S. des mouvements de cette place depuis le 28 de ce mois, époque où j'ai pris le commandement d'après le décès du général Maçon, comme j'ai déjà eu l'honneur de prévenir V. A.

Le 28 il a passé par la ville le 4e régiment de dragons fort de 613 hommes et de 409 chevaux ; — 1 bataillon du 25e régiment d'infanterie légère fort de 628 hommes * ; — 1 détachement du 6e régiment d'artillerie à pied fort de 57 hommes ; — 1 détachement du 85e régiment de ligne fort de 314 hommes.

Le 29 1 détachement du 7e régiment d'artillerie à pied et 1 compagnie d'ouvriers ; — les chasseurs de Nassau forts de 150 hommes et de 120 chevaux ; — 1 détachement du lar régiment d'artillerie à pied fort de 50 hommes ; — 1 détachement du 103e régiment de ligne fort de 132 hommes.

Le 30 1 bataillon saxon a rentré en ville pour tenir garnison et est logé au faubourg comme il était avant la guerre ; il est fort de 250 hommes ; — 500 prisonniers prussiens pris à Spandau ont passé par la ville ; ils ont logé une nuit et partiront le 31 pour se diriger sur Erfurt ; 11 prisonniers prussiens qui étaient arrivés ici partiellement partiront avec ce transport.

En outre de tous ces détachements il passe une grande quantité de militaires isolés rejoignant l'armée.

Les autres affaires sont dans le même état que vous a rendu compte M. le feu général Maçon. Les négociants attendent avec impatience la décision de S. M. l'Empereur et Roi sur les marchandises anglaises séquestrées d'après les ordres du général Maçon.

J'ai fait partir le 30 un convoi de 10,500 rations de pain pour WittenbeTg conformément à une lettre que j'ai reçue de M. le général Lemarois, gouverneur de cette place. J'ai fait partir également pour Wittenberg 45 maçons et charpentiers pour travailler aux fours et à la manutention.

La réquisition frappée sur la ville de Leipzig s'effectue avec vigueur ; il y a déjà 80,000 aunes de drap en magasin. 350 cordonniers sont occupés à la confection des souliers.

1. Bataillon détaché pour l'escorte du grand parc d'artillerie dUlm àWùrzburg. Voir Iéna, page su.

1er NOVEMBRE

l'empereur au maréchal lannes.

Berlin, 1er novembre 1806, 8 heures du matin.

Mon cousin, croyez-vous donc que je ne voie pas que votre corps d/armée a fait des marches forcées et que vous l'avez dirigé avec toute l'intelligence possible ? Vous êtes de grands enfants. En temps et lieu, je donnerai des preuves, à vous et à votre corps d'armée, de toute la satisfaction que j'ai de votre conduite. J'attends avec impatience que vous preniez ce duc de Weimar. Le grand-duc de Berg m'a sans doute envoyé beaucoup de renseignements ; mais je n'ai reçu qu'une page de sa lettre, l'autre page est restée sur son bureau. J'ai envoyé à Stettin le général Bertrand pour voir la situation de la place, le général Chasseloup, un général d'artillerie et un commissaire des guerres.

l'empereur au grand-duc de berg.

Berlin, 1er novembre 1806.

Vous m'écrivez une lettre du 31 octobre à 8 heures du matin. Il paraît que la lettre était longue, puisqu'elle est composée de deux feuilles ; mais vous ne m'avez envoyé que la dernière feuille et vous avez oublié la première.

1er NOVEMBRE. 593

LE GRAND-DUC DE BERG A L EMPEREUR

Friedland, 1er novembre 1806, 4 heures et demie du matin.

Je m'empresse d'annoncer à V. M. que le corps entier que Ton m'avait dit s'être embarqué à Anklam, est au pouvoir de vos troupes. Le général Bila qui le commande, s'est rendu au général Beker, que je charge de conduire ce corps à Spandau avec la brigade de dragons du général Boussart.

Je dois les plus grands éloges au général Beker qui a chargé lui-même à la tête de ses dragons au combat de Zehdenick, à celui de Wichmansdorf qui nous a donné les gendarmes du Roi, et qui vient enfin de faire capituler le général Bila à Anklam après une charge très- vigoureuse qu'il a fait exécuter hier matin dans la ville. Il se loue beaucoup du général Boussart. Nous n'avons perdu dans cette charge qu'un adjudant sous-officier et quelques dragons. Le régiment de hussards du corps, de la garde du Roi, qui pour sa brillante conduite dans la guerre de Sept ans avait reçu de Catherine elle-même des pelisses de tigre, fait partie du corps qui a mis bas les armes. V. M. ne pourrait-elle pas donner ces pelisses à ses hussards ? La brigade Lasalle s'est couverte de gloire dans cette campagne.

Le général Beker m'annonce que le trésor se trouve à quelques lieues d' Anklam dans l'intérieur de la Poméranie. Je charge ce général de le réclamer auprès des autorités du pays, en leur annonçant que sur leur refus je passerai9 la Peene avec tout mon corps d'armée et que j'irai mettre leur pays à contribution. J'espère que V. M. me permettra de le distribuer à la réserve de cavalerie ; j'ai osé leur annoncer cette faveur en votre nom.

Ainsi que je l'ai annoncé à V. M. par ma lettre d'hier soir à 9 heures, je serai ce soir à Demmin et j'espère que nous aurons demain le reste des corps de Weimar et Bliicher qui se trouveront acculés à la mer Baltique. Nous sommes

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