L EMPEREUR AU GENERAL BOURCIER
Berlin, 3 novembre 1806.
Je désire connaître Tétat de situation exact du grand dépôt de Potsdam en personnel, chevaux, selles et armes. Le
j'avais fait escorter les prisonniers de guerre par un régiment de cuirassiers. V. M sait bien que je n'ai à Mayence qu'un dépôt dont elle a fait partir, lorsqu'elle y a passé, tout ce qui était disponible. Les premiers transports de prisonniers de guerre étaient de plus de 3,000 hommes. J'ai joint à leur escorte une petite arrière-garde de 4 gendarmes et de 4 cuirassiers du 9e qui ont été relevés à Deux-Ponts par des cuirassiers du 12°. Ces cuirassiers ont été pris parmi les hommes hors d'état de faire campagne qui ne sont pas destinés pour les escadrons de guerre. Les chevaux qu'ils ont montés sont de vieux chevaux destinés pour la réforme.
1. L'Empereur n'ignorait pas le mécontentement légitime des officiers et des troupes de ne pas recevoir leur solde. La difficulté d'exécuter les mouvements de fonds, l'obligation d'avoir des fonds disponibles pour les objets pressants et où l'argent comptant était indispensable, contraignait l'Empereur à suspendre momentanément le paiement de la solde. Mais il ue voulait pas s'exposer à des réclamations qu'il savait le soldat français capable de lui faire en face. Aux yeux des troupes, il voulait rejeter sur l'administration l'odieux des mesures que la nécessité le forçait de prendre.
général Oudinot m'a dit qu'il avait remis 1,800 chevaux aux dragons à pied. Vous avez dû en reprendre 4 ou 500 de Spandau. C'est le rebut de la cavalerie. Mais vous devez avoir des selles, et quelques jours de repos referont les chevaux. En Silésie les corps les remplaceront par de meilleurs. Le général Milhaud m'annonce qu'il en a amené 500 aujourd'hui. Je donne ordre que les 200 hommes du 4e régiment de dragons restent sous vos ordres1. Il y a ici des magasins de bois de selles, d'étriers, d'éperons. Envoyez l'état de ce dont vous avez besoin au maréchal Bessières que j'ai chargé de les visiter et qui vous en fera passer. J'ai chargé le général Corbineau de vous envoyer de Spandau des culottes de peau. Il y a ici 15 a 20,000 sabres. Je suis surpris qu'on ne trouve pas de bottes. Mais donnez l'ordre qu'on retire les bottes à tous les cavaliers prussiens et de leur donner en place une paire de souliers. Ils n'en ont plus besoin, et d'ailleurs la nécessité ne connaît pas ces petits ménagements. Je désire que les 1,000 hommes que vous avez viennent à Berlin dans 3 ou 4 jours. Je les enverrai à leurs régiments, qui pourront mieux les équiper que je ne pourrais le faire à Potsdam. Envoyez-moi sans délai l'état que je vous demande.
l'empereur au général corbineau.
Berlin, 3 novembre 1806.
Le 21e d'infanterie légère doit avoir été relevé à Spandau par des troupes de Hesse-Darmstadt. Faites-moi connaître ce qu'il y a à Spandau, ainsi que tous les détachements qui s'y trouvent, appartenant au corps d'armée du maréchal Lannes.
11 doit vous arriver 1,500 prisonniers, canonniers d'artillerie légère, qui viennent à cheval ; ainsi leurs chevaux vous arriveront tous sellés. On me dit qu'il serait possible que ces hommes consentissent à prendre du service chez mon
1. Le 4e de dragons, venant de France, fort de 600 hommes dont 300 à pied, passait le 1er novembre à Potsdam.
frère le roi de Naples. Faites-en la proposition aux sous-officiers, si toutefois vous pensez que cela puisse réussir.
Faites-moi connaître tous les détachements, de quelques corps qu'ils soient, qui se trouvent actuellement à Spandau.
l'empereur au général corbineau.
Berlin, 3 novembre 1806.
Je reçois votre lettre1. Faites compter les bateaux et faites l'inventaire exact de tout ce qui se trouve, afin d'éviter que rien ne soit dilapidé. Ayez soin de tout réunir dans de bons magasins. Vous finirez par trouver des bateaux chargés de bottes ; vous en ferez fournir la quantité nécessaire aux dragons à pied qui sont à Potsdam. Envoyez-leur aussi les culottes de peau et ce qui peut être nécessaire à leur usage. Donnez-moi le plus grand détail sur les fortifications. Faitesmoi connaître en détail ce qui se trouve aux différents dépôts et ce qui forme la garnison de Spandau. Puisque vous pensez que la Garde ne pourra pas se remonter avec les chevaux de prise, par la raison qu'on les a changés, envoyez un des officiers de ma Garde qui sont à Spandau, à Dessau. Il doit y avoir là 450 chevaux des régiments saxons; il choisira les meilleurs pour ma Garde, et dirigera les autres sur Potsdam, pour les dragons. Faites-moi connaître si, avec les chevaux de prise, se trouvaient des selles et des sabres, et dans quel état sont ces selles.
LE GÉNÉRAL CORBINEAU A L'EMPEREUR
Spandau, 3 novembre 1806.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. que j'ai compté, suivant ses ordres, les bateaux qui sont dans le port de Span-
i . Lettre du général Corbineau du 2 novembre, 8 heures du soir. Voir page
dau ; j'en joins un état au rapport que j'ai l'honneur de faire àV. M.1.
Je ferai l'inventaire exact de ceux qui contiennent des effets d'habillement ou d'équipement; je ferai décharger avec soin ceux qui contiennent des comestibles et surveillerai l'emmagasinement de ce qu'ils contiennent. Je recommanderai aux officiers d'artillerie de faire décharger avec soin et placer tout ce qui concerne leur arme ; je ferai établir un chantier pour le bois de chauffage.
Je ne puis encore envoyer d'inventaire à V. M. ; un seul bateau d'effets d'habillement est en déchargement.
Le bateau contenant les bottes n'est pas encore trouvé.
J'ai fait extraire du bateau en déchargement 2,500 culottes de peau que j'envoie demain matin au général Bourcier pour les dragons à pied.
Les rapports que j'ai reçus des dépôts et de la garnison de Spandau, sont si mal faits que je ne puis faire à ce sujet un rapport satisfaisant à V. M. ; je puis seulement lui faire savoir qu'il y a ici 190 artilleurs de différents régiments, 175 sapeurs, 86 mineurs et 70 pontonniers, 1,680 hommes des troupes de Darmstadt infanterie (on n'a pas de situation de leur cavalerie), 1 bataillon du 21e léger et 83 hommes du 3e de ligne ; telles sont les troupes dont j'ai pu obtenir des situations qui forment garnison. Demain au soir je ferai en sorte de pouvoir faire connaître à V. M. la force de tous les dépôts qui sont dans la place ou aux environs.
U s'est trouvé 170 selles sur les chevaux venus hier par les troupes du général Boyé ; mais il n'y a pas une de ces selles qui puisse être utilisée ; rien absolument n'est bon.
La plupart des chevaux remis n'ont que des longes de cordes et point de brides ni licols ; on n'a pas remis ici un seul sabre des cavaliers prisonniers.