‹ Campagne de Prusse, 1806Chapitre 336 sur 412 · CAMP. DR PRUS8E. — II · texte numérisé non relu

CAMP. DR PRUS8E. — II

Le maréchal Lannes est à Stettin ; le maréchal Davout à Francfort ; le prince Jérôme en Silésie.

Le duc de Weimar a quitté le commandement pour retourner chez lui, et Ta laissé à un général peu connu.

L'Empereur a passé aujourd'hui la revue de la division des dragons du général Beaumont, sur la place du palais de Berlin ; il a fait différentes promotions.

Tous les hommes de cavalerie qui se trouvaient à pied se sont rendus à Potsdam, où Ton a envoyé les chevaux de prise. Le général de division Bourcier a été chargé de la direction de ce grand dépôt. 2,000 dragons à pied, qui suivaient l'armée, sont déjà montés.

On travaille avec activité à armer la forteresse de Spandau , et à rétablir les fortifications de Wittenberg, d'Erfurt, de Ktistrin et de Stettin.

Le maréchal Mortier, commandant le 8* corps de la Qrande Armée, s'est mis en marche le 30 octobre sur Cassel. Il y est arrivé le 31. Voici la note que le chargé d'affaires de France a présentée au prince, 24 heures auparavant. Voici ensuite la proclamation qu'à faite le maréchal Mortier1. Le prince de Hesse-Cassel, maréchal au service de Prusse, et son fils, général au service de la même puissance, se sont retirés. Le prince de Hesse-Cassel, pour réponse à la note qui lui fut remise, demanda de marcher à la tête de ses troupes avec l'armée française contre nos ennemis ; le maréchal Mortier répondit qu'il n'avait pas d'instructions sur cette proposition ; que, ce prince ayant armé après la déclaration qui avait été faite à M. de Malsburg, son ministre, que le moindre armement serait considéré comme un acte d'hostilité, son territoire n'avait pas été seulement violé par les Prussiens, mais qu'ils y avaient été accueillis avec pompe par le prince héréditaire ; que , depuis , ils avaient évacué Cassel par suite des combinaisons militaires, et que ce ne fut qu'à la nouvelle de la bataille d'Iéna que les armements discontinuèrent à Cassel ; qu'à la vérité le prince héréditaire avait eu le grand

1 . Voir ces doux pièces à la date du 23 octobre, à la suite de la lettre de l'Empereur au maréchal Mortier, pages 866 et 257.

bonheur de marcher à la tête des troupes prussiennes et d'insulter les Français par toutes sortes de provocations.

H payera cette frénésie de la perte de ses Etats. Il n'y a pas en Allemagne une maison qui ait été plus constamment ennemie de la France. Depuis bien des années, elle vendait le sang de ses sujets à l'Angleterre pour nous faire la guerre dans les deux mondes ; et c'est à ce trafic de ses troupes que le prince doit les trésors qu'il a amassés, dont une partie est, dit-on, enfermée à Magdeburg, et une autre a été transportée à l'étranger. Cette avarice sordide a entraîné la catastrophe de sa maison, dont l'existence sur nos frontières est incompatible avec la sûreté de la France. Il est temps enfin qu'on ne se fasse plus un jeu d'inquiéter 40 millions d'habitants et de porter chez eux le trouble et le désordre. Les Anglais pourront encore corrompre quelques souverains avec de l'or; mais la perte des trônes de ceux qui le recevront sera la suite infaillible de la corruption. Les alliés de la France prospéreront et s'agrandiront ; ses ennemis seront confondus et détrônés.

Les peuples de Hesse-Cassel seront plus heureux. Déchargés de ces immenses corvées militaires, ils pourront se livrer paisiblement à la culture de leurs champs ; déchargés d'une partie des impôts, ils seront aussi gouvernés par des principes généreux et libéraux, principes qui dirigent l'administration de la France et de ses alliés. Si les Français eussent été battus, on aurait envahi et distribué nos provinces ; il est juste que la guerre ait aussi des chances sérieuses pour les souverains qui la font, afin qu'ils réfléchissent plus mûrement dans leurs conseils avant de la commencer. Dans ce terrible jeu, les chances doivent être égales. L'Empereur a ordonné que les forteresses de Hanau et de Marburg soient détruites , tous les magasins et arsenaux transportés à May ence , toutes les troupes désarmées et les armes de Hesse-Cassel enlevées de toutes parts.

La suite prouvera que ce n'est point une ambition insatiable ni la soif des conquêtes qui a porté le cabinet des Tuileries à prendre ce parti, mais bien la nécessité de termi-

ner enfin cette lutte, et de faire succéder une longue paix à cette guerre insensée, provoquée par les misérables intrigues et les basses manœuvres d'agents tels que les lords Paget et Morpeth.

Le 4 nous entrâmes à Schwerin ; les troupes étaient fatiguées. Le Prince les porta à Lankow * en avant de la ville et leur fit faire quelques distributions dont elles avaient été privées depuis Brandenburg.

Suivant les rapports qu'on avait eus à Schwerin le 4, Blticher avait réuni tout son corps ce même jour à Gadebusch à l'embranchement des 2 routes de Liibeck et de Ratzeburg. On croyait qu'il avait le dessein de combattre et tout était disposé pour l'attaquer : mais le 5 au matin des reconnaissances rapportèrent qu'il avait filé dans la nuit. (Journal du 1er corps.)

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