CIRCULAIRE AUX ÉVÊQUES
Weimar, 16 octobre 1806.
Monsieur FEvêque, les succès que nous venons de remporter sur nos ennemis avec l'aide de la divine Providence, imposent à nous et à notre peuple l'obligation d'en rendre au Dieu des armées de solennelles actions de grâces. Vous avez vu, par la dernière note du roi de Prusse, la nécessité où nous nous sommes trouvé de tirer l'épéepour défendre le bien le plus précieux de notre peuple, l'honneur. Quelque répugnance que nous ayons eue, nous avons été poussé à bout par nos ennemis. Ils ont été battus et confondus. Au reçu de la présente, veuillez donc réunir nos peuples dans les temples, chanter un Te Deum et ordonner des prières pour remercier Dieu de la prospérité qu'il a accordée à nos armes.
Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu, Monsieur TEvêque, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Napoléon.
9e bulletin de la grande armée.
Weimar, 17 octobre 1806.
La garnison d'Erfurt a défilé. On y a trouvé beaucoup plus de monde qu'on ne croyait. Il y a une grande quantité de magasins. L'Empereur a nommé le général Clarkegouver-
neur de la ville et de la citadelle d'Erfurt et du pays environnant. La citadelle d'Erfurt est un bel octogone bastionné, avec casemates, et bien armé. C'est une acquisition précieuse qui nous servira de point d'appui au milieu de nos opérations.
On a dit dans le 5e bulletin qu'on avait pris 25 à 30 drapeaux : il 7 en a jusqu'ici 45 au quartier général ; il est probable qu'il y en aura plus de 60. Ce sont des drapeaux donnés par le grand Frédéric à ses soldats ; celui du régiment des gardes, celui du régiment de la Reine, brodé des mains de cette princesse, se trouvent au nombre. Il paraît que l'ennemi veut tâcher de se rallier sur Magdeburg. Mais pendant ce temps-là on marche de tous côtés. Les différents corps de l'armée sont à sa poursuite par différents chemins. À chaque instant arrivent des courriers annonçant que des bataillons entiers sont coupés, des pièces de canon prises, des bagages, etc.
L'Empereur est logé au palais de Weimar, où logeait quelques jours avant la reine de Prusse. Il paraît que ce qu'on a dit d'elle est vrai ; elle était ici pour souffler le feu de la guerre ; c'est une femme d'une jolie figure, mais de peu d'esprit, incapable de présager les conséquences de ce qu'elle faisait. Il faut aujourd'hui, au lieu de l'accuser, la plaindre ; car elle doit avoir bien des remords des maux qu'elle a faits à sa patrie et de l'ascendant qu'elle a exercé 6ur le Roi son mari, qu'on s'accorde à représenter comme parfaitement honnête homme, qui voulait la paix et le bien de ses peuples.
L'Empereur était encore à Weimar à 11 heures du matin. À 6 h. du soir il était à Naumburg. Il est probable qu'il partit de Weimar vers midi et qu'il arriva à Naumburg vers 4 heures ou 4 heures et demie, 44 kilomètres. Le maréchal Davout lui remit le rapport suivant qu'il venait de recevoir du général Viallannes, commandant sa cavalerie légère.