L EMPEREUR A M. DE TALLEYRAND
Berlin, 7 novembre 3 806.
M. Maret vous enverra les décrets par lesquels je rappelle M. la Rochefoucauld de Vienne et je nomme à sa place le général Andréossy. Mon intention est que vous m'apportiez leurs lettres de créance et de récréance à signer à 10 heures du matin, et que votre courrier soit prêt à partir avant midi; il sera adressé au général Andréossy. M. la Rochefoucauld présentera sur-le-champ sa lettre de récréance et partira immédiatement pour Berlin.
Vous préparerez une dépêche au général Andréossy pour lui faire connaître qu'il doit dire : qu'il ne sera plus question que très-légèrement d'alliance ; que cela était bien il y a un mois, que la cour de Vienne ne m'avait donné aucuns sujets d'inquiétude ; qu'aujourd'hui ils sont visibles, que je ne puis me le dissimuler ; et que, tant qu'elle entretiendra sur mes flancs 60 à 80,000 hommes1, je ne la croirai pas disposée
1 . Le capitaine Simonin, attaché à l'état-major particulier du Major général, a dû partir de Berlin vers le 26 ou le 27 octobre, après que l'Empereur eut écrit la lettre du 26 à M. de la Rochefoucauld ; le rapport suivant, sans date, est probablement des premiers jours de novembre.
Sire, eu m* en voyant à Prague porter une dépêche à M. le comte de Collowraly, commandant l'armée autrichienne en Bohême, S. A. S. le prince de Neuchàtel m'a chargé de reconnaître autant que possible la force do cette armée et d'observer ses mouvements.
Depuis 16 à 20 jours que tous les corps ont pris leurs cantonnements sur la frontière, il n'y a plus le moindre mouvement; pendant les 7 jours que j'ai employés à mo rendre de Dresde à Prague et à revenir de Prague à Dresde, je n'en ai pas vu le moindre, et tous les renseignements que j'ai pu me procurer, à cet égard, m'ont confirmé que l'armée était dans la plus parfaite inaction.
Quant à sa force active, je dois dire à V. M. que sur l'observation que j'ai laite à M. le baron de Vincent, arrivé à Prague 2 jours avant moi, que j'étais surpris du grand nombre de troupes que j'avais trouvées sur ma route, il m'a répondu qu'ils n'avaient point pensé à faire un secret du mouvement de ces
à vivre tranquille avec moi. En présentant sa lettre de créance à PEmpereur, le général Andréossy lui dira que je veux lui donner une nouvelle preuve de mon amitié et de mon désir de vivre en paix, mais dans une véritable paix, et que je ne puis considérer comme tel un état de choses où je me trouverais menacé. Il expliquera aussi au ministère que j'entends par être en paix n'être point menacé et ne pas voir l'Autriche profiter de tous les événements militaires pour être prête à me tomber dessus.
l'empereur au général lemarois a vittenbebg.
Berlin, 7 novembre 1806.
J'approuve l'envoi que vous avez fait devaut Magdeburg de 6 pièces de 24, de 2 obusiers de 9 pouces, de 6 obuBiers
Iroupos, non plus que de l'objet de ce mouvement ; que si j'étais curieux de connaître la force de l'armée, il pouvait bien me dire que S. M. l'empereur d'Autriche avait tiré seulement 9 régiments de la Hongrie pour les réunir aux 14 qui forment les garnisons ordinaires de la Bohême. Cette déclaration m'a paru vraie, attendu quelle est conforme à l'état de répartition de l'armée que j'ai trouvé chez les maîtres de poste do Peterswald et de Slaun qui porto l'armée à 71 bataillons d'infanterie et 76 escadrons de cavalerie, auxquels il faut ajouter les 6 escadrons de hulans de Schwarzenberg portés de la Moravie à Kôniggrâtz. Les bataillons et escadrons sont complets ; quelques bataillons môme se trouvent plus que complets par la rentrée de leurs prisonniers. Les bataillons sont do 600 hommes et les escadrons de 150.
J'ai cru pouvoir avancer à V. M. que l'armée autrichienne m'avait semblé étro dans les dispositions les moins hostiles en ce qu'elle n'a pas quitté le pied de paix (l'avancement n'ayant point encore eu lieu) et les soldats ne recevant pos encore les 2 kreutzen de traitement de guerre ; en ce qu'elle est tellement dispersée dans ses cantonnements, qu'un seul régiment occupe jusqu'à 60 villages; que les petits villages où se trouvent les états-majors des corps n'ont qu'une simple garde de police fournie et relevée chaque jour par les cantonnements.
Depuis 16 jours le prince Charles est attendu à Prague ; il m'a été impossible de m 'assurer non seulement de l'époque à laquelle il y viendrait, mais aussi si réellement il y viendrait.
La routo de Peterswald à Tôplitz vient d'être achevée, elle est fort belle ; de Tôplitz à Laûn, distance de 4 milles, il n'y a qu'un fort mauvais chemin de communication à travers champs, dont la terre extrêmement grasse le rend presque impraticable en temps de pluie ; j'ai employé une journée entière à faire ce chemin avec la poste. A Laûn on retrouve une belle chaussée jusqu'à Prague. On ne rencontre de Peterswald à Prague que les rivières d'Eger qui baigne les murs de Laûn et de la Modaw qui traverse la ville de Prague.
Le capitaine aide de camp,
SïMONIK.
de 7 pouces 1/2. Tout cela est fort bien. Envoyez-y une grande quantité de poudre ; vous savez la quantité énorme qu'il en faut pour tant de boulets.
Envoyez un de vos aides de camp sur la route de Leipzig, Géra, Plauen et Hof, à la rencontre des dépôts de cavalerie de Forchheim, où il y a 7 ou 800 chevaux1. Cet aide de camp passera parBaireuth, prendra connaissance des troupes qui s'y trouvent ; il verra pourquoi on ne jette pas de bombes dans le fort de Culmbach pour l'obliger à se rendre, et reviendra après vous rejoindre.
LE GENERAL CORBINEAU A L EMPEREUR
Spandau, 7 novembre 1806, 3 heures un quart.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. de l'arrivée ici du général Beker avec 2 régiments de dragons français escortant 3,000 prisonniers environ et une colonne de chevaux pris, montés par ses cavaliers, et de l'artillerie toute attelée.
Il m'est arrivé ici 200 dragons du 11* à pied venant de France. Si V. M. le juge à propos, je ferais relever les régiments de dragons pour la conduite des chevaux jusqu'à Potsdam par les dragons à pied, et pour celle de l'infanterie prisonnière par l'infanterie de la garnison qui est composée du bataillon de dépôt du 6e corps d'armée.
Les chevaux arrivés ici sont sellés, bridés et bien portants ; l'escorte a conservé le tout en très-bon état.
J'ai l'honneur de proposer à V. M. de joindre à l'escorte à pied qui conduira les prisonniers jusqu'à Potsdam 50 à 60 dragons à cheval des régiments commandés par le général Beker pour empêcher les hommes à cheval de s'évader.
1. Le capitaine Bagniol rencontra le 30 a Géra les dépôts de Forchheim, conduits par le colonel Lacour, qui comprenaient 46 officiers, 1,714 cavaliers et 1,224 chevaux. Us arrivèrent le 15 ou le 16 à Potsdam.
l'empereur au général corbineau.
Berlin, 7 novembre 1806.
Je reçois votre lettre de 3 heures et demie. Le général Bourcier avait prévenu les ordres que je lui ai donnés, de faire venir 400 dragons à pied, pour prendre les chevaux qui vous arrivent. Il faut prendre les bottes des prisonnière et leur donner des souliers; la nécessité n'a point de loi, et j'ai besoin de remonter ma cavalerie ; d'ailleurs, allant à pied, ces souliers seront plus commodes.
Le général Beker reçoit l'ordre de rester demain pourvoir partir les prisonniers de Spandau, afin de s'assurer qu'ils sont bien escortés, et de se rendre à Berlin avec ses 2 régiments. J'approuve que vous fassiez escorter ces prisonniers par de l'infanterie; mais je croyais qu'il y avait encore des troupes de Hesse-Darmstadt. Toutefois s'il n'y en a pas, il faut bien se servir des dépôts du 6e corps. Il faut mettre un officier supérieur, afin que les prisonniers ne s'échappent pas. Je pense que toutes les colonnes prisonnières sont arrivées et que vous n'en avez plus à attendre. Si cela est, vous me rejoindrez ; mais, avant de partir, visitez en détail les Augustins, les dépôts et hôpitaux, afin de me rendre compte de tout. A-t-on nettoyé un des magasins dans la citadelle pour y mettre les effets trouvés sur les bateaux? De quel droit a-t-on donné 450 culottes do peau à un seul régiment?
Portez-moi un inventaire exact de tous les effets d'habillement qui se trouvent à Spandau.
Il faut garder les culottes de peau qui restent pour les distribuer aux dragons qui vont arriver.
LE GÉNÉRAL BOURCIER A L'EMPEREUR
Polsdam, 7 novembre 1806.
L'officier que j'ai envoyé en poste à Dessau par ordre de V. M. est de retour; le prince de Dessau était absent; il a
parlé à son premier conseiller qui lui a dit qu'il n'y avait pas un seul cheval saxon et qu'il n'en était arrivé aucun depuis le départ de ceux qu'a emmenés le général Oudinot. Il n'y a également ni sabres ni selles.
J'ai envoyé à Spandau pour prendre les chevaux que V. M. m'a annoncés ; on n'en a ramassé que 184 dont partie n'est propre qu'aux charrois ; beaucoup sont chevaux français, tous dans un très-mauvais état ; ils ne pourront servir de quelque temps \ On n'a pu réunir qu'une vingtaine de paires de bottes de cavaliers prisonniers qui ont conduit ce dernier convoi.
Je vais avoir disponible un détachement de 901 dragons bien montés ; il ne leur manquera que quelques petits objets qu'ils se procureront facilement à leurs corps. Je suis obligé de faire faire de fortes réparations à toutes les selles et de faire confectionner des porte-crosses et 900 coussinets, choses indispensables. J'ai fait réunir à cet effet tous les selliers de Potsdam ; il y en a très-peu; ils travaillent jour et nuit. Je les fais surveiller pour qu'ils ne quittent pas leur travail un instant.
Malgré tous mes soins bien pressants, j'ai le regret d'annoncer à V. M. que ce détachement ne pourra partir que le 13 au matin. Il est impossible de les mettre plus tôt en route.
Je joins à cette lettre l'état par régiment des hommes qui composent ce détachement*.
Le général Corbineau m'annonce en ce moment 1 ,500 chevaux de prise ; je fais partir 400 dragons pour me les ramener.
1. Ordre du Major général, le 8 novembre, aux divisions Klein et Boker d'envoyer à Polsdam toii9 les artistes vétérinaires qu'ils peuvent' avoir audessus d'un par régiment.
• S. Ce détachement était composé de 85 dragons montés du 6e, 80 du 8e, 100 du 12e, 35 du 13e, 108 du 16e, 108 du 17e, 135 du 18e, 150 du S5e, 100 du 27°, total, 001 chevaux. Los détachements des 8e, 12e, 13e, 17e, 25e et 27e partirent le 8, total 573 hommes montés. Les 328 autres dragons des 6e, 16e et i8* furent mis en route le 10.
l'empereur AU GÉNÉRAL BOURGIER.
Berliu, 7 novembre 1806.
Je reçois votre lettre du 7 novembre. Je vois avec peine que je ne puis avoir les 900 hommes que le 13 ; tâchez au moins que ce soit pour le 10. Je ne vois rien là pour les 4', 20e, 26ê, 1er et 21* de dragons. Tous ces régiments ont cependant besoin d'être un peu augmentés. Envoyez-moi un état général des hommes et des chevaux de tous ces détachements.
Vous recevrez dans la journée de demain 500 hussards à pied qui viennent de Wittenberg1. Donnez-leur des chevaux de hussards ou bien de dragons. Que ma cavalerie soit augmentée par des hussards ou des dragon^ cela m'est indifférent.