CAMP. »■ PB088B. II
Le 25e léger est parti ce matin à 5 heures pour se rendre à Bernburg; ce régiment fournira une réserve à la suite de chacune des 4 colonnes de prisonniers.
Les portes de Magdeburg ont été fermées aussitôt après notre entrée ; elles le seront encore aujourd'hui ; pendant ce temps-là on effectuera le désarmement et on continuera les recherches que j'ai ordonnées.
La 2e division, aux ordres du général Marchand, partira aujourd'hui avec son artillerie, celle de la 3e division et le parc de l'armée.
Cette division composée des 6e légère, 39e, 69* et 76e de ligne, formera 3 colonnes qui arriveront à Berlin les 16, 17 et 18.
Il ne restera donc que 3 régiments de la division Vandamme, les 27e, 50e et 59e, qui seront en garnison à Magdeburg. Les 3e de hussards et 10e de chasseurs seront placés aux environs de cette place.
L'artillerie arrivée de Wittenberg et de Dresde sera débarquée et déposée à l'arsenal de Magdeburg.
Le 15e régiment de dragons retournera à Brunswick ; ce régiment a fourni pour l'escorte des prisonniers un détachement qui, arrivé à Erfurt, rentrera à son corps. J'ai ordonné au colonel de bien faire observer Hanovre etHameln; il avait déjà envoyé un escadron sur cette direction.
Un officier porteur de mes dépêches pour le roi de Hollande est aussi chargé de recueillir des renseignements, de s'informer de la force et des mouvements de l'ennemi sur ce même point.
LE MARÉCHAL MORTIER A L'EMPEREUR
Hanovre, 12 novembre 1806.
Ainsi que j'ai eu l'honneur d'en rendre compte à V. M. par ma lettre du 6, je me suis porté sur Hameln, d'après Tordre du roi de Hollande, pour cerner cette place forte sur la rive droite du Weser.
Le 9 au soir je débouchai par Hastenbeck; le 10 dans la journée tous les postes ennemis furent repoussés dans la place 'et délogés du fort en briques situé sur le Hamel, à demi-portée de la ville.
S. M. m'ayant communiqué vos ordres pour l'occupation de Hamburg, j'ai rassemblé les troupes du 8e corps; elles n'ont pu être rendues que très-tard hier à Springe, 6 lieues d'ici. Elles viennent d'arriver à Hanovre pour en repartir demain matin ; elles se dirigeront sur Luneburg.
Le Roi a mis à ma disposition les divisions des généraux Dumonceau et Michaud ; elles doivent former en tout environ 7,000 hommes. Elles ont été retenues hier à Hameln par de nouveaux ordres du Roi. Je présume qu'elles rentreront demain.
A l'instant même je reçois la lettre que V. M. m'a fait l'honneur de m'écrire le 7. Je n'ai point encore reçu mes instructions pour la prise de possession de Hamburg. V. M. peut être convaincue qu'aucune dilapidation n'aura lieu; les comptes seront rendus tels que je les trouverai.
Je viens de prendre possession du Hanovre au nom de V. M. ; les habitants du pays nous ont accueillis partout avec les démonstrations de la joie ; les Prussiens sont en horreur en Hanovre.
Le 1" régiment d'infanterie légère italien n'est point encore arrivé ; je n'ai plus de nouvelles du 26* de chasseurs à cheval ni de la compagnie de sapeurs que Y. M. m'avait promise.
Le général Lagrange m'annonce que le bataillon de 800 chasseurs, hussards, etc., à pied que j'avais fait organiser à May en ce, est arrivé le 8 à Cassel. Le 9, 199 hommes étaient montés ; les autres devaient l'être peu après des chevaux provenant de la cavalerie hessoise.
Je laisserai deux petits corps pour observer Hameln et Nienburg ainsi que vous me le prescrivez. Il y a encore environ 400 chevaux du corps du général Winning qui rôdent du côté de Luneburg.
Je n'ai point encore reçu de payeur ; j'ai dû en nommer
un provisoirement ainsi que j'ai eu l'honneur de vous en rendre compte.
LE GÉNÉRAL BOURCIER A L 'EMPEREUR
Potsdam, il novembre 1806.
J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. que je fais partir le 14 un détachement de 500 hommes montés, chasseurs et hussards.
1 officier, 109 hussards du 8e.
3 officiers, 100 hussards du 9e.
1 officier, 82 hussards du 10e.
1 officier, 80 chasseurs du 7e.
1 officier, 69 chasseurs du 11e.
1 officier, 60 chasseurs du 13e.
Je me trouvais fort embarrassé pour procurer à ces détache* ments des couvertures de laine qui leur manquaient. J'ai fait prendre toutes celles qui se trouvaient dans la ville et je suis parvenu à les compléter.
J'ai reçu hier 221 chevaux qui m'ont été amenés de Spandau par des cavaliers prussiens prisonniers de guerre d'après la capitulation d'Anklam. J'en ai passé la revue ; surcenombre il ne s'en trouve que 83 en état de servir en ce moment. Je les ai sur-le-champ délivrés aux dragons et hussards destinés à entrer dans les premiers détachements à envoyer aux escadrons de guerre. J'ai réparti les autres provisoirement dans divers détachements. Ils sont de la plus médiocre qualité, presque tous hors d'âge, et en grande partie blessés ou garrottés.
Je n'ai trouvé dans ce détachement que 121 selles en fort mauvais état, dégarnies de leurs fontes, coussinets et housses; il n'y avait que 71 brides de divers modèles dont une vingtaine seulement pouvant servir de suite.
Une partie de ces chevaux et de ces équipements paraît avoir été échangée comme cela s'est précédemment pratiqué jusqu'à présent dans la majeure partie des prses.
J'ai fait rassembler une cinquantaine de paires de bottes de cavaliers prussiens qui ont amené ce convoi, c'est tout ce qu'on a pu trouver.
Les réparations se continuent toujours avec autant d'activité que possible.
ORDRE
Berlin, 12 novembre 1806.
Je tiendrai demain mon premier conseil d'administration à 10 heures. M. Maret fera prévenir M. Daru; M. Daru, le gouverneur général, M. Estève, M. la Bouillerie et M. d'Àngern, et autres gens du pays qui connaissent l'administration; ceux-ci n'entreront que quand ils seront appelés.
Depuis 10 jours on doit connaître enfin la situation des finances, et on me fera un rapport sur les finances de la Prusse, l'état des bateaux de sel qui ont été saisis, chantiers de bois, tabacs, etc.
Le payeur y viendra et portera l'état de ce qu'il a reçu et celui de la solde payée corps par corps.
Après-demain j'aurai un conseil d'administration de lyarmée. On portera l'état de l'habillement, de la caisse, de la solde qui est due, et payée, de la compagnie Breidt, des magasins pris sur l'ennemi. Tous les chefs de service y seront et entreront quand ils seront appelés.
ORDRES
Berlin, 12 novembre 1806.
La ville de Berlin n'a que 8 jourç de vivres ; c'est une chose absurde. Il faut sur-le-champ mettre, dans la journée de demain, les 12,000 quintaux de seigle que j'ai à Spandau, à la disposition de la ville ; en les lui vendant, exiger qu'elle les fasse moudre.
Comme actuellement j'ai Hamburg, Lttbeck et Magdeburg,
je n'ai pas besoin que la ville me remplace ce seigle; je saurai comment le remplacer ; j'aime mieux avoir de l'argent.
On fera venir de Ktistrin tout ce que j'ai au-dessus de 100,000 quintaux; on le vendra également à la ville. Par le même principe, j'aime mieux de l'argent que ce blé.
S'il peut être avantageux d'en faire venir de Stettin, on en fera aussi venir, par le même principe.
Je veux cependant à Stettin de quoi nourrir 60,000 hommes pendant 3 mois.
On fera venir le magasin de Rathenow et on le vendra à la ville.
J'ai ordonné au gouverneur de faire partir un lieutenant de gendarmerie, qui partira avant minuit pour faire venir ce magasin.
Un autre lieutenant prendra à Oranienburg et sur la ligne toutce q ui est converti en farines, afin d'avoir en magasin pour un mois, en cas de glaces.
Le courrier extraordinaire pour Kllstrin sera expédié cette nuit, afin que dans 6 jours ces 20 ou 30,000 quintaux soient ici. La circonstance presse à cause des glaces.
On enverra quelqu'un à Damm, où il y a des approvisionnements pris sur l'ennemi ; on les versera dans les magasins militaires.
On enverra quelqu'un à Lûbeck pour faire venir sur-lechamp à Magdeburg tous les grains appartenant aux Prussiens, Russes, Suédois et Anglais. On enverra un courrier à M. Bourrienne.
On donnera des ordres pour que désormais l'intendant de Magdeburg se tienne dans la ville, qu'il y ait un commissaire des guerres pour la place. J'y veux un fort approvisionnement ; c'est la place la plus importante pour l'armée ; il doit y avoir pour 10,000 hommes pendant un an, et pour 200,000 hommes pendant 10 jours ; pour 500 chevaux pendant un an, et pour 60,000 chevaux pendant 10 jours.
Les 50,000 quintaux de Ktistrin et de Spandau, on exigera que les boulangers les achètent, de manière que chacun
ait pour 2 mois, selon la règle de France ; point de difficultés pour leur faire des crédits.
On doit parler très-haut, et donner l'assurance à la ville que le pain ne manquera jamais.
Il faut mettre un auditeur à la tête des approvisionnements de la ville, se concerter avec le comité, me rendre compte ; il embrassera tous les détails de la mouture et de la consommation.
On fera des recherches qui fassent connaître la consommation de Berlin ; au lieu des calculs ridicules qui m'ont été présentés, on les basera sur le nombre de fournées qui se font tous les jours chez les boulangers ; c'est par là qu'à Paris on a des calculs très-différents de la théorie.
L'auditeur aura 48 heures pour me faire un rapport làdessus.
Napoléon.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU GÉNÉRAL BELLIARD
Berlin, 13 novembre 1806.
L'intention de l'Empereur, Général, est que Ton porte le plus grand soin à ce que tous les prisonniers provenant de la colonne du général BlUcher et du duc de Weimar, se rendent comme prisonniers en France. S. M. veut que tous MM. les généraux et officiers se rendent également en France. M. le général BlUcher sera conduit par un officier à Dijon. Le jeune prince de Brttnswick sera aussi conduit par un officier à Châlons -sur-Marne. Tous les autres officiers seront dirigés sur les différents points de la France désignés par le ministre Dejean pour les prisonniers de guerre. Vous communiquerez cet ordre au commandant de l'escorte des prisonniers de guerre.
LE MAJOR GÉNÉRAL AUX GOUVERNEURS DES PROVINCES PRUSSIENNES CONQUISES PAR L'ARMÉE FRANÇAISE.
L'Empereur, M. le Gouverneur, ordonne que vous preniez sur-le-champ les mesures nécessaires pour le désarmement de tous les habitants, et qu'au fur et à mesure vous fassiez passer toutes les armes en France. Vous ferez enlever toutes les pièces d'artillerie qui se trouvent dans le pays, même
celles en fer, vous les enverrez aussi en France1. Est exceptée de cette mesure l'artillerie des places de guerre conservées dans lesquelles il y a des commandants français et des garnisons françaises, et dans lesquelles le commandant d'artillerie a Tordre de ne laisser que ce qui est nécessaire à leur défense ; vous veillerez cependant à ce que le surplus qui doit être évacué, le soit en effet.
L'Empereur ordonne que vous ayez à m' écrire chaque jour, en numérotant vos lettres, et que vous me rendiez compte de tout ce qui se passe dans votre gouvernement.
L'Empereur me charge de vous recommander de prescrire à tout ce qui vous est subordonné le plus grand ordre dans toutes les parties de votre administration. S. M. ne veut aucune espèce d'abus ; elle ordonne que tous les fonds entrent dans la caisse du receveur général des contributions afin que tout soit employé au service de l'Armée.