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de 5 lieues, d'Hassenhausen à Vierzehn-Heiligen ; la disposition des corps des deux armées, la configuration du terrain (le cours de la S a aie, celui de l'Ilm) et la distance considérable qui séparait les points extrêmes du champ de bataille, rendaient les communications très difficiles. Le Commandant en chef occupé du combat qui se donnait sous ses yeux, persuadé qu'il avait en tête l'armée ennemie tout entière, n'entendait pas le canon de l'autre engagement qui avait lien à 20 kilomètres sur sa droite. Et cependant la bataille terminée devant lui, il donnait tous ses ordres pour la continuation des opérations en suivant son projet général.
Ce ne sont pas les batailles de l'avenir seules qui se développeront sur des champs de bataille immenses que le Commandant en chef ne pourra pas embrasser du regard. La journée du li octobre a donné l'exemple d'un front de bataille de 20 kilomètres. L'art du Commandant en chef est d'être avec la masse de ses forces là où doit se décider la bataille, pour donner le coup décisif. Le soir il ne peut connaître toutes les alternatives de l'action sur une ligne de 3 lieues, mais il sait que la bataille est gagnée et il règle en conséquence le mouvement du lendemain. — Le 3e corps forcé, la bataille était gagnée tout de même ; l'armée prussienne se retirait ; elle avait commencé son mouvement avant l'affaire.
L'Empereur a donné ses premiers ordres sans avoir une connais- • sance complète de l'étendue de sa victoire ; mais la sûreté de son jugement est telle qu'il n'a rien à modifier lorsqu'il reçoit les nouvelles des extrémités du champ de bataille. A ô heures du matin, en ordonnant au maréchal Davout de retourner à Naumburg, il a voulu empêcher les corps ennemis battus de s'emparer de ce point pour se retirer ensuite par Leipzig sur Berlin ; à 10 heures, lorsqu'il sait l'immensité de la défaite de l'armée prussienne, il annonce son intention de gagner l'ennemi de vitesse et d'arriver sur l'Elbe avant lui, complétant sa pensée à peine exprimée le matin et suivant toujours son projet primitif. € Après cette bataille, a-t-il écrit le 10 au « maréchal Soult, je serai à Dresde ou à Berlin avant lui. •
LE GRAND-DUC DE BERG A i/EMPEREUR.
Weimar, 15 octobre 1806.
Les troupes de V. M. sont en marche sur Erfurt depuis une heure; je pars à l'instant; j'aurai l'honneur de vous
écrire de cette ville. Cependant, Sire, tout porte à croire que l'ennemi fait sa retraite sur Merseburg et, ce qui semble confirmer ce mouvement, c'est que la Reine de Prusse était partie avant-hier de Weimar pouf se rendre à Naumburg; mais voyant que ce point était occupé, elle est revenue à Weimar d'où elle est partie pour Erfurt hier à 8 heures du matin et non à 4 heures, comme je vous l'avais mandé. MM. d'Haugwitz et Lucchesini se trouvaient encore hier à Erfurt. L'ennemi avait encore hier un corps de troupes à Eisenach. J'adresse à V. M. 4 des drapeaux qui ont été pris hier avec une trentaine d'officiers parmi lesquels est le général Schmettau, un colonel et plusieurs majors. J'ai avec moi 5 divisions de cavalerie et la division de troupes légères. D'Erfurt je suivrai la route qu'aura prise l'ennemi. J'espère que j'aurai reçu des ordres de V. M. d'ici à ce soir.
A la réception de Tordre du Major général de 5 heures et demie du matin, vers 7 ou 7 heures et demie, le Grand-duc a mis sa cavalerie en marche ; elle a dû partir entre 8 et 9 heures. Lui-même a écrit à l'Empereur vers 9 heures et demie. Sa dépêche parvient au quartier impérial à léna à 11 heures passées. Le Major général expédie aussitôt de nouveaux ordres pour empêcher le commandant de la cavalerie de l'enfourner tout entière sur Erfurt.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU GRAND-DUC DE BERG
Iéna, 15 octobre 1806, midi.
(Porté par M. de CanouviUe parti à midi.)
N'engagez pas, mon Prince, toute votre cavalerie sur Erfurt ; laissez-en la moitié en réserve à Weimar, afin qu'on puisse la diriger sur Naumburg du moment qu'on aura des nouvelles plus positives de l'ennemi qui paraît s'être dirigé sur Naumburg.
Le maréchal Davout a eu hier matin une affaire terrible contre un corps de 40,000 hommes qu'il a culbuté; il lui a
pris 40 pièces de canon. Ce corps battait en retraite quand tout à coup il a fait une nouvelle charge, vers 5 heures après midi, que le maréchal Davout a victorieusement repoussée. Il paraît que le Roi de Prusse, le duc de Brunswick et le général Ruchel se sont trouvés à cette charge. On dit le duc de Brunswick mortellement blessé, le général Rtichel tué. 11 est à croire que les débris de l'armée prussienne se sont portés pour se retirer sur Naumburg.
L'avis donné par le Grand- duc que l'ennemi fait sa retraite sur Merseburg, ne repose que sur les renseignements qu'il a pris à Weîmar et qui sont antérieurs à la bataille, renseignements qui datent du départ de l'armée du Roi le 13. A l'heure où il écrit, le Prince ne connaît pas l'engagement du 3a corps. — L'Empereur attend des nouvelles plus positives de l'ennemi. On n'a pas reçu de nouveau rapport du maréchal Davout depuis celui du 14 du bivouac d'Auersta'dt parvenu vers 9 heures et apporté par l'aide de camp Falcon qui a donné les détails sur la charge de 5 heures du soir et qui a remporté . les ordres du Major général de 10 heures du matin. L'Empereur suppose que les débris de l'armée prussienne se sont portés du champ de bataille pour se retirer sur Naumburg et qu'arrivant sur le lieu du combat ils ont renouvelé l'attaque pour se frayer un passage. Supposition inexacte. — A midi le Commandant en chef de l'armée victorieuse est donc encore incertain sur la direction de l'armée battue. Chaque nouveau rapport du commandant de la cavalerie et des commandants de corps d'armée apporte au Commandant en chef des renseignements contradictoires d'où il doit démêler la vérité. Il lui faut donc réserver une partie de ses forées pour prendre les dispositions que nécessiteront les nouvelles plus positives : d'où laisser la moitié de la cavalerie en réserve à Weimar, rallier les corps d'armée et se tenir prêt à partir au premier ordre. L'Empereur se rend à Weimar pour avoir les rapports plus rapidement et expédier de suite ses ordres. Il a employé la matinée à dicter le décret de contribution, des notes pour annoncer la victoire, ainsi que le bulletin dont la première rédaction ne faisait, pas mention de la bataille d'Auerst&dt. — La Garde à pied ne suivit pas l'Empereur à Weimar.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL SOULT
Iéna, 15 octobre 1806, midi.
Ne perdez pas un moment, M. le Maréchal, pour porter tout votre corps d'armée sur Buttelstâdt afin d'intercepter lacommunication d'Erfurt à Naumburg.
L'Empereur se rend à Weimar.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL LANNES
Iéna, 15 octobre 1806, midi.
(Porté par M. de Canouville.)
Ralliez tout votre corps d'armée et tenez-vous prêt à partir au premier ordre.
LE MARÉCHAL LANNES A L'EMPEREUR
Weimar, 15 octobre 1806.
Je crois que mon corps d'armée est le plus réuni dans ce moment, et je vois avec peine que V. M. I. me laisse perdre ici une journée. J'ai eu l'honneur de lui écrire qu'une partie t de l'armée ennemie s'était retirée sur Naumburg et une partie des bagages seulement sur Erfurt avec quelques fuyards. Le Roi était à la bataille; on ne sait ce qu'il est devenu; sans doute qu'il aura suivi la portion de son armée qui s'est dirigée sur Naumburg. La Reine avait également pris cette route; une patrouille de notre cavalerie légère l'a obligée à rétrograder sur Weimar, d'où elle est repartie promptement par la même route, apprenant que les Français s'approchaient. On pense qu'elle ne peut s'échapper étant environnée de nos troupes. La cavalerie légère du 5e corps a pris hier au soir plusieurs pièces de canon, 4 bataillons et les 4 drapeaux. Comme je viens d'avoir l'honneur de dire à V. M. que mes troupes étaient les plus réunies, je la prie de me faire connaître la direction qu'elles doivent prendre, je
partirai sur-le-champ. Si V. M. noua laisse ici toute la journée, elle fera beaucoup de chagrin aux généraux et aux troupes composant le 56 corps. Je prie donc V. M. de me mettre à la tête de la Grande Armée : la conduite que nous avons tenue hier nous donne ce droit.
Je suis avec le plus profond respect et dévouement, etc.
La lettre du maréchal Lannes écrite à la réception de l'ordre du Major général de 5 heures et demie du matin, a dû parvenir à l'Empereur avant l'expédition de Tordre daté de midi.
LE MARÉCHAL DAVOUT AU MAJOR GÉNÉRAL
Au bivouac d'Eckarlsberg, 15 octobro 1806.
J'ai l'honneur d'adresser à V. A. le rapport que je reçois à l'instant de mes reconnaissances de cavalerie sur les points de retraite de l'ennemi.
J'ai envoyé à la pointe du jour le général Lochet avec un régiment d'infanterie et 100 chevaux à Freyburg où il y a un château à l'abri d'un coup de main, où j'avais laissé une compagnie du 13* léger. Le général Lochet enverra des partis sur Merseburg et sur Querfurt.
Je ne pourrai vous donner aucun rapport sur la bataille d'Eckartsberg d'ici à deux jours. Tout le monde y a fait son devoir; l'infanterie a fait ce que l'on devait attendre de la meilleure infanterie du monde. La cavalerie s'est fait écharper. Je l'ai employée pour me donner le temps de déboucher de Kôsen. Le projet du Roi était de déboucher par ce point, de 6e porter surNaumburg; ses autres corps d'année devaient déboucher par Freyburg.
Le prince Henri de Prusse a été blessé.
Leur cavalerie, qui a chargé vigoureusement notre infanterie, a beaucoup souffert; nous avons pris presque toute l'artillerie de l'ennemi et des drapeaux.
Les généraux Mftllendorf, le duc de Brunswick, le comte de Kalkreuth, le Roi, ses frères, son oncle, l'élite de l'armée prussienne, voilà ce que le 3e corps a combattu.
La Reine est partie de Weimar pour Berlin il y a deux jours.
J'ai remplacé les cartouches et les munitions consommées, ce qui a entièrement épuisé mon parc de réserve. Je prie V. A. de donner les ordres les plus prompts au général Songis afin qu'il me fasse passer toutes les munitions qui me sont nécessaires, et que. j'estime à un approvisionnement complet.
L'armée est prête à partir. Du point que j'occupe, je suis plus à portée de remplir les intentions de l'Empereur1.
Je demanderai à V. A. des adjudants-généraux, des officiers du génie, des sapeurs, des canonniers, surtout des officiers d'état-major, presque tout ce que j'en avais a été blessé ou tué.
L'adjudant- général Hervo, sous-chef de l'état-major, ainsi que son brave chef le général Daul tanne, se sont particulièrement distingués.
L'adjudant-général Hervo est blessé et il nous suit. Il est nécessaire d'envoyer des secours d'officiers de santé, des objets de pansements à Naumburg, le nombre des blessés étant très-considérable.