De Merseburg à Halle, 14 kil
s. De Halle à Aschersleben, 50 kil.
ferez battre le chemin pour connaître la marche de l'ennemi, l'intercepter et le culbuter partout où il serait, en tombant sur quelques colonnes ; car, indépendamment de la colonne du Roi, il y a beaucoup d'autres colonnes égarées et qui ont pris différents chemins.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU GRAND -DUC DE BERG
Merseburg, 19 octobre 1806.
L'Empereur, mon Prince, me charge de vous faire connaître que les précautions ont été si mal prises que déjà 5,000 prisonniers partis d'Erfurt pour se rendre à Francfort ont été délivrés par un parti errant de 200 hussards prussiens, et l'escorte, infiniment trop peu nombreuse, sabrée.
La première règle de la prudence voulait pourtant que Ton s'assurât que la route que l'on voulait prendre, fût libre, et à cet effet elle aurait dû être éclairée et ouverte par un parti de 500 à 600 chevaux.
L'Empereur est fâché que vous n'ayez pas laissé de garnison à Erfurt; il aurait désiré que vous y eussiez laissé 3,000 hommes du corps du maréchal Ney.
L'Empereur craint que les autres prisonniers qui partent d'Erfurt, soient également délivrés par des partis de hussards ennemis.
S. M. vous ordonne, mon Prince, de faire partir sur-lechamp 3 régiments de dragons, formant une brigade qui sera commandée par un général de brigade, et qui feront des patrouilles sur Weimar, Erfurt, Eisenach, Nordhausen, etc., afin de ramener tous les hommes ennemis égarés, les détachements et enfin de balayer tout le pays et faire le plus de prisonniers possible, car toute l'armée prussienne est errante1.
1. Voir à la date du 29 octobre le rapport de cette opération dont fut chargé 1<* général de brigade Picard, de la division Klein.
Qu'est devenu le corps du duc de Weimar qui venait du côté d'Eisenach et dont vous me parlez * ?
Je vous envoie un ordre du jour que S. M. m'a dicté 2.
11e BULLETIN DE LA GRANDE ARMEE.
Merseburg, 19 octobre 1806.
Le nombre des prisonniers qui ont été faits à Erfurt est plus considérable qu'on ne le croyait. Les passe-ports accordés aux officiers qui doivent retourner chez eux sur parole, en vertu d'un des articles de la capitulation, se sont montés à6008.
Le corps du maréchal Davout a pris possession, le 18, de Leipzig.
Le prince de Ponte-Corvo, qui se trouvait le 17 à Eisleben pour couper des colonnes prussiennes, ayant appris que la réserve de S. M. le roi de Prusse, commandée par le prince Eugène de Wurtemberg, était arrivée à Halle, s'y porta.
1. Rapports du Grand-duc à VEmperour du 17 à 10 heures du soir el du général Belliard au Major général du 17 au soir. (V. p. 96 et 97.)
2. Ordre du jour concernant les généraux Klein et Lasalle. (Voir page 97.', Pour ne pas blesser la susceptibilité du Grand-duc, le Major général a soin de lui faire connaître que l'Empereur a dicté lui-môme Tordre.
S. LB GBXRRAL CLARKB A l'bMPBRRUB.
Erfurt, 18 octobre 1806.
L'adjudant commandant Belaira délivré des passe-ports à 602 o m ci ers prussiens hier au soir. Le nombre de leurs domestiques est très-grand, et ce sont des espèces de soldais. On allègue la capitulation dont personne n'a de copie ni moi non plus, qui l'ai inutilement demandée à Weimar.
A. Ulm on a renvoyé les officiers de la garnison aussi avec cette espèce de domestiques. Il reste encore quelques officiers qu'on va expédier aujourd'hui.
ORDRE
Erfurt, 19 octobre 1806.
Ordre aux officiers prussiens de se pourvoir de passe-ports et de se présenter chez le lieutenant-colonel Grundler. Les officiers qui se déguiseraient s'exposent à être arrêtés comme espions el traités comme espions. Les soldats prussiens doivent se présenter sous 24 heures chez, le commandant de la place. Il leur est expressément défendu de quitter leur uniforme. Les bourgeois qui auraient chez eux des soldats prussiens malades ou blessés sont tenus d'en faire la déclaration chez le commandant de la place sous 24 heures.
Cet ordre fut imprimé en allemand, publié et affiché.
Après avoir fait ses dispositions, le prince de Ponte-Corvo fit attaquer Halle par le général Dupont et laissa la division Drouet en réserve sur sa gauche. Le 32e et le 9e d'infanterie légère passèrent les trois ponts au pas de charge et entrèrent dans la ville, soutenus par le 96e; en moins d'une heure, tout fut culbuté. Les 2e et 4e régiments de hussards et toute la division du général Rivaud traversèrent la ville et chassèrent l'ennemi de Diemitz, de Peissen et de Rabatz. La cavalerie prussienne voulut charger le 8e et le 96e d'infanterie; mais elle fut vivement reçue et repoussée. La réserve du prince de Wurtemberg fut mise dans la plus complète déroute et poursuivie l'espace de 4 lieues.
Les résultats de ce combat, qui mérite une relation particulière et soignée, sont 5,000 prisonniers, dont 2 généraux et 3 colonels, 4 drapeaux et 34 pièces de canon.
Le général Dupont s'est conduit avec beaucoup de distinction. Le général Rouyer a eu un cheval tué sous lui.
Le général de division Drouet a pris en entier le régiment de Treskow.
De notre côté, la perte ne se monte qu'à 40 hommes tués et 200 blessés. Le colonel du 9' régiment d'infanterie légère a été blessé.
Le général Léopold Berthier, chef de l'état-major du prince de Ponte-Corvo, s'est comporté avec distinction.
Par le résultat du combat de Halle, il n'est plus de troupes ennemies qui n'aient été entamées.
Le général prussien Blticher, avec 5,000 hommes, a traversé la division de dragons du général Klein, qui l'avait coupé. Ayant allégué au général Klein qu'il y avait un armistice de 6 semaines, ce général a eu la simplicité de le croire.
L'officier d'ordonnance près de l'Empereur, Montesquiou, qui avait été envoyé en parlementaire auprès du roi de Prusse l'avant- veille de la bataille1, est de retour; il a été
1. Voir léna, p. 598, la manière dont M. de Montesquiou traversa les lignes de Tannée prussienne.
entraîné pendant plusieurs jours avec les fuyards ennemis ; il dépeint le désordre de l'armée prussienne comme inexprimable. Cependant, la veille de la bataille, leur jactance était sans égale; il n'était question de rien moins que de couper l'armée française et d'enlever des colonnes de 40,000 hommes. Les généraux prussiens singeaient autant qu'ils pouvaient les manières du grand Frédéric.
Quoique nous fussions dans leur pays, les généraux paraissaient être dans l'ignorance la plus absolue de nos mouvements ; ils croyaient qu'il n'y avait sur le petit plateau d'Iéna que 4,000 hommes, et cependant la plus grande partie de l'armée a débouché sur ce plateau.
L'armée ennemie se retire à force sur Magdeburg. Il est probable que plusieurs colonnes seront coupées avant d'y arriver. On n'a point de nouvelles depuis plusieurs jours du maréchal Soult, qui a été détaché avec 40,000 hommes pour poursuivre l'armée ennemie.
L'Empereur a traversé le champ de bataille de Rossbach. Il a ordonné que la colonne qui y avait été élevée fût transportée à Paris.
Le quartier général de l'Empereur a été le 18 à Merseburg, et il sera le 19 à Halle. On a trouvé dans cette dernière ville des magasins de toute espèce très considérables.
l'empereur au maréchal lankes, a dessau.
Halle, 19 octobre 1806, 5 heures et demie du soir.
Votre aide de camp arrive ; vous ne me faites pas connaître si le pont sur la Mulde a été coupé, si vous avez passé la Mulde. H se trouve sur la Mulde des bateaux ; faites courir pour les réunir tous. Faites placer des postes le long de l'Elbe, afin de choisir les emplacements les plus favorables pour le passage. Il doit y avoir une grande quantité de bois propres à faire des radeaux; faites-y travailler. Je fais partir sur-le-champ une nouvelle compagnie de pontonniers avec les marins de la Garde pour faire ce travail. Faites re-
monter l'Elbe par vos patrouilles ; il doit y avoir aussi des bateaux; on ne brûle jamais tout. LaMulde forme des îles en se jetant dans l'Elbe; c'est dans ces îles que je voudrais jeter un pont. Si la rive domine, je pourrais en faire une bonne tête de pont.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL DAVOUT
Halle, 19 octobre 180*.
M. le maréchal Lannes, M. le Maréchal, écrit de Dessau que le pont sur l'Elbe a été brûlé; l'équipage de pont est parti hier et doit être arrivé à Leipzig; ainsi vous l'aurez à votre disposition dans la journée de demain. L'Empereur vous laisse le maître de jeter le pont où vous voudrez; mais il serait à désirer que ce soit le plus près possible de Dessau ; maïs cependant tout est bon, pourvu que nous passions l'Elbe. On dit que le pont de Wittenberg a 7 piles en pierre ; il serait donc facile de le rétablir. Faites ce que vous pourrez pour le passage de l'Elbe ; car chaque jour de retard offrira de nouvelles difficultés.
Du moment que vous aurez passé l'Elbe, n'importe où, emparez- vous de Wittenberg; on croit que cette ville serait facile à mettre à l'abri d'un coup de main.
L'Empereur pense que votre corps d'armée sera demain en entier sur l'Elbe.
Kemberg paraît être un point qui serait convenable pour être votre quartier général1.
Donnez de vos nouvelles à l'Empereur.
Le 19, dans l'état de déroute et de désorganisation de l'armée prussienne, l'essentiel des opérations est de surprendre le passage de l'Elbe pour devancer l'ennemi à Berlin. L'Empereur présente 2 têtes de colonne sur l'Elbe : l'une, le 5e corps, à Dessau, l'autre, le 3e corps, vers Wittenberg à 28 kilomètres en amont ; il fera appuyer sur le corps qui aura surpris le passage. Avec la division Grouchy, le 7e corps
1. De Dûben & Kemberg, Si kil. ; — de Kemberg au pont de Wittenberg, 10 kil. ; - de Kemberg i Dessau par Wœrlitz, 30 kil.
et la Garde, il peut être en une marche à Dessau, 44 kilomètres; en 2 marches à Wittenberg, 66 kilomètres, par Bitterfeld, 29 kilomètres. Cette portion d'armée sous ses ordres, l'aile droite, est assez forte pour s'opposer au mouvement sur Berlin des débris de Tannée prussienne dont aucun corps n'est intact, tous, sauf Weimar, ayant combattu et chacun ayant éprouvé un désastre.
En même temps, pour empêcher le rassemblement de l'ennemi sous Magdeburg et intercepter les colonnes coupées, l'Empereur renforce son aile gauche, corps de cavalerie, 4e, 6e corps, en portant à son aide le 1er corps vers Aschersleben, à une marche d'Halberstadt, 32 kilomètres \
Ainsi en 2 marches tous les corps de l'armée française peuvent être réunis en 2 masses: l'une, l'aile droite, vers Dessau ou Wittenberg pour passer l'Elbe et gagner de là Berlin afin de barrer la route aux débris de l'armée prussienne ; l'autre, l'aile gauche, sous Magdeburg pour intercepter les colonnes ennemies, empêcher leur réunion et combattre le rassemblement si son chef veut tenter la chance d'une bataille.