DAM L'ELBE
Berlin, 28 octobre 1806.
Le convoi de bateaux du pays partis de Halle le 20 octobre à 2 heures et demie de l'après-midi sous la direction du capitaine Renaud est arrivé à Barby savoir: les premiers bateaux le 23 à 6 heures et demie du soir et les derniers le 24 i 7 heures du soir.
Le convoi a marché jour et nuit malgré les difficultés que présentaient le passage de 8 écluses, les bancs de sable semés sur cette route et les vents contraires qui l'ont retardé les derniers jours.
Il est parti de Halle 17 bateaux. Le capitaine Morazin m'en a remis à Rothenburg 6 ; total 28 bateaux.
Le nombre de ceux arrivés à Barby sous ma direction est aussi de 23 bateaux. Le colonel du génie Morio y en avait déjà rassemblé 14. Un capitaine du génie en a fait amener aussi il que j'ai trouvés en route. Ainsi il existe en tout à Barby 48 bateaux.
Ces bateaux sont de différentes grandeurs. Ceux de la première espèce ont environ 60 pieds de longueur sur 14 de largeur mesurée; ceux de la deuxième sont un peu moins longs et ont environ 12 pieds de largeur.
L'Elbe à Barby a environ 150 toises de largeur. Si l'on trouvait convenable d'y faire construire un pont, il suffirait, en calculant tant plein que vide, de 37 de ces bateaux estimés à 12 pieds de largeur, l'un portant l'autre.
Mais l'Elbe est sujet à des débordements fréquents qui font étendre ses eaux dans ce point depuis 600 jusqu'à 800 toises dans les terres environnantes qui ne sont protégées par aucune digue. Les culées du pont ne peuvent être portées à cette distance ; co point ne convient nullement à l'établissement d'un pont. Il n'est pas non plus avantageusement situé pour les passages et les débouchés, car il n'y passe aucune route.
Cependant si ces bateaux étaient destinés à établir un pont sur un point plus convenable, il est essentiel d'observer qu'ils sont dépourvus d'ancres, de -einqueneUes, de poutrelles et de madriers. Il faudrait d'ailleurs leur procurer tous ces objets qui manquent dans le voisinage.
La compagnie de pontonniers du capitaine Larûe, attachée au i*r corps, reçut du général Eblé, quelques heures après mon arrivée et celle des premiers bateaux, l'ordre de rejoindre le 1er corps à Zerbst. Je tâchai vainement de la retenir, puisque d'après l'ordre de M. le général Songis je devais lui faire la remise de mon convoi. Je n'obtins rien ; le capitaine reçut un second ordre et la compagnie partit le 24 au matin.
La 6« compagnie du 4e bataillon de sapeurs qui avait escorté les bateaux, avait ordre d'aider à la construction du pont; j'ai profité de la circonstance pour remettre tout mon convoi à M. le capitaine Chantegai qui la commande, et qui devait à mon départ garder tous les bateaux à Barby jusqu'à nouvel ordre.
Aujourd'hui j'ai rencontré en route un sapeur à pied, qui porte à cette compagnie l'ordre du général Chasse loup de se rendre à Spandau. Ainsi ces bateaux rassemblés si précipitamment vont se trouver confiés à la garde des habitants du pays, si l'on n'y envoie une nouvelle compagnie pour les conserver.
Rbvaud, capitaine d'artillerie.
mettre à même de passer, dans eette nuit ni dans la journée de demain, mon corps d'armée tout entier ; aussi pour remédier à ce peu de moyens, j'ai pensé qu'il était convenable d'envoyer par Dessau une grande partie de mon artillerie et 2 régiments de cavalerie. Si je prévois que le passage doive être trop long, je dirigerai aussi par Dessau une division d'infanterie. Vous savez que celle du général Rivaud est à Âschersleben.
Je suis extrêmement sensible, M. le Duc, aux reproches que vous m'adreâsez au nom de l'Empereur ; je suis d'autant plus affligé que j'ai la conscience de ne point les avoir mérités; il vous suffira de jeter les yeux sur l'ordre que vous m'avez adressé hier pour vous assurer que je ne pouvais point encore avoir passé l'Elbe ; vous me prescrivez de me rendre à Calbe ou à Bernburg et vous me dites de faire reconnaître la place pour jeter un pont dans les environs de la Saale. Non seulement j'ai chargé de suite le colonel du génie Morio de rassembler tous les moyens et de faire descendre la Saale à tous les bateaux qui s'y trouvaient, mais encore j'ai été faire la reconnaissance des lieux et voir par moi-même sur quoi nous pouvions compter ; mais, M. le Duc, pour jeter un pont sur l'Elbe, vous savez vous-même que ce ne peut être l'affaire d'un jour ; il est impossible de se procurer en si peu de temps tous les matériaux nécessaires.
Ce n'est pas ma faute, M. le Duc, si je n'ai pas eu une grande part à l'affaire d'Iéna ; je vous ai écrit dans le temps par quelle cause ma marche avait été arrêtée la veille de la bataille ; ce n'est qu'à 4 heures du matin que j'eus communication de votre lettre au maréchal Davout, dans laquelle il était dit que l'Empereur tenait beaucoup à ce que je fusse à Dornburg ; je ne perdis pas une minute pour me mettre en route, je fis grande diligence et j'arrivai à 11 heures ,• j'aurais encore été à temps de remplir les vues de S. M., sans le défilé de Dornburg que tout le monde connaît et qui m'a pris un temps infini. Malgré toutes ces difficultés, j'ai marché avec une division d'infanterie et ma cavalerie ; je suis encore arrivé avant 4 heures à Apolda et assez à
temps pour déterminer la retraite des ennemis qui se trouvaient devant le maréchal Davout, et le même soir j'ai pris ô pièces de canon et plus de 1,000 prisonniers dont un bataillon entier. Je vous le répète, M. le Duc, il n'a pas dépendu de moi de faire plus ; j'ai fait tout ce qu'il était humainement possible d'exiger. Il est bien pénible pour moi d'être obligé d'entrer dans ces détails ; j'ai la conviction d'avoir bien rempli mes devoirs. Le plus grand malheur qui puisse m'arriver est de déplaire à l'Empereur ; aussi ne m'en consolerais-je pas, si je n'avais la plus grande confiance dans la justice de S. M.
Quant aux 3 compagnies destinées à escorter les prisonniers, l'ordre a été donné hier au général Dupont de les faire partir d'Alsleben où il se trouvait1; elles auraient dû être rendues hier soir à Halle ; mon chef d'état-major vous a rendu compte de toutes les précautions que j'ai prises pour
i. L'ordre a été donné au général Dupont au moment où il se trouvait à Alsleben, ce qui confirme la supposition que j'ai émise page 175, que le capitaine Scherb est arrivé à Alsleben avant que la division eût dépassé ce point.
Alsleben, 20 octobre 1806.
Il est ordonné à l'officier commandant les 3 compagnies do la 1" division qui doivent se rendre aujourd'hui à Halle pour y prendre l'escorte dos prisonniers de guerre faits par le 1er corps de la Grande Armée dans la journée du 17 de se présenter â son arrivée dans cette ville chez le général Ménard, commandant de la place, pour prendre ses ordres et les instructions nécessaires pour conduire [ces prisonniers à Erfurt. Le commandant de la place d'Erfart lui indiquera où il doit rejoindre le corps d'armée.
Le général de division, L. Bkbtiiisb.
Alsleben, 20 octobre 1806.
L'officier commandant 40 hommes du 45e pour l'escorte dos prisonniers partira aussitôt qu'il sera relevé par l' officier commandant les 8 compagnies pour se diriger sur Alsleben en passant la Saalo à Rothenburg» II tâchera de rejoindre demain le corps d'armée à Ascherslebon. Cet officier pourra venir coucher aujourd'hui à Rothenburg.