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Campagne de Rome

Les voyageurs qui ont habité , qui ont compris Rome forment entre eux une espèce de confrérie qui a ses mots consacrés et ses signes de ralliement. Se rencontrent-ils quelque part, ils se reconnaissent aux premières paroles , ils s’entendent , ils s’aiment presque ; on dirait de vieux amis , et pourtant ils ne se sont jamais vus. Mais leurs souvenirs les unissent, et quel lien plus puissant que celui des souvenirs?

Je confesse que le présent ouvrage a été publié en vue principalement des adeptes de la confrérie romaine, à laquelle je me fais gloire d’appartenir. Je les reconnais pour mes seuls juges compétents ; que j’obtienne leur suffrage, leur sympathie, le jugement des profanes m’est au fond assez indifférent.

Rome n’est pas une ville comme une autre ; on ne l’aborde pas sans émotion , on ne la quitte pas

VllI PRÉFACE,

sans regret. C’est une seconde patrie pour tous les esprits cultivés et nourris aux lettres antiques. Ils s’y attachent , pour ainsi dire, malgré eux, je ne sais par quel charme irrésistible , et il n’y a dans cet amour intellectuel , on peut l’affirmer, ni affectation ni pédantisme ; les cœurs les plus simples, les plus sincères, en sont atteints.

Ce n’est pas à dire qu’il n’y ait pas à Rome des gens affectés et des pédants. Il y en a bon nombre au contraire, à Rome encore plus qu’ailleurs; M. le président Dupatyafail école, elle révérend touriste Eustace, ou tel autre que l’on pourrait nommer ne sont pas là sans avoir laissé des disciples. Mais cette espèce en«j ou en oh ne fait point partie, grâce aux dieux , de notre confrérie, et les adeptes les fuient avec soin. J’exhorte tous les voyageurs à en faire autant ; je parle des voyageurs dignes de ce titre; pour les autres , qu’importe?

La grande loi des voyages est d’éviter les intermédiaires. On perd toujours plus qu’on ne gagne à substituer les impressions d’autrui aux siennes propres ; car enfin , si peu qu’on vaille , on a sa personnalité ;

« Uueuille si l’on veut , ma guenille m’est chère. •>

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