PRÉFACE. IX
On ne sent vivement et l’on n’exprime de même qu’à la condition expres -c de se mettre en communication immédiate avec les choses, qu’on soit en présence de la nature ou des œuvres de l'homme.
On produit beaucoup de volumes, mais combien peu méritent d’être lus ! Pourquoi? Parce que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des livres sont fabriqués avec d’autres livres. 11 y a une recette pour cela comme pour toute autre manutention. Pour peu qu’on ait quelque lecture, on est contristé de la rareté des œuvres spontanées et dégoûté de la stérile abondance des entrepreneurs littéraires ou soi-disant tels. A peine un sentier estil frayé, qu'ils s’y jettent en foule , et ils y passent tous les uns après les autres , comme les oies de Sancho Pança. Le sentier le plus frais, le plus mystérieux, ne tarde pas à devenir, grâce à eux, une grande route banale et poudreuse. Servüm pecusl
Lorsqu’on a feuilleté par désœuvrement ou par métier quelques milliers de ces pages nauséabondes, incolores, on devient indifférent à force de déceptions, et l’on n’a plus que des regards dédaigneux pour ces nouveautés ( c’est le mot consacré) affichées aux coins des murs et des jour-