‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine, d'après les rapports: lettres et notes du CommandantChapitre 14 sur 51 · PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE DU « CASSINI » 4Î · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE DU « CASSINI » 4Î

C'est dans les mêmes sentiments de foi et d'humilité qu'il écrit à sa mère le 14 janvier : « Je trouve ici beaucoup de sympathies, et je suis presque inquiet des facilités que je rencontre, car les œuvres de Dieu commencent généralement dans les peines et dans les ennuis. La divine Providence réserve sans doute pour un peu plus tard les épreuves : que sa sainte volonté s'accomplisse! Je n'ai qu'un désir, c'est d'apporter dans cette campagne un désintéressement absolu et de travailler uniquement pour la plus grande gloire de Dieu. J'ai besoin que mes amis m'aident de leurs prières, et je recommande surtout à ma chère mère d'appeler sur moi les bénédictions du ciel, non pas à la façon du monde, mais à la façon des saints qui ont eu de rudes et cruelles épreuves dont ils ont heureusement triomphé. »

On voit par cette lettre que ses intimes causeries avec Marceau avaient porté leur fruit; on dirait un écho fidèle de cette belle ûme, qui avait fait de la conformité à la volonté de Dieu la nourriture habituelle de sa vie, et qui mettait tout son bonheur à n'éprouver aucune consolation dans ses souffrances. C'est avec la même conviction qu'il écrit encore le 27 janvier : « Je suis ici comblé d'amitiés. La Providence me prépare à une mission difficile par des marques répétées de sa miséricorde... J'en serais inquiet si l'espérance chrétienne n'était pas une vertu obligée. »

Afin d'éloigner toute inquiétude, il eût bien désiré se retirer durant quelques jours dans une maison religieuse, pour y faire dans la solitude une fervente retraite; mais Dieu lui demandait ce sacrifice des consolations spirituelles, comme il lui avait demandé celui des joies delà famille. Le devoir l'appelait à Lorient pour presser les derniers préparatifs de l'embarquement. Dans son audience d'adieu au contre-amiral

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Vaillant, ministre de la marine, il apprit d'une manière définitive, sans manifester aucune contrariété, qu'il irait purement et simplement à la station de Chine.

« Quelle n'était pas mon outrecuidance, écrit-il dans son Journal privé, à la date du 2 février, quand j'ai osé, moi, converti d'hier, parler d'un projet utile au catholicisme. C'est par l'humilité, la très grande humilité, que les chrétiens nouveaux doivent se faire connaître. Il ne faut pas qu'ils croient que toute inspiration vient de Dieu, même quand elle semble ne viser que sa gloire. C'est à d'autres que nous de nous désigner comme instruments. Ma mission est amoindrie : Dieu soit loué! 11 y aura assez de bien à faire en Chine, sans entreprendre encore la mer Rouge et l'Océanie. Dieu daigne me garder à l'avenir de semblables témérités ! »

Au moment où de Plas traçait ces lignes si pleines d'humilité, Marceau venait de mourir en prédestiné à Tours, où il s'était rendu auprès de sa mère, après avoir fait une retraite de quatorze jours à Notre-Dame de Liesse, sous la direction du R. P. Fouillot de la Compagnie de Jésus. François avait eu l'occasion de voir son ami déjà frappé à mort, lorsqu'il traversa Paris. A ceux qui le plaignaient alors de ses soutfrances, le malade répondait avec un admirable sourire : « Si Dieu le veut, il faut bien se soumettre. » En vain ses amis avaient-ils essayé de faire violence à la miséricorde de Dieu en faveur d'un de ses meilleurs serviteurs, Marceau était mûr pour le ciel.

Madame Marceau, connaissant la tendre affection qui unissait les deux officiers chrétiens, s'était empressée de faire part au commandant de la douloureuse nouvelle, et lui avait envoyé divers objets comme souvenir, entre autres un morceau de la cravate que le cher malade portait en ses derniers jours ; elle avait,

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disait -elle, choisi cet objet qui avait le plus servi, pensant qu'il eu deviendrait plus précieux.

a C'est un saint qui vient de mourir », s'écria de Plas en apprenant cette triste nouvelle; il en fut vivement affecté tout d'abord, mais une douce résignation à la volonté de Dieu eut bientôt dominé dans son àme tout autre sentiment. 11 se contenta de consigner dans son Journal, à la date du 3 février, ce simple et touchant éloge funèbre : « Marceau Auguste, capitaine de frégate, a rendu sa belle âme à Dieu, le 1®*" février. 11 m'avait guidé, lorsque j'eus la pensée de revenir à la religion; sa piété admirable et ses bons conseils avaient produit une profond») impression sur moi. Sa conversation était gaie, aimable, et il exerçait un salutaire ascendant sur tout ce qui l'entourait. J'eus uue grande joie à le revoir à son retour de l'Océanie, car j'aimais beaucoup sa société. Je le nommais le premier dans mes prières, et je compte maintenant avoir en lui un puissant avocat, car j'espère fermement que Dieu dans sa bonté l'a déjà couronné au ciel. »

Avant de quitter Paris, le commandant reçut une brochure sur le dernier des Cassini, dont l'auteur^ M. Gossin, fondateur et président des conférences de Saint-Vincent de Paul, s'était empressé de lui faire hommage. « 11 est impossible, écrivait-il après l'avoir parcourue, de mieux raconter une noble et belle existence, et je suis heureux dépenser que mon bâtiment porte le nom d'un illustre savant et d'un admirable chrétien ^1). »

De Plas, qui avait hâte de rejoindre le Cassini, arriva à Lorient le 8 février au matin. « J'ai serré de bon cœur la main aux officiers, écrit-il le même jour

({} Le dernier des Cassiui, président de la Cour royale de Paris et membre de la Chambre des Pairs, passait pour un jurisconsalie émiaeat et ua fort bou chrétien.

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à sa sœur Augusta ; tout le monde paraît animé d'un bon esprit, et j'espère, avec le temps, que tout ira bien. »

Le Cassini, corvette à roues de deux cents chevaux, armée de six canons, était monté par cent vingt hommes d'équipage, y compris Tétat-major qui comptait, outre le capitaine de frégate commandant, cinq lieutenants de vaisseau, un officier d'administration, deux médecins et six aspirants de marine. Les expériences à la mer commencèrent dès le 12, et réussirent au delà de toute espérance. « J'ai un bon bâtiment, disait le commandant, un excellent état-major, une maistrance et un équipage pleins de bonne volonté. »

Ce qu'il venait d'observer pour la manœuvre, de Plas ne tarda pas à le remarquer pour la pratique religieuse. « Je couche pour la première fois à bord, écrit-il à sa mère le 15 février. J'ai voulu assister ce soir à la prière qui a été dite par Tofficier de quart. Tout l'équipage, bien qu'il ne soit point astreint à y assister, car nous avons voulu que l'acte fût libre, s'est groupé avec recueillement à l'arrière; j'en ai été édifié et joyeux. Il est bien difficile d'être mieux armé en hommes que ne l'est le Cassini, Dieu veuille me rendre capable de diriger les bons éléments qu'il m'a donnés. » Le lendemain, dimanche, il constatait encore avec plaisir que plus des deux tiers de l'équipage s'étaient habillés à la hâte, pour assister à la messe du port, à neuf heures, accompagnés de deux élèves et de deux officiers. Aussi l'harmonie la plus complète paraissait-elle devoir régner sur le bâtiment.

Tout était prêt pour le départ. On n'attendait plus qu'un nombreux personnel religieux qui avait obtenu passage abord du Cassini pour diverses destinations • M. l'abbé Cambier, dont nous avons déjà parlé, aflFecté

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