PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE DU « GASSLM
définitivement à la station de Madagascar, embarqua, dès le 17, pour remplir volontairement, sans titre officiel, les fonctions d'aumônier. MgrDesprez, actuellement cardinal-archevêque de Toulouse, arriva le 22, se rendant à Tile Bourbon prendre possession du siège de Saint-Denis, dont il était le premier évêque. Mgr VéroUes ne rallia le port que le 2 mars, regagnant son vicariat apostolique de la Mantchourie, où il s*était déjà illustré par de longs travaux. Le nombre des passagers se trouva alors au complet. On comptait, outre les deux évoques, leurs deux grands vicaires, trois missionnaires des Missions étrangères et trois religieuses de Saint- Joseph, destinées elles aussi à porter au loin le nom et la bonne odeur de Jésus-Christ.
D après ce qui vient d'être dit du personnel de la corvette, on ne sera pas étonné qu'une véritable chapelle ait été installée abord du Cassini. Pour la première fois peut-être, par une faveur due à Mgr révêque de Vannes, Jésus-Christ lui-même, présent dans le Saint-Sacrement, allait traverser TOcéan, ayant son trône dressé, comme il convient, à la place d*honneur, sur un bâtiment de guerre de la marine française.
La chapelle fut bénite par Mgr Desprez, au milieu du recueillement de Téquipage et des officiers. « Je suis heureux, écrit de Plas, le soir même de la cérémonie, je suis heureux dans le plus profond de mon àme de ce qui s'est passé ce matin. Je remercie Dieu qui a bien voulu permettre que le premier bâtiment que je devais commander eût l'honneur d'avoir une chapelle et de porter dans une de nos colonies son premier évêque. »
Mais, à côté de ces joies intimes et pures de Tâme, une tristesse restait cependant au fond du cœur si sensible du commandant, celle de n'avoir pu revoir la maison paternelle et dire un dernier adieu à sa famille
aimée. « Chère mère, écrit-il, Puycheni est mon oasis sur cette terre de Fi-ance que je vais bientôt quitter. Que de fois mes pensées seront tournées vers le lieu où résident ma mère et mes sœurs, où chaque arbre, chaque objet me rappelle un bon souvenir ! Oh! qu'il est doux d'aimer, d'aimer avec ardeur ; c'est un commencement des délices du ciel. Je ne cesse de louer Dieu et de le remercier d'avoir mis en moi cette sainte affection de la famille.
« Quand cette lettre t'arrivera, je serai bien près do partir. Que mes sœurs et toi, chère mère, prient pour le voyageur, pour le Cassini que j'aime déjà, à cause des braves gens qui l'habitent et qui se sont joyeusement offerts à servir avec moi. Puissions-nous tous, unis d'intentions et d'efforts, faire bénir Dieu et la France à l'étranger! »
On était à la veille du départ. M. Tabbé Cambier, qui depuis quinze jours se trouvai ta bord, avait eu le temps de faire connaissance avec ses nouvelles ouailles. Recueillant ses premières impressions, il les consigna fidèlement dans un journal qu'il continua d'écrire pendant la traversée pour épancher son cœur dans le sein de l'amitic.
« Les marins qui composent l'équipage, dit-il, paraissent jeunes et inexpérimentés, mais ils seront vite formés, et les choses en iront mieux pour peu que la divine Providence daigne nous favoriser. Du reste, tous ces marins ont bon visage. Bretons en majorité, le prêtre ne les effraie pas ; ils sont habitués à le voir de près, à l'écouter et à suivre ses conseils. Je puis donc attendre de la sympathie de leur part. Les mousses ne sont qu'au nombre de six, ce sera mon petit troupeau. Ces pauvres enfants ne sont-ils pas trop laissés à eux-mêmes et trop mêlés aux hommes de l'équipage? A cet âge, les conversations libres qu'ils