‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine [microform], d'après les rapports, lettres et notes du Commandant de Plas. Enrichie de plusieurs cartes pour l'intelligence du texteChapitre 15 sur 68 · PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE DU « CASSINI · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE DU « CASSINI

ment les relations plus ou moins agréables avec les officiers. Clerc et Bernaërt, les premiers appelés, se trouvaient à Lorient, où ils secondaient le capitaine de toute l'activité de leur, esprit, de toute l'ardeur de leur foi. « J'ai déjà, écrit François à sa mère, deux lieutenants de vaisseau bons chrétiens, qui sont pour moi des frères. Le lien reJigieux est de tous le plus solide ; quand nous assistons ensemble à la messe du matin, on pourrait dire de nous, comme des premiers chrétiens, que nous ne faisons qu'un cœur et qu'une âme. » C'était, en effet, l'habitude des trois amis d'assister à la première messe du matin pour attirer sur leurs travaux du jour la bénédiction du ciel. De Plas se plaisait à le constater au retour d'un voyage à Puycheni. « J'ai eu un vrai plaisir, dit-il, à serrer la main des deux officiers qui m'ont demandé d'associer leur fortune à la mienne. Nous avons été fidèles, ce matin, à notre habitude d'entendre la première messe. J'ai eu la consolation de voir ici beaucoup de monde aux messes du matin. Les populations bretonnes sont évidemment religieuses, je les trouve même édifiantes. » Les prémices de la journée consacrées à Dieu, le commandant se dépensait le reste du temps à l'armement de son navire, parcourant les divers ateliers et se rendant compte par lui-même de l'installation à bord du Cassini. Clerc, de son côté, continuait, aidé de Bernaërt, à s'occuper du personnel futur. Nous l'avons déjà vu proposer le docteur et l'officier d'administration, deux choix qu'il regardait comme excellents et qui avaient été acceptés sans difficulté, en même temps qu'un jeune enseigne qui partageait tous ses sentiments. « Mon ami S"**, écrit-il, en parlant de ce dernier, a chanté un Te Deum et un Magnificat. C'est le plus beau fleuron de votre couronne de commandant, et je veux que vous m'en sachiez gré. » Mais déjà sol-

licite par un puissant attrait à quitter le monde, le jeune enseigne ne tarda pas à entrer au noviciat de la Compagnie de Jésus, où son ami devait le rejoindre après la campagne de Chine.

Outre les officiers qui composent l'état-major d'un bâtiment de guerre, on embarque aussi un certain, nombre d'aspirants ou élèves, comme on disait autrefois, parce qu'ils continuent à bord leur éducation maritime. Clerc se félicitait d'avoir eu la main heureuse : « Ce sont, disait-il, des jeunes gens qui ont déjà résisté à bien des épreuves ; on peut compter sur leur dévouement. Parmi eux se trouvent les quatre premiers de l'École. »

Quant au recrutement de la maistrance et de l'équipage, les difficultés étaient plus grandes, à raison même du nombre relativement considérable des hommes à embarquer. Aussi le commandant voulut-il s'occuper lui-même de ce choix, et chaque jour il passait plusieurs heures aux Équipages de ligne, examinant les hommes, lisant leurs livrets, pour ne prendre que des matelots capables et de bonne volonté. « Les solliciteurs me poursuivent, écrit François à sa mère : c'est à qui embarquera sur le Cassini, quelques-uns par goût, beaucoup par misère. Il y a ici un grand nombre de marins inoccupés, pour lesquels la navigation semble une douceur, comparée à la triste vie qu'ils mènent à terre. C'est à faire saigner le cœur. Suivant toute apparence, nous aurons un bon équipage : on m'a laissé beaucoup de facilités pour le composer, et je ne prends que des hommes de très bonne conduite. » Le 10 décembre, de Plas recevait l'ordre officiel de prendre le commandement du Cassini, En signalant, dans son Journal, cette prise de possession, il ajoute : « Le bâtiment estbon et sera bien armé, les apparences sont en faveur du succès ; mais il en est des campagnes

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