ÉPILOGUE
taine, le 19 juillet, qu'on ne l'enverrait pas dans la Baltique, à raison de l'état du Cassini, qui réclamait des réparations urgentes. « C'est demain soir, écrit-il à sa mère, que nous partons pour Brest, puis pour Lorient, où se fera le désarmement du Cassini. Je n'ose me flatter, ajoute-t-il, d'aller de suite à Puycheni. Il y a dans les ports de la besogne pour tous les officiers, et les circonstances exceptionnelles dans lesquelles on se trouve, pourraient susciter de nouvelles difflcultés et de nouveaux retards. »
Le lendemain, après avoir aidé à l'embarquement sur des vaisseaux anglais d'une division de dix mille hommes qui devaient, sous les ordres du général Baraguey d'Hilliers, rallier les six mille hommes qui se trouvaient déjà dans la Baltique, le Cassini resta seul en rade, avec le garde-pêche, et c'est lui qui salua de dix-sept coups de canon le départ du commandant en chef. Quelques instants après, de Plas faisait ses adieux à l'amiral Lapierre, qui retournait à Paris ; lui-même cinglait à l'ouest, sans regret de ne pas aller dans la Baltique, comme un homme qui laisse passer avec respect la volonté de Dieu.
Arrivé à Brest le 22 juillet, le commandant en partit avant minuit, laissant à terre médecin, commissaire et un officier. Le major général, contre-amiral Fourichon, qui remplaçait le préfet absent, avait cru qu'il était urgent de se rendre immédiatement à Lorient pour remorquer un vaisseau destiné à la Baltique. « Cette activité à laquelle on contraint le Cassini, écrit alors François, termine bien notre longue campagne ; elle sera un titre d'avancement pour les officiers et l'équipage. Quant à moi, chère bonne mère, tu connais mes sentiments en fait d'honneurs que je considère plutôt comme une charge que comme une récompense. Je sers de mon mieux dans mon grade, dont je
394 CAMPAGNE DU « GASSINI »
suis satisfait, et je n'attends pas d'autre récompense que celle promise par Dieu aux hommes de bonne volonté. »
Le lendemain, à deux heures de l'après-midi, le Cassîni entra dans le port de Lorient, ayant à son bord la dépouille mortelle du jeune Lavaud, fils du préfet maritime, qu'il rapportait de Calais. Un canot de la préfecture, où se trouvaient un aide de camp et un aumônier, attendait le cercueil auquel on rendit leshonneurs funèbres, comme si le défunt avait appartenu au bâtiment. A peine de Plas, après avoir assisté à la, messe de requiem, avait-il eu le temps de saluer à terre quelques-uns de ses bons amis, entre autres M. Lauriston et le commandant Rolland de Chabert, qu'il repartit de nouveau, donnant la remorque au vaisseau de ligne leDona-vpei^iz, pour le conduire en pleine mer.
Le 26, le Cassini mouilla en rade de Brest, où il devait prendre à la remorque la frégate la Persévé" rante jusqu'à l'île d'Ouessant, pour la mettre à même de pouvoir continuer sa route dans la Manche. « Je comprends, écrit François à sa mère, que, privés comme on l'est de bâtiments à vapeur, par suite des expéditions de la Baltique et de la mer Noire, on ait. gardé le Cassini pour le service spécial qu'il fait en ce moment. Nous allons repartir pour Lorient avec un chargement de fers et d'autres objets. Cette activité me plaît plus qu'elle ne me fatigue. Sans doute j'auraisaimé à prendre quelques jours de repos dans ma. famille ; mais, puisque ce n'est pas possible immédiatement, il faut se résigner et faire contre mauvaise fortune bon cœur. J'oublie qu'il n'y a pour un chrétien ni bonne ni mauvaise fortune, mais simplement la conformité joyeuse à la volonté de Dieu. »
Loin de regarder comme fâcheux cet emploi à outrance du bâtiment, le commandant se réjouissait de