‹ Campagne du Cassini dans les mers de Chine [microform], d'après les rapports, lettres et notes du Commandant de Plas. Enrichie de plusieurs cartes pour l'intelligence du texteChapitre 52 sur 68 · FIN DE L'INSURRECTION DE CHANG-HAI · texte numérisé non relu

FIN DE L'INSURRECTION DE CHANG-HAI

» et le sang-froid avec lesquels vos marins et soldats ont » marché à la brèche, et la manière peut-être encore » plus remarquable dont ils ont soutenu trois heures » d'un combat aussi numériquement inégal. Une pa- » reille conduite ne saurait être surpassée.

» Le capitcLine du stestmer de S. M. B. l'Encounter, » G.-O. Câllâghan. »

« A ces preuves de sympathie de leurs chefs, les états-majors et marins des bâtiments anglais et américains sur rade ont ajouté les plus cordiales et les plus honorables manifestations pour les équipages de la Jeanne d'Arc et du Colbert.

« Enfin, Ki, le gouverneur de la province du Kiangsou, a adressé un pli officiel à l'amiral Laguerre, dans lequel il s'exprime ainsi :

« Tout ce que vous avez fait est juste et bon ; non » seulement les mandarins et les commerçants, tant » européens que chinois, en seront très reconnaissants, » mais dans la population de Chang-hai il n'y a pas un » habitant civil ou militaire qui ne publie vos louanges. » Votre empire est véritciblement un grand empire ; » vous ne permettez pas aux rebelles de tout troubler à » leur gré et de se cacher dans la ville. Partout oii flotte » votre pavillon^ la rébellion doit se cacher et fuir.

» Considérant avec quelle justice et quelle loyauté » vous agissez, et combien tout le pays est content et » reconnaissant, je me suis hâté d'en adresser un rap- » port à l'empereur.

»Je devais vous adresser cette dépêche officielle, » pour vous remercier et vous prier de penser aux me- » suresiiiécessaires pour en finir avec les rebelles.

« Le 3 de la 12'= lune de la 4» anuée de Hien-Foung.

» Signé : Ki. »

« Une souscription a été immédiatement ouverte à Chang-hai, parmi les résidents français, anglais et américains, pour élever un monument à la mémoire des hraves soldats et des marins qui ont succombé dans l'affaire du 6 janvier. La mission française, sous la direction de Mgr Maresca, a le projet d'élever, sur un des points actuellement occupés par le consulat, une chapelle funéraire où seront déposés les restes des officiers tués dans ce combat. »

Si l'amiral Laguerre ne réussit pas à chasser les rebelles de la ville par cette tentative hardie, qui coûta la vie à trois officiers et neuf matelots, il leur inspira du moins une terreur salutaire. Dès ce moment, ils comprirent tout ce qu'ils avaient à redouter de nos marins qui, au nombre de deux cent quarante et placés à découvert sur les remparts, soutinrent, pendant quatre heures, un feu meurtrier contre deux ou trois mille hommes, cachés dans les maisons.

Les rebelles perdirent presque toute espérance, lorsque, quelques jours après, l'amiral parvint, à l'aide des impériaux, à intercepter les communications de la ville avec les Américains. Plusieurs songèrent à se rendre, et, comme ils avaient moins de confiance dans les impériaux que dans les Français, ils s'adressèrent à ceux-ci de préférence. La vie sa,uve ayant été promise à tous ceux qui se rendraient, quelques centaines s'échappèrent de la ville à différents intervalles et allèrent faire leur soumission au consulat français, ou au camp des mandarins. Le plus grand nombre cependant, encouragé par un des chefs et par quelques étrangers, se résolut à une résistance opiniâtre jusqu'à la dernière extrémité. Dans la première quinzaine de février les assiégés ne se bornèrent plus à se tenir sur la défensive, ils prirent l'offensive, en attaquant à plusieurs reprises les camps des impé-

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riaux : ce fut le dernier efifort de la révolte expirante.

Les communications avec la ville européenne ayant été interceptées, les approvisionnements ne pouvaient plus se faire comme autrefois, et la disette de riz et d'opium commençait à exercer ses rigueurs. En même temps le bruit courut que la Constsintine arrivait. Pressés par la faim et par la peur, les insurgés résolurent, non de se rendre, mais de s'ouvrir un passage, à main armée, à travers les camps des impériaux, La nuit du 17 au 18 février fut clioisie pour mettre ce dessein à exécution.

Avec les forces dont ils disposaient, les rebelles pouvaient sans difficulté opérer une sortie en masse et s'emparer d'une autre ville. Au lieu de sortir tous ensemble, ils se divisèrent par petites bandes de douze ou quinze, afin de trouver une issue plus facile entre les camps des impériaux ; mais, la plupart ne connaissant pas les sentiers qui sillonnent les campagnes, ils se trouvèrent bientôt séparés les uns des autres au milieu des ténèbres de la nuit. Dès le lever du jour, les troupes impériales commencèrent à poursuivre les bandes répandues dans la campagne. Le peuple s'était aussi levé partout en masse pour courir sus aux malheureux fuyards. Ceux qui avaient pu se déguiser parvinrent seuls à échappe r à la fureur des soldats et du peuple.

Pendant que les rebelles prenaient la fuite, Changhai devenait la proie des flammes. Les uns disent que le feu fut mis par les insurgés avant leur départ, d'autres prétendent que ce furent les impériaux qui voulurent ainsi détruire leurs ennemis cachés dans les maisons. Quoi qu'il en soit, cette ville infortunée, environnée comme d'une ceinture de feu, offrait un spectacle effrayant ; l'incendie consuma le tiers des habitations. Une patrouille de vingt matelots français, conduite par

le p. Lemaître, parcourut les rues de la ville pour réprimer tout désordre et dissiper la crainte des habitants. Ils furent accueillis comme des amis et des sauveurs. Les Chinois, contents de voir ainsi terminer cette guerre civile qui depuis si longtemps désolait le pays, reconnaissaient hautement qu'ils étaient redevables de ce résultat aux Français.

Le dimanche, 25 février, l'amiral Laguerre, heureux d'avoir ajouté une nouvelle gloire au pavillon français, se rendit à la cathédrale pour assister à une messe solennelle, suivie du Te Deum, en actions de grâces. Il était accompagné d'un nombreux état-major en grande tenue, des musiciens de la frégate et d'une vingtaine de matelots sous les armes.

« On ne saurait croire, écrivait un missionnaire, combien ces glorieuses affaires ont relevé le crédit de la France en Chine. Le nom français est maintenant dans toutes les bouches : ce n'est plus un nom barbare comme celui des Anglais, et surtout des Américains, qui ont favorisé le parti des rebelles, en lui donnant un appui moral et en lui procurant des secours matériels pour résister aux troupes impériales de Chine et de France. L'on dit parmi le peuple que la religion des Français doit être excellente, puisqu'ils ne craignent pas demourir pour protéger les innocents et soutenir le bon droit. »

FIN DE l'insurrection DES KOOANa-Sl-JEN (1).

Les rapports, lettres et notes du comDaandant de Plas nous ont fait connaître la première période de l'insurrection chinoise, période de progrès incessants et de faciles victoires ; à partir de 1854, la lutte devint plus vive et plus sérieuse.

Après avoir franchi le Yang-tse-kiang sous les murs mêmes de Nan-king, les troupes rebelles avaient pris résolument la direction de Pe-kiiig. Dans leur marche rapide à travers le Kiang-sou et le Ho-nan, elles avaient pillé huit villes importantes et mis le siège devant Kai-fong fou ; mais le général tartare Si-ling-a, qui ne cessait de les harceler depuis leur départ de Nanking, les surprit, les dispersa à la suite d'un comhat acharné, et fit tous ses efforts pour les empêcher de passer le fleuve Jaune.

L'armée insurrectionnelle, ayant réussi à reformer ses rangs, menaça de nouveau la capitale du Ho-nan ; mais frappée d'impuissance par une crue subite du fleuve, elle chercha son salut dans une prompte re-

(1) Cf. Ch. iir, commencements de l'insurrection; ch. viii, progrès de l'insurrection; ch. xii, résultats de l'insurrection.

traite. Renonçant alors à l'espoir de s'emparer de Kai-fong, les rebelles se jetèrent sur la petite ville de Sse-Choui, située près des bords du fleuve Jaune qu'ils traversèrent, et ils continuèrent de s'avancera marches forcées vers les frontières du Tchi-li. La retraite n'était plus possible pour les bandes insurgées. Séparées de leurs bases d'opération par deux grands fleuves et par les armées vaincues, elles n'avaient plus à compter que sur elles-mêmes : aussi pouvait-on prévoir le moment où elles seraient fatalement perdues, si elles ne réussissaient pas à s'emparer dePe-king.

Arrivés en face des soldats tartares, défenseurs intéressés du trône, les Kouang-si-jen attendirent que de nouveaux renforts leur permissent de reprendre l'offensive. Cette inaction leur devint fatale : ils manquèrent bientôt de vivres, en même temps que le secours attendu fit défaut , et leur retraite commença lorsqu'ils allaient atteindre le but. Avant la fin de 1854, d'importants avantages couronnèrent les efforts des impériaux et, dès le mois de décembre, leurs adversaires, après avoir essuyé plusieurs défaites en rase campagne, se virent contraints d'évacuer toute la partie méridionale de la province du Hou-pe.

Cependant le Yang-tse-kiang, qui arrose les provinces les mieux cultivées et les plus industrieuses de la Chine, continuait d'être la principale artère de l'insurrection. C'est le grand fleuve et ses affluents qui servaient à relier toutes les positions importantes des rebelles ; il suffisait de les chasser de ses rives, pour les priver de leurs plus fécondes et de leurs plus vitales ressources. Le gènéralisme Hiang-yong vint donc mettre le siège devant Nan-king, et, pendant l'année 1855, il brûla plus d'un millier de jonques et tua plus de vingt mille hommes à l'ennemi. Mais, en 1856, les événements trahirent sa fortune : les assiégés, qui manquaient de

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vivres, firent une vigoureuse sortie et mirent en pleine déroute l'armée d'investissement.

Les Kouang-si-jen ne devaient pas profiter longtemps de cet avantage ; la discorte éclata parmi les chefs, et l'un de leurs plus braves généraux, Tchang-kouo-liang, passa à l'ennemi. Doué d'une grande audace et d'une rare activité, il eut bientôt rétabli dans le Kiang-sou les affaires de l'empereur ; avant la fin de i 857, il avait pris ou brûlé onze camps rebelles, et était devenu la terreur de ses anciens compagnons d'armes. Dans le courant de 1858, ses victoires furent plus décisives encore : il s'empara par surprise de Tchen-kiang fou, rétablit la libre navigation du Grand-canal et mit le siège devant la capitale de l'insurrection. Nan-king était encore cerné par les troupes impériales, lorsque lord Elgin remonta le Yang-tse-kiang, à son retour du Pei-lio. L'ambassadeur d'Angleterre se proposait de visiter les villes situées sur le grand fleuve, que les traités de Tien-tsin venaient d'ouvrir au commerce. Partie de Chang-hai le 8 novembre 1858, l'expédition y fut de retour le l^"" janvier 1859, rapportant des impressions peu favorables aux rebelles ; il n'était personne à bord des bâtiments anglais qui ne fût convaincu de l'anéantissement prochain de l'insurrection chinoise.

On savait bien à Pe-king qu'une ville forte comme Nan-king, défendue par cent mille rebelles, ne pouvait être emportée d'assaut ; mais on comptait sur la famine et la défection, sur la vigilance et l'habileté de Tchangkouo-liang. Toutes les combinaisons devaient échouer devant l'inébranlable ténacité des assiégés. En 1859, Tchang recula devant les sorties de la garnison, son camp fut surpris, et il se vit forcé de lever le siège. En 1860, les rebelles étaient maîtres de la paisible et opulente cité de Sou-tcheou et menaçaient la riche et im-

portante place de Chang-hai. Le 13 août, on pouvait lire une proclamation qui annonçait leur arrivée ; déjà même on voyait briller au loin les incendies qui signalaient leur approche.

Par mesure de prudence, le commandant des forces navales françaises fît occuper le faubourg de l'est; les Anglais se chargèrent de défendre la ville du côté de l'ouest et du sud ; les négociants étrangers s'entendirent pour protéger au besoin les concessions contre les insurgés, les impériaux et les voleurs. Le 18 août, les Kouang-si-jen s'avancérenL jusqu'aux faubourgs de l'ouest, où les Anglais avaient établi leurs batteries ; ils furent repoussés, mais se retirèrent en bon ordre. Nos boulets et nos obus les mirent en fuit-e le lendemain, du côté de l'est par où ils avaient essayé de pénétrer. Ce double échec ne les découragea pas, et on les vit reparaître, le 20 août, plus nombreux et plus ardents ; nos batteries et celles des Anglais firent feu sur eux de toutes leurs pièces; ils résistèrent quelque temps et finirent par battre en retraite, mais lentement et sans désordre. On apprit plus tard que les rebelles avaient envahi le Tche-kiang, et menaçaient la grande ville de Ning-po.

« Que de calamités, écrivait Mgr Delaplace au commandant de Plas, le 3 septembre 1861 ! que d'horreurs dans notre Tche-ldang! Les hordes, qu'on nomme rebelles, promènent le fer, le feu et pis encore. S'ils ne ■ faisaient que brûler et tuer, je me consolerais peutêtre; mais quelles traces impures ! Quelles infernales abominations ! Tout ce que les journaux vous ont dit des Druses contre les Maronites, je l'ai vu de mes yeux et notre province est aux deux tiers la proie de ce monstrueux brigandage. Nos pertes matérielles et spirituelles sont incalculables. Il faudra un long temps, une grande patience, beaucoup de prières et de morti-

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fications pour réparer tant de désordres. J'estime déjà comme perdues plusieurs de nos anciennes chrétientés : chapelle et maisons, tout a été brûlé. Les habitants ont disparu ou sous le glaive, ou par la faim, ou par l'exil...

« Un de nos PP. Chinois entre hic etnunc dans ma chambre pour m'annoncer que les rebelles menacent Ning-po, que le sauve qui peut est dans la population, que des barques d'émigrants se transportent dans les îles Chou-san, etc., etc. Depuis neuf mois, ces alertes sont si fréquentes que je me blase. Cependant jamais cela n'a été aussi vif pour Ning-po... »

Tant que les rebelles s'étaient tenus au centre de l'empire, nous n'avions aucun droit d'intervenir contre eux, sans l'approbation du gouvernement impérial. Or, le prince Kong, président du conseil de régence, déclinait toutes les offres de service, alléguant qu'une intervention étrangère diminuerait le prestige du jeune souverain. Les chefs des forces alliées devaient donc se contenter de défendre les concessions dans les ports ouverts au commerce. C'est ainsi qu'à la prise de Ning-po par les insurgés, le 18 décembre 1861, les amiraux Protêt et Hope se bornèrent à obtenir le respect des Européens et la neutralisation du faubourg où se trouvent les concessions.

Le moment approchait oii la neutralité serait impossible à garder; l'attitude des rebelles vis-à-vis des étrangers était complètement changée. A Ning-po, ils armaient des batteries menaçantes contre les concessions; à Chang-hai, ils envoyaient des lettres insolentes aux amiraux, leur ordonnant de retirer leurs troupes et leurs vaisseaux. Les chefs des escadres française et anglaise comprirent quel était alors leur devoiret rendirent un service signalé à la civilisation aussi bien qu'à la Chine elle-même.

Pour la suite des événements qui signalèrent la fin de l'insurrection-, il serait inutile, croyons-nous, de recommencer l'intéressant récit de M. des Varannes dans un article intitulé : La Chine depuis le tra^ité de Pe-King, (1) nous nous contenterons de résumer sommairement les principaux faits, depuis le commencement de janvier 1862 jusqu'à la prise deNan-king par les impériaux, le 19 juillet 1864(2.)

Janvier-Mars. — Les rebelles s'étant emparés de Hang-tcheou s'avancèrent jusqu'à Wou-song, sernant sur leurs pas le meurtre et le pillage, et menacèrent de nouveau Chang-hai oii le commerce fut complètement suspendu.

La nécessité d'une protection efficace, qu'on ne pouvait attendre de l'administration locale, conduisit les autorités étrangères à se départir du rôle de neutralité gardé jusque là. Défense fut faite aux rebelles de s'approchera plus de trente milles des ports ouverts par les traités. Ils furent chassés des villages qu'ils occupaient aux environs de Chang-hai, par les forces anglo-françaises qui, sous la direction de l'amiral Hope, coopéraient avec les soldats impériaux à la défense commune. Plusieurs engagements eurent aussi lieu sur la rivière. L'Américain [Ward, ayant groupé autour de lui plusieurs centaines de Nankinois et de déserteurs, reçut du gouvernement chinois le titre de colonel et entra en campagne contre les insurgés,

(i) Revite des Deux-Mondes, 15 avril 1863.

(2) Cf. : L'Empire du Milieu, par M. le marquis de Gourcy.

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après avoir discipliné quelques compagnies indigènes. En même temps, M. Layfut chargé de faire à Londres, pour le compte de la Chine, l'acquisition de plusieurs navires qui devaient être armés contre la rébellion, et dont le commandement serait confié à M. Osborn, officier de la marine britannique.

Avril. — M. Lebreton reçut le commandement d'un corps franco -chinois organisé à Ning-po.

Des engagements meurtriers eurent lieu prés de Chang-hai, et les villes de Nan-chiang et de Ka-ding furent reprises aux rebelles.

Mai. — Provoquées par les bravades de la garnison rebelle de Ning-po, les forces anglo-françaises l'expulsèrent le 10 mai, et remirent la ville aux autorités impériales.

Les troupes alliées et le régiment de M. Ward poursuivirent activement leurs succès contre l'insurrection à laquelle Tsing-pou, Nan-jao et Tcho-lin furent successivement reprises. L'amiral Protêt tomba, le 17 mai, frappé d'une balle au cœur, à l'attaque de Nanjao. S'il ne fut pas donné au brave amiral d'accomplir tout entière la mission qu'il s'était imposée, du moins mourut-il avec la consolation d'avoir tout fait pour la grandeur de son pays.

Septembre. — Ward fut tué près de Ning-po, dans un combat livré aux rebelles. Le gouvernement chinois décréta qu'un temple serait élevé à sa mémoire, et lui donna M. Burgevine pour successeur.

Octobre. — Deux villes, Fong-hoa, près de Ningpo et Ka-ding, près de Chang-hai, furent reprises aux rebelles. Le corps franco-chinois, commandé par MM. Giquel et Lebreton, remporta de nombreux succès dans le Fo-kien et le Tche-kiang.

Novembre. — Les rebelles, après une vigoureuse résistance, furent chassés par les troupes de Burgevine

des fortifications qu'ils occupaient à Pao-kong, dans le Kiang-sou. L'amiral Hope quitta la Chine.

Décembre. — ■ Les rebelles furent chassés de Chang-you, dans le Tche-kiang.

Janvier. — Réorganisation du corps anglo-chinois : Burgevine, destitué par le Tao-tai de Chang-hai, fut remplacé d'abord par le capitaine Holland, puis par le major Gordon.

Février. — Les troupes impériales et le corps anglochinois furent repoussés avec perte à l'assaut de Taitsan.

Mars. — : MM. Lebreton et Tardif de Moidrey, commandants du corps franco-chinois, ayant été tués successivement devant Chao-ldng fou, M. le lieutenant de vaisseau d'Aiguebelle prit la direction de ce corps, et la ville ne tarda pas à tomber au pouvoir des impériaux.

Avril. — Deux autres villes, Fou-Chan et Tai-tsan, dans le Kiang-sou, rentrèrent sous la domination impériale.

Ma,i. — Capture de Kouin-san par le major Gordon.

Juin-Août. — Belle campagne du major Gordon dans le Kiang-sou. Chassée de Ou-kiang et des fortifications qu'elle occupait près de cette ville, l'armée rebelle se replia sur Sou-tcheou, où elle s'enferma. Burgevine, s'étant emparé par surprise d'un petit steamer sur le canal de Sou-tcheou, passa à l'insurrection. .

Octobre. — Les négociations entreprises par M. Lay à Pe-king, pour organiser une flotte anglo-chinoise,

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dont le commandement devait être confié au capitaine Osborn, échouèrent complètement.

Novembre . — Plusieurs engagements eurent lieu, sous les murs de Sou-tcheou, entre les insurgés et les troupes du major Gordon, qui en sortit presque toujours victorieux.

Burgevine, capturé pendant une attaque qu'il dirigeait contre la flotille destinée à ravitailler les forces impériales, fut conduit à la prison du consulat américain.

Décembre. — Les ouvrages extérieurs qui protégeaient Sou-tclieou ayant été emportés d'assaut, le général rebelle négocia, par l'entremise de M. Gordon, l'évacuation de cette importante cité, qui ouvrit ses portes aux vainqueurs.

Février. — Gordon s'avança vers Nan-Mng, pour combiner ses mouvements avec ceux du général chinois qui assiégeait cette ville. Il parvint à rétablir le pouvoir de l'empereur à Yi-siiig et Li-yang, mais il fut repoussé et blessé à l'attaque de Kin-tang.

Mars. — Le corps franco-chinois, commandé par M. d'Aiguebelle, s'empara de Hang-tcheou, que les insurgés occupaient depuis plus de deux ans, et restitua ainsi à l'empereur l'une des plus grandes villes de. ses États.

Mai. — Tchang-tcheou, après une vigoureuse résistance, fut emporté d'assaut par les troupes du gouverneur Li et du major Gordon; mais celui-ci, considérant sa tâche comme accomplie, renonça à son commandement. Les corps anglo-chinois et franco-

chinois furent dissous et se fondirent dans l'armée qui assiégeait Nan-king.

Juillet. — Lemajor Gordon institua près de Changhai, avec l'autorisation des consuls, un camp de manœuvre pour l'instruction des troupes chinoises.

Dans la journée du 19, Nan-king fut prise d'assaut par les troupes impériales, et le chef rebelle disparut dans le combat. Cette importante victoire donna le coup de mort à l'insurrection qui, depuis dix ans, désolait les plus riches provinces de la Chine. Les débris des armées rebelles continuèrent de porter au nord et . à l'ouest la dévastation et la ruine ; mais privés d'une direction unique, ils ne tardèrent pas à se disperser et à s'évanouir.

Grâce à l'intervention des anglo-français dans la guerre civile qui désola si longtemps le Céleste Empire, le rôle des étrangers grandit beaucoup aux yeux de la population, et dès ce moment commença pour les Européens l'invasion morale en Chine. A la suite des alliés, toutes les autres nations accoururent; et ce vaste pays jusqu'alors inaccessible, envahi par le commerce du monde entier, offrit à l'activité humaine le champ le plus étendu qu'elle eût rencontré depuis des siècles.

. D'après le journal protestant de Chang-hai, les missionnaires français, témoins de ce mouvement social, n'auraient eu qu'un but : en profiter pour faire entrer le peuple chinois danslavoie catholique romaine. Nous li'avons qu'une affaire, répondit le P. Broullion : c'est de racheter les âmes au prix de nos sueurs, jusqu'à ce que le ciel daigne accepter notre sang. Néanmoins, ajoutait le P. Fournier, l'heureuse issue de la guerre nous donne lieu d'espérer les résultats les plus avantageux pour les progrès delà foi dans le Céleste Empire ; caries

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mandarins sont pleinement convaincus du désintéressement de la France dans les sacrifices qu'elle a faits pour le bien de la Chine. Ils savent qu'elle ne cherche point à s'enrichir et à étendre son commerce dans ces contrées, mais que toute son ambition se borne à désirer, en récompense des services rendus, une liberté plus grande pour les missionnaires catholiques de propager la foi dans l'empire et de répandre partout les bienfaits que porte avec elle la civilisation chrétienne.

Quant au peuple, il estime et honore les missionnaires catholiques, qui sont presque tous Français, et ne se font connaître que par les services rendus à la Chine, soit dans les asiles et les hôpitaux où ils prodiguent leurs soins aux malades et aux blessés, soit dans les orphelinats et les écoles oii ils se dévouent à l'éducation et àl'instruction de la jeunesse (1).

Pour rendre un jour chrétienne et catholique cette nation matérialiste et sensuelle, il faut donc, dironsnous avec M. Jurieii de la Gravière, « lui montrer des hommes (missionnaires ou officiers) complètement détachés de tout ce qu'elle est habituée à poursuivre, de ces hommes comme les temps évangêliques en ont vus, indifférents aux honneurs, insensibles aux jouissances matérielles, ne comptant pour rien les privations et le danger. De tels hommes sont rares, mais Dieu les suscite quand il veut, et il le veut toujours (comme nous le montre la Campagne du Cassinï}^ lorsque l'heure est venue (2) ».

(i) Mémoire sur la Mission du Kiang-nan, pp. 37 et 448. (2) Voyage de la Bayonuaise, t. I, p. 3.

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