ÉPILOGUE
cette faim et cette soif de la justice être au-dessus de tout chez moi, afin que je rende gloire à Dieu en toutes choses, en tout temps et en tout lieu ! »
Le lendemain matin, le commandant se rendit à bord du Cassini pour inspecter le bâtiment et faire ses adieux à l'équipage. « Ce sont de braves gens, écrit-il, que je retrouverai avec plaisir dans la suite. Je leur ai dit de nouveau toute ma satisfaction pour la manière dont ils se sont conduits dans les principales phases de la campagne ; et, malgré mon discours sans apprêt, je ne doute pas de leur avoir fait grand plaisir, car la bouche parlait de Tabondance du cœur. »
Le soir, un dîner d'adieu, auquel était admis le nouveau commandant, réunit tous les anciens officiers du Cassini qui avaient supporté si courageusement les ennuis d'un longue campagne, et dont aucun incident n'avait jamais pu troubler l'harmonie. Tous se séparèrent bons amis, avec le désir de se retrouver un jour.
Un dernier devoir, auquel il ne pouvait manquer, s'imposait à l'ancien commandant, celui de recommander au ministre de la marine les hommes dont il avait apprécié les services et le dévouement.
« Vous vous êtes trouvé commandant par intérim de la station, lui écrivait l'amiral Lapierre, il faudrait dater vos propositions d'un des ports de la Chine, pour qu'au Conseil d'amirauté il ne s'élève aucune discussion sur leur valeur. Il serait regrettable que MM. les officiers eussent fait une longue et pénible campagne sans en tirer aucun profit; heureusement que vous êtes là pour réparer l'injustice d'un oubli impardonnable. »
Nous n'avons pas entre les mains le rapport que de Plas rédigea pour le ministre à ce sujet ; mais nous savons par celui qu'il avait adressé à l'amiral Laguerre,
commandant en chef la division navale de la Réunion et de la Chine, sa haute estime pour les officiers qui avaient servi sous ses ordres : aussi s'empressa-t-il de faire valoir leurs titres, demandant pour les uns un commandement et pour les autres la croix d'honneur.
Quant à ses intérêts personnels, il ne s'en occupait nullement. « La Providence, disait-il, a ses vues que je ne chercherai pas à scruter. J'aime bien mieux être plaint de ne pas avancer que d'être jalousé à bon droit et d'exciter Tétonnement du corps auquel j'appartiens. » En vain suppliait-il ses amis de ne pas intervenir et de laisser agir la Providence, il ne pouvait les empêcher de faire des démarches que ceux-ci considéraient comme un devoir. « Quelles que-soient votre humilité et votre abnégation, lui écrivait Tamiral Desfossés, je voudrais, mon bon commandant, vous voir plus désireux d'arriver à une position plus élevée et plus digne de vous. Dieu veut que chacun accomplisse ici-bas toute sa tâche. La vôtre me semble toute tracée dans la marine : plus vous grandirez, plus les efforts de votre dévouement de citoyen, de chrétien et de vieux matelot profiteront à l'honneur et aux intérêts du pays. »
Une demande instante du commandant de Rocquemaurel arriva enfin au ministère, mais elle était postérieure au dernier travail du Conseil d'amirauté : et malgré la haute estime dont jouissait l'ancien commandant du Cassini, on ne pouvait s'attendre à le voir porter d'office par le ministère sur le tableau d'avancement. La lettre de l'amiral Desfossés était datée du 12 août; dès le 14, B'rançois se reposait à Puycheni au sein de sa famille où il goûtait le plaisir d'être oublié, mais prêt à répondre au premier appel fait ^à son dévouement.
Bien que la Campagne du Cassini soit terminée avec le désarmement de la corvette et le licenciement des ofâciers, il ne sera pas sans intérêt pour le lecteur de connaître le dénouement de deux faits dont il a été beaucoup parlé dans les lettres, notes et rapports du commandant de Plas.. Voilà pourquoi nous ajoutons en appendice : 1° la fin de l'insurrection de Chang-hai; 2° la fin de l'insurrection des Kouang-si-jen. On aura ■ainsi une vue d'ensemble sur des événements d'une :grande importance pour l'histoire générale de la Chine, et celle du rôle protecteur de la France dans les missions catholiques.
FIN DE l'insurrection DE GiïANG-HAI (1)
« Gloire à Dieu! écrivait le P. Fournier, le 4 mars 1855, la ville de Chang-hai est enfin délivrée des brigands qui, depuis près de dix-huit mois, exerçaient sur elle la tyrannie la plus odieuse, et c'est la France qui a droit de se féliciter d'avoir rendu cet immense service à l'humanité. »
Les rebelles qui étaient devenus maîtres de Changhai, le 7 septembre 1853, n'avaient aucune liaison avec le grand parti des insurgés qui menaçait l'empire de Chine. Ce parti avait même refusé de les reconnaître pour ses alliés, parce qu'ils ne détruisaient pas les pagodes, et aussi parce qu'ils fumaient l'opium et exerçaient toutes sortes de brigandages. Les rebelles de Chang-hai étaient des rouges pur sang ; ils en avaient le costume (2) et les mœurs, et surpassaient en violence
(1) Voir plus haut, ch. xi : L'insurrection de Chang-hai.
(2) Ibid., p. 302 : Lettre de M. Edan.
et en barbarie ceux qui en 1848 avaient levé en France l'étendard de la révolte. Ils ne se contentaient pas de piller, de torturer et de réduire à la dernière des misères les malheureux habitants de la ville, ils les retenaient captifs et faisaient feu sur ceux qui cherchaient à s'échapper. Ils ne craignirent pas de mettre à mort les mandarins qui avaient été envoyés pour parlementer avec eux, et plus d'une fois ils attirèrent dans la ville des personnes inoffensives pour avoir le plaisir de leur trancher la tête.
Les Européens établis à Chang-hai ne voulurent pas s'éloigner de la ville révoltée, quand les impériaux arrivèrent pour en faire le siège. Ils déclarèrent qu'ils garderaient la neutralité, mais en se défendant contre quiconque les attaquerait. Après quelques mois de tranquillité, des soldats impériaux qui ne reconnaissaient ni chefs ni discipline, tirèrent sur quelques alliés. Aussitôt les camps impériaux furent attaqués et brûlés, et l'on décida que les Anglais garderaient le nord, les Américains le centre, et les Français le sud de la concession contre le brigandage des rebelles. En tous cas, les trois puissancess devaient agir de concert, et si les représentants d'une nation étaient attaqués, tous devaient les secourir.
Malheureusement d'autres que des Chinois étaient de connivence avec les insurgés pour les aider à commettre leurs actes criminels. Leur force et leur audace s'étaient accrues par le renfort de quelques étrangers, brigands ou déserteurs, qui avaient trouvé auprès d'eux un asile. On savait aussi que bien des particuliers, anglais et surtout américains, favorisaient les rebelles, leur procurant des provisions de bouche et des munitions de guerre, et recevant en échange les dépouilles du pauvre peuple. Plusieurs missionnaires protestants portèrent euxmêmes des encouragements aux assiégés, et la voix
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des consuls anglais et américains protesta faiblement contre ces abus. Les agents et les missionnaires français ne partagèrent point ces aberrations, et ce judicieux discernement fut pour eux, au milieu de l'aveuglement général, un grand honneur.
Tel était l'état des choses, lorsque le contre-amiral Laguerre arriva à Chang-hai dans les derniers jours du mois d'août 1854, sur la frégate de troisième classe la Jeanne d'Arc. L'amiral prit le temps de se mettre au courant de ce qui se passait, et il assista à un des plus désolants spectacles que puisse offrir la guerre civile . La flotte qui bloquait Chang-hai du côté de la rivière laissait passer les provisions; l'armée qui assiégeait la ville à l'ouest et au sud vendait aux rebelles de la poudre et des boulets. Quand on signalait ce commerce au général, il répondait en souriant : « Je sais tout cela mieux que vous, c'est la coutume et je n'y puis rien. » Voyant, au bout de quatre mois, que le quartier qu'il devait garder, était devenu, un marché où se vendaient les habits, les meubles et toute espèce d'objets volés ■en ville, l'amiral commença par défendre aux brigands de venir en armes dans sa concession, puis il chassa tous ces marchands d'objets volés. Pour mettre son quartier encore plus à couvert, il fit construire un mur de douze pieds de haut, et les rebelles furent entièrement exclus. Ceux-ci cependant commencèrent une batterie qui n'aurait pu être attaquée par les impériaux sans que les balles et les boulets allassent droit frapper les maisons de commerce. L'amiral, apercevant un vrai danger pour les Européens du côté qui lui avait été confié, fit savoir aux chefs de la ville qu'il ne pouvait permettre de continuer la batterie, et qu'il la ferait détruire. Dès le lendemain, en effet, deux cents ouvriers chinois, protégés par une quarantaine de Français, eurent bientôt renversé l'ouvrage commencé.
Le travail n'était pas achevé, quand des coups de canon et de fusil partent de la muraille, et tous les ouvriers se sauvent. Encouragés par ce demi-succès, plusieurs centaines de rebelles sortent de la ville et se précipitent sur les Français. Ils furent reçus par des décharges de mousqueterie et par trois coups de canon à mitraille. Il n'en fallut pas davantage pour balayer le terrain ; mais les Français avaient malheureusement un homme mortellement blessé.
Cette escarmouche avait eu lieu le 9 décembre. Aussitôt l'amiral Laguerre déclara qu'il aurait raison decette attaque, et qu'il ne laisserait pas impunie cette injure faite à la nation française. Dès le même jour, ii fit chauiîer le Colbert, qui s'avança pour lancer quelques boulets sur la ville, pendant que les obusiersmettaient le feu à une pagode. Le matin du 11,1a Jeanne d'Arc alla se placer à côté du Colbert devant la ville, et sommation fut faite aux insurgés de se rendre. Ceux-ci n'ayant répondu que par des lettres mensongères et injurieuses, l'amiral tenta un coup hardi, témei;aire peut-être. Un des chefs rebelles ayant été averti que les Français pourraient bien surpendre la batterieplacée sur la rive du fleuve : « Pour cela, dit-il, je ne crains rien, trois cents de mes meilleurs soldats sont chargés de la défendre. »
Le 13 décembre, une heure avant l'aurore, une compagnie de cent cinquante bommes partit sans bruit, se dirigeant vers la batterie des insurgés. Les embarcations avançaient lentement, sans rames ni voiles ^ entraînées par le courant. Plus nos soldats approchaient, plus ils craignaient d'être aperçus ou entendus, surtout lorsque le veilleur des rebelles cessait par intervalles de battre le ta/m-tamn. Enfin, parvenus doucement sous les vingt-cinq canons, qui étaient touschargés à mitraille, ils se précipitèrent dans la batterie.
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en glissant par les embrasures ou grirapant par-dessus les sacs de terre, et tuèrent tout ce qu'ils rencontrèrent. Pendant que le serrurier enclouait les pièces, un insurgé se précipite sur lui, le sabre levé ; mais le matelot ne se déconcerte pas et casse avec son marteau la tête de son ennemi. Cependant les rebelles avertis accourent pour défendre la batterie et tirent sur les marins ; ceux-ci tournent alors contre eux deux canons non encore encloués, et cette mitraille, mêlée aux coups demousqueterie, a bientôt balayé la rue. L'expédition heureusement terminée, la compagnie se rembarqua emportant les drapeaux pris à l'ennemi, et revint à bord en criant : Vive l'amiral ! Un seul homme avait reçu une blessure à la poitrine, mais sans danger pour la vie. Quand le jour parut, un insurgé essaya de planter fièrement un drapeau sur l'infortunée batterie, mais un boulet du Colbert parfaitement dirigé, emporta et l'homme et le drapeau.
Après ce hardi coup de main, les rebelles qui ne s'attendaient pas à un pareil échec, restèrent un peu déconcertés. Nouvelle sommation leur fut faite de sortir de la ville ; mais les chefs, à qui le Fou-tai (gouverneur de province) ne pouvait promettre la vie sauve, résolurent de se défendre jusqu'à la mort. Dans cette conjoncture, qu'y avait-il à faire? Incendier la ville, pour forcer les rebelles à sortir ? Mais détruire cette malheureuse cité, pour la délivrer de ses ennemis, était un remède aussi violent que le mal. Prendre la place d'assaut? Mais c'était exposer inutilement peutêtre le peu de monde dont on disposait alors. Avant d'entreprendre aucun acte important d'hostilité, l'amiral crut sage d'attendre les renforts que devaient lui apporter la Sibylle, frégate de première classe, et la Constantine, venant de la Nouvelle-Calédonie. Cependant la Jeanne d'Arc resta devant la ville, et le Colbert
alla se placer près de Tong-ka-dou, pour protéger au besoin la cathédrale et le séminaire ; l'amiral déclara l'état de siège et fit sauter deux batteries d'une trentaine de gros canons européens.
On attendait toujours de nouveaux bâtiments qui n'arrivaient pas. Enfin poussé à bout par les brigands, l'amiral résolut d'emporter la ville d'assaut avec les seules compagnies de débarquement de la Jeanne d'Arc et du Colbert. Les lettres des missionnaires renvoyant aux journaux pour les détails de cette glorieuse affaire, nous empruntons au Moniteur de la. Flotte,, le récit de la journée du 6 janvier.
(c A cinq heures du matin, dit cette feuille bien renseignée, les employés se sont réunis sur le terrain dela concession française. Deux colonnes d'attaque furent formées. M. Massot, lieutenant de vaisseau de la Jeanne d'Arc, était à la tête de la première, et M. Macaire, du même grade et du même bâtiment,, commandait la seconde. Des outils, tels que pioches, haches, etc., étaient répartis dans les pelotons de chaque colonne. Chaque homme avait quarante cartouches dans son sac et portait sa couverture de laine en bandoulière sur la poitrine (circonstance qui a protégé beaucoup de nos marins).
« Les deux colonnes comptaient en tout deux cent quarante hommes répartis en plusieurs pelotons, commandéspar MM. Guys, enseigne de vaisseau; Broutin,. sous-lieutenant d'infanterie de la marine ; Haviès, Forestier et Gambard, aspirants de la Jeanne d'Arc; et par MM. Petit et Pommier, enseignes du Colbert. M. Durun, lieutenant de vaisseau de la Jeanne d'Arc, devait surveiller les travailleurs chinois, placer les ponts pour franchir le petit ruisseau qui entoure la ville de ce côté, faire parvenir sur la brèche les sacs à terre, et enfin prendre le commandement de
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la brèche quand nos colonnes l'auraient franchie. Pour compléter ces dispositions, une ambulance avait été établie dans une maison de la concession, et deux chirurgiens, MM. Senelle et Germain, suivaient les colonnes. La Jeanne d'Arc et le Colbert étaient prêts à faire feu de leurs batteries.
« A sept heures trente, la brèche ouverte par les pièces débarquées de nos bâtiments est jugée praticable. Aussitôt les colonnes s'ébranlent au pas de course, couronnent les remparts, et en un clin d'œil chassent devant elles les défenseurs et arborent nos couleurs aux cris de : Vive l'Empereur !
«'Un seul coup de feu avait atteint nos colonnes dans le trajet delà concession aux murs de la ville. M. Durun, lieutenant de vaisseau de la frégate, fut frappé mortellement en arrivant au petit ruisseau qui circule entre les deux murailles de la cité. Maîtresses de la brèche, nos colonnes s'élancèrent l'une par la droite du rempart, vers la porte du nord, l'autre par la gauche du rempart, pour opérer vers la porte de l'est.
« Voici quel était l'aspect du terrain environnant :
« Au pied de la brèche se trouvait une petite place sur laquelle aboutissaient deux rues, l'une perpendiculaire au rempart, et l'autre presque parallèle au chemin qui longeait ce même rempart. Des maisons de construction solide, dépourvues de fenêtres, garnissaient le pourtour de cette petite place et l'entrée de ces rues. De la brèche au bastion de gauche, le chemin longeant le rempart était aussi garni de petites maisons isolées les unes des autres et paraissant servir de corps de garde ; sur la droite de la place , une grande pagode composée de plusieurs corps de logis masquait les terrains vagues qui s'étendent du côté de la porte du nord; toutes ces maisons, crénelées, étaient pleines d'insur-
gés, parmi lesquels se trouvaient des étrangers, ramassis impur de toutes les nations : on reconnaissait ces derniers soit à leurs casquettes, soit à leur habillement.
« A l'approche de la colonne, un feu meurtrier partit des maisons. M. Guys, enseigne de vaisseau, tomba frappé mortellement, et plusieurs marins furent tués ou blessés autour de lui.
« Sans s'arrêter un instant, la petite troupe poursuit son mouvement et répond à l'ennemi par une vive fusillade. Pendant ce temps, on activait sur la brèche la construction d'un parapet passager en sacs de terre et en briques. Puis les obusiers de montagne de la frégate arrivaient : le premier, conduit par M. de Barbarin, enseigne de vaisseau, fut placé sur le rempart, et quelques coups bien tirés permirent à nos hommes de serrer de plus près les refuges des insurgés, et de travailler plus efficacement à notre établissement sur la brèche.
ce Tandis que la première colonne agissait ainsi, la seconde, guidée par M, le lieutenant de vaisseau Macaire, se dirigeait résolument vers le poste du nord, enlaissant des tirailleurs sur son chemin ; les défenseurs du rempart qui voulaient résister étaient culbutés ou mis en fuite, et l'ouvrage qui commandait la porte du nord fut enlevé à la baïonnette. M. Macaire fît aussitôt pointer sur les murs environnants les canons dont il s'était emparé en celte position, et enfonça immédiatement la porte extérieure. Là plusieurs de ses hommes sont tués ou mis hors de combat, et lui-même reçoit une balle au genou, qui, heureusement, ne l'oblige pas à quitter son poste. Il s'y maintient donc, faisant éprouver de grandes pertes à ses adversaires par un feu bien nourri, jusqu'au moment où l'ordre lui parvient de rallier la première colonne. Celle-là rencontrait encore
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une assez vive résistance, et MM. de Barbarln et Dlscry venaient d'être blessés. Cependant nous avions réussi à mettre le feu à plusieurs maisons. A ce moment, le combat durait depuis quatre heures, les munitions s'épuisaient ; l'amiral donna le signal de rallier notre première position. Ce mouvement s'opéra en grand ordre, et à onze Heures trente minutes, nos compagnies de débarquement étaient, réunies le long de la muraille française.
« Ainsi s'est terminée cette lutte de deux cent cinquante de nos marins, bien appuyés par nos deux bâtiments de guerre, contre trois mille Chinois aguerris par des combats journaliers et dirigés par une centaine d'étrangers, rebut de tous les pays. On évalue la perte de ces misérables à plus de trois cents hommes. En outre, tous les canons qui garnissaient le rempart, sur une étendue de huit cents mètres, ont été culbutés et mis hors d'état de servir ; en de nombreux endroits, des pâtés de maisons ont été réduits en cendres et le lendemain de l'action l'incendie durait encore. Aussi grand est l'effroi des insurgés à la seule vue du pavillon français.
a Dans cette journée, les devoirs de l'humanité n'ont pas été un seul instant perdus de vue par nos marins et nos soldats. Sous le feu de l'ennemi, ils sauvaient avec le même dévouement leurs camarades blessés et les vieillards, les femmes, les enfants qui se réfugiaient dans nos rangs. Chacun a bravement payé de sa personne, et, en outre, le digne aumônier de la frégate, l'abbé Trégaro (1), au milieu des balles, accourait prendre nos blessés et leur prodiguait les secours de son ministère.
« Les résidents français, anglais et américains, les
(1) Aujourd'hui Mgr Trégaro, évéque de Séez.
officiers de ces deux dernières nations, ne tarissent pas en éloges sur la bravoure et la valeureuse hardiesse dont ont fait preuve, en cette circonstance, nos marins et nos soldats d'infanterie de marine, w
Le Moniteur de la. Flotte ajoute encore les documents suivants :
« Nous avons dit dernièrement que l'affaire du 6 janvier avait été très glorieuse pour la Jeanne d'Arc et le Colhert, en un mot pour le pavillon français ; nous sommes bien aises de pouvoir mettre aujourd'hui sous les yeux de nos lecteurs de nouveaux détails qui prouvent la sympathie et l'admiration qu'ont rencontrées de toutes parts nos marins et nos soldats en cette occasion.
« Ainsi le commandant Pope, du bâtiment de guerre américain Vandalia,, a écrit à l'amiral Laguerre, trois jours après l'affaire du 6, une lettre dont voici la traduction : « Mon cher amiiral, permettez-moi de vous » exprimer ma sincère admiration pour la conduite des )) forces placées sous votre commandement dans l'af- » faire du 6, dont j'ai été témoin. Je ne crois pas qu'il » soit possible de montrer plus de courage et de bra- » voure qu'en ont déployés vos officiers et marins ; avec » de tels hommes on doit réussir, quelle que soit l'en- » treprise. Permettez-moi de vous dire aussi mes. » profonds regrets pour les pertes que vous avez faites, » ainsi que ma cordiale sympathie.
» Signé : Pope, w
« Dé son côté, le commandant des forces navales anglaises écrit à l'amiral français :
. « Je suis heureux que vous me laissiez vous expri- » mer l'admiration que j'ai éprouvée, comme tous les » témoins de cette lutte héroïque, à voir l'intrépidité