‹ Campagne du MexiqueChapitre 19 sur 19 · COMBAT DE SAN JOSÉ · texte numérisé non relu

COMBAT DE SAN JOSÉ

Les romanciers et les voyageurs ; le gros bout de la lorgnette. — Vu centaure; l'arsenal vivant. — Piège. — — lïn peloton cobtre un régiment. — Renouvelé des Suisses. — ^ La mêlée* -— Les' héros des croisades.

AU début de rexpédition, nous avions fort peu de cavalerie à opposer à celle de Juarez ; en dehors de quelques faits d'armes isolés, nos chasseurs d'Afrique ne s'étaient pas encore mesurés avec les fameux cavaliers mexicains, qui passaient pour les meilleurs du monde entier.

Notre infanterie avait infligé plusieurs déroutes à ses adversaires, mais ceux-ci avaient la ferme conviction de nous écraser sous les charges de leurs nombreux escadrons, qui nous attendaient devant Pueblapour nous exterminer,

A dire vrai, on nous avait tant vanté les réguliers à cheval, que nous n'étions pas sans éprouver quelque inquiétude; les romanciers et les voyageurs français, anglais, américains avaient si pûmpeuse- 2aent> 3i unaiûcaement décrit la bouillante valeur,

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Ténergie sauvage, la vigueur, Tadresse de ces ^auchos enrégimentés, que, malgré soi, on songeait à Ténorme disproportion de nos forces.

Nos régiments de ligne en carrés se souciaient des chaiges comme un mur de la poussière; Texpérience en avait été faite; nos bataillons se sentaient inébranlables.Mais noschasseursd' Afrique et de France allaient se heurter aux avant-gardes contre des forces imposantes ; parviendraient-ils à les disperser ?

Les récits des écrivains nous présentaient un cavalier mexicain comme pourtant plusieurs revolvers, une lance, un sabre, im long couteau, une espingole^ im lazo, un casse-té te; chaque lancero était, à leur dire, un arsenal vivant!

Et cet homme si bien armé cassait unepipe d'une balle sans toucher aux lèvres d*un fumeur, piquait de sa lance et en galopant à toute bride une piastre sur le sol, lançait en Tair une figue de Barl)axie et la coupait juste pur le milieu du tranchant de son yatagan; bref, c'était Tétre le {dus redoutable qu'on pût rencontrer; il eût fait pâlir de rage un vrai centaiu:e dans une lutte d'hij^podr(»ne. Où

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diable les romanciers et les voyageurs susnommés avaient-ils vu tout cela?

A beau mentir qui vient de loinlUos soldats purent s'en convaincre.

Tout le prestige des réguliers de Juarez s'évanouit àla première bataille; nos chasseursbrisèrentàcoups de sabre l'échafaudage de cette réputation usurpée.

Ce fut à San José qu'eut lieu la première rencontre. Le capitaine Foucauld et quarante-huit chasseurs d'Afrique poussaient une reconnaissance en avant de lasReys, lelSfévrier, vers trois heures du matin; il s'agissait d'éclairer la marche d'une colonne.

A l'aube, nos cavahers aperçurent, non loin de San José des bandes nombreuses de guérillas enmaraude.

«-» AUons, ordonna le capitaine, balayez-moi ces gens4à !

Les chasseurs s^élancèrent en riant, tant ils considéraient la besogne comme peu sérieuse, et ils chassèrent devant eux ces voleurs émérites qui ne tinrent pas \m seul instant.

Mais en fuyant, les guérillas attiraient leurs adversaires dans un piège-, un fort régiment de cavalerie

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juariste (environ 600 hommes I) débusqua d'un pli de terrain et marcha contre notre petit détachement.

Certes, tme cpiarantaine d'hommes peuvent sans déshonneur se retirer devant quatre escadrons, mais nos chasseurs ne plièrent pas.

Charger était une folie I

Mais comment se résigner à fuir?

Pas un officier ne voulut commander : En retraite! pas im soldat ne tourna bride.

Le régiment ennemi s'avançait au trot, vocifé rant des menaces et manifestant une joie sauvage ; ils croyaient que nos cavahers se rendaient; mais à quelque distance, les juaristes s'arrêtèrent et cessèrent de vociférer; ils s'étaient aperçus que leurs adversaires droits sur leurs étriers, s'apprêtaient à combattre. I

Le capitaine Foucauld eut alors im éclair de génie.

Les lanciers sont immobiles devant lui ; il comprend que la résolution des siens frappe l'ennemi de stupéfaction ; il saisît ce moment d*indécision et, de sa voix vibrante, il commandé : En avant f

Les chasseurs brandissaient leurs sabres, dont les lames ëtincelèrent au rayon du MeîX levant ; U

SOtVSNUi DE LA, CÀUPâOICK DU MXXiaUl- 241

pointe haute, ils enlèvent leurs coursiers numides en poussant leur rauque clameur de bataille, et ils tombent avec fougue sur le front du régiment ennemi hérissé de lances.

En tête se trouvent les officiers et trois sous-officiers qui ouvrent passage à la colonne ; ils écartent les lances par des coups de revers et heurtent les rangs qui plient sous le choc.

Derrière leurs chefs, les chasseurs s'engouffrent dans le vide, élargissant la trouée. Une mêlée sanglante s'engage, mais nos cavaliers poussent toujours droit devant eux, blessent, tuent ou renversent tout ce qui leur fait obstacle et coupent en deux tronçons la colonne ennemie. Us reprennent du champ pour revenir à la charge; mais les juaristes se dispersent et gagnent de l'espace. On leur appuie une chasse qui dure vingt minutes; nos Cavaliers à leurs trousses franchissent les ravins et les ruisseaux, et les taillent en pièces.

Soudain la trompette retentit; plusieurs autres escadrons surgissent sur le bord d'une gorge profonde qui les sépare de nous; derrière ce renfort, les fugitifs

se rallient. L*ennemi développe de nouveau im front 1 14

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redoutable; pour Tatteindre, il faut sous le feu des mousquetons descendre dans laberge et la remonter.

Là nos chasseurs furent sublimes !

Ils se jetèrent à corps perdu au fond de la har-^ ranca, escaladèrent les talus avec une incroyable audace et sans hésiter se ruèrent individuellement, — leurs rangs étaient rompus, — au milieu des masses gui les attendaient la lance en arrêt.

L'engagement fut long et périlleux; nos soldats isolés ne pouvaient unir leurs efforts; chacun d'eux était enveloppé d'un cercle d'adversaires qui le pressait de toutes parts. Mais une dizaine des nôtres parvinrent à se réunir et à former un groupe qui dégagea par des pointes vigoureuses les autres chasseurs accablés ; le peloton se reforma ; puis prenant carrière^ û s'abattit de nouveau sur les escadrons de lanciers avec tant de rage qu'il les mit en déroute. Ces six cents hommes tournèrent bride après avoir vu leurs premiers rangs renversés et foulés sous les sabots des chevaux.

Ce régiment, le plus beau de Juarez, fut saisi d'une terreur si folle, qu'il ne s'arrêta que sous les murs d'une place ennemie.

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Dès lors tout fat dit. Ces lanciers juaristes furent à jamais démoralisés, et, pour vaincre, nos chasseurs d'Afrique n'eurent plus qu'à paraître.

Ce combat fut cité à Tordre de Tannée ; c'est un des plus brillants faits d'armes de notre cavalerie. Il fait grand honneur à M. de Foucauld, qui, avec son lieutenant M. Vuillemot, et M. Paploré, son souslieutenant, montra une intrépidité chevaleresque.

D'autres noms furent encore associés à ceux-là : ce sont ceux des sous-offlciers Chavannes, Dermianne, Le Gou (tués tous trois), Carpentier (blessé) et Ratât, qui, imitant l'exemple d'un Suisse héroïque, écartèrent les lances ennemies pour faire brèche dans les escadrons ennemis.

Les épisodes foisonnent dans cette action de guerre; en voici deux : Un maréchal-des-logis venait d'être blessé; il avait roulé a terre; les lanciers juaristes Tachevaient quand im chasseur, nommé Bécamp, se précipita sur ce point, sabra et dispersa cette bande de corbeaux acharnés sur une proie, et enleva son sous-offtcier qu'il plaça à travers de sa selle. Puis il continua à combattre.

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Un offlcierennemi, caché derrière un arbre, tirait sur la capitaine Foucauld, qui, tout occupé à diriger son monde à travers le dernier ravin, ne s'inquiétait pas des balles. Le chasseur Robin, exaspéré de de voir le chef juariste s'acharner contre son capitaine, court droit à lui. L'officier juariste se sauve vers ses hommes ; Robin le poursuit, l'atteint, lui casse la tête d'un coup de pistolet et continue à charger. Unbrigadier nommé Lippervill et les chasseurs Keillinger et Bougeard se firent aussi remarquer par des coups de sabre superbes.

Le général en chef cita tous ces noms à l'ordre du jour. On vit à ce combat de Ban José une poignée de braves renouveler les exploits fabuleux des chevaliers du Tasse et de l'Arioste; quand l'on songe à la vigueur corporelle et au courage indomptable que le capitaine Foucauld et ses cavaliers durent déployer, on se croit transporté à l'époque où Tancrède et Roland accomplissaient leurs exploits légendaires.

Les vieux Francs des croisades ne i^ougiraient pas de leurs descendants.

Fin DU PRBMISft TOLUIIE.

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