‹ Campagne du navire l'espoir de Honfleur 1503-1505: Relation authentique du voyage du CapitaineChapitre 3 sur 18 · Thomas Bloche , i · texte numérisé non relu

Thomas Bloche , i

61. Essomeric , indien, âgé de 15 ans, embarqué le 3 Juillet 1504 ; bap-

tisé le 12 septembre suif ant, en mer, sous le prénom de BInot.

62. Namoa, indien, âgé de 35 & 60 ans, embarqué le 3 juillet 1506; mort

de fièyre maligne, au snd du tropique du Capricorne, avant le 12 septembre.

remet en mer la veille de la saint Laurent, c est-à^dire. le mercredi 9 août 1503, fuyant la côte dangereuse et insalubre d'Afrique, qui se poursuit vers le sud, et singlant au large par un vent assez favorable qui se continue bien six semaines, c'est-à-dire, de compte exact, jusqu^au mercredi 20 septembre suivant (1) ; et dans cette longue bordée du large on coupe Téquateur le mardi 12 septembre (2). Rien de plus, concernant la route qui s'ensuit, jusqu'à buit jours après la Toussaint (3), c'est-à-dire jusqu'au jeudi 9 novembre. On aperçoit alors des varechs flottants comme il s'en rencontre aux alentours du cap de Bonne-Espcrance , mais sans que les oiseaux de mer appelés Slanches-de^ velours (4) se montrent en même temps pour confirmer ce voisinage. A ce moment, on se trouve arrêté par le vent contraire et les gros temps, si bien qu'au bout de trois semaines, c'est-à-dire le jeudi 30 novembre, on n'a presque point avancé; alors survient une tempête des plus violentes, qui oblige à se laisser emporter à la dérive, et fait perdre la route (5); on tombe ensuite dans des calmes pendant lesquels on n'avance plus; mais enfin on aperçoit des oiseaux venir du sud et y retourner : on espère là une terre, et quoique pour y aller il faille tourner le dos à l'Inde orientale, on se détermine à changer les voiles; et le 6 janvier 1504 on arrive en vue d'une côte, où Ton aborde dans la soirée du lendemain (6).

(1) Déclaration du voyage, art. 9.

(2) Déclaratiorit etc. , art. 10«

(3) Déclaration, etc., art. il*

{k) Cet ciseau, qui ue déploie quMmparfaiiement les ailes eo volant, et dont les rémiges d*un uoir velouté contrastent avec la blancheur de tout le reste de son plumage, a reçu le nom spécifique de Fou dactyldtre,

(5) Déclaration^ etc. , art. 12.

(6) Déclaration, etc. , art. 13.

Ajoutons tout de suite, pour compléter le faisceau de renseignements puisés à la même source, la donnée importante que nous fournit la route de retour, à savoir, qu'étant repartis de cet endroit le 3 juillet suivant (1), pour revenir en France, on eut à traverser le tropique du Capricorne (2), el qu'ayant alors reconnu la position du navire, on se trouva plus rappro* ché des Indes d'Occident que de l'Afrique.

C*est là tout ce qui se peut recueillir d'indices itinéraires dans la déclaration reçue au greffe de l'amirauté de Rouen.

Pour donner une sérieuse consistance à de si vagues lueurs, il y faut faire converger les notions complémentaires que tiennent toutes prêtes à notre portée, d'une part les éléments historiques du temps , d'autre part les conditions physiques de la mer constatées par l'expérience successive des marins. En premier lieu, souven(His-nous des recommandations contenues dans les Instructions nautiques pour le voyage des Indes orientales, rédigées en 1500 par Vasco da Gama, et que nous avons transcrites et expliquées il y douze ans dans une note spéciale des Considérations gèographiques sur ï Histoire du Brésil, recommandations d'après lesquelles il fallait, à partir de l'île Santiago du cap Vert, se diriger au sud, en prenant, à la rencontre des vents alises de l'hémisphère austral, la bordée du sud-ouest pour courir bâbord-amures tant que le vent refuserait, faisant bonne route pour gagner la région ultérieure, où l'on aurait en plein le cap de Bonne- Ci) Déclaration, etc., art. 26.

(2) Déclaraiion, etc., art. 25.

Espérance à Test, et les chances du vent pour le doubler (1). — On ne peut oublier que la première application qui fut faite de ces instructions conduisit Pedr^alvares Cabrai à la rencontre inopinée duBrésih — Or maintenant, si Ton réfléchit que le navire VES' poir avait justement à bord deux Portugais, naguères compagnons de Gama , de Cabrai ou de Jean de Nova (2), retenus ici à gros gages dans le but spécial de profiter de leur expérience de la route des Indes orientales (3), on ne doutera point que la navigation de nos aventuriers normands n'ait été dirigée précisément dans les conditions recommandées par Vasco da Gama et fidèlement observées par ses successeurs; en sorte que le passage de l'équaleur se sera effectué suivant toute apparence sous le méridien de 25^ ou 30* à Touest de Paris, et qu'on aura atteint à peu près vers les mêmes longitudes le parallèle austral voulu, après avoir franchi, sans trop d'encombre, la zone des calmes du Capricorne. Comme on était muni d'instruments à prendre hauteur, on ne pouvait se tromper beau* coup sur la latitude i on était donc parvenu tout au moins à celle du cap de Bonne^Espérance, lorsqu'en apercevant des varechs flottants les Portugais du navire les désignèrent comme signalant les abords de ce cap. Cependant, comme ils ne voyaient point en même temps les manches-de-velours, indice non moins signi« ficatif, et que la température d'ailleurs semblait plus froide, ils supposèrent que l'on s'était élevé un peu plus au sud.

(1) Considérations^ etc., note D; dans le Bulletin de Géographie d'octobre 1857, pp. 2/î6 à 2A9; ou pp. 158 à 161 du tirage â part.

(2) Voir ci-dessus, S ^U, â la note.

(3) Déclaration du voyage, art. 1.

Mais en admettant que Ton eût gagné au yent dans la zone des alises du sud-est, il est peu probable que l'on eût réussi, dans l'hypothèse qu'on l'eût même tenté, à prendre le cap dans une direction autre que celle désignée par le routier des expéditions portugaises; et l'on est ainsi naturellement conduit à conclure que les yarechs signalés n'étaient autres que ceux dont abondent les alentours des îles de Tristan da Gunha, vers le méridien de 15* ouest de Paris, ces lies placées, comme nous l'écrivions en 1847 dans le volume des Iles de VAfriquei a sur la route des navires qui « s'avancent loin nu delà des vents réguliers du sud- « est, pour gugner les fortes brises de l'ouest qui leur tt aideront à doubler le cap de Bonne-Espérance », remarquant en même temps que, « en approchant, on « trouve la mer couverte, sur un vaste espace, d'im- « menses branches de goëmons flottants qui en em- « barrassent les abords » (1). Voilà le repère qui de-

(1) Univers Pittoretque : Iles dt V Afrique ^ Paris, 1S48, in--8; pp. 283"284 de la 3* pagination. — Les goémons ou varechs dont il est ici question n'appartiennent point au genre sargasse comme ceux de la nier à laquelle ceux-ci donnent leur nom dans notre hémisphère; Aubert dd Pctit- Thodabs (Mélanges de Botanique et de P^oyage», Parla istl, ln-8; art. V, pp. 13, 15, 25 et 26 ) désigne principalement le Fucus turbinatus ou trompe de mer (laminaire buccinale de Lamouroux) et le /^fictif pyrifer seu giganteus (macrocyste d'Âgardb) comme les espèces les plus répandues dans ces régions australes.— La répartition de cette végétation maritime à la surface des Océans mériterait d*étre spécialement étudiée. Déjà la Mappemonde et le Globe Terrestre en deax hémisphères séparés, publiés en 1700 par Guillaume Del*[slb, esquissent légèrement, pour l'océan Atlantique tant du nord que du sud, l'emplacement des divers champs de varechs que les navigateurs y avaient signalés; on les trouve plus nettement accusés dans le Planiglobe {Planiglobii terrestris,,, exhi» bitio) qui ouvre V Atlas novus publié en 1710 & Nuremberg par le célèbre Jean-Baptiste Homanh; ils reparaissent à peu près les mêmes dans la grande carte réduite du monde (CAart of the fForld on Mercator*s projection, 8 feuilles, Gotha 1801 ; 4'édition, 1807) de Hermann Bbihhuijs et

puis le cap Vert nous faisait défaut pour donner un deuxième point d'attache sérieux au tracé conjectural de la route du navire VEspoir : c'est désormais au voisinage de Tristan da Cunha que nous nous croyons suffisamment autorisé à pointer la position de ce bâtiment le 9 novembre 1503.

L'autorité, fort ébranlée à certains égards, de la version contenue en la copie du baron de Gonneville, se trouve ici raffermie d'une manière notable par une concordance facile avec les résultats que nous venons d'exposer. Du cap Vert, en effet, elle dirige le navire normand explicitement sur le Brésil, et lui fait doubler non moins explicitement le cap Saint-Augustin, puis le conduit au sud jusqu'à la bauteur du cap de Bonne-Espérance, comptant, en gros, huit cents lieues de traversée d'un continent à l'autre, et six cents lieues de course ultérieure vers le sud. Ne semble-t-il pas que, en pointant le passage du cap Saint-Augustin fort au large, et continuant la bordée jusqu'à la hauteur de l'atterrage de Cabrai (marqué aujourd'hui sur la côte brésilienne par la ville de Porto-Seguro), et amurant alors au plus près pour gagner le parallèle du cap de

Fr. de StOlpnaqel ; mais soit qae ces premières délioéations fussent inexactes, soit que les contours de ces plages fucacées aient avec le temps éprouvé des modifications sensibles, des modifications ont aussi, dans les éditions les plus récentes, été apportées aux déiinéations primitives. Les tracés nouveaux semblent s'accorder mieux, du moins en ce qui concerne les plages océaniques dont Je m'occupe ici, avec les observations relevées dans tous les Journaux de navigation quMl a pu consulter, par le capitaine de vaisseau Leps^ à l'amUlé de qui Je dois la communication de ces nouveaux éléments complémentaires pour un travail d'ensemble, dont sa carte de la Mer de Sargaste (publiée dans le Bulletin de la Société de Géopraphie de septembre 1865, et répétée nouvellement par Elisée Reclus, dans son bel ouvrage de La Terre, tome II, Paris 1S60, gr. iii-8 de Jétus, p. 530) nous offre un intéressant échantillon, bien propre à inspirer un vif déjiir d'en voir le développement complet.

Bonne-Espérance aux goëmons de Tristan da Cunha (qui ne devait les rencontrer lui-même (1) que trois ans après), on aura, en tenant compte d'une atténuation des chiffres de distances corrélative à la réduction des routes (2), un tracé de cette partie du voyage se conciliant parfaitement avec le texte de la déclaration originale, et ne s'écartant guère du sillage de Texpédition de Cabrai , à bord de laquelle s'étaient peutêtre trouvés les deux Portugais maintenant embarqués sur VEspoir.

D'une et d'autre part, mieux dans le manuscrit de l'Arsenal que dans la copie du baron de Gonneville, sont signalées ces tournades soudaines et violentes sans durée, ces pluies infectes souillant les vêtements de taches et la peau de pustules, qui caractérisent et désolent de leur capricieuse fréquence la région des calmes équatoriaux; région maudite et redoutée des marins, et par eux piltoresquement stigmatisée du nom de Pot-aU'Noir chez nous, de Doïdrums chez les Anglais

(1) Tristan da Cunha, parU le 6 mars 150Ô , ayant lalt escale au cap Vert, et reconnu le cap Sain t- Augustin ^ 8'a?ança ensuite tellement au sud pour prendre le cap de Bonne- Espérance droit à l'est suivant les instructions nautiques de Gama , qu'il vit périr de froid , au milieu de riiiver austral^ beaucoup de ses gens trop légèrement vêtus, et il décoa« vrit alors le petit groupe d'Iies qui porte son nom. —Il n'est pas sans intérêt de remarquer, dans la Déclaraiion du voyag» de Gonneville, (art. 11) que les Portugais de sa compagnie, lors de la rencontre des vareclis, déclarèrent le froid plus grand qu'on ne le ressent d'ordinaire au cap de Bonne* Espérsnce.

(2) Cette atténuation est même à peine nécessaire, puisque deux lignes droites convergentes, l'unedeSOO lieues s'appuyant sur le cap Vert, l'autre de 600 lieues s'appuyant sur l'Ile de Tristan da Cunha , sur la carte réduite, se rencontreraient en mer vers la hauteur, mis tolérablement au large, des Âbrollhos. Le tracé de la route du fameux capitaine Gook en 1776 peut représenter en grande partie, du cap Vert à Tristan da Cuoha, la route probable de Gonneville entre ces deux points.

— iodes deux mondes (1) ; région des marsouins, des dorades, des poissons à ailes de chaude-souris volant par bandes comme des étoumeaux ^ et de plus, région du scorbut, ce mal de meft comme l'appellent nos aventuriers normands, dont furent atteints les deux tiers de réquipage, et dont il mourut six personnes à bord (2).

Reprenons où nous Tavons laissé le tracé conjectural de la route du navire VEspoir. La position très-

(1) La locution Pot-au-iVo<r> dans son acception nautique, est absente de tous nos dictionnaires français^ tout comme le mot Doldrum manque dans les dictionnaires anglais. Ce sont des expressions familières très -répandues parmi les «loups de mer», pour désigner une région bien déterminée, avec quelques nuances toutefois quant à l'étendue de son application. Voici le résultat de Tenquéte orale à laquelle Je me suis liYré à ce si^et auprès de nombreux informateurs de tout grade dans notre marine. Dans son acception la plus large, le Pot-au-Noir désigne toute la lone des calmes équatorlaux^ce que le commandant américain Matthew F.Maubt, le célèbre et classique auteur de la Géographie physique de la mer^ appelle le eloud-ring, Tanneau nébuleux de notre planète, oscillant un peu entre le sud et le nord au gré des saisons. Plus communément le Pot-au-Noir s'entend seulement de la portion de cette même xone com« prise dans l'océan Atlantique eu toute sa largeur. Enfin, dans une accepilon plus restreinte, mais plus vivement accusée, le Pot-au-Noir est surtout l'espace renfermé entre l* à a* de latitude nord, 20* et 35* de longitude à l'ouest de Paris. — Je n'ai trouvé cette expression employée dans des ouvrages techniques nulle part ailleurs que dans la traduction française du livre de Haubt {Physieal Geography of ihe sea, 6* édit.; Londres 1850, gr. in-8) par Tehqobh (Paris 1801, in-8; p. 270) qui en fait l'équivalent de Doldrums; et dans le nouveau volume d'Elisée Reclus {La Terrey tome If^ p. 407), où il est présenté dans un sens corrélatif aux pluies tropicales^ et correspondant à l'expression figurée anglaise de Swamp appliquée à cette région. — Le mot Doldrums est confiné ?ers la côte d'Afrique au 8ud*ouest du cap Vert, dans la carte des vents : (PU 10 : CurrenU of air) du Physieal Atlas de Jobmstoh, édit. de 1850, bien que le texte Joint, p. 01, la fasse répondre d'une manière générale aux calmes équatorlaux.

(2) Dielaraiion du ^çyage^ art. 10,

probable où nous Tayons conduit peut être plausiblement estimée entre 35® et 37* de latitude sud, 15' à 20* de longitude ouest de Paris : c'est dans ces limites qu'il fut assailli de vents contraires qui l'empêchèrent d'avancer à Test, en sorte qu'il était encore dans des conditions à peu près semblables de latitude et de longitude à la fin de novembre, quand il perdit son premier pilote, Colin Vasseur, frappé d'apoplexie. Alors survinrent des tempêtes violentes qui ne laissèrent plus la faculté de gouverner, en sorte qu'on s'abandonna complètement à la dérive pendant plusieurs jours, sans savoir où on allait (1). Or, dans ces parages, les courants portent au nord, et le vent, puisqu'il était contraire, soufflait de l'est ^ on était donc entraîné au nordouest, dans la zone des calmes du Capricorne, où l'on demeura ballotté sans pouvoir se reconnaître ni gagner à l'est; et quand enfin, au milieu de cette détresse, on aperçut des oiseaux qui faisaient augurer le voisinage d'une terre, c'est bien évidemment dans l'ouest que ces oiseaux furent aperçus, puisque, pour aller à la terre qu'ils semblaient révéler, il fallait expressément toW'^ ner le dos à la route des Indes Orientales (2). La direction de la route et la situation de la terre tant désirée sont ainsi parfaitement désignées; et pour peu que l'on fût parvenu à franchir, dans cette même direction, la zone des calmes, successivement amoindrie (3), pour

(i) Déclaration, etc.^art. 12.

(2) Déclarationy etc., art. 13.

(3) La triple zone des calmes est marquée d'une manière régulière et moyenne sur la carte spéciale des vents {Plate VIII s winds and Routes) qui accompagne la Géographie physique de la merde Mattbew F. Hadbt; mais la limite septentrionale des calmes du Capricorne est désignée arec un peu plus de précision sur la Carte de Voeéan Atlantique méridio^

entrer dans celle des vents réguliers du sud-est, on n'avait plus qu'à laisser arriver. Or, d'après la version copiée par le baron de Gonneville, au lieu d'avoir tourné les voiles, comme dit le manuscrit de T Arsenal, on les avait amenées pour courir à sec de toile sous l'impulsion d'un bon vent de sud. Le seul moyen de concilier ces deux témoignages, c'est d'admettre que les deux manœuvres se sont succédé l'une à l'autre, le changement d'amures ayant d'abord eu lieu dans la région des calmes, et les voiles ayant été amenées à la rencontre des vents alises.

Et maintenant, puisque la terre où Ton accosta était au sud du Tropique, et qu'on y parvint au sortir des calmes, il devient évident que l'atterrage dut avoir lieu sur la côte du Brésil, entre les latitudes de 24* d'une part et de 27^ à 30* de l'autre. Or, dans une latitude moyenne entre ces deux termes, par 26*10' sud, débouche la rivière de San Francisco do Sul, dans le pays habité jadis par les Garijôs, anciens possesseurs indigènes de la contrée qui s'étend depuis la rivière de la Cananea, d'un côté, jusqu'à celle des Canards (dos Patos) de l'autre, ayant pour voisins au nord les Goyanas, et au sud les Tapuyas. Tel est le point qui nous semble répondre le mieux à la solution cherchée.

nal de Dausst ( n* 1&6C du Dépôt de la marine}, où après avoir côtoyé la parallèle de 27* euviron , elle s'élève graduellement en latitude à Toccident du méridien de 30* ouest de Paris, de manière à couper le parallèle de 50* S. sous le méridien de 45* O. Le même tracé se retrouve dans la petite Carte des vent» généraux dam V océan Atlantique de Kbb- BAUBT (n* 1000 du Dépôt), particulièrement commode aussi bien que celle de Maobt pour suivre notre explication raisonnée de la route de Gonneville.

Pour compléter notre persuasion que là dut être réellement le point où débarquèrent, le 6 janvier 1504, Téquipage et les passagers de VEspoir , il nous reste à trouver remplies, après les conditions itinéraires auxquelles il vient d'être satisfait, les conditions descriptives consignées dans la relation originale, et qui s'appliquent a deux objets distincts d'une égale importance: le sol, et les habitants.

Le trait principal qui commande d'abord notre attention à l'égard de cette terre nouvelle, c'est la ressemblance que remarquèrent les marins normands entre la rivièredans laquelle ils vinrent ancrer, et celled'Orne au-dessous deCaen, dans leur patrie. Maisil n'est point aisé de définir la nature et l'étendue de la ressemblance qu'il s'agit de contrôler : le manuscrit de l'Arsenal énonce purement et simplement que la chaloupe qui était allée au préalable reconnaître la côte, « conc duisit le navire dans une rivière qu'elle avait trouce vée, qui est quasiment comme celle d'Orne » ; la version copiée par le baron de Gonneville dit , avec un peu plus de vivacité, que nos pauvres gens o furent fc vivement esbahis de voir une très-belle et grande a rivière qui estoit à la ressemblance de celle d'Orne ». Cela veut-il dire qu'elle offrait dès l'abord une largeur analogue, qu'elle présentait à peu près le même fond pour des bâtiments d'un égal tonnage? Ou bien faut-il encore des traits plus marqués de similitude, tels qu'un élargissement notable en amont de l'entrée, quelques hauteurs servant de remarques, et jusqu'à une sorte de symétrie dans la situation de ces amers?

On retrouverait peut-être sans trop de peine quelques analogies de ce genre sur divers points de cette côte, coupée de si nombreuses rivières (1): notre option conjecturale s'est arrêtée à tout hasard sur le Rio San Francisco do Sul, non pas précisément à sa bouche la plus australe qui portait spécialement ce nom, et dont les dimensions se rapprochent davantage de celles de l'Orne (2) , mais préférablement à Tembouchure plus septentrionale, que Ton appelait autrefois Rio Alagado, tout en reconnaissant à celle-ci des proportions beaucoup plus larges. Espérons que cette question pourra être plus ou moins prochainement résolue au moyen de souvenirs personnels, par un excellent juge en la circonstance, le capitaine de vaisseau Mouchez ^ qui a naguère exécuté un relèvement hydrographique des côtes brésiliennes.

Le pays, visité par nos Normands jusqu'à deux journées de profondeur dans les terres, et à plus grande distance le long des côtes, leur parut fertile, très-abondant en gibier, oiseaux et poissons (3); la copie du baron de Gonneville ajoute un détail qui n'est point à dédaigner: c'est qu'au nombre des oiseaux qui voltigeaient en grande quantité autour de cette terre, « se trouvèrent moult perroquets différentes par leurs « couleurs». Tout cela s'accorde exactement avec ce

(1) Voir la CarU routière de laeôte du Bréiil de Rio- Janeiro au Rio de la Plata (iB5h), par le commandant Modchei (o«2091 du Dépôt de la marine).— Consulter en outre : Ile Sar^Franeiseo {du Md) et embouchure du fleuve (l86A)par le même (n« 3093 du Dépôt), et Plan de Ventrée de la rivière de San-Francieco (1862), par le même (n*" lOAO du Dépôt).

(2) Voir la Carie particulière dee côtes de France entre Langrune et Dive» (1830) de Beauté vps-Beaopré (n® 800 du Dépôt de la Marine), et Plan de la rade de Caen et Vembouchure de rOme (1839) du même (n* 801 du Dépôt).

(S) Déclarmion du voyage, aru 16.

que nous savons du littoral brésilien auquel nous cherchons à faire Tapplication de ces témoignages. Dans la description qu'en écrivait au xti* siècle le planteur portugais Gabriel Soares de Souaa (1), on trouve sans cesse répété le long de ces rivages, en allant de fleuve en fleuve, qu'il y a abondance de poisson et de coquillages, abondance de gibier, abondance des produits de la terre, grande fécondité du sol : en résumé, pays riche, accidenté, fertile, peuplé, précisément comme la Terre de Gonneville.

En ce qui concerne la population indigène au milieu de laquelle nos informateurs vécurent six mois entiers en parfaite intelligence, les traits qui la caractérisent se présentent à notre étude au double point de vue des qualités morales et des usages extérieurs. Sous le premier rapport, ce sont des gens simples, d'humeur douce et sociable, amis du repos et de la gaieté (2), soumis à un gouvernement respecté (3), pleins de pré-

(1) Notieia do Brasil, remplissant presque en entier le tome III (1825) de 11 CoUeeçâù de noUeias para a Hiitoria e Geografia dai naçoéi fUtramarinoM (petit in-6) , publiée par i' Académie royale de Lisbonne, n y faut rattacher les Heflexoêseritieai^ formant la seconde et moindre partie du tome V (1830) de la même collection, dans lesquelles l'actif et agace Adolphe DE VAiinuaiN restitue à ce llTre, resté anonyme, le nom de 100 Yéritabie auteur, méconnu par le P. Casai et par bien d'autres après lui. Le même érudlt en a donné plus tard, à son tour, une nouvelle édition sous le titre de Tratado deseripUvo do Brazil em 15S7, obra de Gabriel Soabbs de Sousa, Rio de Janeiro 1851 , in-8 ; remplissant aussi presque en entier le tome XIV de la Jleviita trimemal do Instituto kistofieo e geojrapMco do BrazU. — L'ouvrage est distribué en deux parties, dont la première porte le titre de Roteiro gérai eom largae informaçoés de toda a eotia do Brcuil, comprenant 76 chapitres dont les derniers, à compter du ux, concernent la côte au sud du tropique austral. La seconde partie, beaucoup plus étendue, et comprenant 100 chapitres , offre spécialement un Mémorial e Declaraçdo dae grandexae da Bahia de Todos o$ Santoe,

(3) Diciaration du voyage^ etc., art. 15.

(S) Déelaration , etc., art. 18.

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vennnces et de bons procédés envers leurs hôtes (1), méritant toutà faitce que le chroniqueur brésilien Simon de Vasconcellos (2) exprime d'un mot à propos des anciens habitants des bords du Rio San Francisco do Sul : « Hepovoado de Indios Carijbs^ a melhor naçào (( do Brasiln (Il est peuplé d'indigènes Garijos, la meilleure nation du Brésil).

Quant aux habitudes de la vie matérielle, les détails qu'en donne la relation normande offrent la plus parfaite concordance avec ce que nous pouvons recueillir chez les anciens voyageurs et descripteurs du Brésil, soit pour ce qui est commun aux Carijôs et à diverses autres populations voisines, comme le genre de nourriture (3), l'habitation dans des cabanes, le couchage sur le sol garni de feuilles ou de plumes recouvertes de nattes ou de peaux (4), l'usage de l'arc, des flèches et de l'épieu pour la chasse, la pèche et la guerre, et leur habileté à s'en servir(5), leurs parures de plumes aux vives couleurs en diadèmes et autres ornements, leurs colliers d'os ou de coquillages, etc. (6); soit pour ce qui est spécial à ce peuple, comme le vêtement de deux pièces, tablier et manteau, afin de se prémunir contre l'air froid et humide de l'hivernage (7). Jean de Léry(8)est fort intéressant à relire au point de vue

(1) Déclaration du voyage, art. 21.

(2) Simon de Vasconcellos^ Chroniea da Com$Minhia de Jesu, do Eetado do BruHl^ Lisbonne 1603, In-fol.; liv. I,S62; p. 40.

(3) Déclaration, etc., art. 15.

(4) Déclaration, etc., art. 17.

(5) Déclaration, etc., art. 15.

(0) Déclaration, etc., art. 15 et 20.

(7) Déclaration, etc., art. 15.

(8) Histoire d^un voyage fait en la terre du BréHl; l'exemplaire auquel se rérèrent mes citations est de la a* édition , GenèYe 1600, petit inS.

du parallèle continu à faire de son récit avec les indications fournies par Gonneville. Gabriel Soares n'est pas moins important à parcourir dans un semblable but : il est particulièrement significatif d'y relever ce trait caractéristique des Garijôs : « Coituma eile gentio c no invemo lançar sobre ii umai pelUi da caça que ma^ « tam, umapar diante^ outra por de traz n (l) . M 'est- ce pas le simple énoncé de ce dont voici par avance une sorte de paraphrase dans la déposition de nos voya« geurs normands : « Portent manteaux, qui de nattes déliées, qui de plumasseries..... avec manières de tu- « bliers ceints par-dessus les hanches allants jusques aux (( genouilsaux hommes, et à my-jambe aux femmes» (2)» On sent bien que de part et d'autre il s'agit d'un wétue peuple, et la confiance en leur identité s'affermit h mesure qu'on y regarde de plus près*

Dans la volumineuse Hiêloire dii choieê pluê minnOTOr blés advenifs tant ez Indes orientales que autres pays de la découverte des Portugais^ composée sur les tiK^iitolrns des religieux de ^a compagnie, le jésuite touloiisiiiti Pierre du Jarric, non seulement confirme ces iérnoignages de la douceur et de la civilisation relative (J«s peuples Gariges, a nation la plus docile et la iu\m% < policée qu'on ait encore Irouué auBrasil, de façon a qu'ils vont tous honneslement vestus de pniux de tt bestes contre la coustume des autres »f mais il nous fournit en outre un indice linguistique dont il nous est permis de tenir compte: la relation de Gonneville nous

(1) Soares, Roteiro, cap, lxtiii; p. S9 de Tédltlon ds LUbonns , ou pp. 103-104 de celle de Varnbagen. — Comp, Jaboatan, iVbtfo orbe MffltUoBrasilico, nouv. édlt., Rio de Janeiro 1B68 à 16S9| dsux parllaa en cinq toI. in-8; V pariie, tome I, p. 81.

(2) Déclaration du voyage, etc^art. 19«

a fait connaître tes noms du chef Aroiea et de son jeune fils Essomeric^ ainsi que de son compagnon Namoai or ces terminaisons (Hiomas tiques enaet en te sont précisément celles qui se retrouvent dans les deux seuls noms propres cariges rapportés par le Père Du Jarric » savoir, ceux du chef Cayobig et de son frère Farancaha: c'est un rapprochement de plus qui se vient ajouter à tous les autres (1).

Dès l'arrivée du capitaine de Gonne ville et de ses compagnons dans le port de refuge où le hasard des tempêtes les avait poussés, on procéda à la visite du navire, et on le reconnut en si mauvais état, qu'on se détermina à prolonger ici sa relâche pour le radouber, ce qui demanderait beaucoup de temps faute d'ouvriers expérimentés, et ferait manquer Toccasion favorable pour la campagne projetée, outre qu'on avait perdu le pilote en qui Ton avait mis sa principale confiance ; en sorte que Ton résolut dès lors de renoncer au voyage de l'Inde Orientale, et de retourner en France, en se tenant satisfaits de la découverte de cette terre^ où il n'était point encore venu de chrétiens (2) .

Pendan tle cours des travaux de réparation àeVEspoift on ne négligea point de constater la prise de possession du paySj suivant Tusage de cette époque, par l'érection solennelIed'uUe grande croixdebois (3) , cérémonie pour laquelle on choisit le jour de Pâques^ qui tombait, en

(1) Du JabbiC, Histoire^ etc. Bordeaut ISOS à 161A; S vol. iQ*&; t.U, liv. lU, pp. 275 et 337 à 3^2 ; tome III, liv. i^ pp. 485 à 688.

(2) Déclaration du voyage^ etc., art. Ift.

(3) Déclaration i etc. , art« 33.

cette année 1504, le dimanche 7 avril. Sur la face du monument on grava le nom du Pape de Rome (Alexandre VI, sans doute, qu'on avait laissé au départ sur le trône ponliGcal, et dont on ignorait le remplacement ultérieur par Pie III, déjà remplacé à son tour par Jules II) ; puis le nom du Roi (Louis XII) ; celui de l'Amiral de France (Louis Malet de Gra ville) ; et ensuite la liste de tous les gens du navire, depuis le premier jusqu'au dernier.

A Tinscriplion officielle, matlre Nicolle Le Febvre ajouta, au revers, un distique latin de sa façon renfermant la date de Tannée sous forme de chronogramme :

HIC SACRA PALMARIVS POSVIT GONIVILLA BINOTVS GREX SOGIVS PARITëR riEVSTRAQV£(l) PROGENIES.

(Ce monument a été ici consacré par fiinot Paulmier de Gonneville, en compagnie à la fois de la population indigène et de la génération normande.)

Il y a de compte fait, dans ces deux vers, un M, trois G, trois L, unX, sept V et neuf I^ soit 1000 + 300 + 150 + 10 + 35 + 9 = 1504.

Quand le radoub fut terminé, Ton proposa d'emmener en France quelque indigène de bonne volonté,

(1) CeUe leçon, conforme au manuscrit de l'Arsenal, csl la seule cor* recte; l'abbé PiULMiEa {Mémoires, etc., p^ 21) a imprimé nevtraqve; De Baosse {Terres australes y tome I, pp. 112-113) a mis à son tour Utraqve, en allongeant du même coup Tadverbe précédent d'un qve enci ytique superQu (pariterqve vtraqve), ei y a Joint une traduction ; Estan- CBLiN {IVavigateurâ normands, p. 177) a fidèlement copié Paulmier Margry (I^avigations françaises, p. 1/^8) a préféré copier De Brosse mais sans traduction ; ils ne se sont pas aperçus que le qve, surajouté l'on ne sait pourquoi, fausserait k la fois le cbronogramme par une addition de cinq années en trop, et te vers par un pied surabondant en appendice à la césure du premier hémistiche.

que l'on ramènerait à un prochain voyage, annonce comme devant avoir lieu dans un délai de vingt mois : le vieux chef Arosca, qui avait six enfants dont Tàge s'échelonnait entre quinze et trente ans (1), se prêta volontiers, sous de telles conditions, à rembarquement de son jeune fils Essomeric , auquel il donna pour compagnon et pour mentor un autre Indien de trente-cinq à quarante ans, appelé Namoa (2). On fit un grand approvisionnement de vivres, on recueillit beaucoup de pelleteries, plumasseries, racines à teindre, et autres curiosités du pays (3), indépendamment de tous les dessins, plans et cartes levées et tracées par le savant et habile maître NicoUe Le Febvre (4); et l'on se remit en mer dans les premiers jours de l'hiver austral , le mercredi 3 juillet, après six mois presque complets de séjour au milieu de ces bonnes gens.

XVIIIo

Ce voyage de retour commença sous de fâcheux auspices (5) ; aux contrariétés ordinaires , résultant des conditions climatériques qui obligent de prendre au départ la bordée du sud, afin de gagner dans Test et de reprendre ensuite la route vers le nord dans un méridien favorable, vinrent s'ajouter ivott^et fortunes, c'està-dire des gros temps, et les ravages de la fièvre maligne, dont furent attaqués nombre de gens du bord, d'entre lesquels quatre succombèrent, notamment l'indien Namoa. A son tour, Essomeric fut atteint de

(1) Déclaration du voyage, etc., art. 10.

(2) Déelaration^ etc., art. 23.

(S) Déclaration^ etc.^ art. 23 et 21.

{à) Déclaration, etc., art. 16.

(5) Déclaration, etc., art. 2ft.

la fièvre et mis en danger de mort; d'où ses compasgnons prirent occasion de le baptiser éventuellement, ce qui eut lieu le jeudi 12 septembre. Ils demeurèrent près d'un mois encore sous les fâcheuses influences de l^bivernage contre lesquelles ils avaient à lutter* Enfin, lorsque sortis de la pernicieuse région des calmes du Capricorne, ils furent parvenus à repasser le Tropique (1), et qu'ils purent songer à régler leur route sur leur position, de manière à prendre terre afin d*y trouver des vivres frais et le rétablissement de leur santé, ils reconnurent quMs étaient, alors encore, plus loin des côles africaines que de celles des Indes occidentales, où ils savaient que les Normands et les Bretons, surtout ceu\ de Dieppe et de Saint-Malo, allaient depuis quelques années cbercher du bois de Brésil, du coton, des singes, des perroquets, etc. ^ ils résolurent d^une voix unanime de profiter des vents réguliers qui les y poussaient pour aller eux-mêmes s^y refaire et y prendre en même temps leur chargement en pareilles marchandises. Ils firent voile en conséquence au nord-ouest, et arrivèrent à la côte le lendeiuiiin de la Saint -Denis, c'est-â-dire le jeudi 10 octobre 1504, après quatre-vingt-dix-neuf jours de mer.

Sur quel point venaient-ils d'aborder? Sans pouvoir le déduire immédiatement avec quelque assurance de la navigation qui précède, notre incertitude ne saurait du moins flotter désormais dans d'aussi vagues limites que pour le premier atterrage; et la suite de leur route va nous fournir de nouveaux repères pour la pointer sans beaucoup d'hésitation. Remarquons i en efleti

(1) DHaraiion, etc., art. 29 «

qu'^D arrivant ^ci, il« reconQaissçpt 4p(| ir^ccff» ^q 1§ pr^cédentp vepue c}e8 Eurppéens (1). ^a^U aw li^vi du i^aturel pUcjd^ des indjgèpes dont ^)s éUi^Pt pagp^r^ les bôt^s bienvenus, ils rencontrent ipi ^es S£mvs|g€:9 grossiers, absolument nus, tatoués, 4é6gurés par le boloc encbàssé dans leurs lèvres , les çb^veux k d^n^fv tondus, couchant dansde^harnac^, arpiés 4^ c^sge^^^tfn apssi bien que d^rcs et de flèebes, san^ cbef ni fpaitrSi et pour comble d'horreur, anthropophages (?1). Qq s'était bàlé de descendre à t^rre, ^ans ftrpofSi pQijlF 36 procurer de l'ef^u : op paya chef Cf^tte iipprudepçe; trois hpipines furent tpés pu epjevés, etspr qu^tfe ^i;» très qui se sauvèrent , troi^ ét^iept hle^sps, dppt HW mortellement, précisément: ce NicoUe J^e febyi^fi 4fl Honfleur qui était le personnage le plu^ distingp^ dg l'expédition (3), C'était là up çv^^\ av^rU^s^piept 4? se tenir dorénavant sur ses gardes,

On ne s'arrêta point à ce fupeste apcrfige, et 1'q|1 poursuivi^ sa route en longeapi; |a côte vers ]ç pprd iusqu'à cent lieues de 1^ (4), op l'on s'arr^tfi chez 4ç§ peuples tout semblables, mais dont on se tint ep dé-? fiance; on y fit une relâche de trois mois, employés ^ réunir un chargement complet de vivfpa et de ipafr» chandises-, après quoi, du samedi 21 décembre lôQ^^ jour de Saint-Thomas, au mercredi 25, jour de Noçl, le navire YEspoir ellectua son départ pour reto^-pep en France (5) ; et sept à huit jours après le débouqpement(6), c'est-à-dire le merçre4i V^ janvier 150$|

(1) Déclaration du voyage^ etc., art. 87.

(2) Déclarationf etc. , art. 26.

(3) Déclaration, etc.^ art. 27, (A) Déclaration^ etc., art. 28.

(5) Déclaration^ etc., art. 29.

(0) Déclaration, etc., art. 30. a: > ^ .

on se trouva en vue d^une ile déserte et boisée i d'où venaient se percher sur les mâts et les vergues d'ÎQnombrables volées d^oiseaux.

Cette mention d'un dibouquetnent, celle d'une ile peuplée d*oiseaux qu'on reucontre sept ou huiljouri après, suffisent â nous avertir qu'il ^s'agit ici de Bu« hia (1), et de l'Ile Femam de Noronha (2) ; d'où il suit que l'ancrage momentané du 10 octobre précc(lerit| k cent lieues dans le sud de Babia, s'était eilectué veri Porto Seguro : les indigènes anthropophages que l'on y rencontra ressemblaient beaucoup, quels (|M'iU fussepti à ce^ farouches Toupinambas (3) qui, depuis,

(t) Bahia est en effet, sur la cdte orientale du Hrdstl en (lAr;A du tro« pique austral, le seul point dont la disposition tiydrograplilijuit \)\\\%%û donner lieu à un débouquement, c'est-à dire à w\ p^iftiugit dit «orilrt, -^ Améric Vespuce avait ici précédé Gonnevllle dt* phm d*iin<' aiiiién i II y ^lall arrivé dans les premiers Jours de septembre 1&03, pt'U d'< \tmpn tt]>rh Is naufrage du vaisseau de son commandant Gon^iilvn Ooidtio aux uUnnU de rilede Femam de Noronba, et lui avait donné la nom de MmIm du inuN les Saints.

(2) L*lle de Fernam de Noronba est Ici caractérist^n h U (o\h \t,n hfidlii' tance de Bahia, et par la multitude do sch o\u"a'i%, ■ ,St'|)i h liiiti Jour* nées de navigation pour les 225 liRU<>s d'Iiitr'rvallef KUppoNiini un NJiiKliiKS de 30 lieues par jour, c'est-à-dire une marche nioyi'Miie df< /k i\w\u\n, qtd est bien celle des navires marchand» à voile, ordiiiiilrcs.— Aim^rlr. \MViHin, qui dans son quatrième voyage avait abordé, In 10 auCil lAO.'l, à («lin même lie, mentionne spécialement la quan'.lfé lunondM'iddo iïvn iiImniiik | qui se laissaient prendre à la main (voir Wknmni p, 00, (am'ivai, p. 1 ta, nu Varnhageii, p. 68). UlricScHMiDEL, qui y d(*>»c<'tidll en \Ù>h, din'luut (|u'ou n'y voit rien que des oiseaux ^Édition latine de IIulhiun, NOrnubcru 1(^Utf pet. in-&,p. 9). -> Cette Ile, qui avait ntçu d'ubord In n(»ni dciHidnl Jnaii, prit bientôt dans Tusage celui de Fernam de Noronb.i qui, iipi^i l'iiudr découverte, en avait obtenu la concoskion par !< itreH royiilm du 10 Juavler 1504.

(3) Les migrations guerrières qui avalent sncres^lvomont animé sur U côte des populations nouvelles k la place décolles qu'clh'S rcroulalcnt I rintérleur, nous sont trop Imparfaitement connues pour qu'il nous soU possible de déterminer chronologiquement la part ft falrol chacuno d'ellsi

ont été tant de fois décrits par les voyageurs, par nul avec plus de saisissante naïveté que par notre vieux Jean de '^éry (1), chez lequel aussi nous retrouvons, caractérisés de la même manière que par Gonneville et ses compagnons, ces oiseaux (2) de Ttle Fernam de

dans la possession du littoral visité par les premiers explorateurs européens, l^s Tiipiiiambas passent pour les dernier» venus, absorbant d'autres tribus congénères qui sVtaient anlt^Tieurement substituées aux Tapuyas, hdbitauts primitifs au dire de Gabriel Soarbs ( 2* pari., ch. CLXxxiir, p.aaO de l'édition de Varnhagen, ou pp. 312 313 de celle de Lisbonne}, mais précédés eux-mêmes k Bahia, s'il faut en croire le P. Ayres de CAXàL (Corographia Brasilica, 2* édition, Rio 1817, deux vol. iu-8; tome II, p. 100; par les antiques Qutnuimuras ; maiscesTupinanibas, derniers venus^ n'étaieni-ils pas d<^jà maîtres de la côte au moment où y vinrent aborder coup sur coup Cabrai, Vespuce, Gonneville? Nous énonçons la question, sans nous risquer à la résoudre de no^re chef, nous bornant à constater Topinion affirmative de Cazal. Mais il est ceriain que les cheveux courts, le botoc, le hamac, le casse- tête, qui semblent des traits caract(^ristiques des cannibales rencontrés en ces parages par Gonneville^ se retrouvent pré<isémt'nt chez les Tupinambas.

(1) Gabriel SoARBsa cousdcré spécialement aux Tupinambas une série de non moins de 31 cliapitre», de ctLvii â clxxvii, pp. 30>à 343 de l'édition de Varnhageii, pp. 272 à 307 de celle de Li>bunne. — Jean de Léav, qui a figuré la prononcialio» indlKène de leur nom par l'orihographe singulii-rement lourde et empâtée de Toaoupinambaoultt^ consacre la moitié de Hon livre à décrire leurs personueset leurs coutumes. — Il n'est pas sans iniétèt de se reporter en même temps aui descriptions d'Améric Vespuce, en sijs lettres à M. dicis ; de 1502, dans Bartolozzi, pp. 172 à 178, et de 1503, dans Bandini, pp. 106 à tll, ou dans Canovai, pp. 87 A 01 :ou bien l'une et l'autre, pp. 86-85 et pp. 17 à 20 dans l'é lillon de Vaknhaobr.

(2) Jean de Léry, p. 26. — De quel oiseau est-ii Ici question? Un moment nous avons pu croire que c'était le même qui, dans VUiitoire gè» nérate des voyages lÉditioii in-12, tome LIV, pp. 3/16-3/17), est ainsi décrit paru.! les oiseaux marins du Brésil : «Le Caracura est de «ouleur « cendrée, et cache un petit corps sous un plumage épais •^tic Ce dernier trali qui pour Gonneville comme pour Léry semble caractéristique, n'est ici malheureusement, de la part île l'abbé Prévost, qu'une addition de puie faniaisie, ainsi qu'on eu demeure convaincu en remontant à la source; l'article et emprunté au JV-tvus orbis de Jean de Lart ( Leyde 1033, In-fol., p. 575) qui ne parle nullement de plumage épais, et se cooteate dt traduire, d'après la version anglaise de Puiiois (Pilgr(m$tf Londres

Noronha,8i gros dans leurs plumes, si cbéUfs plumés !. •• Cinq semaines plus tard, c^est-à-dire le mercredi 29 janvier, après avoir été forcé de lou^o^er au milieu des calmes^ on eut un veut de sud-ouest pour repasser rÉquateur (I); mais on retomba bientôt dans li-s brises folles et les toiirnades, et Ton se trouva poussé à travers la mer de Sargasse, cette immense prairie de varechs glauques à vésicules rondes, vulgairement ap« pelés raisins du Tropique, dont le capitaine de vais* seau Leps nous a donné la carte spéciale : on se croyait alors près des Canaries, on reconnut les Açr>res, et l'on ancra le dimanche 9 mars au Fsyal, où Ton fê^ nouvela ses vivres. Ayant remis en mer, on fut forcé par une tempête à relâcher en Irlande pour y réparer ses avaries (2); en suite de quoi YEêpolf reprit su route et arriva heureusement le mercredi 7 mai en vue des côtes de Normandie, près des ties de Jersey et (/Utr* nesey, où ratfendait une affreuse catastrophe, l'attaqua d'un pirate anglais, Edward Blunt, de PlymoMlh, con« tre lequel on se défendit Taillamment, mais qui spiiela à son aide un autre pirate, français celui*ei^ Maurie«

1S35^ iD-fol., tooM IV, p. ist7> rartlds c»rr#ff)0fi4tsnt «Is U rsltilrm por* tugaifte inédite da Jétuiie llaniMt Tsistan, dii pir Psivovr lui-mlms quelques pages plu» bauifuM êupràt p« lOS ê^uê ïê tiénmiêiUin ds /*of" tugaiê anonyme. Pour cetui-el^ d'aprè<i 1rs f rt<lueiios« da Murelta« al ds Laet, le Caracura est simplement Mn peilc ulf^au« dont Dnihon {Orné» tbologie, tome 11, p. 219 à 221« et pi« XXII, 0k« 1) nous s douiid Is daicrip'ion, la Sgureet la synonymli*: e'est \iiï psssftritau» nolra llouMarulla ou Ros'ignol de rivière, — L'oiseau de Goniieviiie «t Au L4ry SsC plus gros et palaié: mon sa%ant ronfrère et ami le D' Hoiillii après auilr balancé pour un Boubte, c*esi-ft-dire un Fou de petite eitpèi'e, e»t porU É panNser en déflnitlve, A raison delà i<ri»s«eur trop prononcée de tous les Pou« con« DUS, quMl s'agit plutôt du JVoâlyon /Viga'sii, ou rncora p««ut écri* da Is petite mi'UPtte cendrée de Buffon, don.iéc pour le Garajam dos Portugali,

(1) Déclaration du voyage, etc., arc. 30.

(2) Déclaration , etc. , art. 31 .

Pofti cl, breton ; en ôoi-te que nos malheiiretlx îf ormandâ, tors d'état de prolonger une lutte trop inégale, prirent le parti de jeter leur navire à la côte, et de se sauver eux-mêmes dans Ttle, ce qu'ils exéculèrent, après avoir perdu douze hommes tués 0(1 noyés; quatre autres itioururent à terre de leurs blessures. Le reste passa quelques jours après sur le continent, au nombre de trente et Une personnes, dont trois ayant été laissées malades à la Hougue, il ne rentra à Hodfleur, le mardi 20 mai 1505, à ne compter point le jeune Indien Essomeric embarqué outre-mer, que vingtèept des soixante hommes qui en étaient partis le 24 juin 1503, et qui venaient achever si tristeitient au port une campagne où ils aviiietit vii périr trente et un de leurscompagons, et s'écouler sans profil près de trois années.

C'est à la suîtcj de ce désastre que fut pat éUx adressée, en France, à 1 autorité compétente, une plainte eU forme poUr la cdiisërvatiôn éveiitUeile de leurs droits, et rédigée 1^ déclaration officielle qui nous a conservé la mémoire de leur aventureuse entreprise et de leur déconvenue (t). M*oubIions pas qu'en racontant leurs escales au Brésil, ils constatent qii'ilà y avaient été précédés a d'empuis aulcunes années en ça » par divers navires de Dieppe, de Saint-Malo, et d'autres ports de Normandie et de Bretagne : Quelques années avant 1503, n'est-ce pas dire en d'autres termes, sans conteste possible, avant la fin du xv* siècle?

(1} Diclaralion du voyage, etc., an. 33.

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