CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES
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cTarvarl O allège Librarj
Bç^uest of
rilANCIS FARKMAN
17 Jan.1894
La bataille de Waterloo est le fait militaire le fh& considérable de notre temps, et cependant il exbte peu d'événements dont les détails essentiels soient plus ignorés du public. La vérité, obscurcie par rintérét personnel ou par les passions, n*a pas encore été aite sur les principaux épisodes de cette campagne de quatre jours où succomba la fortune de fa France, où fut décidé le sort du monde.
On le verra : si, dans cette fatale journée, l'étranger humilia nos armes, il n'a pas le droit de s'enorgueillir de son triomphe; la France, à plus juste titre, peut se montrer fière d'une pareille défaite. Jamais armée française^ jamais soldats qe méritèrent mieux du pays, malgré ses résultats , Waterloo, combat suprême, est un de ces efforts héroïques qui honorent un grand peuple, et dont chaque eitoyen, jusqu'au jour de la réparation, doit garder la pieuse et fidèle mémoire.
Nous ne dirons aue peu de mots de ce livre : il contient l'histoire ae la campagne de 181 S , et en est le récit le plus lucide, le plus dramatique, et le plus complet oui ait encore été publié ; 11 explique des incidents aont l'empereur lui-même, à Sainte
Hélène , cherchait encore à se rendre compte. La manière simple de Técrivain répond à la grandeur et à la majesté terrible du sujet : Fauteur ne discute pas , il raconte; et dans la succession de tableaux vivants, pathétiques qu'il fait passer sous les yeux du lecteur, il s'élève sans effort jusqu'aux effets qui sont le privilège des plus grands peintres.
Chaque fait est appuyé de preuves : toutes les sources où l'auteur a puisé, sources officielles ou privées, nationales ou étrangères , sont religieusement indiauées; bon nombre de documents sont rendus publics pour la première fois.
l'éditeitr.
DE WATEEILOO.
SoviiiRE. — ' Hjuin 1815 : Concentration de Tarmëe entre Hanbrage et Philippe ville ; sa force et sa composition. ProekuBation. Espritdes troupes , les généraux et leç soldats. Position desdeux armées anglo-holandaise et prussienne. Plan de Tempereur . — Journée cfu 15 : L^armée franchit la frontière. Désertion du général Bourmont et de cinq officiers. LVmpereur entre à Charleroi. Arrivée du maréchal Ney. Combat de Gilly. -^Journée du 16 : L^empereur marche sur Bruxelles. Lettre et ordres au maréchal Ney . Napoléon est arrêté au delà de Fleurus par Tarmée prussienne. Nouvelles dispositions. Bataille de Ligny contre les Prussiens. AfTaire des Quatre-Bras contre les Anglais. Double mouvement du l«r corps ( Drouet d'Erlon ). Incidens. ~ Journée du 17 : L^empereur marche contre les Anglais ; il s^arrète en avant de Mont-Saint-Jean. Le maréchal Gronchy est détaché à la poursuite des Prussiens.-; il s^arréte à Gemblonx. —Journée du IS : Premières dispositions. Ordres envoyés au maréchal Grouchy. Apparition d^une colonne prussienne à la droite deTarâiée; nouvelles dispodtions. Attaque d'Hougoumont. Grande attaque sur' le centre des Anglais ; panique dans leurs réserves. Intervention d'une première armée prussienne (Bulow) sur les derrières de Tarmée, à Planchenoit. Nouvelle attaque sur le centre des Anglais. Prise de la Haie- Sainte et d'une partie du plateau de Mont-Saint- Jean. Seconde panique dans Tarmée anglaise. Charge de 7,000 cavaliers sur le plateau. Les Prussiens sont battus à Planchenoit ; ils se retirent. La garde impériale se porte contre les Anglais. — Le maréchal Grouchy et son corps d^armée ; sa marche sur Ws^vres ; incidens. — Intervention d^une deuxième
armée prussienne (Blâcher) sur le champ de bataille d( Tempereur. Désordre ; défaite (1). -
L'empereur était parti 1er 11? juin de Paris, J trois heures et demie du liialîn; il visita dans la journée les fortifications de Soissons et vint coucher le soir à Laon, dont il inspecta également les ouvrages. Le 15, il arriva à Avesnes, Toutes les troupes destinées li faire la campagne achevaient alors de se concentrer en avant de cette dernière place, sur la partie de Tcxtrême frontière comprise entre Maubeug^e et PhîUppeville. L'armée se composait des !•% 2% 5®,.4« et 6« corps , commandés par les généraux Drouet-d'Erlon, Reilte, Vandamme, Gérard et comte de Lobau. Mie comprenait, en outre, les troupes de la garde impériale^ ainsi qu'une nombreuse réserve de cavalerie placée sous le commandement en chef du maréchal Grouchy, et composée d^un corps de hussards et de chasseurs sous les ordres àa général Pajol, d'un corps de dragons sous les ordres dii général Excelmans, et de deux corps de cuirassiers sous les ordres des généraux Kellermann etMilhaut. Le 13 au soir, la garde, qui était partie de Paris le 9 juin, se trouvait réunie autour d' Avesnes^ le 4* corps,
(1) Cette relation , ainsi que nous aurons à le dire à la fin du volume, est empruntée à Touvrage intitulé : Ghdte DE L^Ëupins, Histoire des devx UssTAtRATioifs ji'Sqc'a la CDUTE DB Charles X en 1850, par Achille de ^ulabelle, que publie le même éditeur.
de Metz 9 le 6, était Clément arri?é à Phî- ?iile; les i*' et 2* corps partis, à quelques de là, des environs de Lille et de Valencienprenaient position entfe Âvesnes et Maue; enfin, le 6*, parti de Laon, arrivait égale- . sous la première de ces deux villes. Tous ces rements ordonnés secrètement et exécutés bruit, avaient été masqués par des détache- ;s de garnisons des places fortes et par des lions d'élite de gardes nationales. Le 14, au 1, la concentration de toutes ces forces était inée, et Tarmée campait sur les trois direcde Philippeville, Beaumont et Maubeuge.
;amps étaient établis derrière des monticules » bois, à une lieue de la frontière, de manière |ue leurs feux ne fussent pas aperçus de Tenqui, effectivement, n'en eut aucune connais- !. Le quartier-général fut placé au centre, à mont. Le soir, les appels constatèrent que le )re des soldats présents sous les armes était nt quinze mille cinq cents hommes. L'artil* se composait de trois cent cinquante bou^ à feu. Voici la composition de cette armée :
CoBP». — Comte d'EiLon . — 4 divisioDs dMnfanle- ** division , général Alix , 4,1^0 hommes; 9«, géDé- Hmielot, 4,100 hommes; 3®, général Marcognety hommes; 4*, général DuruUe^ 4,000 hommes.
al 16,220 h.
Division de cavalerie, général lacquinoU. 1 ,500 Jlerie, 46 pièces; artilleurs . . • 920
Total du corps 18,640 h
2« CoKM. *- Comte Rinixe. — 4 dinsions d'iofaDterie : 5' divigion, général Bachelu^ 5,000 hommes; 6«, Prince Jérùme (conduite par le général Guilleminot)^ 6,100 h.; 7«, général Girard, 5,000 h. ; 9«, général Foy, 5,000 h.;
total 21,100 h.
2« division de cavalerie, général Pire . . i,500 Artillerie : 46 pièces ; artilleurs .... 930
, Total da corps 33,550 h.
5« Coaps. — Cpmie Va?idahhe, — 3 divisions d'infanterie : 8« division, général LefoL 4,300 hommes; 10», général Hubert^ 4;450 hommes; il* général Berthezène^ 4,300 hommes ; total ........ 13,030 h.
3« division de cavalerie, général Domont . 1,5.00 Artillerie : 38 pièces ; artilleurs i . . . 760
Total 4u CQrps . . . . . , . 15,29J) h.
4« Cçaps. -— Comte GÉRAaB.-r- 3 divisions d'infanterie: 12« division, général P^Wi^tMP, 4,000 hommes ; 13«, gênérai yichery^ 4,000 hommes ; 14% général Bourmonlt ensuite le général Hulol, 4,000 hommes; total. 12,000 h^. 6° division de cavalerie , général Maurin, 1 ,500 ' Artillorte : 38 pièces; arMUeurs. .... 760
Total du corj)s . ...... 14,260 h.
e? CoEPS. —r Comte, de Lobau. t- 3 divisions d'infanterie : 19« division, général Simmer, 3,500 lv>mmes; 20% général /eanntn, 3.500 hommes; 21«. général Téste^ 4.000 gommes; total 11,000 h.
Artillerie : 38,pièces; arj(il]çurs . . . . 770 h.
Total du corps ...,...' 11,770 h.
GaaqeihPériuc: — r Infanterie. — Jeune garde, général DuAeme ,3,800 hommes; chassenrs ou moyenne garde, général Morand, 4,250 hom.; grenadiers, général FrïanI,
4,429 homnies; toUl de rinfaaterie. . . . 12,420 h.
DÎYÎsioa de cayalerie légère , géaéral Lefebvre-Desnouettes^ 2,120 hommes; division de grosse cavalerie, général Guyol y%OiO h.; toUi de la cavalerie. 4,150
Artill^ie, général I>evaux,96.pièces; artil- Uurs 1,920
Total de la garde 18,520 h.
R^(serve de cavalerie, maréchal Groucdy :
!« CoBPg. — Comte Pajql. — 4« (division, général SotUt (frère du major-général) 1,280 hommes; b^ division, général Subervie, 1,240 hommes ; ensemble. . .^ 2,520 h.
2« CoBPs. — Comte Excelmans. — 9' division, général Slrolz, 1,300 hommes; 1o«, général Chastel^ 1 ,300 hommes ; ensemble ... 2,600
3« CoAPs.— rComteKELLERHiNif. — 11" division, général Lhéritier^ 1)310 hommes; 12* général Bowsei, 1,300 hommes; ensemble. . 2,610
4^ Corps. — Comte Milhaut. — 1 3* division général WcUhxer, 1,300 hommes; 14*, général Delort, 1,500 hommes; ensemble .... 2,600
Artillerie : 48 pièces; artilleurs .... 960
Total delà réserve de cavalerie . 11,290 h.
Mécapilîklalion.
Infanterie. Caval. Artillerie. Canons
f Corps. . . 16,220 h. 1,500 h. 9?0 h. 46
Garde impér. 12,470 4,150 1,920 96
Réf. decavall. • 10,550 96) 48
Total des canons 350
ToUl de rioraoterie , «K8ta .
de la caTrierie 90,460. . . . Jf«,30Dh.
desartillears 7,0S0 • . • .
Équipages de pont , sapeurs, etc. 3,200
Total gfnéral 115.5 b.
Des écrivains étrangers, dans le but de rehausser la valeur de leurs compatriotes et la gloire de leurs généraux, ont avancé que les troupes dont nous verous de dire Forganisalion, se composaient des vieilles bandes de lempire. Tout le monde sait qu'après les désastres de Russie, la grande armée impériale, celle qui gagna en 1813 les batailles de Lutzcn, de Bautzen et de Dresde, était formée en presque totalité de conscrits. Les conscrits étaient également fort nombreux,on Ta vu, parmi les troupes qui firent l'héroïque campagne de 1814 (1). L'armée qui allait combattre ne renfermait pas un nombre moins considérable d'homimes n ayant jamais vu le feu; ces hommes entraient dans sa composition pour environ moitié ; le reste n'avait guère fait son apprentissage qu en 1813 et en 1814. La garde elle-même, sur les dix-huit mille cinq cents hommes qui la composaient, comptait quatre ou cinq mille conscrits; là seulement se trouvaient un certain nombre de vieux
(1) V. la pote page 8.
oldats^ encore le chiffre de ces véiérans était-il noios élevé qu'<m ne pourrait 4e croire. Nous ne kwnons pas ce détail pour grandir les efforts que tous avons à raconter; c'est un fait que nous contâtons. Quand une nation que la coalition de tous es peuples a seule vaincue, attend , comme la ^rance, le jour où elle se relèvera enfin de sa déaile, il est des exemples dont ses jeunes généraions doivent garder la pieuse et fidèle mémoire. L'empereur, le matin du 1i, avait fait mettre à ordre du jour de l'armée la proclamation suivante :
• Âvesnes, (^ 14 juin 18f 5.
» Soldats ! c'est aujourd'hui ranniversaire de Marengo it de Friediand, qui décida deux fois du destin de T Euope. Alors, comme après Austerlitz, comme après Wairam, nous rûmes trop généreux ! Nous crûmes aux proestations et aux serments des princes que nous laissâmes or le trAne! Aujourd'hui, cependant, coalisés entre eux, Is em feulent à Tindépendance et aux droits les plus sarés de la France. Ils ont commencé la plus injuste des ^etOMBs. Marchons donc à leur rencontre ! Eux et nous, le sommes-nous plus les mêmes hommes ?
» Soldats ! à Icna contre ces mêmes Prussiens, aujourrimi si arrogans , vous étiez un contre trois, à M onlmiail on contre six.
B <}ue ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des iaglais vous fassent le récit de leurs pontons et des maux iflreux qu'ils ont soufferts !
9 Les Saxons , les Belges, les Ilanovriens , les soldats
de la confédération du Rhin , gémissent d'être obligés ds prêter leurs bras h la cause de princes ennemis de la-joitice et des droits de tpus les peuples; ils savent que cette coalition est insatiable ! après avoir dévoré dooie millions de Polonais, douze millions d'Italiens, un miltioa de Saions, six millions de Belges, elle devr^ dévorer les États de deuxième ordre de rAllQmagnc.
» Les insensés ! un moment de prospérité les ayen^ L'oppression et rhumiliation du peuple français sont bore ; de leur pouvoir. S'ils entrent en France, ils y trouverool j Icuc tombeau,
«.Soldats! nous avons des marches forcées h faire, des batailles h livrer, des périls à courir ; mais avec de 1^ constance, la victoire sera à nous; les droits, Thonneur et le bonheur de la patrie seront reconquis !
» Pour tout Français qui a du cœur le moment est ar« rivé de vaincre ou de périr \
> NAPOLÉOH. 1
Vaincrç ou périr ! disait Tempereur à son ar* mce. Ce langage fut entendu des soldats; tous avaient dpns le cœur les sentiments exprimés par leur chef; tous, impatiens de batailles, brûlaient d'en venir aux mains. Sauver Tindépendanee nationale n'était pas, toutefois, Tunique tâche que cette armée entendait accomplir : dominés par le souvenir des malheurs de 1814, les hommes qui la composaient , vieux soldats comme soldats de la veille, avaient, en outre, dans la dernière invasion, une mortelle injure h venger, et des offenseurs détestés h punir.
Un grand nombre de chefs ne parlageaient pas cet élan : leur caractère avait été détrempé par les événements de 181^, et ils reprochaient à Tempereur d'être venu déranger leur existence, troubler leur repos. Alourdis, en outre, par l'inactivité d'une année de profonde paix, ils avaient perdu de cette résolution et de cette audace^ qui leur avaient valu tant de gloire et qui.avaicnt contribué pouc une si grande part au succès des campagnes de la république et de TEmpire. Ces dispositions au mécontentement et ce changement n'existaient pas seulement dans les hauts rangs de l'armée, on les retrouvait chez un certain nombre d'ofTiciers 4o grades inférieurs. Nous avons dit combien les Bourbons, avaient été prodigues de grades et de décorations : au moment de quitter Paris, Louis XyUI avait encore jeté dans l'armée deux ou trois mille croix de Saint-Louis et de la Légion-d'Honneujr (1). Ces nominations, toutes de faveur^ le re^
(1) Cinq ordomances insérées dans le Moniteur des 18 et 19 mars, et portant la date des 17 et 18, contenaient treote-buit nominations de Saint-Louis et cent quatreyingl-dix nominations aux grades de commandants, d*offiders et de cavaliers de la Légion - d'Honneur. Une aixième ordonnance , dont la publication remplit les colonnes des numéros des 18 et lO.mars, contenait à elle seule le chiffre des nominations suivantes dans la LégiondrOonoeur : Moniteur du 18, cent dix-neuf officiers et deux cent cinquante-sept cbevaliers; Moniteur du 19,
tour de Tempercur les aTait annulées, êoit qu'elles eussent été. faites la Teille du départ du roi ou Iq lendemain de Tabdication de Fontainebleau. On les regrettait; on regrettait surtout les tranquilles loisirs donnés par le gouvernement que la journée du 80 mars avait renversé. L'empereur ne pouvait apercevoir les germes d'opposition cachés dans les rangs des régiments. Le nunvais vouloir des principaux de Tarmée, en revanche, ne lui avait pas échappé. « Je dois mon retour au peuple des villes » et des campagnes, aux soidalâ et aux sous-lien- » tenants ; je ne peux compter que sur eux, » disaiuil souvent. Durant quelques semaines il parut décidé à réaliser enfin une pensée conçue dès 1813 et qu'il n'avait pas eu la force d'exécuter en 1814, c'est à dire de laisser tous ses anciens lieutenants goûter les douceurs d'une retraite splendide, et de ne confier le commandement des troupes placées sous ses ordres directs qu'à de simples généraux de division dont l'audace et l'énergie seraient excitées par l'espoir d'arriver à leur tour au faite des
huit cent dix chevaliers, avec eette mentioo après le der, nier nom, qui est celui de M. Cbancel de Buesdenos (Jean- Louis-César). sous-lieutenant au 1â«iie cuirassiers: la suite à demain. Le lendemain était le 30 mars. Si le gouvernement royal n*eut pas le temps de compléler la publication de cette liste, il put du motos aviser tous les titulaires de leur nomination.
bonneors militaires, le maréchalat (1). Cette résolation, s'il avait pu la maintenir, aurait peut-être changé les destins de la campagne de 1815; mais il faiblit i mesure qu'approchait l'heure de la lutte. Dans le courant de mai , il ayait nommé le maréchal Soult son major-général. Ce choix étonna le public et excita les murmures de Varmée. Le rôle malheureux du duc de Dalmatie, sous la restauratH», Texagération de son royalisme et les rigueurs de son ministère étaient encore présents à tous les esprits. Le li juin, la veille du départ de Napoléon pour la frontière, une dépèche télégraphique avait ordonné an maréchal Ney, alors retiré à sa
(I) Un ancien général de division de la grande armée nous a raconté le détail soîvant. Il se trouvait près de rempereur, le 16 octobre i813, le matin de la première joumée de Leipsick.Un groupe nombreux parut à quelque distance, se dirigeant vers un des points du champ de bataille, a Qui passe là 7 demanda Napoléon. — Sire, c'est le maréchal ... — Gomment ! il n'est pas encore à son poste? Ses troupes pourtant doivent être engagées depuis plosleors heures. Mais les voilà bien, ces maréchaux ! il leur fiiat maintenant de longues nuits, des lits moelleux ; les flitigues de la guerre sout trop fortes pour ces corps amollis. Ils en ont asses ; ils n*en veulent plus. Désormais ils pourront se reposer, car je suis bien décidé à les remplacer par des généraux jeunes, ayant encore des grades à gagner et de la gloire à acquérir. Il y a longtemps que j'aurais dû prendre ce parti. »
terre des Goudreaux, de rejoindre en toute 1 quartier impérial. Enfin, l'empereur venait c fier au maréchal Mortier le commandeme troupes de la garde impériale destinées à f; campagne, et de placer sous les ordres du m de Grouchy, créé maréchal à la suite de la c lation duducd'Angoulème, toute la réserve Valérie. La plupart de ses anciens généraux a en outre, reçu de l'emploi. Les soldats, les officiers inférieurs étaient jeunes, ardents, de batailles; les chefs, en grand nombre, ( vieux d'ans ou fatigués de services.
Nous avons dit les positions occupées p:
mée française dans la soirée du 14; voici était, au même moment, la position de l'eni
Les troupes alliées, alors campées en Belj formaient deux armées distinctes , commi par le duc de Wellington, et par le feld-ma prussien Blûcher.
La première se composait de vingt-quati gades d'infanterie, dont neuf anglaises, di:s mandes, cinq hollandaises et belges; de on:
gades de cavalerie, comprenant seize régi anglais, neuf allemands et six hollandais. Si était de cent deux mille cinq cents homme compris Huit régiments anglais , venant d rique et débarqués à Ostende, ainsi que autres régiments anglais enfermés dans les de la Belgique. Le prince d'Orange , lord
lordllxbridge commandaient les principaux corps. Disséminée depuis Nivelles jusqu'à la mer, cette armée anglo-hollandaise ayait son quartier-général i Bruxelles; le point de concentration indiqué à toutes ses divisions -était les Quatre^Bras (1).
(1) Compositiofi de Tannée aDglo-hollaDdaise :
i*' corps. -- Prince dùrange. — 11 brigades d*ÎDfaDterie, formaDt 5 divisions, dont S anglaises, commandées parle major-général Cooke (4,000 h.) et par le lieutenant-général Allen (0.800 h.), et 3 divisions hollandaises commandées par les Ueutenants - généraux Chassé (7,400 h.), Pcrponchcr (8,000 h.), et Collaert (7,200h.). Total 36,400h.
2* corps, — Lord Hill. — 13 brigades d'infanteries, composant 5 divisions , dont 4 anglaises, commandées par les lieutenants-généraui Clinton (9,500 h.), Colville (9,300 h.), Ptcton(9,700h.), et Cote (8,800 h.), et une 5* division étrangère, commandée par le duc de Brunswick (5,£»00 h.). Total 45,000
Cavalerie, — Lord Uxbridge. — 11 brigades, dont 7 brigades anglaises, commandées par les majors-généraux Sommerset, Ponsonhjf Domeberg, Vandeleur, Grant, Vivian, et par le colonel Areuschild (ensemble 10,400 h.); noe brigade hanovrienoe (1,200 h.), 2 brigades hollandaises (3,100 h.)» et une brigade bninswickoise (900 h.). Total 15,000
^r<i((frteet ^énte.— 50 brigades anglaises.
Les troupes prusiieiiiies étaient diraé qnatre corps do trente h trente^inq mille ho chacun, csntonnés autour de Charleroi, deN de Giney et de Liège, et conunandés par les raux Ziéthen, Pirch, Thiclmami et Bulow.
armée, ferle de cent trente-trois mille q uatre hommes^ et de trois cents bouches à feu, avs quartier-général à Namur; son point de c( tralion était indiqué en arrière de Fleurus (
comptant 180 canon» et 4,500 artilleurs, et 15 brigades holiando- belges, comptant 78 canons et 2,000 artilleurs. — Sapeurs-mineurs,
4,000 h. Total
RécafUuliUwn. — Inranlerie, 79,400 h. ;
cavalerie, 15,600 h.; artillerie et génie,, 7,500 h.
Total général 102^
et 258 pièces de canon.
(1) Composition deFarmée prussienne :
1" corp$. — Général Zîethen, — 4 divisions d'infanterie, comprenant 54 bataillons (27,200 h.) et une division de cavalerie de 52 escadrons (4,800 h.). Total 52,
2« corps, — Général Pireh, — 4 divisions d'infanterie, comprenant 36 bataillons (28,800 h.), et une division de cavalerie de 36 escadrons (5,400 h.). ToUl 54
S' corps. — Général Thielmann. — 4 divisions d'infanterie , comprenant 35 bataillons (26,400 h ) et une dinsion de cavalerie de 32
— ai —
X armées réonies présentaient un effecdu lîdtre; il s'éievait kdeux cent trente- ' neuf cents hommes ^ tandis que nous ne cent quinze mille cinq cents combat- :e lieues séparaient leurs deux quartiers- ; on comptait la même distance entre le ênéral de Blûcher, le plus rapproché de e, et Beaumont, quartier-général de r.
les nouvelles arrivées au quartier impéia journée du 14, annonçaient que les russiennes ne faisaient aucun mouveis la nuit du 14 au 15, des afBdés, venus its points de la Belgique, conflrmèrent e sécurité où était Tennemi; la tranquils absolue régnait à Bruxelles , à Namur iroi. Fait unique peutrétre dans l'histoire rre ! Napoléon venait de réunir une arnt quinze mille hommes, sur une fronrte, en face de deux armées ennemies;
f.SOOh.). Total 31,200
— Général Bulow. — 4 divisions , comprenant 56 bataillons (28,800 division de cavalerie de 48 esca-
)h.).ToUl , 36,000
lotion. — Infanterie, 111,200 h. ; 2,200 h
Total général 133,400 li.
lui-niémc venait de quitter la capitale de Vmp et de se mettre à la tète des troupes, sans q uulle part, même à une lieue de nos lignet»
soupçonnât les mouvements de nos soldats <t leur chef depuis deux jours.
L*empereur, pour attaquer les deux années liées, avait à choisir entre ces trois plans d'op< tion : déborder la droite ou la gauche de ces mécs ou bien percer leur centre. Dans les d premiers cas, les armées de Wellington et Bliicher resteraient réunies , puisqu'elles se ti Tcraient pressées Tune sur Tautre, de la gauche la droite ou de la droite sur la gauche, seloi côté par lequel lempereur attaquerait. La dis| portion des forces de Napoléon avec celles de deux adversaires, dans cette double hypothè lui fit adopter le parti de percer leur ligne à point de jonction, à Charleroi, afin d'isoler cha< armée, et de rester maître d'appuyer sur lune sur Tautre. Une fois placé entre les Prussiens les Anglais, devait-il faire tomber son effort ceux-ci ou sur les premiers? Cette deuxième qt tion fut résolue par la connaissance quMl avait caractère des deux généraux alliés.
Bliicher avait conservé de ses débuts dans profession des armes , des habitudes de hussai caractère actif, décidé, son armée évidenmi serait la première réunie. Son concours , si on l'attaquait pas le premier, serait prompt, éi
giqtie; et ce général, n'eût-il sous la main que deux bataillons, n'hésiterait pas à les amener au soutien de son allié. Wellington, au contraire, caractère circonspect, esprit lent, méthodique, attendrait la réunion de tous ses régiments, quelque compromise que fût la position des Prussiens, ayant de faire un seul pas pour dégager ceux-ci. L'empereur résolut dattaquer d'abord Bliicher. Il fallait une demi-journée pour le rassemblement de chaque corps prussien ; deux jours étaient nécessaires pour la concentration de toutes ces forces. Napoléon, en franchissant la frontière le 13 au matin, espérait donc que l'armée prussienne ne pourrait pas se présenter en ligne avant le 17. Il y a plus : en surprenant cette armée dans ses cantonnements, comme il allait le faire , il était possible d'empêcher le ralliement des différents corps qui la composaient, et de les écraser en détail. Les 11,000 'Chevaux du maréchal Grouchy, destinés à des manœuvres rapides au milieu de toutes ces troupes en mouvement, avaient été précisément réunis sous une seule main afin d'assurer ce double résultat.
Peu d'heures après l'arrivée de l'empereur à Avesnes, un ordre du jour du major-général, daté dé cette ville, le 13, et dit ordre de position , avait assigné à chaque corps le lieu où il devait se réunir et camper. Le 14, un second ordre du jour, dit ordre de mouvement^ daté de Beaumont, où le
qoartierHunpérial tcnût d*ètre transporté; Tînti^iu diquer à chaque général l'heore et l'ordre de sa mise en marche pour franchir la frontière le len« demain, ainsi que la route qu'il devait suifre et le point sur lequel il devait se portera Le 4* corps entr^autres, commandé par le comte Grérard et posté en avant de Philippeville, le point de notre ligne le plus éloigné du quartier-impérial et le plus rapproché du quartier-général de Blûcher, devait se mettre en mouvement à trois heures du matin, et, faisant éclairer sa droite, ainsi que tons les débouchés qui vont sur Namur, il devait marcher, serré en ordre de bataille, sur Charleroi. La 3' division de ce corps était commandée par le général Bourmont.
Ancien chef de bandes royalistes dans TOuest, M. de Bourmont, après la pacification de ces provinces , avait obtenu la faveur d'entrer avec le grade d'adjudantHX)mmandant dans les armées impériales. Un talent incontestable, plusieurs actions d'éclat, Tavaient successivement élevé au grade d'officier-général. Lors du retour de Tile d'Elbe, il faisait partie, conmie général de division, du petit corps d'armée réuni par le gouvernement à Besançon, sous les ordres du maréchal Ney, dans le but d'opérer sur le flanc de l'empereur. Nous avons réservé pour le procès du maréchal le détail du rôle de M. de Bourmont dans l'épisode de Lons-le- Saulnier. Nous dirons seulement qu'invité à quel-
qnes jonn de là, par le préfet du Doabs, M. Capelle, à aller rejoindre avec lai les Bourbons en Belgique, M. de Bourmont refusa, retenu qull était, disait-il, par Fespoir de conserver Besançon au roi. Besançon reconnut le pouvoir impérial, et, bien, que M. de Bourmont eût déclaré à M. Capelle que les étrangers étaient la seule ressource sur laquelle la cause royale pût compter, et qu'on ne devait pas hésiter à les rappeler (1), ce général ne tarda pas à solliciter un emploi de son grade dans Tarméè que Tempereur organisait pour repousser Finvasion. Davoust, dont le dévoùment à Napoléon était alors sans réservé, rejeta durement sa demande. M. de Bourmont recourut à son ancien chef, le général Gérard , dont Tinter- Tention fut également sans succès. Du ministre, Gérard en. appela directement à Tempereur, et ses instances, secondées par les prières de Labédoyère, du comte de Flahaut et du maréchal Ney lui-même, triomphèrent à la fin des répugnances que puisait Napoléon dans les observations de son ministre de là guerre. Le général Gérard venait d'être nommé ta commandement du 4* corps qui se formait alors à Metz ; son protégé fut placé sous ses ordres et obtint une division. Le 6 juin, cette division quitta Metz avec le reste du corps pour prendre position sur la frontière de Belgique.
(1) Procès du maréchal Ney, déposition de M. Capelle,
Le 14 au soir, le générai Bonrmont, dont les régiments formaient tête de colonne , avait son quartier-général à Florenne, village à deux lieues en avant de Philippeville, dans la direction de IVamur. Lorsqu'il eut pris communication , comme tous les autres chefs, de \ ordre de mouvement^ il fit la reconnaissance du terrain dans le plus grand détail et donna ses ordres pour la marche du lendemain.. Le 13 au matin, à l'heure indiquée par Tordre de mouvement, toutes les troupes du 4' corps prirent les armes/ Le général Bourmont monta à cheval à cinq heures et demie et se porta en avant de sa division comme pour reconnaitre la route. 11 était accompagné de son chef détat-major^ l'adjudantcommandant Clouet, d'un autre officier d'état-ma« jor, le chef d'escadron Villoutreys, et de trois aides, de-camp. Six chasseurs à cheval et un brigadier lui servaient d'escorte. Après avoir marché l'espace d'une demi^lieue, il renvoya deux des chasseurs , sous prétexte de transmettre un ordre verbal au général Hulot, commandant de sa première brigade. Une fois ces deux cavaliers hors de vue, leurs camarades se trouvaient en minorité , cinq contre six ; le général défendit alors à ceux-ci de le suivre plus loin ; il ks congédia en remettant au brigadier deux lettres pour le général Gérard, et, piquant des deux, il s'élança au galop vers les avant-postes de l'ennemi. Les cinq officiers qui l'accompagnaient le suivirent. Les chasseurs, étonnés, s'arrêtèrent^
parent voir M. de Bourmont parlementer un tant avec les sentinelles prussiennes, passer ou- , pais disparaître.
!îette désertion, accomplie au milieu du mouvent d'une armée en pleine marche pour surpren- ! lennemi, devait exercer une grande influence toute cette campagne : nous dirons plus loin r effet moral sur un grand nombre de généraux sur les soldats; comme résultat matériel , elle lulait en partie le succès des dispositions de Dpereur pour dérober sa ^larche au général en f prussien. Sept à huit lieues au plus, trajet de IX ou trois heures, séparaient le point de la itièreoù M. de Bourmont venait de disparaître, Namur, quartier- général de Bliicher. Une este le conduisit devant ce dernier. Vordre de uvement dont il avait reçu c^ommunication la lle,par cela seul qu il indiquait Charleroi comme K)int où devaient se diriger tous les corps deTare, donnait le secret de la campagne. Ce secret -il livré? Nous ne Talfirmerons pas. Mais en supant que, gardant le silence sur les dispositions cet ordre, le général Bourmont se soit contenté dire au feld-maréchal prussien : Je quitte l'ar- 9 française ; elle est en marche pour franchir frontière , fêtais là ; même dans cette hyposediiBcilement admissible, il aurait encore porté oonp funeste à notre armée. Blûcher, au lieu do maître sealement dans la nuit du 1 S" au 1 6, après
l'attaque de Charleroi, l'entrée des Français (] ses cantonnements, se trouvait averti dès le M matin ; il gagnait une journée et une nuit. Or,l était là. La victoire comme la défaite, dans c guerre de quatre jours, devaient tenir à des retî ou à des avances de quelques heures; et la publique ne s'est pas égarée en unissant dans lien fatal les deux noms de Bourmont et de ^ terloo (1).
Lorsque le général Gérard connut Tévénem^ il se porta au galop sur le front de la 14** divisi les soldais étaient furieux. Quelques paroles éi
(i) Voici en quels termes cette désertion est const ëans les états officiels déposés aux archives de la gu( Etat nominatif, de MJÏÏ. les officien-généraux et
ciers d* état-major composant le 4' corps de la gra
armée, avec les mutations penéUint le mois de juin,
qu'au 4 juillet {incltu. ) iSib.
• 14*division.Boi}BHOTr,lieutenant^énéral; Dandi de Trélon, capitaines aides-de-camp. ( Le général e deux aides-db-camp passés à rennemi le 15 juin.)
» Clodet, adjudant-commandant, chef d'état- m a p^ssé à Tennemi le 15 juin.
YiLLooTRETs, chcf d'cscadtcn adjudant, idem.
» SouADAT, capitaine adjudant, Idem. » .
Le général G. de Yaudoncourt, dans son Histoire campagnes de iSiAet de 1815, dit « quele colonel Gor chef d' état-major de la division Burette (l*' corps), p également à Tennemi , le lepdemain 16 juin , pendai marche du 1^ CQrps de Marchieones à Gosselies. >
giqaes, indignées, satisfaction stérile, parvinrent p<mrtant k les calmer. L'empereur, averti, changea quelques unesde ses dispositions ; lecorps du comte Gérard (4*) , au lieu de continuer sa marche sur Charleroi , reçut Tordre de passer la Sambre au Chifelet ; il prit cette direction. Tous les autres eorpsdc Tannée se trouvaient déjà en mouvement ; la campagne était conmiencée.
Journée du i 5. — Passage de la Sambre. — Le but de Tempereur, dans cette première journée que Tenait d'ouvrir la désertion d'un de ses généraux, était d'occuper en arrière de Fleurus, le plateau indiqué comme point de concentration aux quatre corps prussiens , d'embarrasser la jonction de ceux-ci et de se placer entre eux et l'armée anglaise. Nos troupes s'élançaient vers la Sambre dans trois directions : elles se portaient sur les ponts de Marchîennes, Charleroi et le Ghâtelet. Le général Ziethen ayant son quartier -général à Charleroi , gardait avec son corps ces trois passages. Sa sécurité, on Ta vu,, était profonde. Ses premiers postes surpris en avant du Thuin et de Lobbcs, par Tavautgarde du deuxième corps (comte Reille) , n'eurent pas le temps de se mettre en défense ; ils furent culbutés et rejetés sur Marchiennes. Quelques bataillons se formant en carré en avant de ce bourg, essayèrent de tenir. Rompus de nouveau, ils durent franchir le pont en désordre et se retirer sur Charleroi. Le passage , à notre gauche , était forcé ; le
doiixième corps • puis le premier (comte DroMl^ (IKrlon ) , entrèrent successivement dans Hv^ chiennes. ,
Pendant ce temps la cavalerie légère du oentm^ aux ordres du fi(énéral Pajol, s avançait sur Charls*^ roi^ enlevant et balayant tous les postes placésentvp^ la frontière française et celte ville. I/ennemi»^ rallia et prit position pour défendre le pont. Ltfj sapeurs et les marins de la garde, chargés de ritablir ce passage dans le cas où les Prussiens le ie-] raient sauter, avaient accompagné la cavalerie ds^ Pajol au pas de course et en se battant en tirail* leurs. Entrés dans Gharleroi avec les détachements de Ziethen , et ne voulant pas laisser à ceux-ci te temps de couper le pont, ils s'élancèrent pour roecuper. Leur attaque , accueillie par un feu nourri de mousqueterie, fut repoussée. Bientôt pourtant Pajol et sa cavalerie parurent; ce général ordonna la charge; le pont fut enlevé.
La Sambre, à Gharleroi, coule au pied d'une ligne de hauteurs assez considérables que gravit la route de Fleur us. Chacune des rampes de cette route fut vivement disputée par Fennemi, dont le nombre était incessanunent augmenté par des dé* tachements accourus de tous les cantonnements voisins. Les Prussiens ne purent tenir sur aucun point ; chaque fois qu'ils essayaient de se former, nos soldats s'élançant sur eux avec une audace et une impétuosité sans égale , les culbutaient à la
nnette. Rejetée» au delà des hauteurs, Icstronile Ziethen s'arrêtèrent à une demi-lieue plus > an Yillage de Gilly, point d'intersection des L chemins qui vont à Gosselies et à Fleurus.
Iqaes régiments de cavalerie, des détachements fanterie peu nombreux étaient seuls attachés à ' poursuite. Le général prussien , favorisé par osition^ réunit sur ce point huit ou dix mille imes qu'il fit appuyer par un corps de cavalerie »ar plusieurs batteries d'artillerie. Nos soldats, igés de s'arrêter, attendirent l'arrivée du corps , d'après les dispositions prises la veille pour le uvement de toute l'armée, devait les soutenir ; corps était celui de Vandamme (5'). Ce général lit dû quitter ses cantonnements à trois heures matin; sa marche avait été calculée pour qu'il t déboucher à Gharleroi à neuf heures. De faux )avements lui firent perdre quatre heures, et ce t seulement vers une heure et demie de Taprèsidi qu'il se présenta devant Gharleroi. L'empenr y était entré à onze heures avec sa garde. Vanmme reçut l'ordre de traverser la ville sans rrèter, de se porter sur Gilly , d'en chasser les oasiens et de les rejeter au delà de Fleurus. Dans même moment, Napoléon apprenait Tarrivée du oxièmei^rps à Marchiennes. Un officier fut ausôt dépéché sur ce point pour ordonner au général tille dese porter directement sur Gosselies par la iverse, etde pousser vigoureusement sur la route
de Bruxelles tous les détachements qu'il i trerait devant lui. Le comte d'Erlon(l" reçut les mêmes instructions ; mais soit partie des détachements de ce dernier fût en arrière de la Sombre , soit un autre m< nous n avons pu pénétrer, d'Erlon devait 1:
deuxième corps s'avancer seul sur Gosselic point quitter Marchiennes. Ces différents venaient d'être expédiés quand le marécl parut.
Le il juin, nous Pavons dit, une dépêc graphique avait appelé ce maréchal au quai périal. Pris au dépourvu, parti sans éqi avec un seul aide-de-camp,, Ney était arriv tin même du 15 à Beaumont, où il avait ti maréchal Mortier^ retenu dans ce bourg, de la frontière, par un subit accès de se puis, continuant sa route, le prince de la A venait de rejoindre Tempereur à Gharleroi les premiers compliments. Napoléon lui d i> bien! M. le maréchal, votre protégé Boi » dont vous me répondiez sur votre honni » je n'ai employé qu'à votre sollicitation, a » l'ennemi! » Le maréchal confus, essaya euser, en disant que M. de Bourmont lui a blé si dévoué à S. M. que nul autre à n'aurait hésité à se faire son garant. Aile maréchaij lui répliqua l'empereur en Tii pant, ceux qui sont bleus sont bleus ^ i
U blancs sani blancs (1). Pais il lui ordonna lier prendre le commandement des deux corps Beille et d*Erlon, de donner, tête baissée sur t ce qu'il rencontrerait et de prendre position e les 40,000 hommes mis sous ses ordres, auà des Quatre-Bras en tenant de fortes avantdès sur les deux routes de Bruxelles et de Nar. Ces ordres expliqués, Fempereur ajouta :
1. le maréchal, TOUS connaissez bien la position les Qoatre-Bras? — 0.ui,Sire,répartitNey; comoent ne laconnaîtrais-je pas? Il y a vingt ans, j'ai lit la guerre dans ce pays; cette position est la clé e tout. — Eh bien! ralliez-y vos deux corps et, 'il est nécessaire, élevez-y quelques redoutes ; ressez la marche de d*Erlon, et qu'il rappelle DOS les détachements quil aura laissés sur la lambre. Tout doit être rallié avant minuit. — lez-Yoas k moi, Sire; dans deux heures nous
I) M.deBetumoDt avait fait ses premières armes parmi iasurgés royalistes de TOuest. Dans ces provioces, la nlalion armée, comme la population civile, se divisait blanci et en bleus. Les partisans de Tancien régime îent pris le nom de blancs delà couleur des uniformes 'andênne monarchie et de son drapeau. La république ttdoimé à ses volontaires et à ses soldats des unifor- I de coalenr bleue ; le bleu était, en outre, une des is celileurs de son étendard : tous les partisans de la alotion furent désignés par leurs adversaires sous le n de bleus.
» seronsaux Quatre-Bras, à moins que ton!
M auglaise ne s'y trouve. » Le maréchal ] Lorsqu'à moins de deux heures de là Te apprii que Dley était arrivé à Gosselies, e dirigeant sur les Quatre-Bras, ce marécha vail en mesure d'occuper le point de conc indiqué à tous les corps de larmée angl même se porta sur la rouledeFleurusvcr de concentration assigné aux différents larmée prussienne. Vandamme et le Grouchy étaient encore en arrière de Gilb plusieurs heures, ces deux généraux, cro tout le corpsde Ziethen était devanteux,s< immobiles. L*empereur, de sa personne, connaître l'ennemi ; il put se convainci partie du corps prussien essayait seul rer la route. L'attaque fut immédiatemi mandée. Les Prussiens ne l'attendirent p mirent en retraite, protégés par plusiet d'infanterie et par le feu de deux batterie lerie. Irrité du temps perdu, méconten l'ennemi lui échapper. Napoléon se touru de ses aides-de-camp et lui montrant d les quatre escadrons, dits escadrons de qui formaient son escorte habituelle, il « Letort, prenez mes escadrons; charge
(1) Campagne de 1815, écrite à Saiole-IIéli général GouncwD.
foncez tout cela! » Le général Letort et les quatre escadrons parlent ; ils se jettent sur les carrés, les sabrent et les disloquent. Les Prussiens fuient, mais en Tendant cher leur défaite. Le général Letort Tenait d'être mortellement blessé.
Il était six heures du soir; Napoléon, impatient de s'assurer si tons les corps de Tannée aTaient franchi la Sambre, revint à Gharlcroi ; les soldats qu'il quittait prirent aussitôt leurs bivouacs entre Fleuruset Gilly. Le mouvement, dans cette direction, se trouvait arrêté.
Ney, sur la route de Bruxelles, s était avance sur Frasnes, avec le deuxième corps (Reille), qu'il avait rencontré à Gosselies. Frasnes, quelques heures auparavant, n'était encore occupé que par un seul bataillon belge de la brigade du prince Bernard de Saxe-Weimar ; mais ce général venait d'y accourir avec le reste de ses forces. Celte brigade comptait environ quatre mille hommes; son artillerie se composait de six pièces de canon. La présence d'une division de cavalerie légère de la garde, que le'maréchal conduisit avec lui, suffit toutefois pour obliger le prince Bernard à la retraite ; il se relira sur les Quatre-Bras. Ney, en suivant Tenncmi pouvait s'emparer de cette position, distante de Frasnes d environ cinq quarts de lieue; il laurait immédiatement occupée sans avoir probablement à tirer un coup de fusil. Le bruitde l'artillerie qui grondait en arrière de son flanc droit,
à Gilly, arrêta sa marche. Ignorant Timportance réelle de cet engagement, craignant que ce com- > bat, en modifiant les projets de l'empereur, n V bligeât Napoléon à le rappeler, il crut faire acte de prudence en se tenant à la hauteur du canon, et laissant à Frasnes une simple avant-garde, il revint à Gosselies où il établit son quartier-général. Les rapports de quelques officiers de cavalerie légère ne tardèrent cependant pas à faire connaître au maréchal Tinsignifiance de la canonnade de Gilly ainsi que la retraite des Prussiens; il pouvait reprendre son mouvement; mais la nuit venait, sessoldats établissaient leurs bivouacs. Convaincu, d'ailleurs, qu il enlèverait les Quatre-Bras dès qu'il voudrait s'y porter, Ney jugea inutile d'imposer de nouvelles fatigues à ses régiments et crut pouvoir annoncer à Tempereur la complète exécution de sçs ordres. Le maréchal fit dire à Napoléon « qu'il occupait les Quatre-Bras avec une avant-garde et que ses masses campaient en arrière (1). »
(i) Général Gourg4ub, Campagne de 181£^. — L*ordre donné le 15 par Tempereur au prince de la Meskova pour Toccupation immédiate des Quatre-Bras, ainsi que Tavis transmis par ce maréchal pour annoncer qu'il se trouvait sur la position, sont deux faits qui ont donné lieu à des controverses animées. Comme ces communications ont Tune et l'autre été verbales, il était difficile d'apporter dans la discussion autre chose que de simples dires. Cependant il est une circonstance qui nous semble décisive
Pendant ce temps, le 4*"' corps, commandé par le comte Gérard, achevait à son tour de passer la Sambre et de s établir en avant de Ghâtelet. Ce corps avait rencontré de mauvais chemins; son avant-garde avait surpris d'assez bonne heure les détachements prussiens chargés de garder le pont; mais il était presque nuitclose lorsque le corps entier se trouva réuni sur la position.
La perte des Prussiens, dans cette première journée, fut de deux mille hommes tués ou faits prisonniers et de cinq pièces de canon ; la nôtre ne
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en faveur de rasserlion du géuéral Gourgaud et des détails si précis dont il Tappuie. La dépêche, expédiée le- 15 JHin au soir de Gharleroi pour Paris, et qui parut dans le Moniteur du 18, contient ce passage : a L'empe- » reur a donné le commandement de la gauche au prince > de la Moskowa qui a eu le soir son quartier-général » aux Qualre-Chemins sur la route de Bruxelles. > Cette dépêche, il ne faut pas l'oublier, publiée à Paris le 18 juin, fut écrite à Gharleroi par le major-général, le 15 au soir; donc, ce soir-là, on avait su au quartier-impérial que le maréchal Ney avait son quartier-général aux Quatre- Chemins (Quatre-Bras), sur la route de Bruxelles, direction que le maréchal évidemment n'aurait point prise, mouvement qu'il n'aurait point fait, si Napoléon ne te lui avait positivement ordonné.
La relation du général Gourgaud, d'ailleurs, a été écrite à Sainte-Hélène sous les yeux de l'empereur ; or. Napoléon, on le sait, quand il ne taisait pas les fautes de ses lieutenants, les amoindrissait au lieu do les exagérer.
dépassa pas quatre-vingt blessés et un moindre «ombre de morts. Ces résultats étaient peu consi dérables ; mais ils ouvraient heureusement lacam pagne. Napoléon, d'ailleurs, avait à peu prèi atteint son but. Par une des plus belles et desplui hardies manœuvres dont les annales militairesfas sent mention, il venait, à la tête de cent quinzi mille soldats, de surprendre deux armées enne mies ; la barrière de la Sambre, en outre, se trou vait franchie; et campé avec sa garde, les S^'c 6"* corps entre Charleroi et Fleurus, à la gauch de Namur, ayant le i" et le 2"" corps entre Mai chiennes, et les Quatre -Bras, sur la route d Bruxelles, il venait de se placer entre les quartiers généraux de Blucher et de Wellington, et de per cer leur ligne à son point de jonction.
Journée du 16. — Bataille de Ligny. — A FAIRE DES Quatre-Bras. — Lcs différents corps < Tarmée avaient éprouvé la veille, dans leurmarcl des retards que doit expliquer en partie le dé^ de cent quinze mille hommes, infanterie, cavî rie, artillerie, par trois ponts d'un passage ress( et difficile. Ces retards et la nécessité où était T pereur de ne pas prendre un parti avant d'î reçu les rapports de ses différents généraux la position et sur la force des troupes cnnc placées devant eux, le retinrent durant to? matinée à Charleroi et ne lui permirent pas rêler toutes ses dispositions d'aussi bonne
oo
l'intérêt de nos armes aurait pu le demander, si, le 4"* corps, sous les ordres du comte Gé- I, et le corps de dragons dû général Ëxcelmans^ tonnés tous deux soit à Chàtelet, soit dans les âges voisins et qui se tenaient prêts à marcher uis deux heures du matin, ne reçurent leur rc demomementquà neuf heures et demie (1)* autres corps ne furent également mis en rche que très-tard, et il était dix heures quand npereur lui-môme quitta Charleroi pour se ren-
à Fleurus que les Prussiens avaient abandonné is la nuit, ^c séjour de Tempcrcur à Charleroi fut marqué
une mesure qui devait exercer une grande iu- ;nce sur le sort de la campagne.
[us<|ue là chaque chef de corps recevait direclent les ordres de l'empereur; à la vérité, les >rls de Tarmée étaient pour ainsi dire concen-
I) « Dans la matinée (entre huit et neuf heures), le géal Excelmans vînt me voir à Châtelet; il avait ses jpes campées près des miennes. Je lui témoignai com- D j'étais contrarié de ne pas avoir encore mon ordre de vivement. J'ajoutai que j'augurais mal de ces retards; , d'après ma manière de voir, ce n'était que par des niements rapides qui nous amèneraient au milieu des lonnements ennemis prcsqu'à leur insu, que nous lirions espérer de grands résultats, i
(Maréchal GÉnAno. Docwnents sur la bataille de WalerloOf p. 49.)
triques et tous les corps restaient sous la main de Napoléon, tandis que le lendemain Tintervention probable de Wellington pouvait obliger Tempereor d'opérer simultanément dans deux directions et contre deux armées différentes. Dans cette prévision , il crut nécessaire de placer sous les ordres d'un seul chef les troupes chargées de contenir onde combattre celle des deux armées ennemies qu'il n'aurait point devant lui; et, dans la nuit du 13 au 16, il avait fait de ses cinq corps , de sa garde et de ses réserves, trois parts qu il composa ainsi :
AILE GADCOE. — Maréchal Net.
V corps, — Comte d^Erlon. — iDfanlerie, 16; 2^ h. ; cavalerie, 1,500 h.
2« corps. — Comte Rcille. — lofanterie, 21,100 h. ; cavalerie, 1,500 h.
Cavalerie Desnoue lies (\sLnciers ci chasseurs delà garde impériale) , 2,120 h. ; cuirassiers Kellermann, 2,610 h. j
Artillerie à pied et achevai, 2,400 h.
Total : 47,450 h. et 116 bouches à feu.
AILE DROITE. — Maréchal Gaoucht.
5* corp5.— Comte Fan(to»nm«.— Infanterie, 13,030 h.; cavalerie, 1,500 h.
4» corps. — Comte Gérard. — Infanterie, 12,000 h. ; cavalerie, 1,500 h.
Cavalerie Pajol ( hussards et chasseurs ) , 2,520 h. ; cavalerie Excebnans ( dragons ) , 2,600 h. ; cuirassiers Milliaul, 2,600 h.
Artillerie à pied et h cheval, 2.250 h.
Total : 38,000 h., et 112 bouches à feu.
CERTRK ET BÉSERTE. — L*ESPBnEUB.
corps» — Comte Lobau. — Infanterie, 11.000 h. xr de Impériale. — Grenadiers, 4,420 h.; chasseurs oyenne garde, 4,250 h. ; jeune garde, 3,800 h.; gre- ?rs à cheval, 1,000 h. ; dragons, 1,010 h.
tillerie à pied et k cheval, 2,700 h.
tal : 28,180 h. et 122 bouches à feu (1).
es ordres expédiés de Charleroi le 16 au matin commandants des deux ailes ^ expliquent les ositions arrêtées par l'empereur aux premières 'es de cette journée. On lit dans Tordre adressé laréchal Grouchy :
Monsieur le maréchal , Tempcreur ordonne que vous mettiez en marche avec les 1«, 2' et 4' corps de cavaleque TOUS les dirigiez sur Sombref,OÙ vous prendrez ion. Je donne pareil ordre i M. le lieutenant général lammepourle5'corpsd'infanterie.et à M.le lieutenant râl Gérard pour le 4*^ ; et je préviens ces deui généraux \ sont sous vos ordres, et qu'ils doivent vous envoyer fficiers pour vous instruire de leur marche et prendre DStruclions... Je préviens aussi M. le général Gérard qu'il marche, bien réuni, à portée du S"" corps, et soit esore de concourir à V attaque de Sombre f si Tennemi 'étUtance.
Les 2,200 hommes des équipages et du génie ne sont eompris dans ces chiffres; ils complètent Teffectifde ée tel qu'il était Tavant- veille , moins les quelques nés tués ou blessés à Charleroi ou à Gilly.
» J*ai rhooncur de vous prévenir que M. le priDCe de la Moskoi^a reçoit ordre de se porter avec le i*r et le 2* corps à rintersection des chemins dils les Quatre-Bras , sur la route de Bruxelles, et quMl détachera un fort corps à Marbais pour se lier avec vous sur Sombref et seconder au besoin vos opérations... »
L*cmpcrcur «^vaît connu dans la nuit le séjour du prince de la Moskowa à Gossclies. Les retards éprouves par une partie des troupes du maréchal dans leur marche, pouvaient expliquer cette inaction ; aussi, dans le premier ordre transmis au chef de son aile gauche^ Napoléon se bornait-il à faire dire au maréchal, après lui avoir annoncé Tenvoî, sur Gosselios, du corps de cuirassiers Kellermann, qu il mettait à sa disposition :
c Veuillez in'instruire si le 1*''' corps (Drouet'd*£rlon) a opéré son mouvement et quelle est, ce matin, la position exacte des l'"^et2*' corps et des deux divisions de cavalerie qui y sont attachées, en me faisant connaître ce qu'il y a d'ennemis devant vous et ce qu'on a appris. •
Quelques instants après, Ney recevait du majorgénéral un ordre de mouvement {\) dont nous cL lerons les passages suivants :
« Monsieur le maréchal , Tempcreur ordonne que vous mettiez en marche les V et 2« corps d'armée , ainsi que
(1) Tous ces ordres et ceux que nous aurons h citer, étaient sijrnés du duc de Dalmaiic, major-général.
le 3* coq» de ciTalerie (cuinssifrs KellermanD) qui a été mis à roire disposition, pour les diriger sur l'iotersecUon des chemins dits les Qualre-Bras, route de Bruielles. où vous leur ferez prendre position, et tous portiTezcn même temps des reconnaissances aussi aTant que possible sur la route de Bruxelles it sar Nivelles d où Fennemi s'est proie* blement retiré.
> S. M. délire que , s'il n'y a pas d'inconTénient , \ous éttablissiez une division aiec de lacaTalerie à Genape (1), et elle ordonne que vous portiez une autre di^ ision du cùlé de Marbais pour couvrir Fespace entre Sombrcf et les
Quatre-Bras Le corps qui sera à Harbais aura aussi
pour objet d'appuyer les mouvements du maréchal Groucby sur Sombref , et de vous soutenir à la position des Quatre-Bras si cela devenait nécessaire. Vous recommanderez au général qui sera à Marbais. de bien s'éclairer sur toutes les directions, parliculièreuieat sur celles de GcmbUmx et de IFauref ..
» J*ai l'honneur de vous prévenir que F empereur va se porter sur Sombref où , d'après les ordres de S. H., M. le maréchal Grouchy doit se diriger avec le 3* et le V corps d'infanterie et les 1", 2* et 4* corps de cavalerie. M. le maréchal Grouchy fera occuper Gembloux.
» Je vous prie de me mettre de suite à même de rendre compte à Teropereur de vos dispositions pour exécuter Tordre que je vous envoie , ainsi que de tout ce que vous aurez appris sur Tecnemi. »
Pendant que le duc de Dalmalic expédiait cet
(I) A une lieue au delà des Qualre-Bras. sur la routi- dd Brnxelles.
ordre au prince de la Moskowa, Napoléon adressait personnellement à ce maréchal la lettre suivante :
c Gharleroi, le 16 juin 1815.
)) Mon cousin, je vous envoie mon aide-dQ-camp le général Flahaut qui vous porte la présente lettre ; le majorgénéral a dû vous donner des ordres ; mais vous recevrez les miens plutôt, parce que mes officiers vont plus vite que les siens. Vous recevrez Tordre du mouvement du jour; mais je veux vous en écrire en détail , parce que c'est de la plus haute importance.
)) Je porte le maréchal Grouchy avec les 3' et 4* corps d'infanterie sur Sombref ; je porte ma garde sur Fleuras et j'y serai de ma personne avant midi. J'y attaquerai Tennemi siJQ le rencontre, et j'éclairerai la route jusqu'à Gembloux. Là, d'après ce qui se passera , je prendrai mon parti , peut-être à trois heures après midi , pent-étre ce soir. Mon intention est qu*immédiatement après que j'aurai pris mon parti , vous soyez prêt à marcher sur Bruxelles. Je vous appuierai avec la garde qui sera à Fleurus ou à Sombref, et je désirerais arriver à^Bruxelles demain matin. Vous vous mettriez en marche ce soir même, si je prends mon parti d'assez bonne heure pour que vous puissiez en être informé de jour , faire ce soir trois ou quatre lieues et être demain à 7 heures du matin à Bruxelles.
» Vous pouvez donc disposer vos troupes de la manière suivante : une division à deux lieues en avant des Quatre-Bras , s'il n*y a pas d'inconvénient ; six divisions d'infanterie autour des Quatre-Bras, et une division à Marbais, afin que je puisse l'attirer à moi h Sombref si '
j*en avais besoin; die ne retarderait pas d^aillcurs votre marche; le corps da comte de Yalmy, qui a 5,000 cuirassiers d*élile à rîntersection de la Chaussée-Romaine et du chemin de Bruxelles, afin que je puisse Tattirer à moi, si j'en ai besoin ; aussitôt que mon parti sera pris , vous lui enverrez Tordre de venir vous rejoindre
» Je désirerais avoir avec moi la division de la garde que commande le général Lefebvre-Desoouettes, et je vous envoie les deux divisions du corps du comte deValmy pour la remplacer.Mais dans mon projet actuel, je préfère placer le comte de Yalmy de manière à le rappeler si j'en avais besoin et ne point faire faire de fausses marches au géné~ rai Lclebvre-Desnouettes, puisqu'il est probable que je me déciderai ce soir h marcher sur Bruxelles avec la garde. Cependant couvrez la division Lefebvre par les deux divisiens de cavalerie de D'Erlon et de Reille afin de ménager la garde, car s*il y avait quelqu'échauffburée avec les Anglais, il est préférable que ce soit avec la ligne plutôt qa*avec la garde.
» J'ai adopté pour principe général pendant cette campagne, de diviser mon armée en deux ailes et une réserve.
a Yotre aile sera composée des quatre divisions du 1**^ corps, des quatre divisions du S*"* corps , de deux divitioDa de cavalerie légère et des deux divisions du corps de Valmy. Cela ne doit pas être loin de 45 h 50,000 hommes, La maréchal Grouchy aura à peu près la même force et conoiaDdera Taile droite. La garde formera la réserve, et }e ma porterai sur Tune ou sur Tautre aile suivant les cireoiistances.
» Le major-général donne les ordres les plus précis pour quTil n*y ait aucune difficulté sur l'obéissance h vos ordres lorsque vous serez détaché, les commandants du corps devant prendre mes ordres directement quand '"*
me trouve présent. Selon les circonstances , j'affaiblira ]*une 00 Tautrc aile en augmentant ma réserve.
» Vous sentez assez Timportance attachée à la prisecL Bruxelles, Cela pourra d^ailleurs donner lieu à des inci dents, car un mouvement aussi prompt et aussi brusqm isolera Tarméc anglaise de Mons, d'Ostende^ etc.
» Je désire que vos dispositions soient bien faites pou qu'au premier ordre vos 8 divisions puissent marcher ra pidemcnl et sans obstacle sur Bruxelles.
» Napoléo?!. n •
Nous avons reproduit cette lettre en entier malgré son étendue , parce qu'elle fait connaîtn toute la pensée de Fempereur dans les première! heures du 16 juin. La veille, Napoléon avait sur pris les deux armées alliées; à l'heure où le gêné rai de Flahaut écrivait sous la dictée de l'empereu la lettre que nous venons de transcrire, Welling ton et Blucher étaient probablement occupés ; concentrer leurs forces. En portant ses deux ailes fortes chacune de 40 à 45,000 hommes, au miliei de ces troupes en mouvement, en ordonnant au: maréchaux Ney et Grouchy cette double march presque parallèle , Napoléon pouvait donc espère de rejeter, sans peine , les Anglais sur Bruxelles les Prussiens sur Namur, puis la séparation opéré et la capitale Belge tombée en ses mains » d'avoi facilement raison de celui des deux généraux en nemis qu'il lui conviendrait de combattre.
En même temps que M. de Flahaut, parti d
quartier impérial à 9 heures du matin, partait celte lettre au prince, de la Moskowa, le duc de Daimatie adressait à ce maréchal par un officier de l'élat-major-général le nouvel ordre suivant :
n Monteur le maréchal, un officier de lanciers vient de dire à l'empereur que Tennemi présentait des masses du côté des Quatre-Bras. Réunissez les corps des comtes Ueille et D'Erlon, à celui du comte deYalmy(RclIermann) qui se met à l'instant en route pour vous joindre. Avec ces forces, vous devez battre et détruire tous les corps ennemis qui peuvent se présenter. Blccher était uieb a Na- MUR et il n'est pas vraisemblable qu'il ait porté des troupes vers les Qualre-Bras , ainsi vous n*avez affaire qu'à ce qui vient de Bruxelles.
1) Le maréchal Grouchy va faire le mouvement sur Sombref que je vous ai annoncé. L'empereur va se rendre à Fleurus; c'est là où vous adresserez vos nouveaux rapports h sa majesté. »
Ney , durant la première moitié de la journée, ne devait effectivement avoir devant lui, comme on le verra , que les détachements peu nombreux cantonnés aux Quatre-Bras et dans le voisinage 5 mais si Blûcher ^tait la veille à Namur^ en revanche, lorsque Napoléon n'avait pas encore quitté Charleroi, le feld-maréchal prussien se trouvait déjà en avant de Sombref avec la presque totalité de son armée. Blûcher, on Ta vu, avait pu se trouver averti par la seule présence de M. de Bourmont à son quartier général , ayan^ même Tatta-
que d» pmnifr» post » de Zîéthfa ; I ^ . Dn oflkiers expédiée ior-lf-càimp du» tuMitfs ks directions ai aient tran^nm aux dilImBtfs difîsioiis de Pirch, de Thiebnann et de Bi>low , Tordre de se porter à marehes f*.>(Têe$ $ar Fleom», Balow, cantonné i Liège, était trop éloigné pour arrifer & temps; inab Thielmann et Pînrfa. en marchant nue partie de la noit, avaient joint, dès le matin da 16, les régiments de Ziéthen. Blikher , lorsque ces deoi corps arrivèrent, était déjà sor le terrain.
La sorprise de l'empereur fut donc grande lorsqu'entré dans Fleurus que nos soldats occupaient depuis le malin, on lui annonça la présence, entre Br} et Sombref. de masses prussiennes considérables. Dans ses calcub, la réunion de I armée de Blûcher n'était possible que le lendemain 17. Il se porta aussitôt sur la ligne des Tedettes et monta dans uu moulin à Tent qui domine la plaine (3) :
(1) M. de Bourmont, da point où iJ ayait franchi b fronticre à six heures du matin , pouvait arrivera Narour en moins do trois heures. Le général JominI, dans son Précis de la campagne de \S\5, dit « que ce fui à dix heures du malin que le 15 Blûcher fut instruit du danger qui menaçait Ziéthen. »
(2) Ce moulin , où Fcmperear resta tant que la bataille ne fut pas commencée, est situé en arrière de Fleuras, sur la gauche de la route qui conduit à Sombref. II ne travaille plus ; mais la tour est encore debout.
ses regards interrogèrent avidement le terrain; il les dirigea sur Bry; on ne Tayait point trompé ; d'épais bataillons couvraient la terre en avant de ce village. Toutes les espérances de Napoléon étaient renversées ; tous ses plans de la nuit et du matin étaient annulés; et lorsque de Fleurus l'empereur comptait marcher sans obstacles sérieux sur Bruxelles avec sa garde ^ il trouvait sa route barrée par quatre-vingt-quinze mille Prussiens.
En portant sur ce point toutes les forces qu'il avait à sa disposition , le général en chef prussien abandonnait sa ligne d'opérations ; on pouvait reconnaître à ce mouvement l'audace accoutumée de Blûchcr; ce général, au lieu d'être pris à l improviste, surprenait l'empereur en pleine marche; sa manœuvre avait évidemment pour but d'imposer à nos troupes, et de gagner, en les arrêtant, le temps nécessaire pour le ralliement de ses quatre corps d'armée ainsi que pour leur jonction avec l'armée anglaise. Napoléon , jusque-là , avait précisément manœuvré dans le but d'empêcher cétlc réunion ; il ne voulut point permettre aux généraux ennemis de repérer. Sa pensée fut promptement arrêtée ; il résolut de livrer sur-le-champ bataille, et si tous les ordres pour lexécution de son nouveau plan , inspiration soudaine du génie, étaient remplis par ses généraux, la conquête de la Belgique devenait le fruit de cet incident inattendu ; I audace même de Bluclicr décidait le succès de la campagne. De
nouvelles dispositions furent iininêdiatcmcnt ordonnées aux deux corps de Vandamme et de Gérard ; CCS corps, au lieu de continuer leur momcmcnt sur Sombrcf, durent s'anéter et faire un changement de front; puis, lorsque vers deux heures l'aile droite eut termine ses dispositions, Tenipereur transmit au chef de son aile gauche (Ney) le nouvel ordre suivant :
» En avant de Ficurus, le IG juin 1815.
» Monsieur le maréchal, Tempereur me charge de vous prévenir que Tcnnemi a réuni un corps de troupes entre Sombref etBry. et qu'à deux heures et demie. M. le maréchal Grouchy, avec les 3*" et 4* corps, Taltaquera. L'intention de S. M. est que vous attaquiez aussi ce qui est devant vous, et qu'après Tavoir vigoureusement poussé, vous raballiez sur nous pour concourir à envelopper le corps dont je viens de vous parler. Si ce corps était enfoncé auparavant, alors S. M. ferait manœuvrer dans votre direction pour bâter également vos opérations.
» Instruisez de suite Tempcreur de vos dispositions et de ce qui se passe sur votre front. »
De Fleurus à Frasnes , où le maréchal s'était porté vers dix heures et demie, on compte environ deux lieues et demie. Celait à neuf heures du matin que ToHicier, chargé de renouveler au maréchal Tordre de prendre position sur les Quatrc- Bras cl d'établir une division avec de la cavalerie à une licuo plus loin, à Genape , avait quitte Fleurus. M. do Flaliaut était parti de cette ville à
la incinc heure. En aduictlant donc que tous deux eussent passé môme par Gosselics, ils devaient avoir rejoint le maréchal au plus tard h onze heures. Il était deux heures de Taprôs-midi, lorsque Napoléon faisait transmettre au prince de la Moskowa Tordre ci-dessus. A cette heure, le maréchal Ncy, dans la pensée de Tcmpereur, devait se trouver élabli sur les Quatre-Bras. Napoléon, avant d'engager la bataille ; désirait cependant en recevoir la nouvelle; il voulait avoir la certitude, avant d'ouvrir le feu, que le chef de son aile gaucho, quand lui arriverait Tordre quon vient de lire, était eu mesure de se rabattre sur Bnj et de concourir au succès du plan qu'il avait arrêté, li attendit donc une heure ; mais pas de nouvelle: le temps s'écoulait; un plus long retard pouvait être dangereux; à trois heures Tattaque fut ordonnée. Un quart d'heure après, Tordre suivant était encore expédié au prince do la Moskowa :
a En avant de Fleurus, le IG juin, à trois heures un quart.
N Monsieur le maréchal, je vous ai écrit il y a une heure que Fcnipereur ferait al laquer l'ennemi à dcui heu res et demicdans la position qu'il a prise entre Dry elSoni bref. En ce moment Tenga^enient est très-prononcé. S. M. mecharge de vous dire que vous devez manœuvrer sur le champ de manière à envelopper la droite de renncnii et h tomber à bras raccourcis sur ses derrières. Celte armée est perdue si vous agissez vigoureusement : le sonr df. ia
FRixcE EST DARS VOS HAiRs. AiDsi, vî'hésitex poi uti tnsUtnt h faire lo mouvement que l*empereur vous ordonne , et dirigez-vous sur les hauteurs de Bry et do Saint-Amand pour concourir à une victoire peut-être décisive. »
Cet ordre fut confié au colonel Forbin-Janson* L^cnipcrcur , en le lui remettant , lui répéta ces mots de la dépêche : « Dites bien au maréchal que » le sort de la France est dans ses mains, n — « Il » se peut que dans trois heures le sort de la guerre » soit décidé , ajouta Napoléon en s'adressant au u comte Gérard, qui venait lui demander scsder- » nières instructions ; si Ney exécute bien mes or- » dres, il ne s'échappera pas un canon de Tarméc » prussienne; elle est prise en flagrant délit, n La position de Bliicher, en effet, était détestable. Devant lui se trouvait Napoléon avec les soixante-six mille hommes de son aile droite et de son centre^ puis , circonstance que le feld-maréchal prussien ignorait, sur ses derrières, à moins de deux lieues et demie de ses positions , séparés seulement de son armée par une facile et vaste plaine , et pouvant le prendre h dos au plus fort de la bataille, étaient les quarante-sept mille soldats du maréchal Ney. La destruction de Tarmée prussienne, en cas d'intervention de lun des corps de Vaile gauche, était un résultat tellement certain aux yeux de Tompcreur, que peu d'instants après le départ du colonel Forbin ^ Napoléon , impatient d'assurer celle intervention, chargea son aide-de-camp, le
léral Labédoyëre, de poiter encore an maréchal f quelques mots écrits au crayon et dans lessis , précisant davantage ses derniers ordres , il disait : « que s'il était trop fortement engagé ir quitter ses positions, il devait se borner à les intenir avec le 3" corps (Reille), et diriger sans *dre un instant le corps de Drouet-d'Erlon sur I champ de bataille. » Labédoyère partit.
La plaine de Fleurus, à une demi-lieue au nord cette ville , est brusquement terminée par un ge et profond ravin demi-circulaire qui, prenant ssanceàreitrémitéoccidentaledeSaint-Âmand, ige ce village et gagne ensuite celui de Ligny en itoumant le pied d'un plateau en amphithéâtre ai le petit village de Bry occupe le sommet.
îtait sur ce plateau, en arrière du ravin dont les ox extrémités sont couvertes et défendues par ^y et Saint-Amand, que Bliicher avait pris poion. Le terrain entre les deux villages est comblement découvert et laissait un libre jeu au caa des deux armées. Les régiments prussiens, usés en avant de Bry, avaient leur front protégé r une nombreuse artillerie battant la plaine de eums ; leurs deux ailes , appuyées sur Saintnand et Ligny , occupaient en force les jardins les maisons de ces deux communes. Cette arée, composée des trois corps de Ziéthen, Pirch Tliielmann, s'élevait à quatre-vingt-quinze îUe hommes , les pertes de la veille défalquées.
L'armée française, composée des i la droite et de la garde impériale Girard du 2° corps , ne comptait neuf milh combattants [\); clli avant de Flcunis, faisant face si de la ligne aux positions occupé Le ravin , avec Saint-Amand et extrémité, se trouvait entre deux Lorsque Napoléon, las d'attenc de Ney, s'était décidé à donner le que, il n'avait engagé que les < fanterie de son aile droite. Le damme (3^) s'était porté sur Saii du comte Gérard (4*) sétait av Saint-Amand , long village assis i ravin opposé an plateau de Bry et d'un petit ruisseau qui coule au pure, était le point de la ligne de ( siens le plus rapproché de Fleuri
(1) V. plus haut, pages 9, 10 et 11, la droile el de la garde impériale; le n'étaient que de 54,000 hommes; mais détachée le matin du 2' corps, et réui Yandamme, comptait 5,000 hommes.
de Lobau), formant avec la garde impé prement dit, et laissé le matin , par r< leroi, fut appelé dans la journée à Fleui en réserve et ne prit aucune part à la 1:
le premier (i). Les maisons de Saint-Amand , comme celles d'un grand nombre de yîllages de la Belgique , isolées les unes des autres, sont assises au milieu de jardins et de vergers appelés pâtures et que couvrent quantité d'arbres fruitiers ou de hante-futaie. En iSiS, la multitude de ces arbres autour de Saint-Amand donnait à remplacement qu il occupe Taspect du bois le plus épais (3). Seules, réglisc et quelques maisons qui Fentourcutn placées à l'extrémité qui regarde Ligny , se montraient h nos troupes. Yandamme se porta sur ce point. Ses soldats, impatients de leur longue inac-
(i) Le village de Saint-Àmand, bien que la ligne de ses habitations soit conlinae, prend deux noms: une moitié, la plus rapprochée de Fleunis, celle où se trouve Téglise, est Saioi-Amand proprement dit; l'autre partie , la plus rapprochée de Bry, s'appelle Saint-Amand-la-TIaye, du nom du château de La Haye qui s*y trouve enclavé , et qui appartenait en 1815 au comte de Croix, ancien sénateur cl pair de France. Le ruisseau qui coule au fond du ravin a sa source dans la cour d une ferme située à Textrémité de Saint-Àmaod-la-Uaye ; on lui donne le nom de mîsaeao-de Saint-Amand ou de Ligny, selon qu'il traverse le territoire de ces deux communes.
(3) Quelques narrations parlent du bois de Saint-Àmand ; ce bois D*a jamais existé. On a pris pour un bois l'épais eoKoerl dont nous parlons. Les arbres qui le formaient •dI presque tous été coupés de 1818 à 1822. La plus iraade partie de Saint-Amand est aujourd'hui à décou vni.
tioD , accaeillircnt aycc de longs cris de joie Tordre d'aller à rennemi; ils s'ayancërcDt à pas rapides.
Le plus profond silence régnait sur la ligne prussienne, ont dit les habitants de Saint-Amand, quand trois coups de canon , tires à intervalles égaux, éclatèrent dans la direction de Fleurus. Au même moment, des chants, les sons d'une musique guerrière , de longues acclamations se firent entendre au loin dans la plaine.. Les soldats de Bliicher, embusqués derrière le rideau de haies et d'arbres placés en avant du village, se tenaient immobiles, la main sur la détente de leurs fusils ; cependant les chants , les airs et les acclamations se rapprochaient ; bientôt ils arrivèrent plus distincts ; on put saisir les paroles ; le cri de vive l'empereur dominait ; les Prussiens, alors, devinrent plus attentifs. Tout-à-coup un feu roulant de mousquetcrie éclate et couvre toutes les voix : c'était Tennemi qui tirait à brûle-pourpoint sur nos soldats. Ceux-ci , loin de s'arrêter, s'élancent. L'église, son cimetière, les maisons les plus voisines sont immédiatement emportés. De ce point la lutte s'étend dans les jardins, dans les vergers. Chaque arbre , chaque fossé , chaque clôture sont attaqués et défendus ; on se fusille à bout portant. La rencontre dune maison sous cet épais fourré où le soleil pénétrait à peine, était une bonne fortune pour les combattants : là , point de retraite
possible ; on ne tirait pas, on se poursuivait , on luttait corps à corps, on se tuait à coups de baïonnette dans les chambres, dans les greniers, jusque dans les ca?es. Les Prussiens, malgré Téncrgie de leur résistance , furent à la fin rejetés sur le ruisseau. La possession de ce mince filet d'eau , coulant au fond d'un fossé taillé à pic et dont les bords, sur toute rétendue du village, n'ont pas moins de deux ou trois pieds d'élévation, devint l'objet d'efforts longs et acharnés. Nos soldats s'en étaient cependant rendus maîtres et déjà posaient le pied sur le plateau de Bry, lorsque Bliichcr, accouru de sa personne à la tête de plusieurs bataillons de sa réserve, réussit, par un violent effort, à rejeter nos r^iments sur le bord opposé.
Tandis que ces combats se livraient sur la gauche de notre ligne, la lutte, à notre droite, n'était pas moins acharnée. Si la nature du terrain, à Saînt-Amand, faisait obstacle à Tintervention de la cavalerie et de Tartillcrie et ne laissait aux troupes engagées sur ce point que la ressource d'efforts pour ainsi dire individuels, il n'en était pas de même à Ligny, grand et fort village, où une large rue, de vastes enclos découverts, des fermes spacieuses, permettaient aux combattants de se mêler par masses nombreuses.
Le comte Gérard, nous l'avons dit, n'avait reçu son ordre de mouvement qu'à neuf heures et demie du matin. Les troupes du 4*"' corps que leur chef
tenait prêtes depuis Taube da jour se mirent anssitôt en marche et arrivèrent rapidement sar le champ de bataille. Gérard profita du moment où elles prenaient quelque repos pour reconnaître le terrain (i). Il apprit, en rentrant dans ses lignes,
(1) Cette reconnaissance faillit coûter au chef du 4*°' corps la vie ou la liberté. H venait de parcourir la plus grande partie de la plaine, accompagné du général Saint- Remy, son chef d'état-major, de plusieurs aides-de-camp et de quelques hussards du 6*^, quand, arrivé à peu de distance des lignes prussiennes, un gros de cavalerie ennemie se dirigea sur lui. Le général et son escorte s'éloignèrent de toute la vitesse de leurs chevaux. Dans cette course rapide, faite sur un terrain coupé de fossés et couvert de blés très- élevés et très-épais, le cheval du comte Gérard s*abat et désarçonne son cavalier. A cette vue, tout ce qui accompagne le général fait volte-faee et met le sabre à la main. L'ennemi arrive sur le groupe français; on se mêle. L*aide-de-camp Lafontaine, après avoir tué deux lanciers prussiens et brisé son sabre sur un troisième qu'il achève avec le tronçon, reçoit à bout portant une baUe de pistolet dans les reins.. Le général Saint-Remy, grièvement blessé de plusieurs coups de lance, ainsi que quelques hussards de Tescorte , est mis à son tour hors de combat. Au milieu de la mêlée, un autre aide-de-camp, le capitaine Duperron, emporté par un d'évoûment assez rare, descend de cheval et veut faire monter le général à sa place. Mais l'animation des chevaux et des hommes est si grande , on se bat de si près , que Gérard ne peut parvenir à se remettre en selle. Cette lutte inégale aurait eu probablement une issue funeste , si un
Tarrivée de Tempereur sur le champ de bataille. Le général se porta aussitôt près de Napoléon, qui se trouvait en cemoment dans la partie supérieure du moulin à vent dont nous avons parlé ; le général Gourgaud aperçut le chef du 4™* corps; il avertit lempereur qui fit immédiatement monter Gérard : « Ëh bien ! Gérard, lui dit-il en le voyant^ votre » fameux Bouimont est donc redevenu chouan ?
» Davoust avait bien raison de me dire qu'au mo- » ment du danger cet homme nous abandonnen rait! i> Le général exprima ses regrets : «II » s'était si bien conduit jusque là, disait le chef du » 4"** corps, que tout autre à sa place aurait été » également trompé. » L'empereur répéta alors le mot qu'il avait dit à ce sujet au maréchal Ney, les blancs sont blancs y les bleus sont bleus; puis prenant en souriant le général par un de ses favoris, il le conduisit à la lucarne du moulin, et lui montrant du doigt le clocher de Téglise de Lîgny, il lui dit : « Monsieur le général en chef du » 4"* corps, vous voyez bien ce clocher, au-delà » du ravin, voilà votre point de direction. Partez, » et enlevez ce village, o Le chef du 4'"* corps et ses soldats devaient jus-
régiment de chasseurs , placé aux avant-postes et commandé par le fils du maréchal Grouehy, accourant aux coups de feu , ne fût venu dégager le général Gérard et sa pctilc troupe.