CT
pour arrêter les efforts âes soldats engagés dans ces édifices; on les yit se fusiller, se poursuivre à la baïonnette, se frapper à coups dexrosse au milieu des chambres, des granges et des écuries en feu. < Il semblait que chacun d^eux eût rencontre dans son adversaire un ennemi mortel et se réjouit de trouver enfin le moment de la vengeance. Nul ne demandait quartier (1). » Le village fut pris et repris quatre fois. « Ce combat peut être considéré 1) conoune undesplus acharnés dont l'histoire fasse » mention, » a dit Blûcher dans son rapport sur celte journée. — « Le comte Gérard s'y couvrit de » gloire et y montra autant d'intrépidité que de » talent, » ajoute Napoléon dans ses mémoires dictés à Sainte-Hélène.
En même temps que les 3"* et 4"' corps essayaient de forcer le passage aux deux extrémités du ravin, entre ces deux points, au centre de la courbé, rartillerie des deux armées, au nombre de deux cents pièces de chaque côté, échangeaient leur feu, mais avec des résultats différents. Les régiments destinés à protéger nos batteries, masqués par des plis de terrain, n'éprouvaient aucun dommage ; ceux de Tennemi, au contraire, réunis et disposés en amphithéâtre en avant de Bry, essuyaient des pertes énormes ; pas un de nos coups au milieu de ces masses à découvert n'était perdu.
(1) Journal milUaire autrichien» — yienne . 1819.
Cependant la garde impériale restait immobile. Napoléon, l'attention toujours tendue yers les plaines, à la gauche de Bry, gardait cette troupe d'élite pour concourir, avec les régiments amenés ou envoyés par Ney, à la complète destruction de larmée prussienne, destruction inévitable si une partie des forces du prince de laMoskowa, conmie IXapoléon Tcspérait, prenait enfin Blîicher à dos. A cinq heures rien ne venait encore, pas une nouvelle, pas le moindre bruit. 11 pouvait y avoir péril à laisser plus longtemps les trente mille fantassins de Yandamme et dé Gérard aux prises avec des forces trois fois plus nombreuses. Le général Gourgaud, chargé de suivre, comme aide-de-câmp de Tempereur, Tattaque de Ligny, venait d'annoncer que les réserves du 4"' corps étaient engagées jusqu'au dernier, homme. Le jour, d'ailleurs, devait bientôt baisser. Napoléon se décida enfin à intervenir. Â cinq heures et demie il donna ses ordres. La garde se mit en mouvement. Â cet instant, plusieurs oiTiciers dépéchés parYandanune, accourent à l'empereur et lui annoncent la présence, à la gaiiche du 5""* corps, d'une colonne de vingt-cinq à trente mille hommes environ, infanterie, cavalerie, artillerie, qui se dirigeait vers Fleurus. Quel était ce corps d'armée? Ce ne pouvait être le détachement envoyé ou conduit par Ney, car les troupes de ce maréchal, parties des Quatre-Bras, seraient arrivées par une direction différente, et
au lieu de descendre Yers Fleuras, elles auraient débouché beaucoup plus haut, au delà de Bry, entre ce village^ et Ligny. Quels soldats composaient donc cette colonne? Ils étaient Anglais affirmaîent les officiers de Vandamme; on les avait positivement reconnus,disaient-ils,pourappartenir à cette nation ; une division s'était déjà retirée devant eux, et si la réserve n'arrivait pas, le S"' corps serait obligé d'évacuer Saint-Amand et de battre en retraite. La marche de cette armée paraissait inexplicable à Napoléon ; elle avait donc passé entre Ney et Blûcber, ou bien entre les Quatre -Bras et Charleroi? Le mouvement commencé fut immédiatement suspendu ; la garde fît halte et dut se préparer à recevoir ces nouveaux adversaires. Pendant que Napoléon prenait ses dispositions dans ce but, des officiers de l'état-majorgénéral se portèrent au galop dans la direction de la colonne inconnue. Au bout d'une, heure ces officiers revinrent. Chose étrange ! cette colonne, qui tenait ainsi en éveil l'empereur et tous les généraux qui l'entouraient, était revenue sur ses pas ; et, après s'être arrêtée quelque temps près du champ de bataille, on l'avait vue s'éloigner, puis disparaître.
La bataille n'avait commencé qu'à trois heures. Une heure et demie venait encore de s'écouler dans l'inaction et dans une vaine attente. Un plus long retard pouvait compromettre le succès de la
joarnéc. A sept heures du soir, Tempercur réprit sa manœuvre. Linfanteriede la garde et une partie des cuirassiers Milhaut furent dirigés sur Ligny. Le reste des cuirassiers, les grenadiers à cheval et les dragons durent se porter sur Saint- Amand afin de gagner, à rexlrémilé de ce village, la naissance du ravin et de balayer les masses prussiennes groupées près du moulin de Bry, sommité du plateau. Les troupes de Vandamme durent faire un violent et nouvel effort pour faciliter le passage de cette cavalerie; ce fut la division du général Girard que l'empereur chargea de cette opération (1). Girard, intrépide et noble cœur, déployapt la * brillante bravoure dont il avait donné tant de preuves dans le cours de sa carrière militaire, culbuta à la baïonnette tout ce qui voulut s.'opposer à sa marche ; il franchissait le ravin et s'élançait sur le plateau lorsqu'il tomba mortellement blessé (2).
(1) La division Girard formait la 4* du 2« eorps(RcilIe). Comme elle avait campé, durant toute la nuit , à Heppignies , près de Saint-Amand , Tempereur Tavait détachée le malin de Vaile gauche dans le but de tourner ce dernier village. Cetle division tenait Texlréme gauche de Vandamme, et Tinfanlerie de ce dernier, par cette adjonction, se trouvait portée de 13,000 hommes à 18,000.
(2) Le général Girard . blessé de deux balles dans le corps à Lutzen, n'avait pas voulu se retirer, et était resté avec ses Iroupcs jusqu'à la An de la bataille.
Blûcher, h h Tue des troupes de sa droite se retirant en désordre devant les soldats de Girard, rassemble quelques escadrons pour arrêter ceux-ci. Dans ce moment, la brigade de cuirassiers qui venait de traverser Saint -Amand , débouchait à la naissance du ravin. Ces deux régiments s'élancent sur la cavalerie du feld-maréchal, la désorganisent et la sabrent. Blucherveut rallier ses soldats^^l est renversé de cheval. Nos escadrons lui passent sur le corps ; ils sont ramenés : une seconde fois Blucher, toujours étendu sous sa monture, est Toulé par eux ; les cavaliers prussiens qui les poursuivent, et que l'obscurité empêche de reconnaître leur général, le touchent à leur tour du pied de leurs chevaux. Bliicher, tout meurtri, et après être resté durant un quart d'heure au pouvoir de nos troupes , peut enfin se dégager quand elles sont éloignées. Mais s'il rejoint 4cs siens, c'est pour voir leur défaite. Les soldats du comte Gérard) 4*" corps), soutenus par l'infanterie de la garde , appuyés par des charges de cavalerie que conduisent les généraux Excelmans et Pajol , venaient de forcer tous les passages, d'emporter Ligny et de franchir à leur tour le ravin. Une fois le plateau envahi sur deux points, les Prussiens essayèrent vainement de tenir. Abordés àla baïonnette par l'infanterie, sabrés par la cavalerie, écrasés, ils lâchèrent pied partout, et à neuf heures du soir, se retirèrent en désordre sur Sombref. Moins de soixante mille hommes ve-
naicnt d*en battre quatre-vingt-qainzc mille. La bataille de Ligny était gagnée (1).
Ney, à moins de trois lieues de là , aux Quatre- Bras , ne devait pas avoir le môme succès. Ce fut entre onze heures et demie et midi que ce maréchal reçut àFrasnes, les ordres envoyés de Fleuras par la voie de Tétat- major- général et par M. de Flahaut. Le prince de la Moskowa ignorait le nombre et la force des troupes anglaises placées devant lui. II ne voulut rien tenter de sérieux avant l'arrivée du premier corps resté la veille au soir et le matin entre Klarchienne et Gosselies , et auquel il venait d'envoyer Tordre de le joindre. Le maréchal se contenta de déployer ses tirailleurs ; il avait alors
(i) Blocher tomba de cheval près d*aD moulin à vent, dit le Moulin de Bry, Voici en quels termes son majorgénéral Gneizenau raconte cet incident dans son rapport officiel sur la journée du 16 : i Une charge de cavalerie qu'il conduisait (Blûcher) ne réussit point, et la cavalerie ennemie le poursuivit vigoureusement. Son cheval, ayant été atteint d'un coup de mousquet, tomba mort. Le feldmaréchal, étourdi de sa chute, resta engagé sous son cheval. Le danger était grand ; mais la Providence veillait sur nous. L*ennemi, continuant sa charge, passa rapidement près du feld-maréchal sans le voir. Un moment après , une seconde charge d^ cavalerie repoussa Fenncmi , qui passa avec la même rapidité sans remarquer davantage le feld-maréchal. Ce ne fut pas sans difficulté qu'on le releva de dessous son cheval mort ; il s'éloigna sur le cheval d'un dragon. »
avec lui les trois divisions d'infanterie, Foy, Guilleminot et Bachelu (1), les deux divisions de cavalerie Jacquinot et Pire, et le corps de cuirassiers commandé par le général Kellermann; en tout vingt-deux mille hommes environ de toutes armes et cinquante-six pièces de canon. Ces forces, à ce moment.étaient plus que suffisantes pour culbuter ce que Ney avait devant lui et pour enlever les Quatre-Bràs; le moindre effort lui aurait donné cette position.
Les Quatre-Bras , durant toute la nuit , avaient été gardés par la seule brigade du prince de Saxe- Weimar, chassée la veille au soir de Frasnes ; vers six heures du matin un bataillon de chasseurs hollandais et un bataillon de milice la renforcèrent ; à dix heures, le prince d'Orange amena de Nivelles le reste de la seconde brigade de la division hollandaise Perponcber (S). L'ennemi , à cette heure de
(1) La 4" division d'infanterie da 2' corps , la division Girard, avait été détachée le matin par Tempereur, comme on Ta vu dans une note précédente , pour tenir à Saint- Âmand rextrémo gauche du corps de Yandamme.
(2) La division hollandaise , commandée par le lieutenant général Perponcher, cantonnée à Nivelles, à Génape, à Frasnes et dans les villages intermédiaires , se composait dedeux brigades fortes chacune de 4,000 hommes et d*une batterie d'artillerie. Ces brigades étaient placées sous lesordrcsdu prince Bernard deSaxe-Wcimar'et du majorgénéral Van-Byland.
la matinée, pat compter 8,000 b.;mai8 cette force, jasqu^à deux heures et demie de l'après-midi ne devait pas être augmentée d'un seul peloton. Les 8,000 hommes du prince d'Orange, attaqués vers midi, nous venons de le dire, par un simple rideau de tirailleurs, purent se maintenir sans efforts dans la partie de la forêt de Nivelles , qui couvrait leur position (1).
L'empereur, en confiant la veille à Ney les troupes de son aile gauche et en lui ordonnant de se ])orter immédiatement sur les cantonnements anglais, avait .compté sur l'ancienne impétuosité de ce maréchal. Mais, poursuivi par le souvenir de ses
(i) La forêt de Nivelles se prolongeait, entre Frasneset IcsQuatre-Bras, jusqu'à la chaussée de Namur. Cette forêt, dont douze cents bonniers (trois mille arpcns) furent donnés parle roi Giiillaumc au duc de Wellington, comme une récompense de sa victoire de Waterloo , fut vendue , après 1815 , par le gouvernement des Pays-Bas. Les ac quéreurs Tont défrichée; elle n*eiiste plus. II est difficile lorsqu^on ignore ce détail , de comprendre, à Taspect ac tuel do ces lieux, la longue inaction de Ney et même Tir puissance de ses premiers efforts. Une fabrique, dei fermes et une auberge, assises sur le point culminant d* plateau complètement nu et d'où le regard n'embrasse c des terres labourables, voilà quelle est aujourd'hui la sition des Quatre -Bras. — La plupart des narrations c nenl à la partie de la forêt de Nivelles, qui s'éteo entre Frasnes et les Quatre -Bras, le nom de Soi Bossu.
emportements de Fontainebleaa et de ses brasques transit ions lors du retour de Tile d'Elbe; conyaincu que la moindre faute devait emprunter à son passé une gravité exceptionnelle , il avait pris une telle défiance de lui-même que, redoutant de mal faire, il n'osait rien hasarder. Comme tous les caractères faibles, il se tenait dans les extrêmes; et si, comme soldat, il restait le brave des braves, comme chef, et lorsque l'empereur avait précisément calculé sur sa fougue et sur son audace, la circonspection qull s'était imposée devenait presque de la timidité (1). Neyd'ailleurs,pour se révéler,avait besoin de l'excitation du feu de la bataille. C'était un de ces rares courages à qui le sang-froid n'arrive, dont les facultés ne s'épanouissent qu'au bruit des détona-
(1) Des circonstances toutes matérielles et dont il faut tenir grand compte, ont, en outre, influé sur les tâtonnements du maréchaLArrivé en poste de Paris àCharlerol» la Teille, sans officiers, sans équipages, même sans chevaux, Ney, ainsi prisa Timproviste, fut obhgé de seformerun état major en quelques heures et de le composer au hasard. Jamais, en outre, il n'avait vu les divisions placées sous son commandement ; il en connaissait à peine quelques chefs et ne savait rien do remplacement qu'elles occupaient. Si le 1'^ et le ^ corps eussent été sous les ordres du prince de la Moskowa depuis plusieurs jours , s'il eût dirigé leurs mouvements antérieurs , il est fort probable que ce maréchal aurait occupé les Qualre-Bras dès le 1^ au soir.
— rotions de rarlillcrie. Aussi, quand vers trois heures un quart de Tapits-midi , lorsque depuis la veille sept heures du soir, depuis vingt heures, ses troupes se tenaient arrêtées àmoius de 3,000 toises des Quatre-Bras, le maréchal entendit sur sa droite la furieuse canonnade de Ligny, irredcvintlui-mème ; son énergie se réveilla , il retrouva de la décision , et, bien que la moitié de ses forces seulement fût sous sa main, il aborda franchement Tennemi. Ses troupes étaient pleines d'ardeur et d'enthousiasme. Ce fut la division Foy qui conunença Tattaque. Les tirailleurs et les avant-postes du prince dOrange , vigoureusement abordés par elle , se replièrent ; mais ce qui n'offrait aucun obstacle jnsqu*à deux heures et demie, ce qui resta possible depuis deux heures et demie jusqu'à quatre, devint hors du pouvoir du maréchal à partir de ce dernier moment.
La veille au soir, Wellington élail encore dans la sécurité la plus profonde. L'armée française manœuvrait depuis trois jours à portée de ses avantpostes ; elle avait , depuis vingt-quatre heures , commencé les hostilités, et le quartier^énéral impérial était depuis douze heures àCharleroi lorsque le général anglais connut lirrupiion de Napoléon en Belgique (1). Cette nouvelle le surprit à ■ I I i ■ I I II ■ I
(1) Le jour où Napoléon entrait en Belgique, le duc de >YclliDgtou adressait à rcmpercur Alexandre une longue
Bruxelles , la nuit , au milieu d'une fête donnée par sa compatriote la duchesse de fiichemont (1). En un instant les salons de la duchesse sont déserts. Les officiers, encore en costume de bal, courent rejoindre leur corps. Wellington déployant une rare activité, donne des ordres, expédie des courriers, assignant pour rendez-vous à toutes ses divisions la position des Quatre-Bras. A mesure que chaque brigade ou que chaque régiment est averti.
dépêche dans laquelle il discutait un plan d*invasîon contre la France, proposé par le général Toll. Loin de soupçonner Pattaque que Napoléon , dans ce moment-là même , faisait contre ses avant-postes, le duc paraissait convaincu que la France se tiendrait sur la défensive» et que les alliés, en entrant sur notre territoire, ne rencontreraient de résistance que devant les places fortes et au passage des rivières. Tous les efforts de notre défense du côté de la Belgique lui semblaient devoir être concentrés sur la ligne de TÂisne. Cette dépêche, datée de Bruxelles^ le ibjuin 1815 , est écrite en frairçais , et porte le n* 947 dans la collection des dépêches el ordres du jour de Wellington, édition de Bruxelles.
(i) Lord Wellington causait , dans Tembrasure d'une fenêtre, avec le duc de Brunswick, lorsqu*on lui annonça la nouvelle ;il devint très-pâle. Le duc de Brunswick (tué le lendemain), soulevé par une sorte de secousse électrique, se leva si précipitamment, qu'il laissa glisser sur le parquet un jeune enfant qui jouait sur ses genoux. L'enfant qui se trouvait en tiers dans cette scène est le prince de Ligne , aujourd'hui (1844) ambassadeur de Belgique à Paris.
les soldats prennent les armes et se mettent en marche. Chacun se hâte. Le duc lui-même, quand tous ses ordres sont partis , se porte à francétrier sur le point de la réunion. Ce fut vers une heure de Taprès-midi qu'il arriva aux Quatre-Bras , suivi seulement de quelques aides-de-camp. A Taspect de la faiblesse des détachements réunis sur la position , il dit au prince d'Orange , accouru pour le recevoir : « Si Tennemi a plus d'une division, nous » ne pourrons jamais tenir. » A quelques instants de là , examinant , à Taide d'une longue-vue , les positions occupées par nos troupes , il dit de nouveau au prince d'Orange : « J'ai fait la guerre contre » les Français en Espagne assez long-temps pour n connaître leurs habitudes et leur organisation. n Ce n^est pas un simple général de (Uvision qui » commande ; je vois trop d'officiers d'ctat-major... » C'est un maréchal , un corps d armée que nous » avons devant nous .. S'il attaque, nous sommes » perdus. N'importe! ajoute-til, il faut tenir ici » jusqu'au dernier. C'est la clef de la position. » Tous les officiers montés qui l'entourent, de simples cavaliers même sont dépêchés dans toutes les directions. « Dites qu'on arrive! s'écrîe-t-il ; que » pas un corps n'attende l'autre ! Il ne s'agit pas n d'avancer par divisions ou par brigades. Faites » marcher bataillon par bataillon , compagnie par » compagnie ! » Même a ce moment , encore une fois , le moindre effort donnait à Ncy les Quatre-
Bras; mais^ attendant toujours la venue du 1^' corps, les divisions alors réunies autour de lui res. laicnt déployées sans attaquer. A chaque instant Wellington croyait les voir s'ébranler ; durant plus de deux heures son anxiété fut cruelle. Enfin, vers deux heures et demie, ses détachements les premiers partis le joignirent. Ce fut la division anglaise du général Pictonqui parut la première ; les troupes du duc de Brunswick arrivèrent ensuite : puis le contingent de Nassau. De minute en minute, pour ainsi dire , les régiments se succédaient. En moins de deux heures , les troupes anglo-belges rèanies aux Quatre-Bras, furent portées de 8,000 hommes à 80,000.
L'énergie de Ney , une fois la lutte entamée , grandit avec le nombre de ses adversaires. Après avoir culbuté les régiments de Nassau , il jeta le l*' de chasseurs et le 6* lanciers sur la division branswickoise ; cette division, enfoncée et sabrée, fat obligée de se retirer dans le plus affreux désordre ; son chef, le duc régnant de Brunswick , fut tué. Les trois bataillons du ift écossais, formés en eairés et chargés par une des brigades des cuirassiers Eellermann , furent enfoncés à leur tour et presque taillés en pièces ; le colonel fut tué, le drapeau pris. Ney, dans ce moment, poussait son attaque avec furie. II crut tenir la victoire : son infanterie , après avoir chassé Tenncmi de la plus grande partie du bois, touchait à la ferme des Qua-
trc-Bras, lorsque dcax nouvelles divisioi arrivant au pas de course par la route d vinrent soudainement arrêter nos soldai rejeter sur lenrs premières positions.
Le maréchal envoya surrie-champ ; corps qu'il croyait enfin arrivé à Frasn d'avancer. A cette heure de la journée, î fort de vingt mille hommes et un chef t( l'occupation des Quatre-Bras était ccrt Drouet-d'Erlon ne devait pas arriver. L se tenait debout au milieu du feu crois< ries anglaises , attendant avec une imp vreuse Tarrivéedu premier corps, lorsqu Labédoyère, puis le général Delcambre tent et lui annoncent que Drouet-d £ armée ont quitté la route des Quatre-B rétrogradant vers le champ de bataille reur, ils doivent en ce moment se tro sieurs lieues des positions du maréch nouvelle, Ncy semble frappé de stupeur privé de la moitié de ses forces et n'av ' seul homme d'infanteric|en réserve. Deu de oiiirassiers appartenant au corps de ] étaient la seule troupe dont il pût di
(1) Le corps des cuirassiers Kellermann se • quatre brigades; une seule était alors près d une seconde se ballaît sur un point différent bataille; les deux autres (division Roussel
a Voycz-Yous ces boulets ! s'écria-l-il avec un sombre désespoir, en montrant les projectiles qui volaient autour de lui .je voudrais qu'ils m'entrassent tous dans le corps! » Il court au comte de Valmy (Kel ierman ) : « Mon cher général , lui dit-il , il s'agit n ici du salut de la France ; il faut un effort extraor- » dinaire ; prenez votre cavalerie , jetez-vous ati )) milieu de l'armée anglaise et enfoncez-la ; je vous » fepai soutenir par Pire. » Kellermann se tourne sur-le-champ vers ses cuirassiers, leur crie : ehav' gez/ei se précipite tète baissée avec eux sur les rangs les plus épais de l'ennemi. Le 69' régiment d'infanterie britannique est immédiatement culbuté; tes batteries sont enlevées et les cuirassiers trawrsant deux lignes , arrivent jusqu'à la ferme desQuatre-Bras. Mais là, tes réserves de l'infanterie anglaise , hollandaise et belge accueillent Eellermain et ses cavaltersavec un feu si meurtrier qu'ils sort obligés de s'arrêter. Le cheval de Kellermann est tué , et ce général , demeuré un moment au miieu des Anglais, ne se dégage qu'à grand'peine. La charge que les cuirassiers venaient de four* n'r avait électrisé notre infanterie; elle s'était éhncée à leur suite et avait pénétré aussi loin qi'eux. Elle touchait pour la seconde fois aux Qiatre-Bras, lorsque la division des gardes an-
Mssés par le maréchal à Frasncs, afin d*y rallier les troups du !•• corps (Drouet-d'Erlon.J
glaises et celle du général Allen, arrivant à tour à marche forcée, donnèrent h Wclliii une supériorité de forces si grande, que nos tassius furent encore une fois contraints de s plier.
En même temps que Eellermann avait d le signal de la charge, Ney avait fait voler U néral Delcambre sur les traces du comte d'£ avec ordre de lui enjoindre de rétrograder si champ quels que fussent les ordres que remp< lui eût transmis.
Jusqu'à ce jour, les causes du double m< ment rétrograde du premier corps sont restée ignorées. L'empereur lui-même ne les conni mais. U supposait à Sainte-Hélène que le c Drouet d'Erion, arrêté dans sa marche sur Fr par le bruit de Tarlillerie de Ligny, avait m: au canon. Quelques écrivains, d'un autre côte dit que ce général avait été appelé directes par Napoléon; d'autres, adoptant cette opii ont ajouté que cet ordre direct avait été port< le colonel Laurent, de Fétat-majorgénéral. G lonel a pu se trouver chargé d'un des ordre voyés par le major-général au chef de laile gau mais il ne fut pour rien dans le mouvement; en quels termes le comte d Erlon lui-même conté les faits :
« Vers onze heures ou midi, M. le man JNey m'envoya Tordre de faire prendre les a
à mon corps d'armée et de le diriger sur Frasnes et les Quatre-Bras^ où Je recevrais des ordres ultérieurs. Mon armée se mit donc immédiatement en marche.
» Après avoir donné l'ordre au général qui commandait la tète de colonne de faire diligence, je pris l'avance pour voir ce qui se passait aux Quatre-Bras , où le corps d'armée du généra 1 Reille me semblait engagé. Je m'arrêtai au-delà de Frasnes avec des généraux de la garde, et j'y fus joipt par le général Labédoyère, qui me fit voir une note au crayon qu'il portait au maréchal Ney, et qui enjoignait à ce maréchal de diriger mon corps d'armée sur Ligny. Le générai Labédoyère me prévint qu il avait déjà donné l'ordre pour ce mouvdtaient en faisant changer de direction à ma colonne, et m'indiqua où je pourrais la rejoindre. Je pris aussitôt cette route et envoyai au maréchal mon chef d'état-major, le général Delcambre, pour le prévenir de ma nouvelle destination.»
La jonction du premier corps avec les autres troupes de Ney, à l'heure tardive où ce corps avait quitté la route de Frasnes, était sans influence possible sur le succès de la campagne. Sans doute, l'absence de ces dix-huit ou vingt mille honmnes devait empêcher le prince de la Moskowa d'emporter les Quatres-Bras; mais, dans la pensée du chef, la conquête de cette position, à ce moment^
n avait plus qif nn but, permettre au prince de la Moskowa de faire, sur Ligny, le dëlachenient si vivement sollicite , si impatiemment attendu; en d'autres termes, l'effort de Ney, à cet instant, était secondaire; il ne pouvait lui arriver pis, dans tous les cas, que de rester sur ses positions. C'était h Ligny, non aux Quatrc-Bras, qu'était le sort de (ajournée ; en se portant sur le ])remier de ces deux champs de bataille, le 1" corps devait donc le décider.
Le général Drouet<l'Erlon se trompa d'abord de chemin; au lieu d'arriver droit sur Bry, il descen* dit plus bas, et, longeant le champ de bataille, il avait marché sur Fleurus. Le chef du premier corps n'avait pas tardé à reconnaître son erreur de route ; il revint sur ses pas et s'établit enfin derrière Bry, assez près des Prussiens pour que les détachements formant sa tète de colonne passent distinctement apercevoir les numéros peints sur les sacs de l'infanterie prussienne ])Iacée en posh tion sur ce point. Les pièces furent mises en batteries; on allait tirer. En ce moment le général Delcambre arrive près du chef du premier corps et lui transmet les ordres si impératifs, si absolus dn prince de la Moskowa ; il était alors six heures du soir.
D'Erlon, pour obéir aux injonctions de son chef immédiat, avait trois heures de nouvelle marche à faire, et ne pouvait joindre Ncy qu'à l'entrée delà
nuit, lorsque toute lutte aux Qnatrc-Bras aurait ucccssaircineal cessé. Placé au contraire, comme il rétait, sur le champ de bataille de Napoléon, derrière les Prussiens qu'il prenait à dos et dont rinfantcric était rangée devant lui, il suffisait h ce général de prononcer le commandement de feu / pour intervenir d'une manière décisive. Un instant il hésita; puis, emporté par un senthnent ciagéré de lobéissance militaire, il fit relever son artillerie, ordonna demi-tour à ses régimenis, quitta ses positions et reprit, avec son armée, le chemin qu il avait déjà suivi. Cette année était la colonne inconnue aperçue par Vandamme. Sans cotte faute, la plus lourde de toute cette guerre, BiQcher se trouvait cerné entre Bry, Saint-Amand et Ligny par l'armée impériale , renforcée des vingt mille hommes de d'ËrIon et des onze mille soldats du comte de Lobau que Napoléon, dans la prévbîon de cette manœuvre^ tint toute la journée inactifs; les trois corps prussiens, ainsi que Tespérail Tempereur, eussent été, non pas défaits, mais dctniits; Tarmée prussienne posait les armes.
II était neuf heures du soir quand le comte d'Erlon se présenta de sa personne sur les positions de Ncy, laissant en arrière ses troupes que ces contremarches avaient fatiguées, et ayant ainsi promené dix-hait ou vingtrmille hommes et quarante-six pièces de canon entre deux champs de bataille, de la gauche à la droite et de la droite à la gauche,
sans aatrc résultat que de retarder d'une heure denûe la défaite des Prussiens et d*empéch Tempcreur de la compléter par une poursuite qi la nuit rendit impossible. Le maréchal Ney, aii que le chef du 1" corps devait s'y attendre, venî de cesser le combat (1).
Aux Quâtre-Bras, la lutte, comme àLigny^avi été opiniâtre, furieuse. La route, à travers le boi disparaissait littéralement sous les corps des holla dais et des écossais, et sous les cadavres de n
(1) Le comte Drouet-d'Erloo, dans la lettre déjà dt< complète en ces termes l'explicalion de sa double eonti marche :
«c H. le maréchal Ney me renvoya mon chef d'éti
major (le général Delcambre) en me prescrivant impéra veraent de revenir sur les Qualre-Dras, où il s'était fori ment engagé, comptant sur la coopération de mon coi d*armée. Je devais donc supposer qu'il y ayait urgeni puisque le maréchal prenait sur lui de me rappeler qui qu'il eût reçu la note dont j'ai parlé plus haut, rordoni en conséquence à la colonne de faire contre-marche; m malgré toute la diligence qu'on a pu mettre dans mouvement, ma colonne n'a pu paraître eo arrière c Quatre-Bras qu'à l'approche de la nuit.
» Le général Labédoyère avait-il mission pour ,fa: changer la direction de ma colonne avant que d'avoir le maréchal Ney? Je ne le pense pas. Dans tous les ci cette circonstance a été cause de toutes les marches contre-marches qui ont paralysé mon corps d*armée pe dant la journée du 16. *
ives cairassicrs. Noire perle, sur ce point, fut trois mille quatre cents hommes ; celle des Ani-HolIandais, officiellement constatée, s'éleva à af mille hommes. L'artillerie et la cavalerie de ellington n'avaient pu marcher aussi vite que 1 infanterie; elles n'arrivèrent pour ainsi dire 'après le combat; Ney, au contraire, avait une iralerie relativement nombreuse, et tirait avec iquante pièces de canon. De là la disproportion tre le chiffre des morts des deux partis.
Le même résultat se fit remarquer à Lîgny.
•tre perte totale sur ce champ de bataille fut de mille neuf cent cinquante hommes tués ou îssés; celle des Prussiens s'éleva à près de vingtiq mille hommes. La position des deux armées les ravages inégaux de leur artillerie, expliqués is haut, n'étdtcnl pas la seule cause de cette difence , elle tenait encore à l'espèce de furie qui imait nos soldats ; ils ne faisaient pas de prisonîrs, ils tuaient. Vers les huit heures, le ravin en ;e de St-Amand et de Ligny avait pour ainsi e disparu sous les cadavres qui le comblaient, i y voyait quatre Prussiens pour. un Français, iichcr, en parlant de ce combat comme de l'un s plus acharnés dont l'histoire fasse mention, îxagérait pas. Nos généraiix ressentirent la îme impression ; l'acharnement avec lequel on battit fit frémir ccuxrlà même qui étaient le is habitués à contempler de sang-froid les hor-
rcurs de la guerre. La garde était entrée dans '. gny aux cris de vive V empereur! point de qm lier! La division Girard, lorsqu'elle «ut épuisé munitions dans l'effort où son chef perdit la ^ demandait à grands cris des cartouches et c Prussiens !
Quelques incidents étranges, résultat fatal à fois des souvenirs laissés dans Tarmée par la ( fection du 6* corps (1), et de la désertion de M. Bourmont , dont la nouvelle avait fait la veille le matin Tenlretien de tous les régiments, m quèrent cette sanglante journée.
Les soldais soupçonnaient le patriotisme et fidélité de plusieurs généraux ; ces chefs pour e étaient des royalistes qui n'attendaient que len ment de passer à l'ennemi. Dans leur défiance, étaient attentifs à tous lesmouveoKnts; toute n uœuvre qu'ils ne comprenaient pas les inquiet et prenait à leurs yeux le caractère d une trahiso Lorsque les premiers coups de fusil furent tiréî Saint- Amand , un vieux caporal de la garde s's procha de l'empereur, et lui dit : « Sire, méfie M vous du maréchal Soull \ soyez certain qu'il «o » trahit. — Sois tranquille , lui répondit l'emp » rcur, j'en réponds comme de moi. » Lorsqu'< vint annoncer à Vandammc la présence de la c
(1) Le 5 avril 1814. V. le 1*' volume de Thlioire d( celle rdQXi{>n esl tirée, chap VI If.
me inconnac qui se monlraif sur sa gauche, ce léral se porta au galop dans la direction indiée, afin de reconnaître cette troupe. Un oi&cier ioarot yers le maréchal SouU et lui annonça que ndamme venait de passer à Tennemi. « Tous les soldats, ajoutait-il, demandent à grands cris qu'on en instruise Tempereur. » Sur la fin de la taille, un dragon, le sabre tout dégouttant de ig, accourut à Napoléon en criant : « Sire ! veaez vite h la division ? le général Maurin harang[ùe les dragons pour passer à Tennemi. — L'as tu entendu ? — Non , Sire; mais un officier qui rons cherche Fa vu et m'a chargé de vousle dire.» ndant ce temps, le brave général Maurin, après »ir repoussé une charge ennemie, était grièveni blessé par un boulet de canon. Durant quatre rs , ces malheureuses préoccupations de trahii devaient planer, comme une lueur funèbre, sur ite cette armée et précipiter la dernière heure Waterloo (1).
1) A Waterloo, comme h Ligny, les soldats, dès qu'ils reevaient un général ennemi, s'appelaient dans les
gset se le montraient en criant: «Voilà le général »
lom qu^ils prononçaient était celui du premier général içais qui leur venait à la mémoire; ils le couvraient iprécations. Dans leur con>iction, ce n'était pas un fa«l , mais dix généraux qui avaient passé à Tennemi; aichait leurs noms à Tarmée , disaient-ils , afin de ne la décourager.
Les soldats de tous les corps et de toales les armes, dans cette double bataille, furent dignes de la cause qu'ils défendaient et de leur ancienne gloire. Mais les généraux, noua parlons des plus élevés, n'étaient plus les hommes des précédentes guerres. On ^ait les hésitations de Ney et la lourde faute de d'Erlon ; Yandamme ne fut pas à la hauteur de ses troupes; elles se montrèrent pleines d'enthousiasme et de feu ; il fut mou et indécis. Jetés malgré eux au milieu des hasards de nouveaux champs de bataille, alarmés par la désertion de la veille, indice, à leurs yeux, d'événements fatals h la cause impériale ; ralliés, du moins quelques uns , à des intérêts différents de ceux pour lesquels combattait l'armée, ces chefs étaient hésitants et semblaient vouloir se hasarder ou se cornpromettre le moins possible. Parmi les hauts généraux, un seul se montra non pas égal, mais supérieur à sa réputation. Si le 16 , le comte Gé* rard soutint àLigny leprincipal effortdes Prussiens avec un courage et. un talent hors ligne, le iS, on le verra, il ne devait pas dépendre de lui de changer la défaite en un éclatqnt triomphe. Le nom de ce général , dans l'histoire de cette courte campagne, doit se placer après celui de l'empereur.
La victoire de Ligny laissa Napoléon mécontent. Q Si le maréchal Ncy , disait-il , avait attaqué de » bonne heure les Anglais avec toutes ses forces, » il les aurait écrasés et serait venu donner le
coup de grâce aux Prussiens; et si après celle première faute; il n'en eût pas commis une seconde en arrêtant le mouvement du 1*^' corps, rinterveution du comte d'Erlon aurait abrégé la résistance de Bliîcher et rendu sa défaite irrépa rabie ; tonte son armée aurait été prise ou détruite (1). 1»
Le soir de cette journée, les trois corps de Ziélen, de Pirch et de Thiclmann purent se rallier une lieue et dimie de Ligny , vers Gembloux , arrière le corps de Bûlow qui venait d'arriver à larcbe forcée de ses cantonnements dans le pays s Liège. L'empereur, avec Tailetlroite, sa garde ;Ic 6' corps, campa sur le champ de bataille, Ney ista dans ses positions de Frasnes.
Journée d«Î7.— De nouvelles lenteurs devaient iccéder^ ce jour-là, aux retards des deux journées récédentes.
Lo maréchal Ney avait encore reçu dans la nuit )rdre de renouveler à la pointe du jour Tatlaquo fs Quatre-Bras. Il fut prévenu que le comte de )bau avec deux divisions d infanterie de son irps, la cavalerie légère de la garde et les cuirasers Milbaut, le seconderait en attaquant le flanc tuclie des Anglais par la chaussée de Namur.
ais Ney'^ comme la veille, ne devait s'ébranler le très-tard; à onze heures ses soldats étaient
(1) Mémoires de Fleury de Chaboulon.
encore dans leurs bivoaacs. Il en fut de même des différents corps placés sous le conmiandcment direct de lempcreur et sous celui du maréchal Grouchy; tous, moins le corps de Lobau (6'), resté iuactiria veille, et qui se porta de bonne heure sur Marbais, n'avaient encore reçu aucun ordre à dix heures. Les soldats murmuraient de ce repos dont ils ignoraient les motifs ; ils interrogeaient leurs officiers, interpellaient les généraux : l'énergie et Tactivité semblaient s'être réfugiées dans leurs rangs (1), L'empereur, à la vérité, avait eu d'abord le projet de mettre toutes les troupes en marche dès le lever du soleil et d'attaquer vigoureusement les Anglais en même temps qu'il ferait poursuivre sans lui donner de relâche, l'armée prussienne. L'o^ dre transmis à Ney était le résultat de cette pensée; mais, placé en présence de deux armées ennemies dont il ignorait la position et les mouvements, il lui était difficile d'arrêter la moindre disposition avant de connaître avec certitude, soit le point où elles se tenaient arrêtées, soit la direction qu'elles
•(1) Les habitants de Saint-Amand racontent que le lin du 17, un groupe de généraux étant venu à traverser le village, les soldats les poursuivaient de ces cris : « Noos avons fait la soupe à la pointe du jour afin d^entrer plus iôt en danse, et voilà quatre heures qu*on nous laisse sans rien faire ! Pourquoi ne se bat-on pas ? Il y a encore quelque chose là-dessous ! »
suivaient ou qa elles semblaient prendre. A neuf heures Napoléon attendait encore des nouvelles du maréchal Ney. Impatient de ces retards, il dirigea un foi^t détachement de cavalerie sur les Quatre-Bras avee ordre de venir lui rendre compte, sur le plateau de Bry, de ce qu'on aurait vu on appris de ce c4té , et envoya différents officiers chercher lé rapport des chek de corps envoyés le matin à la poursuite des Prussiens. Ces soins pris, il quitta Fleurus pour se rendre sur le champ de bataille. Napoléon était en voiture. La difficulté du chemin, les sillons et les fossés qui coupaient la campagne dans toutes les directions , Tobligérent bientôt de monter à cheval. Arrivé àSaint-Amand, il se fit conduire sur le théâtre des principaux engagements de la veille j s'arrétant à chaque pas, faisant relever et encourageant les blessés encore étendus sur \p terrain. A mesure qu'il avançait, chaque régiment se formait sans armes sur le terrain où il était bivouaqué et saluait sa venue par les acclamations les plus enthousiastes. L'empereur passait lentement sur le front de tous les détachements, interrogeait les chefs, complimentait les soldats sur leur élan et sur leur bravoure. Celte revue terminée. Napoléon mit pied à terre et s'entretint avec les généraux qui l'entouraient , attendant le retour du détachement et des officiers que de Flcurus il avait dirigés vers les Quatre-Bras et icrsGembloux. A midi le détachement revint; les
uflicicrs ue tardèrent pas égalcincut à arriver. Quaud il eut entendu tous les rapports, il put enfin arrêter les mouvements des différents corps et les dispositions de la journée. Les troupes de la ^arde se mirent immédiatement en marche pour Marbais où devait déjà se trouver le comte de Lohau; la division Girard, réduite à près de moitié pai les combats de la veille, fut laissée à Saint-Amand et à Ligny, et le maréchal Grouchy, ayant sous ses ordres les deux corps des comtes Vandamme e1 Gérard (3* et 4') , ainsi que la cavalerie des généraux Excelmans et Pajol, fut chargé de poursuivre les Prussiens et de compléter leur défaite. Lorsque tous les ordres furent expédiés, Tempereur re monta à cheval, et, se dirigeant vers les troupei du U* corps qu'il joignit à Marbais, il se porta im médiat ement sur lesQuatre-Bras.
L'armée, par suite de ces dispositions, se tro? vait encore une fois divisée en deux parties air composées :
Roule de Bruxelles.
AILE GilCUe, CË?iTRE ET RÉSERVES. — L*EHPEREOR.
1" corps, 18,640 h»; ^^ corps, 23,530 h.; 6" co 11.770 h.; garde impériale, troupes de toutes ar 18,5:20 h. ; cuirassiers Kellermaiin et Milhaut (3« corps de cavalerie), artilleurs compris, 5,690 honiir
Total 78,1
Mais il faut déduire de ce dernier chiffre, qui représente le total de la force de chaque corps à l'ouverture de la campagne (1) :
(1) Voir, pour le détail des forces de chaque corps, ' cette relation.
1* La diYisîon Girard du 2* corps. laôsée i « Saint-Amand et à Ligor, ei qui s'élerait ' ravant-veille i. ../... 5.000 h.
t'* La di?ision Teste, détachée da 6« corp$ et donnée a a maréchal Grourhy pour remplaeer 1rs pertes \ 12.600 h.
faites la veille par les Se et 4« corps. 4,000
5* Les pertes da maréchal Key aux Qaatre-Bras 5.400
4* Les pertes de la garde impériale et des cuirassiers Hilhaot , à LigDj, enYiron SOO
Total des troupes conduites par Tempereur
contre Tarmée anglaise 05,550 b.
CanoDS. 242.
Route de Wavres.
AILE DROITE. — Maréchal Groccvt.
3e corps, i5,290 h.; 4e corp^, 14,260 h.; division Teste, détachée du 6« corps, 4,000 h.; cavalerie Pajol et Eicelmans (1er et 2^ corps), artilleurs compris . 5,600 honim.; total 59,i50h.
En déduisant de ce total, qui représente la force de chaque corps rayant-veille au matin (1). les pertes des 3*' et 4« corps d'infanterie, des 1""^ 2e corps de cavalerie, à Saint-Amand et à Ligny, environ. 4,900(2)
(1) Voir page 9 de cette relation.
(2) Les pertes de la division Girard, environ 1,800 hommes, et celles de la garde et des cuirassiers Milhaut, comptées plus haut, environ 200 hommes, sont en dehors de ce chiffre.
On a pour le total des troupes emmeoéei par le général Groucby h la poursuite des lYussiens (1) 54,250 h.
Canons. • . .108.
Wellington n*avait conna que dans les dernières heures de la nuit la défaite des Prussiens; leur retraite l'obligeait à un mouvement parallèle. Dès le point du jour il se replia sur Bruxelles par Genape, laissant pour arrière-garde, auxQuatre-Bras, lord Uxbridge avec un corps de cayalerie et plusieurs batteries d artillerie légère. Lord Uxbridge, quand il aperçut la tête de colonne du 6* corps, ballit en retraite h son tour. L'empereur occupa la position. Il était près d*une heure.
Cependant Ney ne paraissait pas. Napoléon, irrité , envoya directement aux chefs de corps du
(1) En additionnant les deux chiffres de 54,950 hommes et de 65,550 hommes . on trouve pour le total des soldais emmenés dans la journée du 17 par Fempereur e le maréchal Grouchy, sur les deux routes de Bruxelles e de Warres, le chiffre de 99,800 hommes. Si Ton ajoute ce dernier nombre les pertes essuyées à Ligny, 6,900 ï aux Quatrc-Bras, 5,400 hommes, la division Girard, lai séeà Ligny et réduite à environ 5,200 hommes, ainsi q les 3,200 hommes des équipages de ponts, du génie , el répartis à la suite des différents corps, on arrive à un tal de 115^500 hommes, chiffre des hommes présents i les nrmes le 15 juin au matin.
maréchal l'ordre d'avancer. Le comte d'Erlon (i" corps) arriva le premier.Ilpritlatêtedel'armée etse mit en devoir de pousser vivement Tarrièrc^arde anglaise. Le comte Reille (â' corps) déboucha ensuite et suivit. Enfin , après s'être long-temps fait attendre^ Ney parut. « L'empereur lui témoigna son mécontentement de tant d'incertitude, de tant de lenteur et de ce qu'il venait de faire perdra trois heures bien précieuses. Le maréchal balbutia et s'excusa sur ce qu'il croyait que Wellington était encore aux Quatre-Bras avec toute son armée (1).» Le 6' corps (Lobau) quitta les Quatre-Bras après le â*". La garde s'ébranla ensuite. Les cuirassiers^ Milhaut, éclairés par une division légère, aux ordres du général Subervie, s'avancèrent à leur tour et complétèrent le mouvement de l'armée sur Bruxelles. L'empereur alors se porta en avant;, et^ après une poursuite on notre avant-garde n'échangea avec rarrière garde anglaise que quelques coups dé canon , Napoléon , ù 6 heures du soir, arriva à peu de distance de la forêt de Soignes^ La pluie , en ce moment^ tombait par torrents; le soldat, sur certains points de la chaussée, avait de l'eau à mijambe; dans les terres , il enfonçait jusqu'aux genoux; l'arlillerie ne pouvait y passer; la cavalerie n'y marchait qu'avec peine. L'ennemi s'était arrêté. Le voisinage de la forêt fit penser à l'empe-
(i) Mémoires de Napoléon^ dictés à Sainte-Hélène^
rcur (|uc les Anglais voulaient tenir cette portion durant la nuit. Pour s*cn assurer, il ordonna aux cuirassiers Milhaut de se déployer sous la protection de quatre batteries d artillerie légère et de faire mine de charger. A celte vue, Tenncmi démasqua cinquante ou soixante pièces de canon forlemcnt appuyées. Tous les doutes cessèrent : Tarmée anglaise tout entière était arrêtée devant Napoléon qui renonça à Tattaquer. Cette résolution était regrettable : les Prussiens n'auraient pu intervenir, la victoire élait certaine. ïl aurait fallu deux licuros de jour de plus , a dit Tempereur. L'armée prit position en avant de Planchenoit, village dans les terres, à quelques centaines de pas sur la droite de la route; le quartier impérial fut établi un peu en arrière, sur la chaussée , à la ferme du Caillou.
Malgré les lenteurs du maréchal Ney, les troupes^ conduites par Napoléon, n'avaient pas quitté Farmée anglaise et s'étaient avancées de six lieues. Laile droite fut loin de faire le même chemin.
Les trois corps de Ziéthcn, de Pirchet de Thiet mann, nous Tavons dit, avaient pu se rallier, la veille au soir, derrière les 56,000 hommes de Bulow arrivés à Gembloux dans la nuit, et après la bataille. Malgré ce renfort, le désordre s'était mis dans un grand nombre de régiments prussiens. Les troupes saxonnes, westphaliennes, entrautres, comptaient un nombre considérable de
déscrtears. Des bandes de favards. où les nouieiles levées de kndwebr prassieDneélakut en majorité, courraient tons les chemins, pillant les tîIlages, maltraitant les habitants, et répandant partout la noQTelle de la défaite de Ligny, ainsi que le bruit de la retraite de leur armée derrière leRhin. Cette retraite, dans la journée du 17. était attendue à Namur, à Liège et dans toutes les villes assises sur la rive droite de la Meuse. Sur tontes les routes on voyait de longues files de bagages qui se portaient précipitamment dans la direction deMaestricht. Si I*inutile apparition du comte d'Erlon, à la gauche de Tarmée, en suspendant le mouvement de la garde sur Ligny, n'avait pas obligé ienipercur de retarder sa victoire jusqu'à l'entrée de la nuit, quel n'aurait donc pas été le résultat d'une poursuite de plusieurs heures, au milieu de ces troupes démoralisées!
Les Prussiens avaient eu toute la nuit du 16 au 17 et toute la matinée du lendemain pour opérer leur retraite; le maréchal Grouchy devait leur laisser tout le reste. de la journée et la nuit suivante pour se reformer. A la vérité, lorsqu'à midi ce maréchal avait reçu l'ordre de se mettre à la
poursuite de Bliicher, les soldats, placés sous son commandement et qui avaient soutenu tout le poids de la veille, n'étaient plus prêts à marcher. Inactifs depuis le malin, mécontents de ce long repos dont leur impatience ne voyait ras le lermc
les fantassins ayaient démonté leurs fusils pour les nettoyer, une partie des cavaliers avaient dessellé leurs chevaux pour alléger leur fatigue. Il fallut du temps pour s*apprétcr de nouveau. L'empereur n'était plas là, d'ailleurs, pour imprimer h toutes choses et à tous, le mouvemçnt et Tactivité. Tou> tes les dispositions, tous les mouvcmenls se firent donc avec une extrême lenteur. Les régiments, les premiers partis, n'arrivèrent à Gembloux qu'à quatre heures du soir; les autres suivirent, mais à de si longs intervalles, qu il était nuit close lorsque les derniers détachements entrèrent danscette ville. On comprendrait mal, au reste, la lenteur de certains régiments, si on ne tenait compte d'une pluie affreuse qui, défonçant tous les chemins, ralentit les mouvements d'une partie de rinfantcrie, en même temps qu'elle paralysa l'action de la cavalerie chargée de suivre ou d'observer l'ennemi. Ainsi retardé dans la marche de ses troupes, incertain de la direction précise que Bliicher avait pu suivre, le maréchal Grouchy s'arrêta à Gembloux sur les positions occupées la nuit précédente par les Prussiens. Il avait faitmoinsde deux lieues. Celte journée du 17 ne devait profiter qu'à l'ennemi ; elle fat pournotre armée une journée complètement perdue.
Journée du 18. — Bataille de Waterloo. — L'empereur, le soir du 17, ne croyait pas à une
bataille pour le lendemain; il supposait que Blficher aurait passé la Dyle à Wavres, et que Wellington ainsi que le feld-maréchal prussien profiteraient de la nuit pour traverser la forêt de Soignes et se réunir devant Bruxelles. Cependant il consacra les dernièresheurcs de la soirée à dicter tous les ordres nécessaires pour un engagement général, s'il devait avoir lieu. La position et Tintcrvention possible de son aile droite fut une de ses préoccupations. A dix heures du soir il expédia au maréchal Grouchy, qu'il croyait arrivé à Wavres (1), un officier chargé de lui faire connaître : « qu'une grande bataille se livrerait probablement le lendemain ; que Tannée anglo-hollandaise était en position en avant de la forêt de Soignes, sa gauche appuyée au hameau de La- Haye; qu'il lui ordonnait de détacher avant le jour (le son camp de Wavres une division de sept mille hommes de toutes armes et seize pièces de canon sur Saint-Lambert , pour se joindre à la droite de la grande armée et opérer avec elle ; qu'aussitôt qu'il serait assuré que le maréchal Bliîcher aurait évacué Wavres, soit pour continuer sa route sur Bruxelles, soit pour se porter dans toute autre direction, il devait* marcher avec la majorité de ses
(1) À trois lieues au-delà de Gembloux, à moins de cinq lieues du champ de bataUle de Ligny.
troupes pour appuyer le détachement qu*ii aurait fait sur Saint-Laïubert (1). »
Une heure après le départ de cet officier pour Wavres, à onze heures, on recevait au quartierimpérial un rapport du maréchal Grouchy, daté de cinq heures du soir^ et qui annonçait la halte de son armée à Gembloiix^ ainsi que Tignorancc où il était de la direction prise par Bliicher. Avant de transmettre de nouveaux ordres au chef de son aile droite^ Napoléon voulut s'assurer si Wellington était décidé à recevoir la bataille sur le terrain où bivouaquait son armée.
(c  une heure du matin, Tempereur sortit
à pied, accompagné seulement de son grand maréchal (le général Bertrand). Son dessein était de suivre Tarmée' anglaise dans sa retraite et détacher de Tentamer, malgré Tobscurité de la nuit, aussitôt qu'elle serait en marche. Il parcourut la ligne des grandes gardes. La forêt de Soignes apparaissait comme un incendie ; Thorizon entre cette forêt, Braine-Laleud, les fermes de Ha Belle-Alliance et de la Ilaie-Sainle, était resplendissant du feu des
(1) Les déûlés de Saint-Lambert commaDdent toutes les communications entre Wavres et Waterloo. Leur occupation par une division de 7,000 hommes de toutes armes avait un double but : relier les deux armées françaises, et rendre impossible la jonction des Prussiens avec les Anglais sur les positions occupées par ceux ci.
bivouacs; le plus profond silence régnait. L'armée anglo-hollandaise élait ensevelie dans un profond sommeil, suite des fatigues qu^elle avait éprouvées les jours précédents. Arrivé près du bois du château d'Hougoumont, il entendit le bruit d'une colonne en marche : il était deux heures et demie. Or, & cette heure, rarrière-garde devait commencer à quitter ses positions si Tennemi était en retraite; mais cette illusion fut courte; le bruit cessa. La pluie tombait par torrents. Divers officiers envoyés en reconnaissance et des aifidés, de retour i trois heureset demie, confirmèrent que les Anglo- Hollandais ne faisaient aucun mouvement. A quatre heures, des coureurs lui amenèrent un paysan qui avait servi de guide à une brigade de cavalerie anglaise allant prendre position sur rextrëmc gauche, au village d'Ohain. Deux déserteurs belges, qui venaient de quitter leur régiment, lui rapportèrent que leur armée se préparait à la bataille, et qu'aucun mouvement rétrograde n'avait eu lieu.
» Le général ennemi ne pouvait rien faire de plus contraire aux intérêts de son parti et de sa nation, à Tesprit général de celte campagne et même aux règles les plus simples de la guerre, que de rester dans la position qu'il occupait; il avait derrière lui les défilés de la forêt de Soignes; s1l était battu, toute retraite lui était impossible.
» Les troupes françaises étaient bivouaquéesau milieu de la boue ; les officiers tenaient pour im-
l'^^jt^l^ i^ livrer ki boLiiljf daes^ et jMir : rariilk^m *\ b cavikne »f |i»a«AJ»i ■iimmiiii ilni i^ t^rre» UAt «IW êci*»: AftncBpccs; ik olinujirLt qa ii îsodrùt d:«K Letme:» de bcaa tcmp pPMir k^ «UBdwT. Lt /^«r CLauneaçait à poûnAc
ÂAlib/jcUon d« b gruMk- bole que Liait k galère! tnneini el lort înqaict quele miarab tfoipstt l>fDpécëJt d>o profiler. Mais dcp l'atnoqiiièfe » écbidtfait: fers cinq heures il sperçal qodfMl faîbirs ravoDs de ce soleil qui derait, aranlde se r^Micher. écbirerlapertederarmêe apglaise«..(*)* Un second officier fat immêdutement dépêché au maréchal Grouchy pour lui renooreler Tordre transmis sept heures auparayant. Une heure après
K; d«;part de cet eoToyé. l'empereur re^ du chef de l'aile droUe uo Doûreau rapport daté deGem-
(I; nkfOiSjOJi. — Mémoires dictés à Sainte-Hâène. — Noos ayons cru, pour b rebtiou de b bataille de Waterloo, poaroir emprunter différents passages aa récit dicté par l'empereur. Ce récit, dans les Jf émotres de Napoléon ne ht compose pour ainsi dire que d'une earpoftf io» » il eiplique mieux que ne saurait le faire aucun écrÎTaîn, aucun homme, les dispositions et les premiers mouTementa de Tempereur; mais Napoléon devient très-bref, il s'arrête, en quelque sorte, quand il arrive aux détalb de b lutte. Nous indiquerons religieusement par des gaillemets et par des notes, chacun de nos emprunts à ses Mémoircê.
BX, dur heures du soir, et qai était ainsi çbl:
« Sire,
J'ai rboDDeiir de tous rendre compte que j'occupe ibkmietqaemactYalerieest à Sauvenières. L'ennemi, d'cofiroD 30,000 hommes, continue son mouvement etraite; on lui a saisi ici un parc de 400 bêles à cordes Bugasins et des bagages.
Il parait, d'après tous les rapports, qu*anrivésàSaums, les Prussiens se sont divisés en deux colonnes : s a dû prendre la route de Wavres, en passant par i Walhain ; l'autre colonne parait s'être dirigée sur rès.
On peut p«it-élre en inférer qu'une portion va rehre WdUngion, et que le centre, qui est l'armée de her, se retire sur Liège. Une autre colonne avec de ilerie ayant fait son mouvement de retraite sur Ma- , le général Excelmans a ordre de pousser ce soir six Irons sur Sart h Walhain et trois escadrons sur Pcr- D'après leur rapport, si la masse des Prussiens se eiur Wavres, je la suivrai dans cette direction afin I ne paissent gagner Bruxelles et de les séparer de Hnglon.
Si, au contraire, mes renseignements prouvent que iadpale force prussienne a marché par Perwès, je ingérai, par cette yille, k la poursuite de renneml. Les généraux Thielman et Borstell faisaient partie innée que Y. M. a battue hier; ils étaient encore ce I i dix heures ici, et ont annoncé que S0,000 des avaient été mis hors de combat. Ils ont demandéen Bi Ici distances de Wavres, Percés et Hannut. Blaa été blessé au brjis, ce qui ne Ta pas empêché de
comminder après s*étre tiit panser. Il o'a point passé par Gcmbloux.
c Je suis avec respect,
» De voire majesté, » Sire,
» Le Gdcle sujet, n Le maréchal comte de Groucht. »
Celte dépêché était de nature à dissiper tontes les inquiétudes de rcmpcreur sur la manière dont le maréchal Grouchy saurait remplir sa mission; il devait croire que ce maréchal , en exprimant luimême Topinion qu'une partie des troupes prussiennes se dirigeaient vers Wellington pour le soutenir, ne perdrait pas Bliicher de vne; que ses efforts tendraient à empêcher cette jonction , et que son armée , dans tous les cas, viendrait paralyser les effets de celte réunion si elle devait s'opérer. Aussi Napoléon écouta-t-il, plein de confiance, les rapports de plusieurs officiers exercés qui rentraient et qui venaient de reconnaître Tarmée anglaise. Us évaluaient sa force, en y comprenant les corps de flanqueurs , à quatre-vingt-dix mille hommes , chiffre qui s'accordait avec les renseignements généraux. L'armée française, on Ta vu, ne comptait ([ug soixante-cinq mille combattants. Elle n'avait pas seulement la désavantage du nombre , la pluie battante de la veille avait continué durant toute la nuit, et les soldats, bivouaques au milieu de la boue , comme le dit l'empereur, n'a-
TÛent pagoâter un seul moment de rep^iS.liydp^u» les conToisde livres, arrêtés ou reiard<r%p»i h tw;mente et par lemauvaisétat descbemin». u*:yy^'si\ arriver dans la matinée. Une partie d*: jr/> ;*>;>ments, lorsqu'ils quittèrent leur rkur^ïst^n- y^jj se porter sur leurs positiooâ de LtfUîiJ^:. Xi «-«v/, pris aucune nourriture. Pîu> une \t\<,\sM , y^\ v;i murmure ne sortirent de» raijv^ : f'nK\f:;yi * ;/.v.santeries, la promesse de 5^ ^tw^rj *';; .«ri /;;/> ^ * de ces privations, voilà tout c^ *;■*': i *.:» »;. *-;^'^.' Vers huit heures Napoléon f\A k-n v*;,* .•♦ ,7 *. ,j renlouraient : « L'armée eijrj *://;**: *-/ '.*-/■ v*-vr<; i la nôtre de près d'un tie;-,: i*V/t u •'„ «•;;/* pas moins quatre-tîngtHiii tu^wj^^ yr.i f*vvt et pas dix contre. — Siw^ d'/(it«r^ #:/. ,*: ;;,♦•*.•«. 4,; Ney qui entrait. ^\^ *M\s%!^Xhu ^ti.» i^,*/ t.::uy>. pour attendre Votre yiu^t^.wky ïsun / 1 >-;..* lui annoncer que déji w:^ f>'„-,;,;,n */.;,* •.-* pleine retraite : elles dL^par^Mr^;,?. o:,^ .^ ■ v*-* — Vous avez mal *u. \uï th/^.^<^ \ . *^- ;a rcur ; il nesl plus Xmhy^ , ■,» ^--i;//^'*. é une perte certaine : il a \txt >:« <^.^. ^^ >.« ^,;.> « nous. »
Dans ce moment d^ ofTiti^,:*. <jir^..>f,* /j>i avaient parcouru la p!;iio^ . %uu'fU^A^*:ui *{uk i ^.'« pourrait manœuvrer le* piecf:^ ai«:/ *\th^.ït\u' ^ Ai\ ficaltés, sans doute : rriai^ dtrM uut U^àft . j^jo<i laient-ils. les obstacles ¥:tiïtui uoUil\*:tut:U '*. minnés.
« .... Aussitôt Tempereur monta' à cheval ; i porta aux tirailleurs, vis^à-vis la Haie-Sainte, re nut de nouveau la ligne ennemie et chargea le néral de génie Haxo, officier de conlBancc, de approcher davantage pour s'assurer s'il avaii élevé quelques redoutes ou retranchements général revint promptement rendre compte < n'avait aperçu aucune trace de fortifications. L pereur réfléchit un quart-d'heurc , puis dicta dre de bataille que deux généraux écrivaient par terre. Les aides-de-camp le portèrent au: vers corps d'armée qui étaient sous les an pleins d'impatience et d'ardeur. L*armée s'ébi et se mit en marche sur onze colonnes.
» Â neuf heures les tètes des quatre colo formant la première ligne arrivèrent où elle! vaient se déployer. En même temps on ap( plus ou moins loin , les sept autres colonne: débouchaient des hauteurs; elles étaient en che ; les trompettes et les tambours sonnaient champs ; la musique retentissait des airs qui i paient aux soldats le souvenir de cent victoires terre paraissait orgueilleuse de porter tant de ves. Ce spectacle était magnifique ; et l'ennem était placé de manière à découvrir jusqu'au de; homme , dut en être frappé ; l'armée dut lu rattre double en nombre de ce qu elle était n ment.
» Ces onze colonnes se développèrent avec
de précision qa*il n'y eat ancane confusion, et chacon oceapa la place qui lui était désignée dans la pensée da chef; jamais de si grandes masses ne se remuèrent aTec tant de facilité. A dix heures et demie , ce qni parait incroyable , tout le mouve* ment était achevé, toutes les troupes étaient à leur position; le plus profond silence régnait sur le champ de bataille. L'armée se trouva rangée sur six lignes formant la figure de six V.
» L'empereur parcourut les rangs. Il serait difficile d'exprimer Tenthousiasme qui animait tous les soldats : Tinfanterie légère avait ses shakos au bout des baïonnettes ; les cuirassiers , les dragons et la cavalerie légère leurs casques ou shakos au beat de leurs sabres. La victoire paraissait certaine ; les vieux soldats qui avaient assisté à tant de combats, admirèrent ce nouvel ordre de bai taille ; ils cherchaient à pénétrer les vues ultérieures de leur général ; ils discutaient le point et la manière dont Tattaque devait avoir lieu. Pendant ce temps , Tempercur donna ses derniers ordres et se porta à la tète de sa garde , au sommet des six V, sur les hauteurs de Rossomme. Il mit pied i terre....
» Une bataille est une action dramatique qui a son commencement, son milieu et sa fin. L*ordre de bataille que prennent les deux armées, les premiers mouvements pour en venir aux mains sont Texposition ; les contre-mouvements que fait Tar-
mée attaquée forment le nœud, ce qui oblige à de nouTelles dispositions et amène la crise d'où nait le résultat ou le dénoùment. Aussitôt que Tattaque du centre de Tarmée française aurait été démasquée , le général ennemi ferait ses contre-mouvements, soit par ses ailes, soit derrière sa ligne pour faire diversion ou accourir au secours du point attaqué ; aucun de ces mouvements ne pouvait échapper à Tœil exercé de Napoléon dans la position centrale où il s'était placé, et il avait dans sa main toutes ses réserves pour les porter à volonté où l'urgence des circonstances exigerait leur présence... » (1)
Les hauteurs de Rossomme , où l'empereur tenait de se porter, sont un long plateau asspz fortement ondulé , et sur lequel court la chaussée de Gharleroi à Bruxelles ; elles prennent naissance à la ferme du Caillou , où Napoléon avait passé la nuit,. et s'arrêtent à quelques pas au delà de la ferme de la Belle-Alliance. La chaussée, quand elle a dépassé cette dernière ferme , descend dans un vallon ou ravin assez profond pour remonter ensuite , en longeant les clôtures de la Haie-Sainte, sur une terrasse, alors fort élevée, et dont le front, parallèle aux hauteurs occupées par nos troupes, s'étendait , à gauche , jusqu'à peu de distance du
(!) Hémoires de Napoléon, déjà cités.
Le point des hauteurs de Rossomme choisi par Napoléon comme obsenratoire, et sur lequel il *esta depuis onze heures jusqu'à trois , était un tertre placé sur le côté gauche de la route, en face d'une maison isolée appelée la Maison d'Eoosse, à cent pas environ en arrière de la ferma le la Belle-Alliance (1). De là ses regards pou-
cet immense déblais. « Je ne reconnais plus mon champ de jataille! » s*écria-t-il. Deux, tertres qui, de chaque côti de la route, à quelques pas au-dessus de la Haie- Siinte, supportent les monuments élevés au colonel angais Gordon, aide-de-camp de Wellington , et aux offi. cersde la légion germanique tués dans la bataille, donnent i position et le relief exacts de Tancien plateau. Goasruit^ avant le nivellement , sur le bord de la terrasse, es tombeaux ont gardé leur ancienne base ; il faut de la lute monter douze ou quinze marches -pour arriver à ce~ U du colonel Gordon : c'est sur le point de la chaussée ui les sépare qu'était construite la barricade dont nous enons de parler.
(1) L'empereur, depuis quelque temps, était en proie à e cruelles douleurs physiques qui lui rendaient fort péible l'usage du cheval; il souffrait d'une affection hémoroldale, résultat de sa vie de guerre et de campagnes, et (ont les fatigues des derniers jours avaient singulièrement augmenté la violence. Le tertre dont nous venons de parer et dont la surface, comme celle de toutes les terres voisines, se trouvait transfermée en une boue liquide par ics affreuses pluies de U veille et de la nuit, fut recouvert il un lit de paille, sur lequel on plaça une chaise et une
valent embrasser tout le champ dé bataille ; en face de lui était le plateau de MontSaint-Jean ; à sa gauche le château d'Hougoumont et son bois couvrant la droite de Tennemi; à sa droite les hameaux sur lesquels Wellington appuyait sa gauche, ainsi que le chemin qui de Wavres arrive à Planchenoit, après avoir traversé les défilés dt La- Chapcllc-Saint-Lambert et le village de Lasœs. Planchcnoit se trouvait derrière lui, dans les terres, à peu de distance sur la droite de la roiiie. C'était par ce chemin qu'il attendait Grouchy.
 dix heures, pendant que les onze colonno impériales s'avançaient pour prendre leur positioi de combat, Tcmpereur avait ordonné de traipicttc à ce maréchal le nouvel ordre suivant ;
« En avant de la ferme du Caillou, le 18 juin, ' dix heures du malin.
)) Monsieur le maréchal, Tempereur.a reçu votre demie rapport daté de Gerobloux ; vous ne parlez à S. M. que d( deux colonnes prussiennes qui ont passé à Sauvenièrès e à Sart-à-Walhain ; cependant des rapports disent qu^un^ troisième colonne, qui était assez forte, a passée Géry et h Genlines, se dirigeant sur Wavres.
» L'empereur me charge devons prévenir qu'en ceino^ ment S. -M. va faire attaquer Tarmée anglaise qui a pris
table grossières que fournirent les habitants de la Maison d^Écosse»
position à 'Walerloo, près de la forêt de Soignes; ainsi S. M. désire que vous dirigiez vos ynouvements sur Wavres , afin de vous rapprocher de nous , de vous mettre en rapport d'opérations et lier les communications^ poussant devant vous les corps de Tarmée prussienne qui ont pris cette direction, et qui ont pu s'arrêter à Wavres où vous devez arriver le plustôt possible. Vous ferez suivre les colonnes ennemies qui ont pris votre droite par quelques corps légers, afin d'observer leurs mouvements et ramasser leurs traînards. Instruisez-moi immédiatement de vos dispositions et de votre marche, ainsi que des nouvelles que vous avez sur les ennemis, et ne négligez pas de lier vos communications avec nous ; Tempereur désire avoir très-souvent de vos nouvelles, i
Une heure après l'envoi de cette dépêche, les tirailleurs se répandaient sur tout le front de l'armée, et les divisions composant le 2" corps (Reille) conunençaient, à la gauche, Tattaque du bois et du château dHougoumont. Cette attaque, faite la première et de bonne heure, était destinée à tromper le général ennemi. L'empereur avait le projet de porter son principal effort sur le centre de la ligne anglaise ; il \ouIait le percer en labordant par la chaussée, s'emparer de Mont-Saint- Jean, et se rendre ainsi maître du principal débouché de la forêt de Soignes. Le succès de celte attaque devait séparer les deux ailes de Wellington, leur rendre toute retraite impossible et entraîner la destruction de l'armée anglaise. Avant d'ébranler ses troupes, Napoléon voulait obliger le général en-
nemi de dégarnir cette partie de sa ligne pour renforcer sa droite. Oe mouyement, comme il le prévoyait, eut lieu; le duc ne tarda pas à diriger sur Hougoumont ses meilleures troupes. L*attaque sur Mont-Saint-Jean, si difficile en raison de Tescarpement du plateau, obstacle que Tempereur entrevoyait, nous Tavons dit, sans en bien connaître la force (1), devait, en outre, se trouver protégée par le feu d'environ quatre-vingts bou-
(1) Lorsqu'on approche d'uoe position fortifiée, le regard, embrassant seulement des surfaces, ne peut distinguer les escarpes ni les fossés ; le sommet des remparts et celui des glacis ne font qu'un ; il faut entrer dans les ouvrages pour en apercevoir les détails. Il en fut de ménM pour Tempereur à Toccasion du plateau de Honl-Saiot- Jean. Napoléon, des hauteurs où il était placé, devait croire que la pente apposée à celle de la Sainte-Alliance était continue. Les épaisses récoltes qui couvraient la terre servaient à augmenter Tillusion. S'il eût connu Teiistencc du chemin faisant fossé et sa profondeur, son point d'attaque aurait été probablement changé, et Ton doit croire qu'il aurait porté son principal effort sur la gauchi de Wellington. L'encaissememt du chemin sur cette partie du champ de bataille était bien moins prononcé ; les pentes étaient beaucoup plus douces. La force défensive de la position occupée par les Anglais se trouvait principalement au centre de leur ligne, vis-à-vis de la Uaie-Sainte, puis à la droite de cette ferme, jusque vers le chAteaa d'Hougoumont. Si le terrain se fût trouvé tel qu'il est aujourd'hui, la bataille n'eût pas duré trois heures.
à fea, aa nombre desquelles étaient trente s de 13, foftnant Tartillerie de résenre des ^ et 6* corps. Ces quatre-tsingls pièces, mal- 3 feu des canons anglais déjà en position snr rd de la rampe, ne tardèrent pas à se trouver itterie.
•. .Le maréchal Ney obtint Thonneur de com- 1er cette grande attaque du centre; elle ne ait être confiée à un homme plus brave et accoutumé à ce genre d'affaires. Il envoya un $s aides-de-camp prévenir que tout était prêt 'il n'attendait plus que le signal. Avant de le er, Tcmpereur voulut jeter un dernier regard ; champ de bataille et aperçut dans la direcle Saint-Lambert un nuage qui lui parut être roui>es. Il dit à son major-f;énéral : « Mareque voyez-vous sur Saint-Lambert? » — J'y voir cinq à six mille hommes; c'est probaent un détachement de Grouchy . » Toutes les tes de Tétat-major furent fixées sur ce point, tmps était assez brumeux. Les uns souteit, comme il arrive en pareille occasion, qu'il ivait point de troupes , que c'étaient des s; d'autres que c'étaient des colonnes en poi; quelques-uns que c'étaient des troupes en he (1). Dans cette incertitude, sans plus déli-
tes hommes et les arbres devaient se confondre. La
— lia —
hérer, il fit appeler le lieutenant-général Do! et lui ordonna de se porter avec sa division d Valérie légère et celle du général Subervic éclairer sa droite, communiquer prompte avec If s troupes qui arrivaient sur Saint-Lan opérer la réunion si elles appartenaient au i cbal Grouchy, les contenir si elles étaient mies. Ces 3,000 hommes de cavalerie n'eur faire qu'un à droite par quatre pour être hoi lignes de l'armée ; ils se portèrent rapidem( sans confusion à trois mille toises et s*y rang en bataille, en potence sur toute la droi Tarmée.
M Un quart d'heure après, un officier de seurs amena un chasseur noir prussien qui y d'être fait prisonnier par les coureurs d'un lonne volante de trois cents chasseurs qui bati l'estrade entre Wavres et Planchenoit. Ce hu était porteur d'une lettre; il était fort intell et donna de vive voix tous les renseignement Ton put désirer. La colonne que l'on apen vers Saint-Lambert était l'avant-garde du gé
bois de Lasnes , indiqué sur un grand nombre de sous le nom de Bois de Paris ^ occupe le sommet de leurs où débouche le chemin de Wavres à Planchcm derrière lesquelles se trouvent le village de Lasnes. de La Chapelle-Sainl-Lambcrt. ainsi que ses gorges défilés.
î qni arrivait avec plus de 30,000 hommes ; ; le quatrième corps prussien qui n'avait pas i à Ligny. La lettre était effectivement l'an- I de Tarrivée de ce corps ; ce général demanduc de Wellington des ordres ultérieurs. Le rd dit qull avait été le matin à Wavres, que ois autres corps de l'armée prussienne y it campés et qu ils y avaient passé la nuit du 18 ; qu'ils n'avaient aucun Français devant [[u'il supposait' que les Français avaient marir Planchenoit; qu'une patrouille de son réit avait été dans la nuit jusqu'à deux lieues avres sans rencontrer aucun corps français.
ic de Dalmatie expédia sur-le-champ un offin maréchal Grouchy (1)... »
, officier était porteur du nouvel ordre suivant :
Du champ de bataille de Waterloo, le 18 juin, » à une heure de Vaprès-midi. .
ODsieur le maréchal,
(Kis avez écrit ce matin, à deux heures, à l'empe- [ae vous marchiez sur Sart-à-Walhain, donc votre était de tous porter à Corbaix ou à WaTres. Ce der« loavement est conforme aux dispositions de S. M. 08 ont été communiqués.
ependant Tempereur m*ordonno de vous dire que levez toujours manœuvrer dans noire direction.
Hémoires de NAPOLÉo:f, déjà cités.
C*e8t à Toas à Toir 1c point où noas sommet pour tous rt gicr en; conséquence et pour lier no$ eomfmmioofJM ainsi que pour être toujours en mesure de tomber mr U troupes ennemies qui chercheraient d inquiéter nott droite, et à les écraser. En ce moment, la bataille est et gagée sur la ligne de Waterloo ; ainsi, manœuvrez pou joindre notre droite.
» P. S. Uoe lettre qui Tient d*étre interceptée port que le général Bulow doit attaquer notre flanc. Nou croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint Lambert; ainsi , ne perdez pas un instant pour yous rap procher de nous et nous joindre, et pour écraser Buloi que YOus prendrez en flagrant délit. »
L'empereur, après avoir raconté Tenvoi de cctt nouvelle dépêche au maréchal Grouchy, ajoute
« ....Par les dernières nouvelles reçues de ( maréchal, on savait qu il devait,à la pointe du jou se porter sur Wavres. Or, de Gcmbloux à Wavi il n y a que trois lieues ; soit qu'il eût ou non n les ordres expédiés dans la nuit du quartier im rial, il devait être indubitablement engagé l'heure qu'il était, devant Wavres. Les ïum dirigées sur ce point n'apercevaient rien ; on tendait aucun coup de caQon. Peu après le gé Domont envoya dire que quelques coureurs tés, qui le précédaient , avaient rencontré d trouilles ennemies dans la direction de Sain bert; qu'on pouvait tenir pour sûr que les f que l'on y voyait étaient ennemies; qu'il a'
dans plusieurs directions des patrouilles d*épour communiquer avec le maréchal Grauet lai porter des ayis et des ordres (1).
L'empereur fit immédiatement ordonner au te de Lobaa de trarerser la chaussée de Char- , par un changement de direction h droite par ion, et de se porter, pour soutenir la caralerie re, dans la direction dç Saint-Lambert; de choi* ne bonne position intermédiaire où il pût, arec
00 hommes , en arrêter 50,000 si cela derenéc^ssaire; d'attaquer vivement les Prus-
} aussitôt qn il entendrait les premiers coups ;anon des troupes que le maréchal Grouchy ', détachées derrière eux. Ces dispositions fu-
exécutées sur-le-champ. Il était de la plus e importance que le mouvement du comte de lu se flt sans retard. Le maréchal Grouchy deavoir,de Wavres, détaché 6à 7,000honunes sur t-Lambert, lesquels se trouvaient compromis que le corps du général Bulow était de 30,000 mes ; tout comme le corps du général Bulow t compromis et perdu si, au-moment qn il se* attaqué en queue par 6 à 7,000 hommes, il
attaqué en tète par un homme du caractère omte de Lobau. 17 à 18,000 Français disposés
Nous avons souligné les derniers mots de cett€ phrase
1 qu*il8 se rapportent à un détail assez important et §;iioré de Tépisode Grouchy.
— lie -
et commandes ainsi, élaient d*unc valeur bien sopcrieure à 30,000 Prussiens. Mais ces événements portèrent du changement dans le premier plan de Tempereur ^ il se trouva ailaibli , sur le champ de bataille, de 10,000 hommes qu'il était obligéd'envoyer contre le général Bulow ; ce n'était plus que S5,000 hommes qu'il avait contre 90,000 ; ainsi , l'année ennemie contre laquelle il avait à lutter venait d'être augmentée de 50,000 hommes déjà répandus sur le champ de bataille; elle était de 120,000 hommes contre 63,000', c'était un contre deux, a Nous avions ce matin quatre-vingt-dix » chances pour nous , dit-il , au duc de Dalmatie ; j) l'arrivée de Bulow nous en fait perdre trente; » mais nous en avons encore soixante contre qua- » rante, et si Grouchy répare l'horrible faute qu'il » a commise hier de s'amuser àGembloux,etenvoie » son détachement avec rapidité, la victoire ne sera » que plus décisive, car le corps de Bulow seraen- » tiérement perdu (1).... »
Il était alors plus d'une heure. L'empereur envoya au maréchaLNey, qui, depuis midi, attendait le signal de lattaque, l'ordre de faire ouvrir le fea de ses batteries, de s'emparer de la ferme de h Haie-Sainte, au pied du plateau, et de se portersur Mont-Saint- Jean après avoir fait occuper le hameau
(1) Mémoires de Napoi.^o?( déjà cités.
Kaiiî- & b fii:"2rt à* **Tji*nii . ain t lUt-r-' ' loule omiTTi "'Jî".! a *'u.-* ' nm*^ io;;:*— daîse et î*? '.' «r:»*^ u* î»itt"v i \tn w
laienî h :-::■•*. rTii '^-'.iç ^f*\»':\i' * 't^\
sai.iit !i ::.•.-:•: r^i: : 'vi .•* " u* :i ^*Jîi-:r-
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ain<i d:r^. <r:.i .;- ■ ;.*' 1* >••«.: A .« î '* tant . rep^i ••?>=: *: ■ v •* '.:.• «•:/;* . ;; '/ Mi>:4^ ois cl ïf-'y \ •: • 'I • Î'^T :. i . ::-*: '/ •. ' '*^ ? -^ -^ **'^'« encore lv- :..i: r ''■• ;':-:;?/r:% «iyft; lU I*
francbisscnt ; mais à peine sonl-ils de Tautre < qu un épouvantable feu de mousquelerie tiré | que à bout pourtant , par d in\isibles inains. tomber les plus intrépides. Ces décharges parti d'un haut et long mur de briques , percé de la meurtrières dans toute son étendue, et qui se; de clôture au jardin et au verger du château. Anglais profitent du premier désordre pour ess de reprendre le bois. Repoussés à leur tour Français ne tardent pas à revenir à la charge bois est pris et repris ; mais chaque fois qu* approchent du château , nos troupes se voien cueillies par le terriblefeu des fantassins anglais busqués derrière le mur de briques. Vainer nos soldats , furieux de recevoir la mort sans ] voir la donner, essaient chaque fois, dans un e héroïque , de gravir le mur à Taide même d( meurtrières ; ceux qui parviennent â le franch à se jeter au milieu de Tinfanterie brilanniquei le jardin est rempli, sont massacrés malgn prières des officiers anglais qu'émeut un tel < rage ; et chaque fois ceux qui n'ont pu les su sont obligés de se replier. Ces alternatives duré quatre heures. Il ne venait à la pensée d'aucun < de chercher un autre point d'attaque et d'emph l'artillerie contre la partie des murs extérieurs le bois ne protégeait pas. Vers trois heures , l'( p^reur étonné de l'immobilité de sa gauche, en\ aux renseignements. On l'instruisit de ce qui
passait : il regarda une des caries étendues devant lui et désignant du doigt an point assez rapproché du château, il s'écria : « Qu'on prenne du canon, » huit obusiers, et que tout cela finisse ! » Une demi-heure après cet ordre , le château était eu feu et sa grande porte enfoncée à coups de canon , livrait passage à nos fantassins , qui se ruant au milieu de Tincendie, chassaient les gardes anglaises des cours et des jardins, et s'établissaient dans la position (1).
 l'heure où les troupes delà gauche se logeaient dans le château d'Hougoumont , l'empereur , au centre de sa ligne, pouvait penser, pour la seconde fois , qu'il tenait la victoire.
Les trente pièces de gros canon destinées à appuyer l'attaque de Ney sur la Haie-Sainte et sur Mont-Saint-Jean , placées à la droite de la chaussée, portaient en plein sur le plateau et enfilaient le principal débouché des Anglais dans la forêt de Soignes. Leur ravage était effroyable ; des files entières étaient emportées. En quelques instants la
(1) Le bois d^Hougoumont a été complètement défriché. En revanche, les bâtiments détruits par l'incendie n'ont pas été reconstruits; leurs ruines après trente ans, portent encore la trace du feu. La haie placée en avant du mur du verger existe toujours ; ce mur , avec ses larges et nombreuses meurtrières , reste également debout ; on le voit encore tel qu'il était le jour de la bataille.
seconde ligue anglaise et les régiments de la r serve furent dans le plus affreux dcsordfc. Ney, ce moment , descendait les pentes de la Belle-Î liance en trois colonnes profondes , commandéi par lesgénéraux de division Durulte, Marcogn et Donzelot. Durutte se portail vers les hameai de Papelotte, de la Haie et de Smouhen , pour ! placer entre la gauche des Anglais et le corps c Bulow ; Donzelot poussait droit à la llaie-Saintc Marcognct s'avançait au centre. Les hameaux c Smouhen , la Haie et Papeloltc sont enlevés p: Durutte ; une des brigades de la division bel^ Peii)oncher et la division anglaise Picton essaiei d'arrêter Marcognct ; les Beiges sont enfoncés , première ligne des Anglais est culbutée, le génér: Picton «st tué ; à son tour, Donzelot force une pa tic des détachements chargés de défendre la Hai( Sainte de s'enfermer dans l'intérieur de la fcrna et rejette le reste sur les talus du plateau.
Le duc de Wellington, à cheval près d'unarbn ù moins de cent pas en arrière du bord de la te rasse (1), suivait attentivement la marche des tro colonnes de Ney. A la vue des divisions que bi
(1) Cet arbre u joué une espèce de rôle dans la bataiU* il servait de point de reconnaissance à tous les officie chargés des ordres de Wellington ou dépêchés vers U Le cultivateur auquel il appartenait Ta vendu pour i prix fort élevé a quelques amateurs anglais.
sent et culbutent les soldats de Marcognet, il fait donner à plusieurs régiments Tordre d'aller soutenir les brigades de Picton et du général Perponcher. Dans ce moment plusieurs officiers accourent et lui montrent, en arrière de sa première ligne , au débouché de la forêt, plusieurs corps d'infanterie qui, écharpés par nos batteries de douze, quittaient le plateau et se retiraient par la route de Bruxelles. Tous les officiers rangés autour du duc courent aussitôt pour arrêter ces colonnes ; lui-, même lance son cheval au milieu des fuyards.
Ce mouvement de retraite avait frappé le général d'artillerie Rutty , commandant les batteries. En voyant le général anglais et son état-major prendre au galop la même direction, le général Rutty laisse le commandement des pièces au colonel Chandon et court annoncer à Tempereur que les Anglais abandonnent leurs positions.
Les efforts de Wellington pour suspendre la marche rétrograde des régiments déjà engagés dans la forêt , auraient été probablement sans résultat si, par un hasard étrange, les terribles boulets devant lesquels se retiraient ses soldats, n'avaient cessé tout-à-coup de balayer les rangs. Le duc peut alors arrêter la retraite de ses troupes ; il revient précipitamment à sa place de bataille. «Rien n'est perdu! » s'écrie-t-il après avoir jeté un rapide coup d'oeil dans le ravin.
Ce qui venait de se passer sur le plateau n'avait
point échappé au maréchal Ney. La pensée de précipiter la retraite de rennemi et d sa défaite , en portant sa grosse artillerie positions que Wellington semblait ahand tirant de plus près, cette artillerie devait to ser. Il envoya au colonel Chandon Tordre i ter ses pièces sur le plateau du mont Sain le colonel obéit ; le feu des pièces de douze ces pièces furent relevées et les chevaux, la: galop, descendirent les pentes de la Bclle-A pour gravir le bord opposé. Mais au mon Wellington jetait les yeux sur le fond du les chevaux des batteries de réserve s'y iroi arrêtés, ayant de la bouc jusqu'aux genou affûts y entraient jusqu'à Tessieu; malgré les des canonniers, les canons comme leurs ati restaient immobiles. Le duc envoya sur-le-( à deux régiments de dragons en position i des extrémités du ravin , Tordre de se U fond de train sur les batteries embourbée couper les traits, tuer les chevaux, sabrer le mes sans s'inquiéter des pièces. Une distri d'eau-de-vie est faite dans les rangs; on oi d'enlever les gourmettes de toutes les brid( dragons partent; tout dut céder au choc f de ces chevaux dont on ne pouvait plus mî la course, de ces cavaliers à moitié ivres roides et immobiles, défilaient avec la n d'une flèche à travers les batteries et sur le fr
nos carrés (1). Quand ils furent passés , les batteries étaient disloquées et un grand nombre de canonniers hors de combat. Le colonel Chandon était tué. Ce succès fut payé cher. Ney lança les cuirassiers Milhaut contre les dragons anglais; ces deux régiments furent presque entièrement détruits : mais Wellington avait atteint son but; il conservait son champ de bataille, et la plus grande partie de notre artillerie de réserve se trouvait hors de servitîe. Vainement, pour réparer cette perte, Napoléon fit porter sur les mêmes positions rartillerie légère de sa garde ; son feu ne pouvait remplacer celui de pièces trois fois plus fortes et d'une portée trois fois plus grande. Tous les corps anglais reprirent leurs positions, moins une partie des équipages et plusieurs détachements qui continuèrent à fuir et arrivèrent à Bruxelles, annonçant la retraite de l'armée anglaise.
La charge des cuirassiers Milhaut avait été ic signal d'autres charges exécutées par les différents régiments de cavalerie placés sous les ordres du prince de la Moskowa. Ce maréchal, que sa grosse artillerie ne protégeait plus, ne continuait pas
(l) « Ils passèrent en frisant nos carrés de si près que des hommes et des ehevaui furent tués à coups d*épée par nos oifîciers dlufanterie. »
(Général G. de Vaîidoiscoiivt. Campagnes d$
moins d'avancer sur le front de Tennemi. Placé, de sa personne, sur la chaussée avec la dmsion Donzelot, il envoie à la cavalerie légère delà garde et aux cuirassiers Milhaut, revenus de leur poursuite Gonirc les dragons anglais, Tordre de charger les Ilauovriens, ainsi qu'une brigade d'infanterie anglaise et la légion allemande du général Omptéda, qui défendent la barricade et le pied da plaleau. LcsIJanovriens sont culbutés; deut bataillons de la légion allemande sont sabrés, les autres sont dispersés, ainsi qu'une partie de la brigade anglaise ; le général Omptéda est tué. La brigade du major-général Ponsonby, composée des 1", â*"' et 5""= régiments de dragons, accourt pour rétablir le combat^ cette cavalerie est disloquée^ un lancier de la garde tue Ponsonby. Ney, pendant ce temps, avance toujours; les bataillons anglais, en position sur la terrasse de Mont-Saint- Jean, lui jettent en vain tout le feu de leur mousqueteric ; vainement leur nombreuse artillerie sème la mort dans ses rangs ; rien ne 1 ébranle; la ferme do la Ilaie-Sainte est emportée; il aborde la barricade ainsi que le chemin qui sert de fossé au plateau. Dans ce moment, infimleric et cavalerie. Français, Anghûs, Allemands et Belges, tous les soldats, toutes les armes se mêlent. Les fantassins ennemis, arrêtés par l'escarpement de la terrasse, sont écharpés ; deux des aides-de-camp de Napoléon, les généraux Dejean et Gourgaud,
se trouvent dans la mêlée ; le dernier, chargé de suivre cette attaque, tue de sa main quatre dragons anglais. Pires de lui, le colonel du 1" de cuirassiers, Ordener, chargeant en tête de son régiment, a son cheval tué et tombe au pied du talus, il se relève, frappe encore, et parvient à sortir du chemin faisant fossé, en saisissant la queue du cheval de Tua des ses cuirassiers (!)•
Ney va redoubler d'efforts; il fait avertir l'empereur; viennent quelques régiments de la réserve ou de la garde, el le plateau sera franchi, le centre des Anglais percé. « Ils sont à nous ! je les tiens! » s'écria Napoléon à ces nouvelles. Le maréchal Soult, les généraux qui entourent l'empereur partagent sa joie; pour tous la victoire est certaine.
En effet, le désordre s'étaitmis de nouveau dans l'armée anglaise. Tous les caissons, toutes les voitures de bagages, restés après la première panique, se précipitent sur Tunique route ouverte dans la forêt; les blessés accourent de tous les points du champ de bataille : soldats anglais, belges et allemands, tous ceux que notre cavalene a sabrés,
{i) Le colonel du !«*• de cuirassiers, à Waterloo, est le colonel qui conimandait en 1814 le 50^ dragons, et dont le nom se trouve si honorablement méié aux événements racontés dans le chapitre VIII du !«' vol. de Vhistoire à laquelle appartient cette relation.
se jcllent à leur tour sur la roule de Bruxelles, répandant encore une fois la nouvelle de la défaite de Wellington. A cette seconde alerte, la petite capitale belge est en émoi; à sixheures^ses autoritésse préparent à recevoir Tarmée française et son chef; de six à sept heures, les hôpitaux, les magasins militaires sont évacués; tout ce qui est Anglaiâs enfuit. La roule d'Anvers, où chacun se dirige, est bientôt couverte de caissons, de fourgons et de fuyards à cheval, en voiture, qui courent cBiercher un refuge sur les navires stationnés dans ce port. Des fonctionnaires attachés à l'administration de Tarmée se sauvent dans de simples charrettes, aban* donnant leurs caisses, leurs registres et leurs pa^ piers (1). Le vieux prince de Condé, emporté par ce sauve guipent, court jusqu'à Malincs. De Bruxelles le bruit de notre approche gagne les villes voisines. Le duc de Bcrry, avec les 5 à 4,000 gardes-du-corps ou volontaires composant Tarmée de la cour exilée, campait a Alost, à mi-chemin entre Bruxelles et Gand, dont il gardait les approches; cet étrange général, à la fausse nouvelle du triomphe des armes impériales, abandonne précipitamment Alost, puis, au lieu de se replier sur Gand, il quitte la roule qu il doit couvrir, cm-
(1) Tous ces faits sont rigoureusement exacts; ils ont eu la Tille entière de Bruxelles pour témoin.
mène ses troupes à travers champs dans la direction d'Anvers et ne s'arrête qu'après avoir fait quatre lieues. Louis XVIII lui-même, dans sa capitale improvisée, ordonne les préparatifs de son départ et n'attend qu'un dernier avis de ses commissaires à Bruxelles pour gagner Ostende.
Lorsque l'officier dépêche par Ney avait abordé Napoléon, ce dernier venait de visiter une partie du champ de bataille, et de voir emporter près de lui, par un boulet, un des généraux qui l'accompagnaient, officier de la plus haute distinction, le général Devaux, commandant de l'artillerie de la garde. Il était alors quatre heures. L'ordre d'avancer et d'aller au plateau est immédiatement donné à la garde : les colonnes se forment ; elles s'ébranlent pour achever la défaite de l'armée anglaise; elles se mettent en marche. Dans ce moment, de fortes décharges d'artillerie se font entendre sur nos derrières. C'étaient Bulow et ses trente mille Prussiens qui opéraient leur puissante diversion. La garde dut soudainement s'arrêter.
Nous avons dit la marche du maréchal Grouchy durant la journée précédente. Bliicher avait donc eu toute cette journée et la nuit du 17 au 18 pour réorganiser son armée. Ses communications avec Wellington n'avaient jamais été complètement interrompues. La veille , dans la soirée , il avait en^ voyé son chef d'état-major, le général Gneizenau, au général anglais pour concerter leurs mouve
luciits du Icndoniaiii. Il avait été conTcna celui des doux généraux qui serait attaqué par poléoii, souliendrait le choc et recevrait la bat à outrance^ taudis que l'autre manœuvrerait!
tomber sur le ilanc de l'armée impériale. Bliii connut dans la nuit la position prise par les glais à rentrée de la forêt de Soignes, ainsi qi présence de rempereur et de ses principales fo eu avant du plateau de Mont-Saint-Jean. Il fit médiatemeut annoncer à Wellington qu'il an rait à son secours. Le corps de Bulow étai moins fatigué; il n'avait pas encore combattu corps, dés la pointe du jour (i), reçut Tordn se porter sur le champ de balaille de Waterloo, dans le cas où la bataille serait engagée lorsc; arriverait, d'attaquer notre flanc droit. Bulow. l'a vu, déboucha du bois de Lasnes vers onze t res. Il avait mis près de six heures pour faire d lieues ; encore n'élait-il arrivé qu avec des tétei colonnes. A la vérilé, les chemins de trav< qu'il avait eu à franchir sont afl'reux. Pendant i d'une lieue , la voie , à peine assez large pou passage d'une charrette , gravit ou descend pentes tellement rapides, qu'il y a danger pour chevaux ou les voitures qui osent s'y hasarder.
(1) Rapport de BlUchcr sur les deux journées dei et 18 juin.
aature du sol augmente encore Tes obstacles; ]uand on n'enfonce pas dans le sable on glisse sur la marne (1). Ce sont ces pentes et ces gorges, appelées les défilés de la Chapelle-Saint-Lambert^ du nom du village dispersé sur les b«uteurs et dans les fonds où passe le chemin, que Tempercur avait ordonné au maréchal Grouchy de faire occuper par une division de sept mille hommes de toutes aniies. Il n'était pas besoin d'une force aussi considérable pour les garder ; quelques centaines d'homjnes résolus pouvaient y arrêter toute une armée.
L'infanterie de Bulow avait pu le suivre. Son artillerie et sa cavalerie se firent attendre. Il était plus de deux heures lorsque tout le corps d'armée se trouva rassemblé. A trois heures , Bulow descendit vers Pianchenoit ; à quatre heures son artillerie et ses trente mille soldats en vinrent aux prises avec l'artillerie et les dix mille combattants du comte de Lobau.
(1) La rapidité de ces pentes en certains endroits a obligé les habitants de placer, de distance en distance , en travers du chemin des troncs d'arbres, espèces d'escaliers qui servent de points d'arrôt ou de repos aux voilures. Le voyageur qui passe à la Chapelle Saint-Lambert a besoin de Taffirmalion de tous les vieux habitants, pour croire qu'une armée, composée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, a pu traverser le territoire de cette commune.
De.lous nos généraux , le comte de Lobau était le plus ferme , le plus inébranlable sur une position. Choisi par l'empereur pour arrêter les Prussiens en avant de Planchenoit, il justifia sa réputation. Une première brigade prussienne se présente; Lobau la repousse et la culbute ; une seconde brigade accourt ; elle est également mise en déroute; Bulow, à son tour, donne avec le gros de ses forces. ]Nos soldats , bien que se battant un contre trois, tinrent ferme longtemps. Obligés à la fin de céder au nombre , refoulés jusque sur l'église et sur le cimetière de Planchenoit, les régiments du 6*" corps , durant près d'une heure, brisèrent tous les efforts des Prussiens contre cette position. Hais si Bulow ne gagnait pas de terrain , son artillerie s étendait , et , débordant la droite du comte de Lobau dont la ligne était établie parallèlement à la route , à moins de trois cents toises au delà de la maison d'Ecosse , ses canons et ses obusiers prolongeaient leur feu sur nos derrières. Les boulets Prussiens, balayant alors la chaussée, arrivaient jusque dans le groupe où était Fempereur. Cette chaussée n'était pas seulement notre unique route de retraite, elle servait à tous les mouvements de l'armée. Napoléon , pour ne pas se lais-" ser tourner , dut se résoudre à envoyer au comte de Lobau la division de jeune garde faisant partie des régiments qui, une heure auparavant, s'étaient ébranlés, puis arrêtés au moment même où ils al-
laient porlcr au prince de la Moskowa le renfort qui lui aurait donné la victoire.
Ney, quand Bulow avait tiré ses premiers coups de canon à Pianchenoit, se maintenait au pied du plateau , attendant , pour un décisif et dernier efibrt , les troupes de la réserve qu il avait fait demander. A quelques pas-de lui, Wellington, impassible et debout sous son arbre , dépéchait officiers sur officiers dans la direction de Saint-Lambert, et s'efforçait vainement, à travers les nuages de fumée que la poudre répandait sur le champ de bataille, de saisir un indice de l'arrivée si positivement promise et si impatiemment attendue des soldats Prussiens. Rien ne paraissait. Tout fuyait en désordre, on se le rappelle, sur les derrières de son armée. La route de Bruxelles , encombrée de blessés et de bagages, rendait, en outre, la retraite impossible ; et , cependant , une seconde fois il voyait venir la défaite. ïout-à-coup, au loin, sur la droite et en arrière de notre champ de bataille, éclate Fartillerie de Bulow. De sa position élevée sur le plateau, le duc bientôt peut môme saisir la vive lueur des canons prussiens : la nouvelle court dans tous ses régiments ; la confiance renaît , les rangs se raffermissent, les différents carrés se rapprochent du bord du plateau ; sur toute la ligne les Anglais reprennent l'offensive.
Lorsque l'empereur , au bruit du canon de Bulow, avait arrêté la marche de sa garde, il avait fait
dire au maréchal Ncy que, ne pouvant disposer de sa réserve avant de connaître le résultat de Tintcrvcntion de ce nouvel adversaire, il lui reconunandait de se borner à garder la Haie-Sainte , de la créneler et de suspendre toute opération offensiTe jusqu'à ce que Teffort du général prussien fût décidé, Ney obéit ; mais Wellington, nous venons de le dire , rassuré par l'arrivée de Bulow , venait de passer de la défense à l'attaque. Le premier résultat de ce mouvement fut une tentative violente contre la Ilaie-Sainte. Les régiments anglais chargés de reprendre cette position, vigoureusement repoussés par notre infanterie , eurent en outre à supporter les coups des cuirassiers Milhaut, de la cavalerie légère de la garde, lanciers et chasseurs, que Ney lança successivcinent contre eux. Ces braves cavaliers, que leurs efforts précédents auraient dii lasser et qui se battaient au milieu de boues épaisses, visqueuses, sur un terrain couvert de récoltes dont la hauteur atteignait le poitrail de leurs chevaux , étaient partis aux cris de vive l'empereur ! Leur élan les avait portés au bord du plateau. Une fois là, ils ne veulent pas s'arrêter; dans un effort furieux ils franchissent le talus, s'élancent sur les batteries qui couvrent le front de la ligue anglaise , sabrent les canonniers et chargent les carrés d'infanterie destinés à proléger ccox-ci. Ney n'a pu voir sans être ému la brillante charge de sa cavalerie ; son ardeur remporte: il oublie les
ordres de 1 empereur, et se jetant sur la trace des chasseurs et des lanciers de ia garde et des cuirassiers , lui-même monte à Fassaut de ce rempart jusqu'alors infranchissable , le gravit et parait sur la crête , salué par les applaudissements de tous ses soldats. Il fait annoncer ce succès à Tempereur et sollicite de rechef lenvoi de quelques régiments de la réserve. L'ennemi , disait-il , pliait sur tous les points; une partie de ses carrés semblaient se retirer du champ de bataille. Napoléon , quand cette nouvelle demande de renforts lui arriva, venait d envoyer au comte de Lobau Tinfanterie de la garde dont il pouvait disposer. C'était la seconde fois depuis moins d'une heure que l'intervention des trente mille Prussiens de Bulow, en arrière de notre flanc droit, empêchait Tempereur de lancer contre Tarmée anglaise ébranlée, les forces qui devaient achever sa défaite. Dans un autre moment, il aurait applaudi au brillant fait d armes de Ney ; ce coup hardi le mécontenta ; il dit au major-général : « Voilà un mouvement prématuré qui pourra » avoir des résultats funestes sur cette journée. » Le duc de Dalmatie s'emporta contre son collègue : « Votre Majesté a raison, répondit-il ; il nous com » promet comme à léna. »
Cependant les cuirassiers Milhaut et la cavalerie légère de la garde, désunis par l'énergie même de leur attaque, privés du soutien que Ney attendait, et chargés à leur tour par la cavalerie crmemie ,
Il avaient pa5 lardé à se voir repousses du plateau ainsi que le maréchal, et forcés de se replier derrière notre première ligne. InCormé de ce mouvement rétrograde, Napoléon Tonlut maintenir dn moins celle-ci; il fit partir, à défaut d'infanterie, les deux divisions des cuirassiers Kellermann. Lorsque ces quatre brigades, parvenues à la hauteur de la Hafe-Sainle, se rangèrent pour charger, les cuirassiers l\liiiiaul,les chasseurs et les lanciers de la garde, impatients de porter de nouveaux coups, vinrent prendre place à côté deux. Tous s'ébranlèrent bientôt aux cris de vive l'empereur f l^es grenadiers à cheval et les dragons de la garde, an nombre de 2,000 h., sous les ordres du général Guyot, se trouvaient en arrière. C'étaient les seuls régiments qui restaiîent à l'empereur de celle réserve de grosse cavalerie qui, bien employée, lui avait donné tant de fois la victoire. Ils ne surent pas résister à l'entrahiement de l'exemple, à ce besoin de combattre qui animait toute cette a^ mée. En voyant leurs camarades de la garde et de la ligne qui s'avançaient, ils s'avancèrent. Vainement Napoléon, averti de ce mouvement intempestif, essaie de Tarrctcr ; les ordres des offiden qu'il envoie, élouffés sous les cris de vive tempereur ! qui sortent de toutes les bouches, ne sont pas entendus. Cuirassiers Kellermann et Milhaat, lanciers, dragons, chasseurs et grenadiers à cbeval de la garde, tous s'élancent droit à la cime du falal
plateau. Ils étaient sept mille chevaux. La cime du plateau est une seconde fois franchie. Cette masse de cavaliers d'élite, dont le galop ébranle la terre, tombe avec la fureur de Touragan sur de longues files de cavalerie qui semblent les attendre et qu'ils voient rangées devant eux. Celles-ci se replient à droite et à gauche et démasquent une batterie de soixante pièces qui vomit la mort sur nos soldats. Ces braves gens n'en sont point ébranlés; ils se précipitent sur les canons, renversent, tuent les canonniers, et continuant leur course intrépide, se lancent sur les carrés dïnfanterie formés en arrière des batteries qu'ils viennent d'emporter. Les carrés tiennent ferme ; nos escadrons tourbillonnent autour d'eux; quelques-uns dans leur élan traversent la seconde ligne anglaise et viennent jeter le désordre dans les réserves. En ce moment, nos sept mille cavaliers parcourent %n maîtres toute la surface du plateau; ils le sillonnent dans tous les sens du pied de leurs chevaux, à travers les espaces libres qui séparent chaque carré. Ils chargent partout, sur tous, sans pouvoir cependant briser, la passive résistance de Tinfanteric britannique. Après chaque charge, le carré qu ils quittent se déploie et les accable de, son feu; nos cavaliers reviennent, le carré se reforme : onze fois la brigade du major-général Hackett répéta cette manœuvre ; elle fut chargée onze fois Cette brigade était composée des 69%
50% 53* et 73' régiments. Après la onzième charge pourtant, le 69** était taillé en pièces; les deux tiers des soldais composant les trois autres régiments étaient couchés par terre. Sur certains points de la seconde ligne, des escadrons français, anglais, hollandais, chargeant les uns contre les autres, se trouvèrent mêlés. Cette effroyable lutte, dont rhistoire n'offre peut-être pas d'exemple, dura près de deux heures (1). Au milieu de cette mêlée, Wellington, lord Hill, le prince d'Orange, courant d'un carré à Tautre, et s'y tenant alteruativement renfermés, encouragent leurs soldats, leur rappellent la présence des Prussiens sur nos derrières, et leur annoncent Tarrivée de nonveani secours. « Tenez fermes , my boys (S), » s'écriait Wellington; « si nous quittons d'ici, que dira-t- » on de nous en Angleterre? » Les fantassins anglais doublent et triplent leurs rangs, mais i chaque instant de nouvelles charges les entament. Wellington voudrait vainement abandonner le champ de bataille ; non-seulement son unique route de retraite à travers la forêt est fermée par
(1) u Le duc de Wellington m'a assuré lui-même, m congrès de Vérone, qu'il n'avait jamais rien vu de ploi admirable à la guerre, que les charges reitérées des cuirassiers français sur ses troupes de toutes les armes. »
(Note du général Josiki — Campagne de 1815.)
(2) Mes enfants, mes garçons.
les voitaresde blessés, par les fourgons et par les chariots qui l'encombrent, mais la présence de notre Ga?alerîe an milieu de ses régiments qu'elle atteint par des charges sans relâche, le met dans rimpossibilitc de faire la moindre disposition, d'ordonner le moindre mouvement. «Mon Dieu!»
s'écrie-t-il avec désespoir, « me faudra-t-il donc » Yoir tailler en pièces tous ces braves gens (1) ! » Un aide-de-camp lui annonce que la 5° division, réduite de quatre mille hommes à quatre cents, ne peut plus tenir ses positions. « Il faut pourtant » qu'elle reste avec moi sur le terrain jusqu'au n dernier homme, répond le duc ; il n'y a que la » nuit ouBliicher qui puissent nous tirer d'ici. » La ténacité de ses soldats répond, au reste, à la sienne ; ils semblent cloués a la terre. A ce moment, toutefois, le moindre effort décidait la victoire ; mais, par une fatalité déplorable, notre réserve de cavalerie tourbillonnait alors sur le plateau, et les soldats du comte de Lobau, ainsi que les régiments de la garde, formant notre réserve d'infanterie, combattaient en arrière de notre ligne de bataille, à Planchenoit. lis venaient d'y écraser les Prussiens.
(I) La cavalerie française now entourait comme si e*€ûl été lanôtre. (Lellrcde lord Wellingldii h lord Uercsford.-— Recueil des dépêches et ordres du jour, dcjà cité, II" 973.)
D*abord la marche offensive de ces derniers
tait arrêtée, puis leur feu était demeuré stali
iiairc; bientôt les boulets de l'artillerie prussiei
n'arrivèrent plus sur la chaussée ; une demi-hc
après, Bulow, abordé h la baïonnette par la d
sion de jeune garde que conduisait le général '.
hesme, et par l^s fantassins du 6' corps que s
tenaient des charges fournies par la cavalerie
généraux Domont, Jacquinot et Subervie,se vo
chassé de Pianchenoit. Au bout d'une heure
lieutenant de Blûcher, repoussé par Lobau au-
de ses premières positions, se retirait en désor
Le rôle actif de cette seconde armée ennemie,
le champ de bataille, venait de cesser.
INapoléon connut la retraite de Bulow en m
temps que les premiers résultats de Tirruptioi
notre grosse cavalerie sur le plateau de Mont-S
Jean. Ce plateau formidable était enfin dans
mains; nos cavaliers le parcouraient dans tou
sens, librement et en maîtres; et six drape
gage de leur triomphe, venaient d'être présen
l'empereur en face de la Belle-Âlliance, par
chasseurs de la garde et par trois cuirassiers. <
fois la victoire paraissait certaine. Une ai
prussienne qui, de toute la campagne, n aval
tiré un coup de fusil, venait de nous attaquer
que nous étions eu plein combat contre des f
anglaises presque doubles des nôtres ; et pou
nous l'avions emporté sur ces deux adverse
Dous avions vaincu deux armées sur le même champ de bataille. Soixanle-ciDq raille Fraorai-«, privés la plupart de nourriture depuis la veille e luttaat au milieu de la boue, avaient battu cent vingt mille hommes. La joie, autour de Napoléon, était sur toutes les Ggnres, lespoir dans tous les cœurs. Cette joie devait être courte.
La charge de nos sept mille cavaliers sur le plateau, niieux dirigée, convenablement conduite, aurait décidé de la journée. Faute d'un chef, elle devait rester stérile. Si Murât, par exemple, se fût trouvé à la tête de cette masse de cavalerie, pas un bataillon anglais ne serait resté debout (1). Mal-
(1) On sait que Murât, le f ! janvier 1814, avait foit alliance avec la coalition, au moment où son secours était le plus utile à la cause impériale. Au mois d'avril 1815, il avait attaqué TAutricbe, lorsque l'eaipereur avait un puissant intérêt à ce que son beau frère se réservAt pour une diversion qui pût coïncider avec la nouvelle lutte que la France allait engager contre l'Biirope. Sa défection, comme sa levée de boucliers prématurée, furent également fatales k Napoléon. Raltu par les Autrichiens à To- Icntino le 4 mai, forcé de quitter Naples le 20, Murât débarqua le 25 sur la plage de Cannes, et Ht demander è Napoléon la permission de se rendre à Paris. L'empereur lui Gt défendre de se présenter devant lui, et lui assigna le département du Var pour résidence La double faute de Murât était sans excuse, sans doute ; mais il l'aurait probablement rachetée comme soldat sur le champ de butaillo
hcurcuscniciit, aucun des généraux mêlés à cel eiTorl n'avait l'autorité morale suffisante ni la main assez forte pourmaitriscr tous ces régiments. Il y eut un entraînement commun, mais nul ensemble. Les coups restaient pour ainsi dire isolés; chaque réglnient, chaque escadron chargeait en quelque sorte pour son propre compte. D'un autre côté, l'élan de la cavalerie la plus brave a ses limites; les bras les plus robustes se fatiguent & frapper. Il arriva donc que, privés de direction, désunis par leurs mouvements autour de chaque carré, décimés par le terrible feu de rinfanterie anglaise, lassés, épuisés, nos héroïques cavaliers attaqués à leur tour par la cavalerie britannique restée inactive duraut la plus grande partie de cette lutte, se dirent, au bout de deux heures de charges sans relâche, ramenés au pied de la posi-
de Waterloo. Son absence fut regrettée. Napoléon disait à SaiiUe-Uéicne * « Je Teusse cnimeDé à Waterloo (Hurat); mais il y avait dans I armée française tant de moralité et de patriotisme, qu'il est douteux qu'elle eût voulu sappor* ter le dégoût qu'avait inspiré celui qu'elle disait avoir trahi, perdu la France. Je ne me crus pas assez puissant pour l'y maintenir, cl pourtant il nous eût valu peut-être la victoire. Jamais à la tétc de la cavalerie on ne vit personne de plus déterminé, de plus brave, d'aussi brillant... Deux fois en proie aux plus étranges vertiges, il fût là cause de nos uialbcuis : en 1814, en se déclarant contre la France ; en 1815, en se déclarant contre rAulriche. »
»n. Ils s'y arrêtèrent, les cuirassiers en première ;nc, et bravant avec la plus incroyable audace, as bouger, le feu des pièces qu ils avaient prises
qui tiraient maintenant contre eux ; le feu de ttfanterie qu'ils avaient si long-lemps sabrée et i s'avançait à demi-portée de fusil sur le bord la rampe , qu'elle n'osait pourtant dépas- • (l). Il était alors sept heures. L'empereur, erti du mouvement offensif de la cavalerie anaise, s'était empressé, quelques instants au parant, de donner à quatre bal aillons de moyenne irde, les premiers revenus de Planchenoit, H'dre d'aller maintenir notre grosse cavalerie sur s positions qu'elle avait conquises, et que, dans
pensée, elle devait encore occuper sur le plaau. Lui-même, maintenant que 1 intervention ; Bulow sur nos derrières se trouvait annulée, solul de se placer à la tête dti reste des troupes )ur accomplir ce que l'effort de toute notre cavarie n'avait pas obtenu, pour achever la destrucon de l'armée anglaise. Pendant qu'il faisait ses
(i) Lorsque les cuirassiers qui avaient combattu à Warloo rentrèrent en France, après cette fatale et courle impagne, on remarquait avec étonncmcnt que 'presque us étaient blessés au bras gauche : c'était le côté du irps que , dans la position prise par eux après cette large, ils présentaient il rarlillerie et à la mousqueterie iglaises.
(lisposil ions dans ce but, les ((u.ntre bataillons de moyenne garde avançaient. L'apparilion de cette nouvelle colonne^ dont tous les soldats portaient de hauts bonnets à poil et ({ui marchait silencieuse et compacte, frappa Wellington, revenu, à ce moment, à sa place de bataille. Opposer des hommes à ces hommes d*élite, c*était courir la chance d'un échec presque certain ; le duc ordonna de briser la colonne ù coups de canon ; une batterie qui ne devait tirer qu à mitraille, vint immédiatement s'établir dans la direction des quatre bataillons. Au moment du choc, le général anglais et soa état-major devinrent atlenlifs; la mousqueterie autour d'eux cessa.
La télé de la colonne ne tarda pas à se trouver à portée ; les soldats qui la composaient montaient lentement les pentes du plateau; ils marchaient de front, allignés et calmes comme en un jour de revue; tous avaient Tarme au bras. Les canons anglais tonnent. Wellington et les officiers qui i entourent regardent : la forêt de bonnets à poil qu'ils ont devant eux subit alors, dans sa partie la plus rapprochée , ce mouvement d'ondulation qu'imprime un fort coup de vent aux hauts épis d'un champ de blé. Le balancement s*affaiblit et s'efface. La colonne se remet en marche; elle semble moins profonde, mais le pas des soldats est toujours aussi terme et aussi lent, les fusils sont aussi droits, les files aussi égales, aussi serrées; on
entend pas uu coup de feu, pas le moindre cri. ne seconde décharge éclate : on a tiré de plus rès. L'oscillation, à la surface des premiers ings, est plus prononcée que la première fois. )mme la première fois , les bonnets et les fusils }rès s'être lentement penchés à plusieurs rerises de la gauche à la droite et de la droite à la îuche, se redressent. La colonne se meut de nou- ?au ; elle avance toujours lente , toujours silenieuse; son front, toujours aligné comme un muf, e présente aucun vide ; seulement la masse semie considérablement réduite. La lueur des canons figlais brille une troisième fois. L*élat-major enemi, quand la fumée est dissipée, interroge aviement le terrain : la colonne apparut encore à la lême place, ont dit des témoins oculaires ; mais !s soldats, restés debout, demeuraient immobiles; ientôt on les vit s'éloigner ; deux bataillons veaient d'être prcsqu entièrement détruits; les eux autres se retiraient en frémissant.
Pendant ce temps, l'empereur appelait à lui les 'oupes de Reille restées à Hougoumont ainsi que ;s régiments de la garde détachés à Planchenoit et ue la retraite des Prussiens avait rendus dispoibles, et il préparait ces infatigables soldats pour attaque qui devait donner le coup de grâce à l'arlée anglaise (1).
(1 ) Les troupes du comte de Lobau furent seules laissées Pianchenoil.
liC jour laissait ; il ^tait plus de huit heures. Duns le iiicinc nionn'iil, Wellinglon, comprenaol (]iic VviïoTi (lui se piéparail dt^vait être le dernier, disposait sa défenso en général ([ui sait que le secours lui arrive, que sou salut lient à une résistance de courte durée, tandis que s'il faiblit, pas un canon, pas un honinie de son armée ne peufent écliap{)cr. Tous les détachements encore debout autour de lui, les soldats d'artillerie que nos cavalicrs n'avaient pu atteindre, les pièces qu'ils ont enlevées sans pouvoir les emmener (1), tout ce qui lui reste de forces, en un mot, est concentré sur le bord du plateau. Le calme du duc pourtant Tabaih donne; il est visiblement alarmé. A chaque instant il interroge sa montre ; de minute en minute il en^ voie des officiers en découverte dans la direction d'Ohain.
L'abandon du plateau par notre cavalerie, mais surtout le mouvement rétrograde des quatre bataillons de moyenne garde que l'artillerie anglaise venait de repousser, avaient ébranlé l'infanterie du prince de la Moskowa. L'empereur, averti, prend les devants sur sa garde et arrive prés de la Ha'ie-» Sainte au moment ou plusieurs régiments du ma-
(1) Deux fuis nos troupes étaient parvenues sur le plateau. Chaque fois, à l'approche de nos soldats, les artilleurs anglais, avec les avant-traius des pièces et les chevaux, se retiraû-nt dans rintéricur des carrés d^infaDterie*
hal se mettaient en pleine u'Aruïie. ^^ pM-^^tM niDÎine; il leur parle^ les r-xali^' H *^itiôi '-^tt^u^ ifeanx tiataillons de la n\ty;iuii*: ^^nl^ [/-^riàM. l; les soldats de Reiile arri^^nl 4 Wnt u,ur. f^it. boa forme de toulcs ces Ifouji^ï plu^i^'Uie *y. aesdatlaqae et va se pliir^-r i Ja '^'^nrii^, Aa )«,e-Sainte, au fond du ratin. y»nr itt^^At:/ st 1^ ui 1er. Puis, tandisque rartiileri*; d<;5 d^-o» 'suuht.., lant sur les deux iiauleuri» d^ ii^u'-^r^^^itil-U'é^u e la Belle-Alliance, forju«; mi: ^it (>rU- uf^^ ^'^u e feu, il jette à chaque ti-ipuitui 'j^A*.i^j*i*ii y^ 6 ardenles, et répond aui Ks»t ta i;;jti>V'i:»i^A«ii«; soldats en leur moatnifil Ak ië utJiriu i* U/ituk le position qu'ils doiv<:fit ^.: « «t 1 . 'I<^<ir blent animés d'une «i;;u"ut •;( (i om; < i«ety>4: relies. Des blessé» eu grand uhuà\*i^. U: «i»^//: nglanté ou meurtri, M>iit jijf->£ ^i^t i« a» ««iu/a dés à se battre laul qu il^ v; tK'iii<Ji'/iild«rl;<;o(. sitieatsde coucoorir a b wUai*:. i^.->ulfiLl o;i
La proTondcur du ravin terdiit ^uf1<uut « J'rièi4ia»->«da plateau de 11 olI- Saint- Jean,* Depui» k iiivdk- , ce n'est plus qu'uo MRtpI« pli de trrraîu, Aïijm U -Sainte, oa!^C' sa position entre 1*-% deui ëriuénh, ti pour ainsi dire pas atteinte par les Louleta liréa plateau à l'autre, ses cbeuioées, ses toits furent k i eodommafés. Aujourd'hui, dis batteries, occupant léaies pont sons, raseraient tuule ta partie supérieure ilifoenls.
tain, pour eux, du dernier effort ordonné pai chef. Les officiers agitent leurs épées, les fanti leurs fusiU, les cavaliers leurs sabres. L'exah est dans toutes les âmes ; tous jurent de yaii Ney les conduit.
Dansce moment, une vive fusillade éclate à extrême droite. Des officiers accourent ; ils a cent que les corps allemands et belges foi Textréme gauche de Tarmée anglaise, attaqu pris à dos par des troupes venant dans la dir( de Wavres, sont chasses à coups de canon et ài de fusil des positions qu ils défendent contre et se replient dans le plus affreux désordre ! centre de Wellington, a C'est Grouchy ! w s Napoléon. Labédoyére court à la tète des coloi il annonce la nouvelle; des cris de vire l'empe\ lui répondent; puis on entend ces mots sor toutes les bouches: en avant ! en avant !
Napoléon, durant toute la bataille de L avait vainement appelé les 47,000 hommes d aile gauche, Durant toute la bataille de Wat( il devait attendre non moins vainement les Si hommes de son^aile droite.
Les instructions données par Tempereur ai rêchal Grouchy , la veille 17, sur le champ d taille de Ligny , étaient ainsi conçues : « M( » vous à la poursuite des Prussiens, comj M leur défaite en les attaquant dès que voi » aurez joints , et ne les perdez jamais de vi
» vais réunir au corps du maréchal Ney les troupes » que j'emmène ; marcher aux Anglais et les com- » battre s'ils (iennenl de ce côté-ci de la forêt de » Soignes; vous correspondrez avec moi par la »» roule pavée qui mène aux 0"î^tre-Bras (1). » Le chef de Vaile droite^ on le sait, s'éfait arrêté le soir du 17 à Gcmbloux , après avoir fait moins de deux lieues. La fâcheuse lenteur de cetfe marche, résullat, nous Tavons dit, de retards indépendants de la volonté du maréchal , devait et pouvait se trouver réparée le lendemain. En admettant même que M. de Grouchy n*eût pas reçu , ainsi qu'il Ta constamment affirmé, les deux ordres verbaux qui lui furent expédiés par l'empereur dans la n.uit du 17 au 18 (â), ordres dont il a même nié la réalité et qui auraient été composés , a-t-il dit , dans les loisirs de Sainte-Hélène, toujours est-il que, détaché' à la poursuite d'un ennemi battu, dont il avait perdii la trace , et qui avait sur lui l'avance d une journée , l'intelligence la plus vulgaire de sa position et de ses devoirs lui imposait l'obligation de se mettre en marche dâs la pointe du jour ^ Or, des documents irrécusables que nous avons sous
(1) Ces instruclions'élaient verbales ; nous les donnons telles que M. de Grouchy lui môme les a reproduites d^ns les nombreux écrits qu'il a publiés sur son rôle dans la journée du 18.
(2) Voir ces deux ordres, pages 95 et 98.
les yeux , constatent que le 18 , entre sept et huit heures du malin , à une époque de Tannée où le jour commence à trois heures, le maréchal était encore do sa personne à Gembloux , et que ce fut seulement à la môme heure que le i* corps (Gérard) reçut son ordre de mouvement. « Nous » perdons un temps bien précieux, » disait le général Gérard , sur les sept heures , à Tinspectenr aux revues Dcnnice ; « je ne puis pas provoquer » les ordres du maréchal, je ne le veux pas; mais » vous, qui le connaissez, allez le voir et tâchez de ») savoir ce qu il veut faire. »
Dans son rapport, daté de Gembloux, dix heih res du soir (1), le maréchal Grouchy disait il Fempereur : u Le général Ëxcelmans a ordre de pousser ce soir six escadrons sur Sart-à-Walhain...i D'après leur rapport, si la masse des Prussiens se retire sur Wavres, je la suivrai dans cette direction afin qu ils no puissent gagner Bruxelles et dekt séparer de Wellhigton. » Dans la soirée, le général Ëxcelmans, qui suivait les Prussiens pas ii pas, malgré le mauvais temps, et bien qu il fût sans nn seul peloton de cavalerie légère, avait efieclivement fait dire au maréchal u que les Prussiens se reliraient sur Wavres pour se rapprocher de l'armée anglaise, » Le lendemain de bonne heare,
(1) Voir ce rapport, page 99.
;lmans lui avait encore envoyé le chef d'csca- I d'Eslourmel pour lui répéter « que l'armée sienne avait continué son passage à Wavres^ laut une partie de la nuit et de la matinée, r se rapprocher des Anglais, » Ces informa- 5, que confirmaient, au reste, tous les rensci- Tients donnes par les gens du pays (1), décint le maréchal à se porter sur Wavres. Celte ction était pour ainsi dire parallèle à la route ie la veille par l'empereur depuis les Qualre- ; la distance entre ces deux lignes variait de > à quatre lieues; la Dyle coulait entre elles
ous venons de dire combien les ordres de mouent avaient été tardifs; ils furent, en outre, si igemment donnés, que le quatrième corps se )bligé de faire halle au sortir de Gembloux, • laisser défiler le troisième (Vandamme) qui lit marcher avant lui, et que le général Gérard ut se mettre définitivement en route qu'à neuf es (2). Enfin, les principaux corps de cette
I f Les domestiques môme de son hôte, M. Delrue, les Prussiens avaient pris pour guides, vinrent renompte de la direction qu'ils a> aient prise (Wavres).» énéral G- de VAUDo^icoiJttT, Campagnes d^ 1814 et de
Tous ces détails, ainsi que ceux qui précèdent, le ceux qui vont suivr<», sont lexluclienient repro
ai mée, par une disposition passablement étraoge, marchaient sur une seule colonne.
On compte environ trois lieues et demie de Gcmbloux à Wavres. A onze heures , le corps de Gérard avait parcouru le tiers à peu près de cette distance et se trouvait à la hauteur des deux villages de Walhain et de Sart-àWaihain, distants Tun de Taufre de moins d'un quart de lie.ue. Le général Gérard, apprenant que le maréchal était arrêté dans ce dernier village, vint trouver le général en chef. Le maréchal , quand Gérard arriva , était à table (1). Des officiers, en grand nombre, remplissaient la maison ou se promenaient dans le jardin; 1 un de ceux-ci, le colonel Simon- Lorrière, faisant les fonctions de chef d'étal-major du quatrième corps , en remplacement du général Saint-Réaiyt grièvement blessé Favant-veille, crut entendre de» détonations d'artillerie sur la gauche , dans la direction qu'avait dû suivre Tarmée conduite par Tcmpereur. Le bruit élait sourd; il tombait UM pluie très-fine. Les délonations se répétèrenL Le colonel courut avertir le chef du quatrième corps. Ce dernier et le maréchal sortirent immédiatement
tluits de documents originaux que nous avons souskn yeux.
(1) (( Je le trouvai mangeant des fraises, n (BfaréehtI GFiiAnD. — Quelques documents sur la bataille de TFicrloo. )
tt allèrent se placer au centre du jardin , dans un kiosque où se trouvaient déjà plusieurs généraux WÔDSi qn*nn assez bon nombre d'officiers d'étatlujor, tous attentifs au bruit. Plusieurs de ces derniers, M. de Rumigny, aide-de-camp du génénl Gérard, entr'autres , étaient couchés , Toreille contre terre, pour mieux saisir la direction des décharges ; tous déclaraient qu'elles venaient de la gauche. La pluie bientôt cessa; les nuages s'élevèrent ; les coups alors se firent plus distinctement entendre ; la canonnade resta quelque temps stationnaire, puis elle augmenla et devint enfm si forte, qu'au dire de tous les témoins de celte scène, la terre en tremblait. « C'est une seconde bataîlle Wagram ! o s'écria le maréchal Grouchy lui-même.
On fit appeler le maître de la maison, un notaire nommé HoUaert. Le maréchal lui demanda quel était le lieu d'où ces décharges eflroyables semblaient venir. M. Ilollaert indiqua la forêt de Soignes,' disfante d'environ trois lieues et demie. « Il • faut marcher sur-le-champ au canon, M. le ma-
■ réchal, dit le général Gérard; il faut nous meta tre promptement en rapport d'opérations avec
■ Tempereur. » Le maréchal objecta ses ordres. Il devait , disait-il , suivre l'ennemi et ne pas le quitter. « £n bien ! répliqua Gérard , permettez-moi » d^xécuter le mouvement avec mon seul corps « et la division de cavalerie du général Valin ;
» vous suivrez les Prussiens avec le reste des troo- » pes. Ce que vous avez devant vous ne saurait » vous inquiéler , puisque le général Ëxcelmans » vous a informé que Bliiciier a franchi la Dyle » dans la nuit avec la majeure partie de ses troa- » pes ; dans tous les cas, la jonction de mon corps » avec l'armée de rempereur ne peut qu'être utile » à vous et à S. M. »
Dans ce moment un groupe dofliciers, parmi lesquels se trouvait le général de génie Valazé, fil irruption dans le jardin; tous accouraient étendant la main vers la gauche et s'écriant : « Voilà la ba- » taille! cest là qu'est la bataille! » Le général Yalazé était accom[)agné d'un guide sorti de h garde impériale et qui avait revêtu son aocien uniforme. » Où est le feu? lui demanda le général. » — Vers Mont-Saint- Jean, répondit le guide, et D dans trois heures nous pouvons être là où on se » bat (1). » M. Hollaert, consulté une secondefois,
(1) (( La distance ciaclc de Sart-à-VValhaîn à FriachermoDt(eutre Lasnes cl Plauchenoil), u'cstpas de plasde qiiatre heures , d'après les renseignements pris sur les lieu mômes, et qui constatent qu'cUc peut être facilement pw* courue, à pied, en trois heures et demie. De plus, il existe un pont pour les voitures à Ottignies, village qui toncheà Moustlers. »
( Maréchal Gérard. — Dernières observations sur U balaiUe de Waterloo. )
rma celte déclaration, a II faut marcher aa non! » dit encore le général Gérard a?ecane areuse insistance. « Au canon! » répétaient le rai Valazé et tous les officiers groupés autour iosque. « Au canon ! au canon ! criaient égalelles dragons du colonel Bricqueville(dO'' régit) ainsi qu une foule d'oflîciers et de soldats de )s armes, qui, émus, eux aussi, par le bruit de llerie, se tenaient debout tout à Fentour du n , et suivaient avec une attention inquiète un des détails de Tespècc de conseil réuni leurs yeux dans l intérieur ouvert du kiosque, dragons étaient les plus animés; montrant de lain de légers nuages suspendus à Textrémité us reculée de Thorizon, ils y voyaient la fumée hamp de bataille ; quelques-uns même allirmt distinguer la lueur des obus.
n continuait cependant à discuter. Le maréchal puyanl de rantorilé du général d'artillerie Bal- , faisait observer que par suite du mauvais état chemins que les |)luies de la veille et delà nuit eut détrempés , les voitures de Tartillerie ne rraîent suivre les troupes. « J'ai trois compa* aies de sapeurs, répliquait le général Valazé; lies me sufTiront pour aplanir les difficultés rincipales. » — « Dans tous les cas, ajoutait le énéral (iérard , je réponds d'arriver avec les ièces et leurs coffrets. » Instances vaines! Il ait pas une heure, le maréchal pouvait paraître
sur le champ de bataille de Waterloo ayant mèmf l'attaque de Bulow à Plauchenoit. Il donna Tordre de continuer la marche sur Wavres.
Le hasard cependant faillit à triompher deshési* tations du marquis de Grouchy.
On a vu que le général Domont , détaché par Napoléon sur les onze heures, vers les positions où s'étaient montrés les premiers détachements de Bulow, avait envoyé dans différentes directions des patrouilles d élite pour communiquer avec le maréchal Grouchy et Importer des avis et des «rdres (1). Quelques unes de ces patrouilles, appartenant à un régiment de hussards commandé par le colonel Marbot , avaient poussé jusqu'à la Dyle et s'étaient arrêtées sur les ponts de Moustierset d'Otlignics. Tandis que ces reconnaissances M portaient ainsi à la rencontre des troupes dèTiNb droite par la rive gauche de la Dyle ,' le généni Excelmans avec son corps de dragons s'avançiit dans la même direction par la rive droite. Ce général averti , lui aussi , par le canon de Waterloo, voulait passer la rivière. Il porta sa brigade de gauche commandée par le général Vincent , vert Moustiers. Les bords de la Dyle, en cet endroit, sont couverts de bouquets de bois et de broussailles épai^ ses. Excelmans avait besoin de quelques détadl^
(1) Vuir plus hnut. page 115.
j d'io&nterie pour appuyer son mouvement.
fit demander au maréciial et attendit leur ar« poar donner h sa brigade de gauche alors î€ à la ferme de la Paquerie , Tordre de se r sur l'autre rive. Le maréchal lui fil réponu'il allait se rendre près de lui et lui donner rdres. A quelques instants de là, Excelmans ;ut la brigade qui se repliait; étonné de ce rement, il courut au général Vincent. Ce derlui montrant le maréchal qui s'éloignait , dit Tenait d'en recevoir Tinjonclion de quilterles jches de la rivière et de rejoindre la droite, linement Excelmans se récria contre ce moumt étrange qui réunissait les troupes de toutes « sur une seule ligne, et les éloignait du point canon se faisait entendre, la brigade Vincent ;)0ursuiTre son changement de direction. Enquelques pas, pourtant, et les dragons de ce rai donnaient la main aux hussards du colonel M)t. Ces hussards, qui communiquaient par petite série de petits postes à l'armée de Wa- >o, restèrent plusieurs heures sur les ponts de stiers et d'Ottignies, ne se doutant pas que les te-cinq mille hommes dont ils attendaient des relies, défilaient à quelques centaines de toises k, sans que le chef qui conduisait cette armée la précaution de faire éclairer par une seule ouille les bords de la rivière dont il descendait )urs, sans que la pensée lui vint d*envoyrr une
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seule reconnaissance sur les ponts que dans sa marche il laissait ouverts derrière lui. Ces oublis des plus simples règles de la guerre sont d'autant plus inconcevables que les décharges d'artillerie, cause d'émotion si profonde pour les simples soldats comme pour les généraux de sou année, û'étaient pas les seuls avertissements qui lui fussent transmis.
Le général Beilhezène, commandant Tune des divisions (la li'') du corps de Vandamme, était arrivé sur les deux heures à la Barraque , à une lieue environ en avant de Wavres. Le plateau soi ce point est assez élevé et domine une partie du bassin de la Dyle. Depuis midi les régiments de ce général , comme tous les autres corps de Tannée) marchaient poursuivis par le bruit du canon de Waterloo. Parvenus sur les hauteurs , officiers et soldats interrogèrent avidement du regard la partie de 1 horizon d'où partaient ces lointaines décharges d'artillerie. Les objets restèrent d'abord fort confus; mais bientôt ils purent apercevoir, assez près d'eux, sur les plateaux régnant de l'autre côté de la Dylc, plusieurs corps de troupes en mouvement.le général Bcrihezène dépêcha sur-le-champ au miréchai un oflicier chargé de lui annoncer que , dans$a position, il voyait três-distincte7nent lesPrussient qui marchaient dans la direction du feu. v> Dites » au général, répondit le maréchal Grouchy, qail » soittranquille ; nous sommes sur la bonne ronle;
u nous avoDs des nouvelles de Tempcreur, el il >• nous ordonne de marcher sur Wavres. »
Le maréchal devançait les faits : h ce moment de la journée il n'avait encore reçu aucune nouvelle <le Napoléon. Ce ne fut que long-temps après ce nouvel avertissement, h quatre heures du soû\ lorsqu'il était arrivé déjà devant Wavres que le chef de l'aile droite recul par Tadjudant-commandant Zeuowich la première dépêche (fcrite de l'empereur, celle datée de la ferme du Caillou, dix heures du ?natin (1). Au lieu de couper au plus court et de se porter directement sur la route de Gembioux à Wavres, soit par les ponts de Moustiers ou d'Ottignies, où se trouvaient des détachements de nos troupes, soit par les ponts jetés sur la Dyle entre ces deux points et Genape, trajet de trois ou quatre lieues au plus, Tadjudant Zenowich, prenant un immense et inutile détour, était revenu h Genape et aux Quafre-Bias, puis gagnant Sombref, Gembioux etSart-à-Walliain, il avait enfin rejoint le maréchal Grouchy à moins d'une demi-lieue de Wavres. Il venait de faire onze lieues et de mettre six heures pour franchir cette dislance. L'arrivée de la seconde dépêche écrite ,
(I) L'heure à laquelle celle dépêche lui c>l arrivée a été fixée par le maréchal lui-rm^me dans ses nombreux écrits ; il esl d'accord , k cet égard , avec les principaux officiers de son année.
datée du champ de bataille de Waterloo à une heure après-^nidi ^ ne devait pas être moins tardive ; elle ne parvint au maréchal Grouchy qa à sept heures du soir, La première dépèche aurait dû lui arriver avant midi : la seconde avant trois heures. Etrange fatalité! Deux ordres contenantle saint de toute une armée, de tout un empire, sont l'un et Tautre confiés , en un seul original , i un seul officier , lorsque le moindre accident , on simple faux pas, une chute, suffisent pour annuler cette double mission. Et comme si ce n'était pas assez , chaque officier, au lieu de trois lieues, en fait onze ; au lieu d'une heure, reste six heures en chemin. Jamais, nous le croyons, il n'y eut exemple , en des circonstances aussi graves , d'une pareille incurie. Le nombre fut considérable, au reste, durant cette guerre de quatre jours, des ordres mal envoyés, reçus tardivement ou perdus. Il n'en était pas ainsi dans les précédentes guerres. Berthier, les jours de bataille , au lieu d'un ordre et d'un officier, faisait partir dix officiers et dix ordres, et ne cessait de s'inquiéter d'une mission que lorsqu'elle était accomplie. Bien des fautes qui furent faites n'auraient pas eu lieu, si le prince de Neufchâtel eût occupé son ancienne place dans l'état* major impérial ; son absence et la nomination da maréchal Soult furent une des fatalités qui pesèrent sur Napoléon dans la campagne de i8i5.
Le maréchal Grouchy, même à quatre heures dn
, ppavait encore intervenir utilement sur le mp de bataille de Waterloo. La dépêche qu'il ait de recevoir contenait ces passages : « S. M. ésire que vous dirigiez vos mouvements sur nres , afin de vous rapprocher de nous^ vous ire en rapport d'opérations et lier vos coinwations. S. M. va faire attaquer l'armée laise. Ne négligez pas de lisr vos communions. » L'empereur ne pouvait pas dire plus; il ait pas avec sa droite ; il ne savait pas ce qui se »it devant elle; il ignorait môme le point pré. )ù elle se trouvait. D'ailleurs, le rapport des rations et la liaison des communications étaient lemment le but des mouvements indiqués au 'échal : ce but , bien que très-clairement dési- , lui échappa ; il ne vit que l'indication d'un ivement sur Wavres. Or, sa cavalerie légère, s ce moment là même, était devant cette ville, iilant avec les Prussiens. Les ordres de l'em- 6ur pour le maréchal se trouvaient dès-lors iplis.
•es 5' et 4' corps , au milieu de tous les inci. ts que nous venons de raconter , avaient conti- ! leur marche. Celui de Vandamme (3*) arriva ant Wavres vers quatre heures. Un des ses ba- Ions fut chargé d'enlever, au dessus de la ville, passage défendu par un moulin dépendant du sigede Bierge. Cette attaque fut long-temps sans litat. Le maréchal , apprenant l'arrivée du 4*
corps, accourut au devant du général Gérard et loi donna Tordre de faire relever, par un de ses bataillons , celui qui essayait vainement d'emporter h posilion du moulin. Gérard fit observer au maréchal que ce remplacement , opéré au milieu d'une attaque et devant Tennemi, aurait le double inconvénient de faire perdre un temps précieux et de rehausser la confiance des Prussiens en diminuant celle de nos troupes. Au lieu de retirer le bataillon engagé, mieux vaudrait, disait-il, le faire soutenir; et il proposait d'envoyer sur-le-^hamp aux soldats de Yandamme tous les renforts dont ils auraient besoin. Le marébal Grouchy ne voulut rien entendre et s'éloigna ei> exigeant Fexécution absolue de son ordre. Le général Gérard, se tournant alors vers un de ses aides-de-camp, M. de Rumigny, loi dit : (< Quand un homme de cœur est le témoin » impuissant de tout ce qui se passe depuis ce » matin, quand il reçoit désordres pareils à ceux. jo ci et que le devoir le force d'y obéir, il ne lui reste » qu'à se faire tuer. » Appelant aussitôt à lai un des bataillons de la division Hulot, il en prend le commandement, met Tépée à la main, el se porte rapidement sur la posilion. A quelques instants de là, le général Gérard tombait frappé d'une balleen pleine poitrine (1).
(1) On désespéra de la vie du général Gérard dorant toute la soirée et une partie de h nuit ; ce fut seulemeni
avj
Quatre ordres avaient été expédiés au chef de le droite depuis son départ du champ de baie de Ligny : deux ordres verbaux dans la nuil 17 au 18, deux ordres e'crils dans la première Ilié de la journée du i8. Le premier ordre verne dut point lui parvenir ; il était adresse à vres , que les Prussiens occupaient , et lorsque narécbal était encore à Gembloux. II est égaleat possible que le second ne lui ait pas été re- . D'un autre coté , le premier ordre écrit , en venant à quatre heures du soir et lorsque ses ipes étaient déjà engagées, lui arrivait peutîbien tard. Enfin, à sept heures, loi'squ'il reçut econd, toute inlervenlion était matériellement mssible. La responsabilité de ces retards inex- ^bles, et dont on citerait diâicilement un sed exemple daus Tbistoire d'aucune guerre, ne rait peser sur lui ; elle appartient tout entière maréchal Soult.
^u revanche , une accusation qu'il ne peut reisser , c'est Tinintelligence dont il a l'ait preuve occasion de Tordre verbal que lui donna l'emeur sur le champ de bataille de Ligny : «Mellezis à la poursuite des Prussiens ; complétez leur iaitc , ne les perdez pas de vue , » lui avait dit
eDdcmaia matin que Ton put trouver et eitraire la le. Le général, rentré en France, fut encore assez longips en danger.
Napoléon. Le maréchal eut le triste destin de croire qu'il remplissait sa mission en suivant Tarrière-garde prussienne à grande distance et en marchant derrière elle par les mêmes chemins. Ce que l'histoire doit hautement lui reprocher surtout, c'est de n'avoir mis ses troupes en mouvement, le 18, qu'entre huit et neuf heures du matin, au liea de leur faire prendre les armes cinq ou six heures plus tôt, dés la pointe du jour ; c'est de n'avoir point tenu ses communications C(m^/amm&nf{t^i avec l'empereur; c'est d'être demeuré inerte an bruit de Tépouvantable canonnade de Mont-Saint- Jean; d'être resté sourd aux conseili^, aux avertissements de ses généraux et au cri inspiré de toute son armée. Avec plus de décision et d'activité, avec une intelligence plus haute de la guerre et de sa position de chef d'armée , le maréchal Grouchy pouvait changer le désastre de Waterloo eniin éclatant triomphe. Il dépendait de lui de le faire; il ne le fil pas ; sa lenteur et son inaction furent la principale cause de la défaite ; voilà la faute , ou , si Ion aime mieux , voilà le malheur , dont nulle justification ne peut le relever et qui suivra éternellement sa mémoire (1).
(1) « Quelle est rinfluence qui a pu décider le maréchal Grouchy à fermer Toreille aui conseils salutaires qull avait reçus? La voix commune en accuse le commandant du 5" corps ( Vandanime). Cette opinion a passé jusque
Les Inwpes ifà Sspvisôml Ye^ sppnxJies de Wafres aos sMitis àt Gtrki-d et de Tinduniue. se eomposûcBt ôq «ïcb] cc':p^ pn2><îeu de ThMmann. le c^^rfis àt &iivT . '.n j ji iis. l^tàx qulv.c celte fille à b pC'is:^ do jour ; c- i-i dt- Pire h cl de Ziethea. pani§ 4LBi> iïj.'orD^.^. >e îKiu^iiieut daus les défilé» de Saili3t-L:iDi*erî . î.'rsqiie le msrtf htl GroocfaTavaîtOL4iin9eD(e î**n lAkcuo. Cv\ù\ci\\ les régiment» cc'mpffsanil ce? deui c<*ry< qwo . sur les deux heures, le ^èaéral BerîLezeiie ei srs oûîciers avaient aperças des huoteurs d^^* L^i Bsrraijuo. uisrchant dans la direct ktn du c^u ju. Uuo ivï< engagés dans les défilés de S^iat-LaiuLerl . les soldais de Zîelhen et de Pirch . l<;i^sâut a leur ^^iucbe le fillage de Lasnes. son b(ii? et le clieinin de PLnchenoit , s'étaient portés sur Oiiaiu. Leur cLiâTre dépassait 55.0U0 hommes : Blùcher les couduisait eu personne: Ce général sortait des défilés lorsqu'il entendît les premiers coaps de canon tirés par
cbei Bos CDDfous. et on a été jusqu'à y faire entrer des vues de jalousie contre le coiomandant de l'aile droite (le maréchal). 5ous aimons à croire, peur l'honneur de tous les deai. qu'il n'en est rien, le maréchal Grouchi parait s'être effrayé d'une responsabilité dont il s'est exagéré les conséquences, a
(G. •£ ViiMACCcKT, Campagnes de 1814 ri 1815.)
Tous les rensei^nemeots que nous aTons pu recueillir tendent k couGrmer cette opinion.
Grouchy devant Wavres. A peu de temps de là, un officier, expédié de cette ville, vint lui annoncer « que le général Thielinann était attaqué par » un corps très-considérable, et que déjà Ton se » disputait la possession de la ville (1). » Blûcher se trouvait dans une position analogue à celle où était, Tavant-veille, le général Drouet-d'Erlon. Devait-il courir au secours de son lieutenant, on pcr- •* sîster à rejoindre sou allié? Bliicher n'écouta que son audace; il prit une résolution qui, dans une nature plus élevée, eût été une inspiration du génie. « Le fcid-maréchal , ajoute le rapport que » nous venons de cilor , ne fut pas inquiet de U » nouvelle. C'était sur le lieu où il se trouvait, et » non pas ailleurs, que rafîaire devait se décider; » et si on pouvait remporter sur ce point, tout re- ») vers du côté do Wavres était de peu de censé* » quence. C'est pourquoi les colonnes continaè- » rent leur mouvement. » Il était près de hait heures du soir lorsque Bliîcher, abandonnant le corps de Thiclmann à toutes les chances d'une défaite , reprit sa marche ; une demi-heure après il débouchait sur le champ de bataille de Mont-Saint- Jean par les hameaux de La Haie , Smouhen et Papelotte.
(1) Rapport du général Gneizcnau. chef d*état-inajor de nlucher, sur les journées des 16 et 18 juin t815.
Ces positions , nous Tavons dit , étaient défendues par le prince Bernard de Saxe-Weimar, ayant avec lui plusieurs brigades allemandes et belges dont les soldatsavaient encore les habits qu ils portaient quand ils combattaient dans les rangs de lancîenne armée impériale. Trompé par la vue de leurs uniformes, le feld-maréchal prussien tomba >ur eux. Ds voulurent vainement résister : Bluter, emporté par son impétuosité aveugle , les écrasa ; leurs débris se retirèrent en désordre sur e centre de la ligne anglaise (1). Les Prussiens ifors ^e trouvèrent en face de nos troupes; ils chargèrent sur elles. C'était leur mousqueterie que on avait entendue à notre extrême droite, lors- |ne les colonnes formées par Napoléon et eondiiios par ISey s'apprêtaient à un dernier effort contre os positions de Wellington.
Au moment où cette nouvelle armée, la. ^rof-.
(1) (r.... La victoire était encore douteuse, quand les Prussiens arrivèrent sur notre flanc gauche... Malheureusement ils prirent pour des Français mes Nassaus, ({ui >nt encore l'uniforme français, quoique leurs cœur^ soient iien allemands, el firent un feu terrible contre eux. Us urcnt chassés de leur position (les Nassaus), et je les raliai h un quart de lieue du champ de bataille. Mon géné- 'al de division, dont la première brijade a été lotale^' Tient détruite, est h présent avec moi. » (Lettre du prince Bernard de Saxe- Weimar à son père.)
siêsnr que nous devions avoir à combattre, entni
n sou tour en ligne à Textréme droite de notr
oliamp de bataille, les colonnes de Ney gravissaiei
les pentes du plateau de Mont-Sainl-Jean malgi
le feu de toute Tinfanterie britannique; Taffreu
ravage que cette mousquet erie causait dans les
rangs ne peut les arrêter : arrivés au pied de
terrasse , ils gravissent le talus sons une grêle (
balles ; ils le franchissent , Ney h leur tête. Ui
nombreuse artillerie fait alors de larges troaè
dans leurs rangs. Ney , que les boulets faligaei
et irritent , ordonne d'emporter les batteries à
baïonnette. Ses régiments se précipitent sur 1
canons, les enlèvent et forcent les cauonniers à
réfugier encore une fois dans Tintérieur des can
chargés de soutenir les pièces. Ceux-ci sont alx
dés à leur tour ; deux ou trois sont écrasés ; d'à
très, bieu qu'enfoncés, se reforment et portent
reçoivent de nouveaux coups. Le sol se couvre
morts et de mourants. L'intrépide général Mich
de la garde, est tué ; le général Friant est bless
Ney est renversé de cheval. Ce maréchal, le p'
brave, le plus grand des soldats au milieu du f<
se relève, et Tépée à la main continue à commi
der, à guider nos soldats. L'infanterie, la cavalei
toutes les armes ne tardent pas à se mèler^ i
tous les points de cet étroit champ de bataille,
rangs sont pressés, presque confondus ; les effc
sont communs , mais les mouvements n'ont p
mble. La lutte devient pour ain»i direlndi* le. Nos soldats ne combattent pas, ils Cuenl ; it des conps furieux, partout la mort (1)« it le monde se croyait perdu , a dit Kiin ikn !s-de-camp de Wellington , le gén/;ral e^pa- 1 D. Ricardo de Âlava ; lord Uill s'appr^if ha duc et lui demanda ce qu'il ordonnait. «— Q, répondit-il. — Mais vous pomez étr« tii^^ 1 est important que celui qui vous remplacera naisse votre pensée. — Je n'en ai pas A'uuitf,
de tenir ici tant que je pourrai ! n ,ri:pliqua c. — tt L'armée anglaise n'avait plu» un une disponible, ajoute à son four le g/rnéral lini ; tout était ébranlé, abimé ; si utn'^ troupe che se présentait , la bataille |K;uvait étrn née. » Encore quelques inslants, et retln e fraîche allait intervenir. La vieîlh; gardi? ait.
; huit bataillons de grenadier» composant m
d'élite, et que Napoléon lui-même avait », après avoirfait défiler les colonnes deNey^
On lit dans une lettre du duc de Wellington su bal Beresford : u Je n'ai jamais vu de mêlée bu^\ ible. Des deui côtés, on ressemblait à ce que lit« rs nomment des gloutons. »(?i* 972 du recueil déJA -Les boieurs luttent en glouloni quand le combat un tel caractère d'acharnement que les cbainpiona îDt songer moins à se battre qu'à s*cntretucr.
marcliaicnl ainsi disposés: un bataillon en 1
Ji ryant snr chaque flanc un bataillon en
i{4 sorrée. Otlc formai ion réunissait les avanl
ici l'ordre mince el de Tordre profond. Deux I
'1^ ainsi formées et marchant h distance de b:
;f$ composaient une première ligne derrière
:. 1.) troisième brigade clail en réserve. L'a
occupait les intervalles. Mais pendant qi
redoutable colonne avançait sur le centre
nemi ; lorsifue le général Priant , obligé
blessure de <|uitter la terrasse de Mont-Saii
disait h l'empereur à cheval dans le ravin.
fout allait bien sur le plateau, et qu'à Var:
la vieille garde on aurait tout le champ deba
à ce moment l'intervenlion de Blûcher, h W
droite de notre ligne, devait renverser cnc
fois les calruls de Napoléon.
Ceux de nos régiments qui tenaient cctl du champ de bataille, avaient d\nbord at l'intervention toujours attendue de GroucI ta'pie subie par les brigades allemandes e qui leur étaient opposées ; trompes par h échangés entre ces troupes cl les nouveau lants; ils se livraient à la joie cl s'appr^ donner la main à des frères darmes , Biucherct la nouvelle armée qu'il conduis de fraterniser, tombèrent brusquement i Ne comprenant rien à l'attaque si soud furieuse de ces ennemis ignorés, nos so
— IGD -
crureDt liahis. Aa lieu de tenir ou de se replier eu résistant, ils se retirèrent en désordre. Leurs files rompues Tinrent donner dans les huit bataillons de vieille garde qui traversaient alors le ravin pour monter au plateau. Ces bataillons, à la vue de ce monyemetit rétrograde^ au bruit du feu roulant de môusqueterie qui poussait sur eux les fuyards , suspendirent leur marche. Bientôt , appuyant sur la droite et se formant en carrés, ils barrèrent cette partie du cbamp de batj^le. L'infanterie de Blûchcr immédiatement s'arrêta.
Wellington, depuis le commencement de la bataille, tenait en réserve, en arrière de sou extrême gauche, vers Ohain, deux brigades de caralerie, fortes de six régiments, et destinées à garder ses conunonications avec les troupes qu'il attendait de Wavres. Ces deux brigades comptaient trois mille ichevaux. L'arrivée de Blûcher les rendait disponibles ; les cavaliers n'avaient pas donné un coup de sabre de la journée; leurs montures étaient restées au repos. Ces six régiments, chargés d'appuyer la nouvelle armée prussienne, entrèrent en ligne dés qu'ils virent celle-ci s'arrêter. N'osant attaquer le front les carrés de la garde , ni se hasarder dans les interTanes,cette cavalerie les tourna, et, se jetant entre la Haie-Sainte et les carrés, sur la chaossée, elle acheva de porter la désorganisation parmi lesdétaehements que Blûcher venait de rompre, et dont les rangs désunis étaient alors trave
par les nombreux blessés descendant du plateau. La grosse cayalerie de la garde, si elle était restée sous la main de Tcmpereur, aurait eu facilement raison de celte irruption audacieuse au centre de notre ligne; et nos troupes, abritées par ces deux mille cavaliers d'élite et par Tinfanteriede la Tieille gardé, auraient encore pu se rallier derrière ce double rideau. Mais les grenadiers à cheval et les dragons de la garde, engagés, on Ta vu, malgré les ordres et les efforts de Tempereur , n*ayaient pas quille les autres corps de cavalerie, et, mêlés à nos immortels cuirassiers, ils prenaient alors leur part des coups portés sur le plateau. Napoléon n'avait près de lui que ses quatre escadrons de service ; il les lança contre les deux brigades anglaises; ces quatre escadrons se trouvèrent trop faibles, ils furent culbutés.
Pendant ce temps, les troupes engagées sur le plateau, croyant achever la victoire, épnisaieolt leurs efforts et brûlaient leurs dernières cartouches. La fusillade qu'elles avaient entendue sur leur droite, au conmaencement de Tattaque^bien qu'elle devînt plus vive et ne cessât de se rapprocher, ne les alarmait pas. C'était le feu des troupes deGroochy, avait dit l'empereur. Cependant des exclamations confuses, parties du bas du plateau, ne tardent pas à tenir leur attention en éveil. Bientôt quelques cris de sauve qui peut/ nous sommes irahisi arrivent jusque sur la hauteur. Ces cris émeuvent
i soldats. D'un s^xtre oA^^ u**t -i^yiA-ri^ m». carrés de la garde fcat ^ti \.\ ouicu^.- -îiîïTïf»-* L, les inquiètent. iMmisf?* ^j ^^sk iuji^*. ¥^^v^ isde trahison que ks Isgt s:>>«rri^.-.f^-,i ^ ".^^ ^/tn:t niers jours ont encore a^43Wî."«.:i»-t -••3rTî«:aiL» Ney à la fin hésitent . fm. inUoi^^t^^. fî <(Utt is de neuf heures : ta nuit t»'ivaoi^rj'ik/.. W^^ ;;lon s'aperçoit de ÏÏDfjixlttnc* •a. Cn ILAt/^a^ntt nos troupes: la niOfiiqaef,eni» ce fcVt^. lir/ftt uilaltentiveinent lespr-vipe*. i'^ttiuj^,:: ik )(jf^ noment Tenu d'un dernier e&.;^ D^ ^ffp.krï léchés sur tous les points du ebâmp d^ fMilailkr. lent aux détachements de t^nxte&iinne^ 1 ordrede ^ncentrer et de se porter en afant, L infaotm^ lannique. jusqu'alors immobile, double, redouses rangs et s'apprête pour la première fois d^si oumée, à descendre en masse du fatal plateao ; ; s'ébranle: la cafalerie et Tarlillerie l'imitent; t se met en marche . tout s'avance. Os 70 à 000 combattants, ^aparaiant rompus.disioqués, intenant réunis, refoalent lentement sur notre 10 de retraite , par le seul effort de leur poids , troapes épuisées qui tiennent encore sur le teau. Les (K),000 Prussiens de Bulow et de Lcher, de leur côté, étendant leurs lignes paral- ;ment à la route , ne tardent pas à repousser la chaussée, que descendent en ce moment les. iats de Wellington, tous lesr^iments engagés notre flanc droit. Toutes les positions occupées
par nos soldats sonl successivement abandonnées; le découragement et le désordre gagnent tous les rangs ; la masse d honomes que le mouvement concentrique des. trois armées ennemies rejette ainsi des points les plus éloignés du champ de bataille, dans une direction conomune, encombre bientôt la route ; toutes les armes se pelotonnent et se mêlent; en quelques instants, la moitié de Farmce ne présente plus qu'une masse confuse qu'il est impossible de rallier.
L'empereur , à la vue de cette désorganisation dont la véritable cause lui échappe, est frappé de stupeur. Ses troupes se débandaient! Il demeure immobile, son visage pâlit, ses lèvres deviennent tremblantes, de grosses larmes coulent lentement de ses yeux. Ses aides-de-camp courent de tow côtés pour arrêter ce mouvement incompréhensible ; lui-même se jette au milieu de la foule ; ses ordres, ses paroles, ses prières ne sont point entendus. Les détonations dç Tartillerie alliée qni continue à tirer, le tumulte causé par le pasia|p des chevaux et des voitures qui font retraite, par le bruit des imprécations de cette masse d'honmiei qui se heurtent, se poussent sur la chaussée, conh vrent tous les commandements; la nuit déjà épaisse ne permet plus de voir les chefs. Une préoccupation, d*ailleurs, domine tous les esprits : rartillerie de Bulovr, revenu sur Planchenoit, tonne su^nosde^ rières ; la retraite, si on ne se hâte, sera coupée.
Vaiuement les bataillons de la vieille garde, formés en carrés au fond du ravin, essayent d'arrêter Blûcher et Wellington^ Assaillis, foudroyés par un ennemi trente fois plus nombreux, leurs premiers rangs se fondent, pour ainsi dire, sous la pluie de balles et de mitraille que Tinfanterie ainsi que Tartillerie anglaise et prussienne vomissent sur eux. Cinq carrés sont successivement détruits. Les Anglais et les Prussiens avancent toujours, mais lentement; eux aussi, les premiers surtout, sont harassés. Us arrivent devant deux autres carrés de la garde commandés par les générauxPetit etPeletde Morvan.La résistance decesdeuxbataillons est vaincue à son tour; le flot des assaillants les emporte; leurs débris vont se mêler an torrent de soldats désorganisés quis'écoule vers Genape, Marebiennes et Gharleroi.Underaier carré commandé par Cambronne, se maintient encore sur la hauteur entre la ferme delà Belle-Alliance et la Jla»5(m(;{'J?co^5e, à quelques pas du mamelon où Tempereur était de* meure une paitie du jour. Seuls de toute Tarmée, ces soldats restent immobiles et gardent encore leurs rangs. L'infanterie britannique et Tinfanterie prussienne continuent à s avancer, précédées par une ligne épaisse de cavalerie anglaise, marchant au pas, et poussant devant elle un groupe composé de quelques cavaliers français qui ne se retiraient qu'avec une extrême lenteur. L'empereur était dans ce groupe ; et comme sll ne pouvait s'arra-
cher de ce champ de bataille où il laissait sa fortune, il semblait ne suivre quayec peine ses compagnons; il marchait le dernier. Un peloton, en se détachant du premier rang de la cayalerie anglaise, pouvait s'emparer de sa personne ; Tobscaritc, heureusement, le protégeait. Refoalé pas. 1 pas jusque sur le bataillon de Gambronne, ayant près de lui le maréchal Soult, les généraux Bertrand, Drouot, de Flahaut, Gourgand et Labédoyère, qui 1 entourent Tépée à la main, il s'arréle, et se range, face à Tcnnemi, près des premières files du carre. Cependant la cavalerie alliée appnh che toujours. Napoléon, jusque là, était resté absorbé et silencieux; il aperçoit quelques pièces à demi abandonnées: «Gourgaud! s'écrie-t-il ense tournant vers ce général, faites tirer! » Les pièces* sont mises sur-le-champ en batterie; elles font fen; un de leurs boulets emporte la jambe gauche de lord Uxbridge. Le général Gonrgaud venait de tirer les derniers coups de canon de la bataille.
Les cavaliers anglais, arrêtés un instant par cette décharge, reprennent bientôt leur marche; quand ils ne sont plus qu'à quelques pas, rempèreor prend la direction du bataillon, commande le feu et ordonne d ouvrir le carré. Décidé à mourir, il pousse son cheval pour le faire entrer dans les rangs. « Ah ! Sire, s'écrie le maréchal Soult en,saisissant la bride, les ennemis ne sont-ils pas d^i assez heureux ! » Napoléon résiste, le maréchal et
les généraux redoublent d'efforts et parviennent à Teatr-aîner sur la route de Genape. MaisCambronne et ses soldats restent ; ils veulent donner à leur général le temps des éloigner. Entourés, attaqués^sur toutes les faces, aucun coup ne les entame ; leurs rangs, incessamment diminués, se resserrent ; on leur crie de se rendre; Cambronne refuse:. ni ses soldats ni lui ne veulent survivre à leur défaite. La mort, bientôt, leur semble trop lente à venir. La charge est ordonnée; les grenadiers croisent la baïonnette^ et poussant un dernier cri de vive l'empereur / ils se précipitent tête baissée sur les rangs les plus épais de Tennemi. Le choc fut terrible ; tout plia d'abord devant cette héroïque phalange. Sa course, toutefois, ne pouvait être longue : étouffé, écrasé sous le nombre, le bataillon fut anéanti (1).
Dans ce moment les trois armées alliées s'avan* çant en deux lignes immenses formant équerre, Tune droit aux hauteurs de la Belle-Âlliance, les deux autres parallèlement à la chaussée, opéraient
(1) Quelques hommes de ce bataillon, laissés pour morts sur le champ de bataille et recuelUis le lendemain par les habitants du pays, furent sauvés. Cambronne se trouva du nombre ; on a pà- Tinterroger. Les mots : « La garde meurt et ne se rend pas, » mis à cette occasion dans sa bouche, reproduisent le sens exact de son énergique réponse aux sommations des officiers anglais.
leur Jonction. Les deux généraux en chef se rencontrèrent devant la ferme ; ils descendirent it cheval et se jetèrent dans les bras Tun de Taotie, échangeant de vives félicitations sar cette victoire, caprice inespéré de la fortune. Il importait do la compléter en rendant toute tentative de ralliement impossible. La cavalerie prussienne n*avait essayé aucune fatigue ; elle n avait pas donné de la journée; lUucherluiordonna de poursuivre nos troupes, à outrance, durant toute la nuit, tant que les chevaux pourraient marcher, a II était neuf heures » et demie du soir, a dit le feld-maréchal pmaùen » dans son rapport sur cette journée ; tous les of- » ficiers supérieurs furent réunis et eurent ordre » d'employer jusqu'au dernier .cavalier. > Alozs commença une poursuite active, acharnée, qui fpt fatale à nos malheureux soldats : brisés par les iatigues d*une lutte de dix heures, et toujours inégale ; affaiblis par le besoin, sans ehaossores, la plupart avaient jeté leurs armes comme un poids trop lourd pour leurs forces épuisées {1). En se je-
(1) La bouc, sur la partie du champ de bataille où combattirent nos troupes , était si profonde et si tenace que, le lendemain, on pouvait rceonnaltre la position occupée par chaque carré et suivre la trace des principales charges de cavalerie , à Taide des empreintes marquées dans le sol par les pieds des hommes et des chevaux. Un grand nombre de nos fantassins y laissèrent leursuchaos-
trayers cette masse d'hommes sans défense, lardiaîenl aa hasard, la nnit, sur une route rte d*armes et de canons abandonnés, de ns et de chariots renversés, les cavaliers ens n*avaîent qu*à frapper. « Ceux de Tennî qui voulaient se reposer, a dit encore Blnr, furent successivement repousses de plus neuf bivouacs. Le clair de lune favorisait ncoup la poursuite, qui n'était qu'une véble chasse, soit dans les champs, soit dans maisons. » Un grand nombre d'officiers et Idals se dérobèrent par une mort volontaire >nps furieux de cette cavalerie. « Ils n'auront n cheval ni moi , » dit un officier de cuirasen voyant arriver renncmi ; d'un coup de et il renverse son cheval, d'un autre il se tue.
pas phis loin, un colonel se brûle la eer-
« Où donc allez-vous? dit un aidc-de-camp général de bri|ï;ade qui tournait la tcte de son I du côté des Prussiens. — Me faire tuer ! »
d le général en enfonçant les éperons dans ic de sa monture et en se jetant tète baisir Tennemi. Des soldats, que i'épuisement irs blessures empêchaient de marcher, déci-
niourir plutôt que de se rcndrCi. se fusillèassure-t-on, entr'cux. La cavalerie prussienne t et sabra jusqu'au jour; elle acheva la dé-
Le8 débris de nos régimculs ne purent s'arqu'au delà d* la frontière.
Les Anglais, après le combat, ramassèrent so: le cliamp de bataille et sur la route six à sept mill< prisonniers ; le comte de Lobaa , resté le demie sur ses positions de Planchenoit, se trou?a d( nombre. Ces prisonniers furent à peu près les seul de la campagne. Nos soldats n'en firent pas; le! Prussiens n'accordaient aucun quartier; ils tuaient tout ce qu'ils pouvaient atteindre. Le général Dahcsme, entre autres, fut massacré par eux dans b poursuite, h Tentrce deGenape, à près de dem lieues du champ de bataille. Il consentait k st rendre. L'oflicier au(]uel il présentait sou épéf s'en empara et lui passa la sienne au travers do rx)rps(l).
Etfort héroïque de la révolution armée, la ba
(I) La furie qui animait les soldats de BlQcher elles nôtres, durant les quatre jours de cette campagne, sur vécut à la bataille du 18. Le jour suivant et le surlendt* main les blessés des deux nations, retirés dans les villaga ou dans les fermes voisines du cbamp de bataille, luttaieal encore sur les lits et sur la paillo où ils étaient gisans; 1 défaut d'armes, ils se déchiraient avec les mains. Le SO un habitant de Planchcnoit rentre dans sa maison qu*i avait abandonnée dans Taprès-midi du 18. Son lit étai occupé par deux moribonds restés sans soins depuis deui jours; il s'approche et leur demande ce dont ils ont I* plus besoin. L'un d'eux, blessé français, rassemble ce qu^ avait de forces, et répond : c Je voudrais un pistolet poa casser la léte de ce Prussien. »
e de Waterloo, malgré ses résaitats, fal digne a latte sainte engagée Tingt-trois ans anpara- ; par la France réTolutionnaire contre l'Earope îsée. Bien que formées à la hâte, el composées, r moitié, de conscrits ou de Tolontaires enréentés depuis quelques semaines, les troupes lifrèrent ce combat suprême se montrèrent les les des plus Taillantes légions de la république le Tempire : elles comptaient cinqvante-nevf le combattants à Ligny ; à Waterloo soixantej mille ; les alliés perdirent près de soixante ,E HOMMES. Jamais armée française, on le Yoil, )orta des coups plus terribles (i). Fantassins, iliers, artilleurs de la ligne et de la garde, tous
) Nous étions 59,000 à Ligny ; les Prussiens y ayaient t\k de 90,000 combattants. A Waterloo, nos troupes lUircnt au nombre de 65,000 hommes, contre trois ^ fortes ensemble de près de 160.000 soldats. Voici iffre des pertes des deux partis, les 16 et 18 juin, en ou blessés :
rançais : A Ligny, 6,950 ; aux Quatre-Bras, 5,400; à erloo, 18.500; total, 28,850. Nous eûmes, en outre, te dernière bataille, 7,008 prisonniers.
lUés: Anglais, 10,981. et llanovriens^ 2,757 (rapde Wellington); légion allemande, 1,900; troupes ruosiâck, 2,000; troupes de Nassau, 3,100; Uol- [HBelges, 4,156 ( rapport du piince d'Orange); Prus- I, 53,132 (rapport du général Gneizenau). Total, 06. Ces troupes n*curent point de prisonniers.
— isoles soldats furent admirables; eux seuls, jnsqn*i h dernière heure, ne commirent aucune faute. Le plus grand nombre des officiers de troupe, les généraux encore jeunes se montrèrent dignes de commander à de tels gens (1). Mais les hante chefs! mais Ney, le général Drouet-d'Erloo, le maréchal Grouchy, le maréchal Sonlt, dans ses fonctions de major-général ! I4eurs fautes, durant ces quatre jours, furent ^ lourdes que Napoléon i pu dire : « Tout a été fatal dans cette campagne et » prend la teinte d'une absurdité, »
(1) Si, le premier jour de la campagne, un lieutenantgénéral et plusieurs officiers supérieurs avaient passé à reniiemi, par un contraste qui caractérise le moment et les hommes, pas un seul des 115,( 00 sous-o(Hcicrs et soldats qui franchirent la frontière ne déserta. Un rapport, que nous avons sous les yeux , constate que dans le 4* corps ( 15,0)0 hommes ), il n*y eut pas une seule fàuU de désobéissance h réprimer durant toute la campagne. Ce rapport ajoute qne le 16, h Ligny, tous les officiers montés de Tancienne division noiirmont, eurent leurs chevaux tués sous eux: et qu'il serait impossible de désigner aucun des officiers supérieurs ou autres, comme s*étant parliculièrement distingué, parce qu'il raudraitles citer tous. « Le seul reproche h fairs aux soldats, dit le rapport, serait de s'être jetés sur Tenncmi avec trop de fureur et d^abandon ; plus de calme Aurait épargné bien d< s braves gens. » Cette division, forte de 4,010 hommes, eut 1.20) hommes hors de combat. Il en fut de môme pour la plupart des a'itres division.^ de Tannée.
Étrange bizarrerie des événements humains! La catastrophe de Waterloo, malgré Timpéritie depluicurs généraux et la torpeur de quelques autres, mrait cependant été changée en une éclatante tIcoire, sans un orage et sans une faute énorme du lue de Wellington. Si le sol avait été moins déirempé par les pluies, la bataille, commencée pluûeurs heures plus tôt, aurait été gagnée avant Tarrivée de Bulow à Planchenoit; alors, l'intervention successive, isolée des généraux prussiens, au lieu de sauver deux fois leur allié, aurait amené la complète destruction de leurs propres troupes. D'un autre côté, la position de Mont-Saint-Jean, malgré sa force défensive, était on ne peut plus mal choisie. La première condition, pour un champ de bataille, est de n'avoir point de défilés sur les derrières , et Wellington s'était adossé à une forêt. Trois fois dans cette journée l'armée anglaise aurait opéré sa retraite, si la retraite lui eût été possible. Ce qui devait la perdre, finit par la sauver. « Journée incompréhensible ! concours >i de fatalités inouïes ! a dit encore Napoléon. Y a- >i t-il eu trahison ? N'y a-t-il eu que du malheur ? » Et pourtant tout ce qui tenait à l'habileté avait >î été accompli! Singulière campagne, où j'ai vu » trois fois s'échapper de mes mains le triomphe ^ assure de la France ! Sans la désertion d'un traî- » tre , j'anéantissais mes ennemis en ouvrant la ») campagne; je les écrasais à Ligny si la gauche
» eût fait son devoir ; je les écrasais à Waterloc » ma droite ne m'eut pas manqué. Singulière » faite où, malgré la plus horrible catastrophe » gloire du vaincu n'a point souffert, ni celle » vainqueur augmenté. La mémoire de Tun su p vraàsa destruction; la mémoire de Tautres sevelira peut-être dans son triomphe! »