‹ Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandéeChapitre 16 sur 27 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le maréchal de Gié et le comte de Montpensier entrent à Naples à la tôte de l'avantgarde. — Bulletin expédié du qaartiertrénérai du roi à la date du 20 février. — Description du château de Gapuana. — Entrée du roi à Naples. — Le roi assiège les châteaux Neuf et de l'Œuf. — Prise des châteaux. — Bulletin qui en rend compte. — Situation des Français à Naples. — Négociations entamées par don Frédéric, oncle de Ferdinand. — Elles restent sans effet malgré la générosité du roi. — Lettre du cardinal de Saint-Malo. — Poésies françaises composées pour célébrer la conquête de Naples. -« Leur infériorité si on les compare aux œuvres des poètes italiens de la même époque.

BVENows sur les derniers événements.

Ferdinand était encore renfermé au château Neuf avec les siens lorsque Tavant-garde française avait occupé

les faubourgs de Naples qui était déjà à cette

époque une immense ville.

Le roi avant d'y faire son entrée s'était logé

192 CAMPAGNE ET BULUtTINS

d'abord au château de Poggioreale, puis an château de Capuana ou Capoue, ancienne résidence des rois de la maison d'Aiyou , adoptée aussi par les princes aragonais.

Il s'était fait précéder dans sa nouvelle capitale par le comte de Montpensier, le maréchal de Gié , le sénéchal de Beaucaire et avait eu soin de cantonner les Suisses en dehors de la ville afln qu'ils ne fussent pas tentés de se rallier à la populace qui , après avoir attaqué les écuries da roi Ferdinand , avait dévalisé les Juifs et les Maures.

Voici du reste un bulletin imprimé qui nous donne à la date du iO février des nouvelles précises du quartier-général du roi *.

La prinse de Napples.

Le roy estant à Verse (Averse) ce xxme de février, qui est à trois petites lieues de Napples , toute la noblesse de Napples est venue vers lui. Et semblablement les cinq sièges qui sont les cinq lignées nobles de ladicte

ville. Et entre les autres la principalle qui est celle

qui a esté tousiours Aragonnoise ; les prisonniers nobles

*■ Bibliothèque de Nantes. Imp. en caractères goth., sans nom, ni date , ni lien , relié à la suite des Poésies de Jehan Meschinot.

quiestoient dans la ville ont esté relâchez, et sont yenuz au devant du Roy. Il y avoit tel qui avoit esté xviii ans prisonnier. Le roy Ferdinand s'est retiré au chasteau neuf de Napples, dom Frédéric avec lui et dom Géofroy ^ nepyeu du pape , ensemble leurs femmes, avec ce qu'ilz ont peu réserver, et ils mettent la plus grant diligence qu'ilz peuvent de se mettre en gallées subtUles et coursères * pour s'en aller en Gicille après le roy Âlphonce.

Le roy Ferrand a retenu prisonnier le filz du prince de Saleme et le filz du prince de Rossano avec le CQmte de Gossa^. Affin que le roy ne s'aydast des grosses navires, ilz en ont bruslé trois des plus grandes. L'autre nommée Gapello, le roy Ferrand l'a donnée au cardinal de Gènes ', et à messire Biette *.

Dedans la ville de Napples sont entrez de par le roy messeigneurs le comte de Montpensier, le maréchal de Gyé, le seneschal de Beaucaire et mons^ de Glérieux qui a la charge de garder les portes afin que les Souysses n'y entrent.

Ils ont appoincté que ledit cardinal de Gènes et messire Biette nonobstant leurs robbes (bagages) chargées attendront la venue du roy pour quelque propos.

* Galères légères et propres à la course.

* Ils forent relâchés.

' Paul Fregose, créature de Sixte IV. 11 était cardinal archevêque de Gênes, après y avoir été doge.

* Obietto de Fieschi. Il était, comme le cardinal^ banni de Gênes «t chef de parti dans la ville et dans le canton de la Rivière.

IM GASTAOII IT •ULLimm

Geuli de la TÎDe de Niqjiples «ment pilié YweHn chasteau, qu'on appdle Gapouana, la maifloii dedom Frédéric et toate l'eteurye eu estoieat les grans ch»* yanx da roy Ferrand. Est attendu le roy à fwe son» trée audit Napples, comme les Joife attendent te menias. Qui ne lui peut baiser la main hn baise le pié. 11 iéra son mitrée lexxn de février.

Le sdlgneur Virgille des Ursins etle comte de Peûsae n'ont peu afoir saufconduit du roy. Us sont a xv. ode de Napples. Us y sont pour fiiire mal leurs besongaei si le roy n'a pitié d'eulx. Le sire Jeban Jacques (Trindee) a eu saufconduit pour lui, ses biens, femme et fiunflfe.

Les Juifs et marrans (Maures) ont esté pffliei; les Juife tuez et les marrans sauvez en navires.

Le ehasteau neuf où s'est retyré le roy Feirand est assiégé, et le fera on bien haster de s'en fouyr s*il ne veult attendre sa prinse.

Fait devant Napples le .xx. février.

Quant à l'entrée à Naples du maréchal de Gié et à la prise de possession du château de Capouana, nous en trouvons le récit , assez curieux , dans une lettre adressée , croyons-nous , au cardinal de Saint-Malo, alors en mission à Florence, par un de ses principaux subordonnés. Cette lettre, transmise en France par le cardinal , trouva sa place dans un des premiers bulletins expédiés de Naples et imprimés à Paris.

DE LA GRANDE ARMÉB D'iTALIE. 195

Lettres envoyées à Monseigneur le général faisant mention des richesses et grandes beatUtez qui sont au chasteau de Capouana.

Monseigneur le maistre, toutes recommandations prémises , j'entray le jeudy xixe jour de ce mois dedans ceste yille et le second en la compagnie de Mei* le ma* reschal de Gyé qui y entra avec quarante ou cinquante cbeyaulx seulement Vinrent au devant de luy des gens de la ville au nombre de trois ou quatre cent à cheval crians : France. Combien que le duc de Galabre qui se disoit roy couronné étoit encores dedens le chasteau neuf avec grant compaignie d*Altemore et plusieurs autres seigneurs. Et nonobstant les gens d'icelle ville menèrent descendre mondit seigneur le mareschalàTéglise Saint Laurens , qui est fondée des cordeliers au millieu de la dicte ville , et où il y a une chappelle de fondacion royalle où on a acoustumé de mettre en possession les roys de la seigneurye; et malgré lui le firent seoir en une chaize , et le mirent en possession du royaume et de la seigneurie au nom du roy. De là nous en vinsmes logier chez ung comte des principaulx de la ville. Après £sner nous veinsmes au chasteau de Gapouanne qui est à rentrée de la ville, belle maison de plaisance devant plusieurs autres , oîi j'ay esté trois nuys devant que le roy y arrivast. Mondit seigneur le mareschal me défendit sur mon honneur que on n'y feist aucune violence es biens qui y estoient , et il me bailla six archiers. A mon entrée, je trouvay en deux caves deux cens pipes de vin le meilleur du monde. En une chambre je trouvay

496 CAMPAGIll IT BULLRIRB

bien trois ou quatre mille more de cheyanlx tout neub de toutes sortes penduz et acoustres le plus honnestement qu'on sauridt Hedre. Jfin après me tiray en une autre grant chambre où je trouray de la Taîsselle de cristal, de pourcelaine^d'albastre, de jaspe etdennrbre à si grant quantité qu'on dit qu'ils avoient eouslé plus de dix mille ducats. £tt une autre chambre je troovay tant de beau linge de table qu'on sauroit souhaictier, ÂTant que le roy entrast en la ville , il a couchié une nuyt à Poge royal (Poggioreale) qui est une maison de plabance que le roy Ferrand et ses prédécesseurs ont fût faire, qui est telle que le beau parier de maistre Alain Ghartier, la subtilité de maistre Jehan dé Meun, et la main de Fouquet* ne sauroient dire, escripre, ni peindre. Elle est assise loing de la rille aussi loing que de Tours au Plesseix, et depuis la porte de la ville jusques-là , on va par grans sentiers et allées de tous costei. Elle est environnée d'orengers et de rommarins et de tous autres arbres fructueux tant en yver que en esté à si grant quantité que c'est chose inestimable. Ledit jardin est clos de murs en carré, et il est si beau que je ne vous sauraye escripre en la vie d'homme. Environ ceste maison sont les belles fontaines , les viviers pleins d'oyseaulx de toutes sortes et si estranges qu'on ne sauroit penser. De l'autre costé le beau parc où sont les grosses bestes à foison, la garenne de connins et de lièvres, l'autre garenne de faisans, de perdrix, et il semble que tout y soit fait par désir humain. Car par mon sou-

*■ Fouquet, né à Tours, était le meilleur peintre miniaturiste du temps.

hait ni par celui d'homme vivant rien ne pourroit advenir de plus à nature humaine. Je croy que c'estoit là toute la félicité des prédécesseurs roys.

Au surplus du povre roy Alphonce on ne sait où il est. Les ungs disent qu'il s'est rendu cordelier en la rehgion de l'oncle de monseigneur d'Odesse, les autres disent qu'il est allé en Espaigne, les autres en GeciUe et a emporté tout son avoir. Au surplus nous sommes en ceste ville avec cinq cens lances , quatre mille Souysses et deux mille homm«s de pié seulement » et le demeurant de noz gens aux champs et autres villes voisines. Nostre artillerie n'est pas grande , mais nous en avons trouvé en ceste ville cl des poudres largement; mais nous avons faulte de voultes de fer *■ pour ce qu'ilz n'ont que pierres icy. Nous avons deux forts chasteaulx contre nous ; c'est assavoir : le chasteau Neuf et le chasteau de l'Œuf où il y a force gens et artillerie, et le siège est devant ledit chasteau Neuf, qui est comme la Bastille. Je croy que à la fin nous l'aurons, mais il coustera bien chier. Nous y sommes tousjours depuis le matin jusques au soir tant pour faire asseoir le guet que pour tenir....

Le duc de Galabre s'en est party par mer et est allé, ainsi qu'on dit, mener les dames et autre menu peuple en Gecitle. Il a laissé le marquis de Pescaire dedens ledit chasteau, ung capitaine avec six cens Souysses, et ung espaignol que vous avez veu autrefois. Il est fort roux, et on le disait ladre. Il vint avec le frère de

* Boulets.

198 CAMPAGNE ET BULLETI!fS

monseigneur de Foix. Aujourd*huy ils auront assaidt à la basse court. Le roy a délibéré d'aller en PouiDe et en Galabre tenir les Estas pour conclure de toutes les affaires du pays. H a assez promis de choses à beaucoup; mais, à ce que j*entens, il ne donnera rien sans assembler son conseil , ainsi qu'il a ordonné. Il donnera les offices à gens qui seront de Testât d'icelles et qui se tiendront sur le lieu. Plusieurs officiers et des prindpaulx sont allez avec l'autre roy, et pour ce leurs offices sont racants et impétrables.

Ce ne fut que quelques jours après le départ de Ferdinand, qui avait conQé la défense du château Neuf à Alphonse d' Avales et celle du château de l'Œuf i un capitaine italien, que Charles VIII fit son entrée solennelle dans la nouvelle capitale. Le bulletin suivant imprimé à Tours nous en donne la description.

Lettres envoyées par nostre sire le roij à momeigneur de Bourbon, escriptes à Napples le xxu de fevriei\

Mon frère, depuis les autres lettres que dernièrement vous ay escriptes par lesquelles je vous faisoye savoir mon entrée à Capoue, je vous advertis que je suis venu à Averse et Tay mise en mon obéissance, et ce jourd'huy je suis entré en ceste ma cité de Napples; et me suis venu logier au chasteau de Capouana, lequel est près de la porte de la dicte cité de Kaples ; pour ce que je n'ay

DE LA GRANDE ARMÉE D'iTALIE. 199

voulu, pour le jour, faire ne tenir forme d'entrée. Je vous asseure que de ce que j'ay yeu jusq[ues icy du royaume, c'est ung bon et beau pays plein de biens et de richesses. Au regart de ceste cité , elle est belle et gorgiasse en toutes choses autant que Tille peut estre.

Domp Ferrand et domp Frédéric se sont retirez au chastel de TŒuf, et ont laissé dedens le chasteau Neuf le marquis de Pescaire et quelque nombre de gens, mais j'ay (ait dresser et asseoir mon artillerie devant Et j'espère que en bien peu dé temps je le reduiray en mon obéissance; et desja la batture leur a osté toutes leurs deffenses. Et estoit tonte leur espérance en quelques gaUées qui estoient au pié du dit chasteau de l'Œuf, esquelles ilz se sont mis en l'extrémité. Et ont prins les ditz Ferrand et Frédéric la mer pour leur dernier reffuge.

Mon frère, vous ne pourriez croire la grant afifection et bonne voulante que les gentilz hommes et le peuple desmontrent avoir en moy. Car de chascune ville du royaume m'ont esté apporté les clefz des portes, et m'ont fait les gentilz hommes et citoyens dicelles toute fidélité et serment comme bons et loyaulx subgetz doivent et sont tenuz de faire.

Au surplus j'envoieray d'icy partout pour remettre le demeurant de mon entreprinse en mon obéissance et donner ordre es affaires et seuretéz d'icelles et toujours vous escriray et feray savoir de mes nouvelles et autres choses, ainsi qu'elles surviendront. Je vous prie, mandez moi des vôtres. Et advertissez les bonnes villes et aultres lieux de mon royaulme de France ainsi que

200 CAMPAGIIK ET BULLETINS

VOUS verrex estre à faire, de ce que je tous eaGrip d dessus, affin qu'Ai sachoit la bonne prospérité et netoire qu*il a pieu à Dieu me donner en ceste moi mprinse et recouvrement de mon royaulme de Kipfta' Et adieu mon frère, qu'il vous ait en sa garde. Escrift en mon chasteau de Capouana en ma dté de Napples, le. XII. de février, ainsi signé : Chablbs et Robertet.

Le roy retournera incontinent les chasteauli prias c'est assavoir : Chasteau Neuf qui est dedens ladide ville de Napples , près la marine, et chasteau de FŒof qui est tout enclos dedens la mer, et donne ordre en sei besongnes.

Monseigneur de Montpensier demeure lieutenant gênerai du roy; monseigneur d'Aubigny, conestable. Le seneschal de Beaucaire , admirai et comte d'une comté valant douze miUe ducatz de revenu, et capitaine des chasteaulx de Napples et Gayette , et monseigneur de Champereux, mareschal.

S^ensuyt Ventrée et couronnement du roy nostre sire en la ville de Napples faicte le xxii« ;ot*r de février 1495 K

Le jour du dymanche xxiie jour de février qui était la fête de la chaire saint Pierre , ainsi qu'il fut élevé à

*• Bibliothèque impériale, imprimé en caractères gothiqaes, sans nom ni date. Recueil provenant de la Bibliothèque Hébert, N* 34540 du catalogue. Cette pièce manque au recueil de la Bibliothèque de Nantes.

DE LA GRANDE ARMÉE D'iTALIE. 201

Rome et mis en la haute chaire du pontificat lieutenant de Dieu en terre , pareillement a pris notre sire le Roy la couronne et possession de son royaume de Naples. Ledit jour le roy ouyt la m«sse environ une petite lieue de Napples lui et son noble exercite et là baisa les reliques de saint Barthélémy et puis dist : c Or allons, au nom de Dieu nous sommes assurés. > Et à icelle heure marchèrent tous devant et derrière en grant ordonnance vers la dite ville , les avant gardes et les arrières gardes, le roy au milieu, les gens de son conseil ecclésiastique comme légats, cardinaux, archevesques, évoques et autres notables clercs. Et incontinent ceux de la dite cité, par bon ordre, environ demye lieue, marchèrent hors de la ville ainsi qu'il s'ensuit : premièrement les quatre mendians, avec les croix, eau benoiste, et consequamment toutes les paroisses, les banières, et tous les prostrés revêtus de riches chappes et après les abbés, prélats, chanoines et ceux des autres dignités en chantant louanges à Dieu et à toute la cour de paradis et ils tenaient grant pays (grand espace). Il fut présenté au roy une croix qu'il adora et baisa en approchant de la dite ville. Item après marchèrent les dits prélats et ils portaient en grant triomphe le corps du prophète Isachar qui donna la circoncision à Notre Seigneur J.-G. en présence de la Vierge Marie , de saint Joseph et de ses amys. Item après vinrent les bourgeoys et enfans de bourgeoys en grant état. Et après vinrent les cinq lignées qui sont les gouverneurs et principaux de la dite ville bien accoutrés à grandes robes de velours et de damas, qui

^20i CAVPAGRE tT nTLLBTnil

araient grands riebesses sur elles et leun dummltiiMt couTerts de décors et draps de soie, Jusqoas à terre-Toil chacun faisait la révérence» ainsi qja^û apptrtetel fnresentèrent au roy les deb de redûef ainsi qA avaient fait paravant Les uns baisaient les pies danfi les autres les mains, toncbaient son chend , pn» lehiisaient, et crièrent à haulte voix, Noë!, NoU. Les antrei: 4 Benedictus qui venit in nomine DominL » Et qaantle roy fut à la porte, il y fût bict une belle haraiq;!» de par lesdits seigneurs habitans de la dicte tSc. La dicte harangue faicte, descendit deux enfens en lud^it de dem anges par subtils eng^, et présentèrentanroy la couronne du royaume de Napples qui fut portée tout le 1ob| des rues jusqu'à la grant église caâiedrale. Le roy entra et marcha lui et tout son triomphe jusqu'à la JBcte église et là lui furent feictes deux belles proposîtioDs, Tune en latin, l'autre en français qui durèrent un grant quart d'heure. Et après le roy fist serment de garder et défendre l'église et incontinent les portes furent ouyertes et commença tout le clergé, qui durait une demye lieue , chanter à haulte voix : c Te Deum laudamus. » Toutes les cloches sonnaient , les orgues, trompettes , clorons et toute manière d'instrumens : c( Louange à Dieu soit faicte.» Le roy fut mené au palais du roy Alphonse qui était paré de diverses tapisseries et U estait le siège royal mis en grant pompe et paré richement. Et incontinent le roy fut pris et eslevé par les princes, comtes, barons et chevaliers dudit pays et fust eslevé en majesté royale et lui fut baillé le sceptre royal en sa main et mise la dicte couronne et par un

lei^t * et cardinal sacré et étaUi roy naturel et légitime du royaume de Napples.

Incontinent tous les seigneurs dudict royaume, qui là estaient, luy firent foy et hommage en baisant le roy aux pieds et aux mains , ainsi qu'il était cfaascun tenu défaire.

Et pour ceste cause, ces nouvelles étant venues à Florence, il y a eslé <N*donné par grant solennité de fermer les boutiques durant trois jours , faire processions générales et sermons, sonner cloches et faire feu de la grant joye qu'ils avaient. Par plusieurs grandes raisons devrait-on faire plus grands choses au royaume de France et par ce peut-on connaître la bonne affection de ceux de Florence.

De ces nouvelles joyeuses sont venues les lettres à messeigneurs les gens du roy à Tours le xini jour de mars escriptes à Naples le xxviii de février Tan mil cccc. nu. XX et xiuii dont a esté procession générale et sermon en rendant louange et grâce à Dieu et en priant Dieu, Nostre Dame de Pitié, monseigneur saint Gratien et saint Martin pour la bonne santé et prospérité du roy et de tout son exercite.

S'ensuyt la belle ordonnance faicte en ladite cité de Naples, et pour ce que je ne says pas le langage du pays, je laisse les mystères qui furent joués en plusieurs car-

^ Ce bulletin ressemble un peu trop» dans ce passage, à quelques-uns de ceux qui l'ont suivi de nos jours. Aucun légat ne sacra Charles YIII roi de Naples avec le pouvoir légitime de lui conférer ce titre.

904 CAHPACDII R MlUniM

refourt et aultrei gnndet kmanfei qpa je m\ pas :

Et premièremeiit :

Les rues estoyent tendues li honoralileneiit, fim n'en pourrait estimer la grant richease. Le rof aW soubs ung poâe d'or firangé de frange d'or et erial porté par quatre cheyaliers.

Item derant toutes les maisons de renomflyaiHl table ronde de vins grecs. Tins de Bosete» vins caii, ▼ins muscades et maltoisie q[ui estdent si finis ffA eschauffoient comme qui eust mangé finies «çiees. Lu grandes tasses et yaisseaulx d*or et d'argent ailfljeat toiQOurs remplis de vins frais, et gettait t'on le iamsarant (le restant) d'aucun, quand on avait bu, à bas « la rue, tant qu'on marcbait parmy la rue par dessus In souliers dans le Tin.

Item je Tis choses nouvelles, pois, febTOs, Inmsi manger, cerises et les grandes grappes de toijus bies gros aux vignes.

La manière du soupper du roy.

Le roy souppa au palais et là fust faict ung banquet merveilleux auquel banquet servaient les comtes jusqu'au nombre de xn. Au milieu de la salle, il y avait ung buffet qui fut donné au roy où il y avait linge non pareU. On y voyait de degré en degré les richesses d'or et d'argent qui appartenaient au buffet du roy de Naples : aiguières, bassins d'or, escuelles, plats, petits pots» flacons, grands navires, coupes d'or chargées de pier-

reries, gril, broches, landiers, pallettes^ tenailles^ soufflets, lanternes, tranchoirs, salières, cousteaux, chaudrons et chandeliers , tous d'or et d'argent

Dès le leDdeinain de son entrée solennelle à Naples le roi fit dresser ses batteries contre le château Neuf et celui deTŒuf qui tenaient encore après le départ de Ferdinand et celui de sa famille. La défense du premier avait été conQée par ce prince i Alphonse d'Avalos qui avait sous ses ordres le capitaine allemand Gaspard et une garnison en grande partie composée de soldats de la même nation. Malgré l'injuste déflance que Ferdinand lui avait montrée, cette garnison tint jusqu'au six mars. Le château de l'Œuf, bâti dans la mer sur un rocher isolé, et séparé de la terre ferme par la main des hommes, avait été remis à la garde d'Antonello Piccioli , capitaine dévoué à la maison d'Aragon. Cette forteresse passait pour imprenable du côté de la mer. Mais dominée du côté de la terre par une hauteur appelée Pizzifalcone , où les Aragonais avaient construit une redoute que les Français désignaient sous le nom de Tour Saint- Vincent, elle fut foudroyée par notre artillerie et contrainte à se rendre le 15 mars.

Après ces deux sièges , la supériorité de notre artillerie, reconnue déjà dans les batailles, fut proclamée comme irrésistible par nos ad-

206 GAMFAGin R ■ULUTlM

versatres. Omiqoe les Aragonais ftitmt pev* TUS &t nombreuses pièces de diTers ctlibni» ils ne safoient point, comme nons, en Vn iKM^ la nuit Pendant ce teaipe, ils éliieit donc désariBés et silencieux devant le fet Ai nos batteries. Ils se serraient d'aiUeors, k plus souvent, de boulets de pierre dont li portée était moindre et la direetion beaneo^ plus irrégulière que celles de nos projediia de métal. Quoique les bombes ne fussent poiat encore inventées, un tir plongeant produint dans l'intérieur du fort de l'Œuf des eObts ooi^ parables à ceux que l'on oblient aqjonrdluH par remploi de l'obus ou de la bombe. C'est aiasi qu'il s'alluma dans cette forteresse un incendie effroyable qui, alimenté par l'énorme quantité de poix et de résine qu'on accumulait alors dans les châteaux assiégés pour les verser bouillantes sur les assaillants , remplit de flammes toute la pa^ lie du fort qui avait résisté aux batteries françaises.

Le roi qui avait dirigé ces deux sièges en rendit compte i W de Bourbon dans la lettre suivante qui, avec le bulletin du xiii mars, fut imprimée et répandue à Paris et en France *.

* Bibliothèque de Nantes, pièces imprimées en caractères gothiques, sans nom, ni date, ni lieu. Reliées à la suite des Poésies de Jehan Meschinol.

Jjn Nouvelles Lettres datées du Jm« iour de mars , envoyées de par le Roy à Ms^ de Bourbon avec les Ambassades.

Mon frère, hier rfui fût kindi ceux de la place du Ghastelneuf que nous tenons assiégez , depuis onze jours en ça, requirent à parlementer, et demandèrent trêves jusques au jourd*huy matin , ce qui leur fut accordé. A quoy, à la dicte heure, ils n'ont point failly. Et pour leur parler ont esté commis Engilhert mons^ de Montpensier, le baillif de D\jon, Lornoy, dom Jullien, messire Gabriel de Montfaucon , Jacques de Silly et Buzet ; lesquelz ont accordé auecques eulx que si dedens samedi , tout le jour compris , le jeune roi Ferrand ne vient pour nous combattre, ilz bailleront franchement ladicte place avec l'artillerie qui y est , et tout leur meuble. Et, par ce qu'ilz sont tous Allemands, ilz s'en retourneront en Allemaigne , réservé ceuk qui me Youldront servir. Pour seurté de ce, ilz ont baillié ostages de leur capitaine et jusques au nombre de six.

Mon frère , je suis asseuré que ledit jeune roy n'a garde de venir combattre , pour ce je suis seur d'avoir ladicte place. Au regart du chasteau de l'Œuf , je ne fais nulle doubte que bien tost ilz n'en facent autant; car je tiens la tour Saint-Vincent qui est entre lesdits deux chasteaulx', et tout ce qui est alentour. Ce dont je vous ay bien voulu advertir , vous priant me mander de voz nouvelles. Escript à Napples le iii« jour de mars. Ainsi signé : Charles, et Dubois. *

908 CAMPAOn R MIURIin

Depuis mon aslrée à HapplM MWt moy les amhaiMifci dé Teaise, de Boom, de! du roy des Rommiiiis » d'Ani^eterre» dn rosf de Portugal, Fambassade de Milian^rainlwi tok , Fambassade du duc de Ferrara, du Tneft Soudan, et d*autres ploneurs à gnat Bonbre, quelles encores n*a?oiis &it nulle reqioiMeu

A l'occasion de toutes les nonrelles furent faites les processions genenDes en la Aii] dté de Paris le mercredy XTin* jour dodit bmi^ Il marsàgrant sollempnité,et les fbui commandwiàiÉi en ladicte TiUe. Ain^ disner fut chanté Tb Deim Mh damus^ à Nostre-Dame de Paris.

Lettres noweUemetU emayéet de Nappke, daiie$ du xm jour de mare.

Monseigneur, au jour d'huy v°>« jour de mars .dooi Frédéric * est venu devers le Roy au dehors de ceste ville entre le Ghastelneuf et le chastel de FŒuf , et ont parlé bien Fespace d'une heure ensemble tous deux, tous seulz ; et lui a requis dom Frédéric que son plaisir fust ne vouloir deshériter son nepveu , le roi Ferrand, et qu'il se voùlsist contenter de la conqueste qu'il avoit faicte du royaume, et qu'il lui pleustle rendre à sondît nepveu qui le tiendroit de lui à tel devoir qu'il lui plairoit, le roi retenant pour seurté telles places qu'il lui plairoit du pays.

*' I^uc de Tarente, ODcle de Ferdinand et frère d'Alphonse.

DE LA GRANDE ARMÉE D'iTALIE. 209

.Le roy de luy mesme , sans appeler personne, lui a response et lui a dit que, au regart du royaume, il le lui rendra jamais , et qu'il lui appartenoit. Mais que Youloit venir devers lui qu'il le contenteroit et qu'il l,7jim donneroit en France si bon et si grant appareil ^ - ^'il auroit cause de s'en contenter. Mais que de lui il n'auroit jamais rien de par deçà. Ledit Frédéric s'en est ^ . jretourné à temps pour le faire savoir à sondit nepveu , assurant que dedens dimenche ou lundi il en viendra I dire responce.

^ - Le vu* jour de cedit mois de mars , environ sept I heures du matin , est entré monseigneur le mareschal de Gyé et monseigneur le seneschal d'Armagnac dedens le Ghastelneuf de ceste ville pour le roy. Et s'en sont aUez ceulx qui le tenaient pour le roy Ferrand, qui pouvaient estre jusques au nombre de cinq cens hommes, et sont demeurez les AUemans en notre solde.

Monseigneiur , aujourd'hui est revenu dom Frédéric demye heure devant soleil couché parler au roy au lieu où il parla l'autre jour. Ledit Frédéric doit encore revenir en peu de temps. Le roybésoigne tous les jours au fsdt de l'ordre qu'il veult mettre en ce royaume , et des gens qu'il a vouloir d'y laisser. Monseigneur de Montpensier demeure vicegerent du roy; le seneschal de Beaucaire, grant chambellain; monseigneur d'Aubigny, connestable; monseigneur de Ghamperoulx, mareschal et capitaine de cent hommes d'armes ; monseigneur de Percy , grant seneschal , et monseigneur de FEspare, mais je ne scay encore quelle dignité lui sera

910 GAWAfflm ET BOURlHi

ordonnée. Je croy UMi qne

et d'autres ca|Mtaiiiet dont il n*«fll

heure. Je croylnen que Georges de SoDy es

Monseigneur, «ugourdluii Tin* jov dodit as)i fH sceu que le roy a fût effirv ta priaet éBtwtmÊêfÊÊ son nepyeu le roy Femnd de M dfommear m livres de rente, xxim nâle de pesMi et hommes d*annes , et que si son père ^«NdMt voirfrt lui feroit quelque autre bon appoinetaBent, deçà il ne lui donneroit pas ung ducat* deyoit roTenir à ce soir, et a esté le roy mur te lio»» perant qu'il vint, touteffbis, il n'y viat point, qu'on a sceu qu'il ne Tonoit point , tente noslre rye qui est assise derant ledit chastel de VŒni a tMl ung coup : vous ne vistcs oncques tel ménage. Ceolidl dedens n'ont pas tiré un seul coup. Je croy que dswiB ledit prince pourroit bien encore revenir.

Monseigneur, à ce matin , est venu le jeune MaumoBt devers le roy. Il estoit allé devers monseigneur d'Aubigny lequel est en Galabre pour prendre possession da pays. Maumont dit qu'il ne vit oncques de si b<NQS François , et que tout le monde apporte les clefii , criant: Noël et France , et que une toute seule place du pafs ne montre signe de désobéissance. Ung gentilhomme de monseigneur de Lespare est arrivé après disner. Il vient de la Fouille et dit que partout sont ainsi obéissaas , ce qui me fait croire que le roy Ferrand pourra bien prendre Tappoinctement qu'on lui offre.

Monseigneur, aujourd'hui x^ jour de cedit moys a commencé rartillerie à fort battre le chasteau de l'Œuf et ne

DE LA GRANDE ARMÉE d'iTALIE. 211

oyent ceulx de dedans un seul coup. Il faut voir tout le cxioiide sur le penchant d'une montaigne examiner nostre Burtillerie à aussi grande presse et aussi sûrement cooome B*ilz estoient aux jeux. Le roy n'en bouge depuis qu il & disné jusques à la nuyt , et joue aux flux auprès des canons et si près de la passe , que Jehannot de Triondes a tiré une flèche de trousse jusques au dedens des meurtrières du fort. On fait si bonne diligence de tirer qu'au ^ jour d'huy on a abatu un pan de muraille.

Monseigneur au jour d'huy le roy est allé disner à * Tartillerye , et ont fait les canonniers en peu de temps si bonne diligence de battre qu'ilz ont rue une tour qui est au bout du pan de muraille, laquelle fut hyer abatue et mise par terre, mais le roc est si hault que quant il ne seroit point en mer si fauldroit-il cent pies d'eschelles pour y atteindre. Escript à Napples le xili» jour de mars.

Nous ne satirions passer sous silence la lettre suivante du roi à M<^' de Bourbon. Elle résume complètement la situation des Français après la prise des deux châteaux et nous fournit de plus des détails précis sur les négociations que Ferdinaiid essaya, en désespoir de cause, de lier avec Charles VIII par l'intermédiaire de son oncle Frédéric.

Lettres nouvellement envoyées de Napples de par le Roy, nostre sire, à M^ de Bourbon, du xxviiie jowr de mars.

Mon frère, par les lettres que dernièrement vous ay escrites , tous avez bien sçeu la composition de Gastel-

SIS CAHFAOn CT MILUim

Neuf de cette cité de Hajpples, et met mains et oMiMBce.

Depuis est Tcmi dom FMerie wsmtqm huyt gallères dedans le ctstd de l'Œuf an fB combattre , mais pour traiter de la paii. 11 ae plier et requérir de Touloir luj parler de ftf Ferrand son nep?eu, ce que jo luj aj tiers. Après plusieurs parolles et doiPéancei 1 M plia et requist« entre autres choses» que je laisser à son dit nepyeu le tfltre du royaume et pension pour vitre telle qu'il me plmnoit quoy je luy fis responce que, avant non royaulme de France, j'avoye ftit cooiultar quereUe, et que j'avoie trouvé par roj^nkm de sages princes et chevalliers de cedit royaume fi tort et contre raison , il avoît esté usurpé sur wm décesseurs^ et pareillement que f en avoie prisletih et requis la vestiture à nostre saint père le pape qnml je passay à Romme *. Parquoy je n'estois point ddibM de riens laisser ni quitter de mon héritage et dudittiUie; mais pour rhonneur de la maison dont U estoit, je A le voulois laisser déshérité. Et que s'il s'en vouloit veair en France, je luy donneroye pour son estât xxx mille livres de rente et xxx mille livres de pension chacun an , et des gens d'armes , avecques ce que je le maryerois en quelque lieu de mon royaume de manière qu'il auroit cause de se contenter. De quoy il ne me fist aucune responce et me dist qu'il s'en yroit savoir la

* Charles ne dit pas que le pape avait jusque-là repoussé sa rcquôle. Dom Frédéric savait sûrement ce qu'il en était.

DE LA GRANDE. ABMÉE D'iTALIE. 213

^ence de son nepveu, ce qu'il ûst. Il retourna le Idtemain pour avoir responce , cuidant gaigner le point ^ demandoît , ce que je ne lui voulus accorder par ^ raisons dessus dictes , et il se retira à tant. Clefaitje fis incontinent asseoir mon artillerye devant lit castel de TŒuf , et faire telle diligence et batterie l.costé devers la ville que ceulx qui estoyent dedens \ trouvèrent si fort pressez , que le jeudy ensuivant, pp jour de ce présent moys, ils requirent parlementer requirent quinze jours de trêves pour se rendre ou Hiir combattre. Je ne leur en vouloys donner que huyt , ^oy ilz se décidèrent ; et dès lors baillèrent hostages Mur mettre ladicte place entre mes mains, ce qu'ilz it fait dès vendredy, xx de cedit moys , et s'en sont lez leurs bagues sauves.

Pareillement fut hyer pris et mis en mon obéissance chasteau de Gayette , et se sont ceux qui estoient dens renduz par composition , leurs vies sauves et ors biens à ma volonté. Us ont esté tellement pressez \ mon artillerye qu'ilz n'ont eu loisir de faire ladicte mposition à leur avantage.

Au regard de Tarente et autres places qui sont sur s extrémitéz de ce royaume du costé des Turquains, 3ssire Camille (Orsini) a déjà envoyé devers moy ung^ evallier de Rhodes lequel a entre ses mains les places ) la principaulté de Tarente, et il m'a fait savoir que je i veuille envoyer sûreté pour venir devers moy afin l'il mette entre mes mains toutes les places ; et il me rvira comme son roy , seigneur et souverain , ce que lui ay octroyé.

214 CAMPACKB R BULUTDIg

En oultre soat mun îey img grand nomhn en] gens de bioi des dktat pbeei et pays pov m\ sermeiU et Umte obéisuBce dqpoB mon arrivAe A< ▼Ole jusqiies à present-Toos les joun, saa fait et Obus donner ordre an fidt de la jnslke lii royaume.

Lequel rojamhe fay troufé en si graat les gentih hommes et soljets tant qpprcMes 4M|N|| n'en pouvoyent. Pour leur donner à cmignoisire hl touloir et aïfoctien que j*ay envers eulx, je leur i^ivl délibération du conseil, esté ung tas de charges et MÔ-1| tions extraordinaires, jnsques à la somme de dsmtttWl, soixante mille ducats par an dont ils ont esté tet cfrllî tens. Dès que j'auray pounreu aux places et aeocli àl| royaume je prendray mon chemin pour m'en retoma \\ et gaigner les monts avant que les grandes chaDeiff 1^ Tiennent

Mon frère j'ai receu plusieurs lettres de tous par lesquelles TOUS me faictes savoir bien au long Testât et disposition en quoy sont mes affaires de delà dont je TOUS remercye. Je tous prie , en continuant ce qu'avei fait jusques icy, que souvent m*en veuillez escripre.

Au demeurant je vous prie d'advertir les prélats, gens de bien , bonnes villes et citez de mon royaume de France des grandes grâces que Dieu m'a £ûctes et de la victoire qu'il luy a pieu me donner à la conquèste et recouvrement de mon royaume de Napples, et leur ordonner lui en rendre la louange ainsi qu'il appartient Que partout ilz en façent processions, prières et autres sollempnitez accoustumées estre faictes en semblables

, car je tous asseure , mon frère , qu'il n'est plus de

IttUTelles en Ytalie du du cymetière des Françoys

ftt'ilz disoient y estre , mais y a acquis la nation de Thon- Jieur et renoamiée largement , et autant qu'il est possiife. On parle sans cesse de mon exploit et de mon artillerie , laquelle, à ceste fois, ilz ont congneue autrement qu'ilz ne cuidoient.

Mon frère, comme je tous ay escript, j'ai trouvé par ieçâ la justice en si mauvais ordre que pis ne pouvoit esire. 11 me reste a trouver quelque nombre de gens dercz et savans pour la redresser, car ceulx du pays le désirent singulièrement. De ma part, je le veuil bien faôre. A ceste cause, je vous prie, mon frère, enquêta TOUS par delà quelz gens de robe longue il y a qui "voulussent venir servir de par deçà. Je desireroye singulièrement que le premier président de Bourgongne y vint. Je luy donneroye l'office de protonotaire du royaume qui est le chief du grant conseil à grant et konorable estât. Gela vault de gages par chacun an deux mille cent et quatre vingtz ducatz. Vous lui en pourrez escripre oultre ce que je lui en escripz , et vous me ferez savoir par la poste de sa voulonté en toute diligence , et semblablement les noms de ceulx qui y voudront venir pour que je puisse ordonner de leur fait et appoinctement.

Mon frère , je vous advertiz que pour habillier mon visaige il ne suffisoit pas que j'eusse eu la petite vérole, mais j'ai eu la rougeole de laqueUe Dieu mercy je suis guery.

Au surplus vous ne pourriez croire les beaulx jar-

316 CAlfFAG5l R BULLCnNS

dins que j'ay en ceste tille. Car sur ma ftoj fl qu'il n'y faille que Adam et Efe pour enfeire on dis terrestre, tant ils sont beanh et pleina de iaém bonnes et singulières choses conmia fetpère vm m conter , mais que je tous Toye. Atec ee j'ay trouvé as ce pays des meilleurs peintres» je irons en eBvemf pour faire d'aussi beaulx planchers qirïl est poMAb Les planchers de Beance » de Lyon et d'aatres Uen di France ne sont en riens approuchans de beanhéet richesse ceolx d'icy , c'est pourquoy , je m*en Cwinâif et les meneray auecques moy pour en feire à Amboise. Mon frère , j'ay intendon de fidre mon entrée et oiNh ronnement entre cy et Pasques, et ce fidt, incontinart après Quasimodo, je monterai à cheval pour m'en retoor» ner sans arrêter ni séjourner en li^ que je ne soye par delà. Cependant faictes moy sauoir s'il y a riens en Ytalye ou à mon royaume de Napples de quoy ayez envie, et je le tous enyoyeray. Et à Dieu mon frère, qu'il TOUS ait eu sa garde. Escript à mon chasteau de Gapouana en ma cité de Napples le xxvnie jour de mars. Ainsi signé : Charles et Robertet. Et au-dessus : A mon frère le duc de Bourbon et d'Aucer^ne,

Ceulx d'Albanye incontinent qu'ils ont sçeu la victoire du roy ont tué les Turcqs qui les tenoient en servage. Et audit pays d'Albanye il y a une grosse cyté devant laquelle les Turcqs furent deux ans avant qu'ils la peussent avoir , et la prindrent par famine. Depuis ils l'ont possédée jusques après qu'on a tué lesdit& Turcqs; etontmys les banières du roy sur les murailles

crians vive France , et ont envoyé devers monseigneur de Guyse , qui est es pays d'Otrante pour supplier le roy qu'il envoie de par delà une armée, qu'ilz semettroient entre ses mains et recouvreroient la Grèce. On dit aussi que les marchands florentins et venissiens estant dedens Constantinople ont escript que le grant Turcq est bien esbahy et a grant peur : il a fait venir devant lui ses plus grans clercs en sa loy et leur a commandé d'aller preschier la loi macommetique, mais en la cuidant preschier, ilz ont preschié celle de Jésus-Christ , dont ledit Turcq les a fait mourir de cruelle mort.

£t est très belle chose ce qu'ilz ont preschié.

Gy finissent les nouvelles que le roy a envoyées de Napples à monseigneur de Bourbon , datées du vingthuitièsme jour de mars.

Nous appelons Tattention sur la missive suivante; bien que non signée, elle doit, sans aucun doute , être attribuée au cardinal de Saint-Malo. Ce prélat avait été envoyé par le roi à Florence ^ à l'époque de son départ de Rome , pour y conduire des négociations difficiles dent nous aurons plus tard occasion de parler. Il rejoignit Charles VIII à Naples vers le mois de mars, comme il le dit lui-même dans cette lettre, adressée, sans doute par ordre du roi, à la reine Anne de Bretagne. Cette pièce unique s'est retrouvée manuscrite dans les archives de la mai-

son de Rohan i laquelle la reine «tnit firoliiblement Toala la commiiniqQer '•

Mwdtino, si trèsJuMdilflMeat» elc.» etc»

Tay reçea ? os ledres qaH tous a plen m'eso^ lesqudles f ay leoes an roy, «AU a prias piainr la ilsir que par icdles aves de savoir de ses noifvdhs;lt incontinent conunandé la pnmrion qoe iman hquelle il tous onroie par eé présent porteur.

Madame ^ joTOoldroye que vous eussîoa ven ville et les belles choses qui y sont, car c'est nngpaitdis terrestre. Le Roy de sa grâce m*a toola toat nuaitrer à ma venue de Fl<»rence, et dedens et driiofs Ift ville, et je tous asseure que c'est nae chose nicn|a^ ble que la beaulté des lieux si bien iqpropries entoda sortes de plaisances mondaines. Vous y avei esté sonhaictée par le roy, à ceste heure yci il n'estime Amboyse ni lieu qu'il ait par delà. Si ce royaulme est beau il est encores meilleur, je croys qu'il vault de îll à XUIc mil livres nettement, sans cinq cent mil livres que le roy leur a fait rabaiz qu'ilz paioient aux autres roys d'Aragon et sans plusieurs autres pilleries , injustices et rançonnemens qui leur estoient Mtz.

Bfadame, le roy se diligente le plus qu'il peut pour s'en retourner par delà, et il m'a -donné charge expressément pour ma part d'ayder à depescher ses affiires pour plustôt s'en retourner. François monseigneur de Luxembourg partit hier pour aller à Home devers

* Bibliothèque de Nantes , archives de Blain.

nostre Saint Père et messeig^eurs les cardinaux , à ce que on luy envoie Finrestiture et couronnement de ce royaulme. * Et incontinent, il est délibéré faire son

1 Cette mission nous est confirmée par la lettre suivante, également inédite , que nous avons trouvée an British Muséum , fonds Ëgerton. Elle prouve avec quel soin et quelle tenadté Cbarles VIII poursuivait cette affaire de Tinvesliture , dont Finsuccès avait été si complet à Rome, et qu'il ne devait jamais mener à bonne fin. A la distance où nous sommes de ces temps» il nous est difficile de nous rendre compte de Fillusion dans laquelle le roi et ses ministres étaient restés sur ce point. On espérait sans doute que la prise de Naples, la fuite de Ferdinand et les négociations ouvertes par dom Frédéric, négociations où Fon offrait à Charles VIII le titre de roi et de seigneur suzenin, avaient produit sur Alexandre VI une assez forte impression pour faire chanceler sa fidélité , jusque-là inébranlable , à la famille d'Aragon. Voici la lettre, adressée par le roi , an cardinal de Carthagéne (qui était, croyons-nous, un Savelli), pour lui annoncer Farrivée de François de Luxembourg , vicomte de Martigue et de M' Fctar, conseiller au parlement de Dauphiné, et le prier de les seconder dans leurs efforts prés du Pontife.

« Mons' le cardinal, j*envoie promtement par devers notre « SaintpPére et mess* du collège mon cousin le vicomte de

> Martigue et maistre Jehan Fetar mon conseillier en ma court » de parlement du Dauphiné pour luy dire et déclarer aucunes s choses qui très-fort nous touchent, lesquelles je leuraychar- 9 gé vous comuniquer comme à celluy en qui j'ay seureté et

> toute fiance. Si vous prie que les veuillez croire de ce qu'ilz

> vous diront de par moy , et vous emploi er à leur despeche » de tout votre pouvoir en manière que notre Saint-Père m'oc-

> troye ce que je luy requiers qui est raisonnable. Et vous me » ferez en ce faisant très-grant plaisir, lequel je recongnoistray

320 CAHFAORB ET BULiRIin

entrée gorgiaue et pompeuse à la récepcion des cheseï dessusdites. Pleust à Dieu que tous j fuisiei pour | avoir une part de plaisir, honneur et récepcion de eette seconde couronne.

J'espère atec Taidé de Dieu, qu*fl pourra partir Ski enviroo le VIII« jour d'avril, et que avant la lin d'ieehf mois il partira de Rome pour aller en France a^rtnt'ki grandes chaleurs; il pourra bien estre, à Paide de Nostre Seigneur, à Grenoble ou Lyon, environ la Salât Jehan : je vous asseure que c'est la chose au monda que phis je désire que de l'y veoir. Ledit seigneur y a lenblablement grande et bonne affection et non sans cause, tant pour vous veoir, madame, que son royaulme. Il vous comptera bien de ses nouvelles de par deçà et vous donnera belle envie de le venir ve<Hr. Vous teei bien cet appoinctement ensemble, mais que vous hann ung beau filz ou une belle fille, car ce royaulme est une belle provision pour eulx.

Madame, le roy laisse par deçà monsieur de Montpencier , son lieutenant , et monsieur le seneschal de Beaucaire, grant chambellan, et monsieur d'Aubigny, conncstable, monsieur de Ghamperoux, mareschal. De plus, il laisse le baillif de Dyon, messire Gabriel de Montfaucon, domp Jullien, Georges de Sully et autres

> enrers toqs. Et Adieu, mons' le cardinal, escript en nostre • chastel de Caponane, en nostre Tille de Napples, le XVII"*

> jour de mars. *

Chablis.

Pour Mons' le cardinal de Cartagena,

NOBLST.

DE LA GBANDE ARMÉE d'ITAUE. 221

cappitaines, avec mil ou xiK lances tant firanczoises que de ce pays, xv^ Suysses et mille arbalestriers firancois. Tous lesdiz cheÊs dessusdiz qui demeurent , ont duchez et comtez en don et en grant ralleur ; et le demeurant de son armée le roy la ramenne arec luy. Si l'on ne se presse, on aura des challeurs largement, avant que d'estre là , car il fait yci aussi grant chault qu'à la Saint-Jehan par delà. Je vous ay cuidé envoler des febves et pois nouveaulx de ce pays cy par ce porteur, mais je me double qu'ilz eussent esté gastez et perduz ; toutefoiz à Tavanture je tous en envoiray quelque peu pour la nouveaulté.

Madame^ le roy fait , Dieu mercy, très bonne chière. 11 s'est trouvé un jour quelque peu ennuyé de la peine qu'il avait eue de s'estre trouvé aux tranchées, jour et nuyt, à la prinse des deux chasteaulx, Ghasteauneuf et Ghasteauderœuf, mais, Dieu merci, il est à présent aussi gay qu'il fut oncques , et ne fait que deviser de ses housseures (bottes) et acoutremens pour faire son entrée et feste d'investiture.

Madame , je prie Dieu qu'il vous doint très longue et bonne vie et accomplissement de vos très nobles désirs. Escript en votre cité de Naples, ce xxe de mars.

Ces nombreux bulletins , imprimés et répandus dans les villes, ces lettres particulières communiquées aux grandes familles et colportées dans les provinces , ces fêtes religieuses et ces réjouissances ordonnées par les autorités locales avaient non-seulement rassuré la cour,

222 CAMPAGXI R BDLLBTIH8

Paris et l'opinion publique sur les dangers qoe l'armée avait athrontés en Italie, ce cimetière des Français, mais, de pins, ces nouvelles ofBcidta et glorieuses avaient donné à tous une haute opinion de la sagesse du roi et de ses ministres, ainsi que de la valeur de notre armée. Les poètes devaient naturellement sMnspirer de ces grands événements. On dit que Pontanus , lauréat de la maison d'Aragon, abandonnant ses maîtres en fuite , s'était tourné vers le jeune roi et lui avait souhaité la bienvenue en composaat à sou honneur des poésies et des sonnets en langue italienne. Ces vers du poète napolitain ne sont pas venus jusqu'à nous. Nous ne retrouvons dans nos bulletins que d'informes essais, fruits de l'inspiration de quelques rimeurs français. Ces strophes furent-elles composées par quelque poêle français attaché à l'expédition? Est-ce en France qu'elles virent le jour ? Cette dernière opinion est la plus probable. Quoi qu'il en soit, la presse française les offrit à l'admira* tion de nos ancêtres , et c'est grâce à cette publicité que nous en retrouvons un exemplaire à côté de nos autres bulletins en prose *.

1 Bibliothèque de Nantes. Imprimé eD caractères gothiques, «ans lieu, ni nom d'imprimenr, relié à la suite des Poésies de Jehan Meschinot.

Une première pièce , composée de vingt strophes de huit vers , est intitulée : Les regrets et complaintes du roy Alphonse d'Aragon à son pariement de Naples.

Alphonse , suivant notre troubadour, se plaint d'abord des Florentins , qui devaient garder « fermement le passage. >

c Mais

» .... de ce faire n'ont eu cœur ni couraige.

Il en est ainsi des Vénitiens et des Romains :

a Vcnissiens m'ont failly au besoing,

» Si ont Romains quand ont vu sa puissance.

(Celle de Charles Vin.)

Aussi s'écrie-t-il :

« Adieu , adieu , de Naples la cité

» Partir me faut plutôt huy que demain. »

Cependant il espère , mais faiblement , dans la valeur de son fils :

€ Je vous lairray icy mon lieutenant

> Bon roy Ferrant, jeune, puissant et fort ;

» mais vous tiendrez au port

> Auprès de vous toujours une gallée

» Pour TOUS sauver du péril de la mort. >

224 CAMPACWI IT BULUm»

Puis, il adresse sa plainte aux dieux mCna'. t^

Je me complains de Mars dieu des bataiOes Et de Mercure faire le dois Yraiment, Car ils sont cause de la perte et dommaige Que m*a fait France par son hardiment.

Plus de poésie , elle ne convient point à oo ni détrôné :

c Laisser nous faut la challemye (la lyre)

> D'Amphion, ne la sonner mye,

> Qui Argus feist sommeiUer

> Ne la TueiUez point reTeiUer,

> Mais faisons chiére piteable. »

Il regrette de n'avoir pas reçu de meilleurs conseils et surtout de n'avoir pas mieux étudié rhistoire :

< Si j'eusse bien lu les chroniques » Des Troyens grandes et petites ,

> Et mesmement celles de France

> Pas ne feusse en telle balance. »

Que son exemple serve aux autres rois et aux nations étrangères! Que personne n'ose à l'avenir tenir tête aux Français et

< contre eulx se mettre aux champs

» Car ils sont trop accoutumés » De coucher nuit et jour armés, * Tôst montés et tôst descendus. •

Aussi a-t-il prudemment agi en prenant la fuite :

Si point ne les ai attendus

Je croy que ce a été grand sens ,

Car contre eulz pas fort ne me sens ,

Et 6US ces termes adieu dis

À tous mes anciens amys

Qui êtes delà demeurez ;

Je crois que plus ne me verrez.

Une autre pièce, de vingt-trois strophes de six vers chacune, est intitulée : Louanges de la vie* toire du irès-chréiien ray de France, obtenue en la conquête de sa ville et cité de Naples, avec les regrets et lamentations du roy Alphonse. Elle offre beaucoup de ressemblance avec celle que nous venons d'analyser. Nous nous contenterons de donner ici le rondeau qui la termine * :

RONDEAU

ALPHONCE.

A gens francois ceste terre est promise Et selon droit elle leur appartient En long en lez , en tout ce quel contient. Aussi par droit leur a esté submise.

1 Voir la pièce entière aux Pièces justificatives.

Amour ot paii Fun à raiitrt eil rtqpne. Mail ce royiiiiiie laisser il me comeit . A gens franeois, etc.

Charles, Chaiies, »Ale fib de l'^^ise.

Prudent conseil ta mijesté soutient Perte et malheur de tous costei me Tiesit; Mais j'ay laissé toute mon eantreiirise A gens firancois, etc.

Adieu cytéy

D*auctorité

Très exodlente

Je suis bouté <

Et orfenté \

Dont je lamente.

Je me tourmente.

Force est que sente Dueil, courroux et perplexité.

Car je n'ay pour toute ma rente Que desconforts qui me présente Désespoir et crudelité.

Las je me Toy A tout par moy Comme une beste.

J'ay esté roy Tenant arroy Noble et honneste.

^ Sous^entendu dehors.

^ Mis dans la position d'un orphtlin.

Mais je proteste

Que ceste queste M'a mys en ung pikueux conroy.

Gà et là feray ma conqueste , Et cognois bien que sur ma teste Plus couronne ne porteroy.

l'acteur.

Le roy Alphonce se mist en ung navire Quand il se vit en ce point desconfire , Par grant yre n souppire Du cueur moult tendrement,

Piteusement Faisant département.

Il ouyt chevaux bruyre Harnois reluyre, Son fils Ferrant laissa pour introduire Et réduire Ou conduire Napples à son entendement.

Mais les François honnestemcnt , Joyeusement , Prudentement, Y sont entrez sans mot dire.

Prions à Dieu du firmament Que le roy revienne briefment En France ses subgects instruire.

Amen.

finent les lamentacions et regrets du roy Alphonce.

3S8 CÂMPAGHB IT raiXIflM .

Cette pièce ne manque pas d*an certain moQp vement. Le morceau principal et le rondcti étaient destinés , sans doute» à être rédtés sur un théâtre puisque les premiers yers sont placés dans la bouche d'Alphonse lui-même et Iffi derniers dans celle d'un acteur* Cette composition ressemble éndemment beaucoup i ces pièces de circonstance arrangées pour des fêtes publiques et que des personnages costumés récitaient sur des théâtre ou échabuds dressés aux carrefours de Paris » à l'époque de l'entrée des rois dans leur capitale ou à propos de réjouissances ordonnées pour fêter quelque grand événement, tel que le fut certainement aux yem des Parisiens la conquête du royaume de Napies.

S'il arrive , après avoir lu quelques chapitres de Gomines et admiré la sagacité naturelle du chroniqueur français» s'il arrive, disons-nous, de chercher le récit des mêmes faits dans François Guichardin, ce Florentin, maître d'une langue formée, émule pour la sobriété, la clarté et la méthode de Tite-Live, lequel notre historien français regrettait tant de ne pouvoir lire dans le texte latin , on est étonné, après cette comparaison, de la distance littéraire, si Ton peut s'exprimer ainsi , qui séparait alors deux nations si voisines , la France et l'Italie. Si l'on com-

DE LA GRANDB ARMÉE d'ITALIE. 229

pare les vers que nous venons de citer, je ne dis pas avec ceux de Dante et de Pétrarque, grands hommes ensevelis depuis plus d'un siècle dans leur gloire , mais avec les œuvres des nombreux poètes italiens du xv* siècle, cette distance parait bien plus grande encore. Nous trouvons, en effet, «hez ces derniers, tout ce qui manque à nos rimeurs : clarté , élégance , correction , euphonie, souvenirs classiques , connaissance .de l'histoire, en un mot tout ce qui est absent dans les œuvres grossières de nos rudes poètes de carrefours, contemporains de Villon , mais ses inférieurs.

Si, pour compléter cette comparaison, on se souvient que Hichel-Ânge, Léonard de Vinci, le Titien étaient nés avant notre entrée en Italie , que les peintres de la manière primitive de Técole italienne , ces artistes remarquables par la grâce et la correction tout à la fois, avaient déjà produit leurs œuvres , on voit , on sent quel contraste la civilisation française , à peine ébauchée, présentait à la fin du xv* siècle, avec Télégance et les goûts de ces petits Etats si curieux d'art et de raffinements de toute sorte. Gela ne sert-il pas à faire comprendre, du même coup, la supériorité de nos armées sur celles d'un peuple affaibli par le luxe et le repos. Aussi Ton .ne s'étonne guère, après avoir fait ces réflexions,

220 CAIIFAGHB BT BULUnTOW

entrée gorgiasse et pompeoie àk récepckn dM cheiei dessusdites. Pleust à Dieu que tous y lutiiAi pour y avoir une part de plaisir, honneur et récepcion de Mtta seconde couronne.

J'espère avec l'aidé de Dieu, qu'il pourra partir dld environ le VIII« jour d'avril, et que avant la fin d'icalor mois il partira de Rome pour aller en France attat'ks grandes chaleurs; il pourra bien estre, à Faide de Hos* tre Seigneur, à Grenoble ou Lyon, environ la Saint Jehan : je vous asseure que c'est la chose au monde qos plus je désire que de l'y veoir. Ledit seigneur y a leniblablement grande et bonne affection et non sans cause, tant pour vous veoir, madame, que son royaolme. Il vous comptera bien de ses nouvelles de par deçà et vous donnera belle envie de le venir veoir. Vous teei bien cet appoinctement ensemble, mais que vous hmàm ung beau filz ou une belle fille, car ce royaulme est une belle provision pour eulx.

Madame, le roy laisse par deçà monsieur de Montpencier , son lieutenant , et monsieur le seneschal de Beaucaire, grant chambellan, et monsieur d'Aubigny, connestable, monsieur de Ghamperoux, mareschal. De plus, il laisse le baiUif de Dijon, messire Gabriel de Montfaucon, domp Jullien, Georges de Sully et autres

> enters vous. Et Adieu, mons' le cardinal, escript en nostre

» chastel de Caponane, en nostre ville de Napples, le XVII**

* jour de mars. >

Charues.

Pour Mons' le cardinal de Cartagena,

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