CHAPITRE XV
Sitaatlon difficile de l'armée d'oeenpation après le départ du roL — Ferdinand IX débarqae à Reggio et Grimani à MonopoU. — Bataille de Seminara. — Ferdinand débarcpie de nouveau
• près de Naples. — Révolte des Napolitains. Montpensier assiégé dans les châteaux. — Combat d*ËbolL — Convention de Montpensier. — Il évacue furtivement les chAteaux de Naples. — lOssion de Comines à Venise. — Reftis des Vénitiens d'accéder au traité de Verceil. — Le doge propose d'y substituer une autre convention. — Politique égoïste et astucieuse de la Seigneurie. — Comines en revenant en France voit Ludovic à Vigevano.
— Mauvaise foi du duc. — Comines rejoint le roi à Iiyon. — Triste situation de l'armée d'occupation. — Montpensier et son armée faits prisonniers à Atella. — Mort du vice- roi.
— Ferdinand rentre dans la possession entière du royaume. — Sa mort. — Don Ferdi-
. nand lui succède. — Conclusion des afCadres de Florence. — Projet de Charles VIIX de revenir en Italie. — Situation favorable aux desseins du roi. — Sa mort à Amboise. — Ijouis Xn lui succède. — Il s'établit dans le Milanais. — Ludovic meurt prisonnier en France. — Lutte de François I«r et de Charles- Quint. — Ce dernier, devenu maître absolu de l'Italie, y établit les principautés qui durent Jusqu'à nos Jours.
HARLEs VIII, comme nous l'avons dit , avait confié le gouvernement de sa conquête au comte de Montpensier, son cousin, auquel il avait laissé la moitié » environ , de ses forces. Hais il était
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bien difficile que cette année d'occupation pAt suffire à la défense d'un royaume qui n'était qa'i moitié conquis. Bientôt, privés de toute communication par terre et par mer avec la France, les dieh de l'armée comprirent combien cet isolement, à une distance aussi considérable de la mère patrie, rendait leur situation dangereuse. La mtade ligue qui avait combattu Charles YIII à Fomoue leur suscitait de toute part des ennemis dans les provinces dont le roi s'éloignait Gonzalve de Ciordoue, le vainqueur de Grenade» envoyé par les rois d'flspagne en Sicile avec cinq mille fantassins et six cents cavaliers espagnols, s'était abouché à Messine avec Ferdinand II et Son père Alphonse pour concerter avec eux les moyens de recouvrer le royaume de Naples. Conformément au plan arrêté entre eux dès la fin de mai 1495 et quelques jours seulement après le départ du roi, Ferdinand débarquait à Reggio et y rassemblait une petite armée de six mille hommes. En même temps, Antoine Grimani, avec une flotte vénitienne de vingt-quatre galères, s'emparait de Monopoli sur la côte de la Pouille et, après l'avoir saccagée, y faisait sa jonction avec don Frédéric, oncle du roi, et don César, frère naturel de Ferdinand II. De toute part le royaume était eu fermentation. Les partisans de la maison d'Aragon relevaient la tête et les
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Aogevins, mécontents, hésitaient à se compromettre pour une cause à laquelle ils avaient fait autrefois tant de sacrifices si mal récompensés.
Ce n*est pas que les troupes napolitaines, quel que fût leur nombre , pussent inspirer la moindre crainte aux Français et aux Suisses. Subordonnées aux soldats romagnols , aux Lombards , auxquels les rois de Naples avaient de tout temps confié leur défense, ces troupes ne possédaient ni la discipline ni la science militaire qui avaient distingué dans le cours du xv* siècle les bandes formées aux écoles guerrières de Braccio et de Sforza. Une insurrection de la ville de Gaête , occupée par une poignée de soldats français, montra toute la supériorité de ces derniers sur les troupes napolitaines. Attaquée par une masse d*ennemis, la faible garnison française les repoussa de rue en rue, reconquit ses positions et resta maîtresse de cette place importante.
La bataille de Seminara fut plus humiliante encore pour les Napolitains. D*Aubigny, qui commandait en Calabre , inquiet des progrès que Ferdinand , secondé par Gonzalve de Cordoue, faisait dans son gouvernement , résolut de livrer bataille à Tennemi. Il rassembla quatre cents hommes d'armes, moins d'un millier de chevau-légers, auxquels il adjoignit un
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petit détachement d'infanterie suisse, firanchit la rivière qui coule entre Terra-Nova el Seminara et vint attaquer ses adversaires dans noe assez forte position , bien que leur année fût en ■nombre trois fois supérieure à la sienne. Les Calabrais qui formaient le gros de l'armée napolitaine s'enfuirent au premier choc et Ferdinand ne dut la vie qu'au dévouement d'un de ses officiers. Gonzalve et les autres capitaines espagnols auraient été pris eux-mêmes dans Seniinara, si d'Aubigny, aflaibli par les fièvres de Galabre, avait pu en Caire immédiatement le siège. '
Voici dans quels termes d'Aubigny rendit compte à H. de Hontpensier de la bataille de Seminara, dont la nouvelle était parvenue au roi, Tavant-veille du combat de Fornoue :
Double des lectres escriptes par Mons^, d'Aubigny à Mons^. de Montpensier estant au royaume de Nap-pies.
Monseigneur, aujourd'huyxxiejour de ce mois à esté rompu et defifaict le roy Ferrand en bataille rangée et assignée, lequel avoît trois à quatre mille hommes de pyé et huit cens ou mil chevaulx. Il en est mort sur le champ de xvc à deux mille hommes , et n'eust esté le fort pais qu'ilz gaignèrent, ilz y eussent touz demeurez. Le roy Ferrand s'en fouyt avec quatre chevaulx à travers
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les montaignes, et s'alla jetter dedans Reggio et dit on que don Frederich et le baron de L'Escallatte de Ce* cille et le cappitaine gênerai du roy d'Espaigne, et plusieurs autres gens de bien sont morts * . Vous devez savoir, Monseigneur, que je n'avoye avecques moy que la compaignie de Messes de Percy, le bailly de Djon et la mienne qui montoîent en tout à cent bommes d'armes et mfl ou xu^ Suisses. Ledit sieur de Percy s'est montré hardy et vaillant gentilhomme et a aussi bien fait de sa personne qu'il est possible, pareillement Menou < et mon lieutenant qui menoit les arcbiers, se sont très honnestement portez. Monseigneur, je prie le benoist filz de Dieu que vous doint bonne et longue vie K Escript à Saint Gelerin le xxie jour de juing.
Ferdinand et Gonzalve repassèrent en Sicile , mais, dès les premiers jours de juillet, Ferdinand débarqua de nouveau près de Naples. Gilbert de Monlpensier sortit aussitôt de la ville pour
* Celte Donvelle était fausse.
> Philippe de Menou , S' de Hilly et de Chamizay. Il fut conseiller et chambellan de Charles VIII et créé maitre-d'hôtel de la reine Anne en 1501. Devenu maitre-d'hôtel de la reine Claude, sa fille, femme de François I, et gouverneur du dauphin, il mourut à ia fin de Tannée 1520.
* Bibliothèque de Nantes. Copie manuscrite tirée des archives de la maison de Rohan. Cette pièce se trouve aussi imprimée k la suite des Poésies de Jehan Meschinot, mais avec quelques variantes.
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le combattre. Inquiet de la fennentatioa qd y régnait et «acbant que cet état des espriU était le résultat des manœuvres du parti aragonais , il donna Tordre d^en arrêter les priocipaux habitants. Cette mesure rencontra une vive résistance. Les Napolitains soulevés fermèrent leurs portes et reçurent dans leurs mun Ferdinand lui-même qui » à l'approche de Montpensier, avait repris la mer pour se jeter dans Naples. Les Français n'étaient plus maîtres que des trois châteaux. Hontpensier et Tves * d'Alègre, rentrés dans les trois forts et réunis i la garnison qu'ils y avaient laissée, commandaient encore à six mille hommes. Ils essayèrent vainement de reconquérir le reste de cette vaste cité. Les rues furent barricadées; une grêle de pierres et de projectiles de toute sorte, lancés par les fenêtres, accablaient la cavalerie; il ne restait aucun espace libre où les Français pussent déployer leurs forces. Contraints de rentrer dans les trois châteaux, ils ne tardèrent pas à y être assiégés.
Les Colonna , blessés des faveurs que les Orsini, leurs rivaux, avaient reçues des Français , avaient, aussitôt après l'évacuation des Etats romains et la restitution des places momentanément occupées par Charles VIII , conformément au traité de Rome, levé l'étendard de la
maison d* Aragon. De la campagne romaine où ils tenaient presque tous les châteaux , ils étendaient leur influence sur la terre de Labour qu'ils entraînèrent facilement dans la révolte.
La garnison de Naples, resserrée dans les trois châteaux, le château Neuf» celui de TŒuf et la tour Saint-Vincent, depuis trois mois commençait à manquer de vivres. Combien était à regretter la dilapidation des immenses appro^ visionnements de toute sorte que Tarmée française y avait trouvés à son arrivée, et qui, donnés par le roi à ses principaux officiers, avaient été vendus par eux à leur profit I Montpensier sollicita des secours de d'Aubigny, gouverneur des Galabres et , de Percy , qui commandait dans la Basilicate. Gonzalve, débarqué de nouveau dans les Calabres , tenait d'Aubigny en échec. Percy réussit avec peine â réunir trois mille hommes environ , parmi lesquels se trouvaient un millier d'Italiens. Il osa, avec ce faible déta^ chôment, attaquer, à Eboli, â dix-huit milles de Salerne, Thomas Garafla, lieutenant de Ferdinand. L'armée commandée par cet officier napolitain comptait près de douze mille hommes. Quand les Italiens virent Percy traverser le Sèle et s'avancer bravement contre eux, ils essayèrent de l'envelopper, afin de détruire ou de faire prisonnier son corps d'armée tout entier; mais,
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repoussés par la cavalerie française et ne poavant entamer les bataillons carrés des Suisses, bel issés de longues hallebardes , ils s*enfuireDt bonleusement et perdirent dans la déroute beaucoup d'hommes atteints par la cavalerie légère. Sans la présomption avec laquelle ils avaient demandé à Garaffa d'adopter des manœuvres de flanc, afin d'envelopper l'armée française, leurs pertes auraient été beaucoup moins fortes.
Percy, vainqueur, s'avançait vers Salerne et s'approcbait de Naples. Prosper Golonna sie jeta au-devant de lui et l'arrêta à Sarno. Ferdinand profita de ce retard. Montpensier ignorait la défaite de CarafTa à Eboli et le mouvement du corps de Percy. Manquant de vivres et de fourrages , il s'engagea à remettre dans trente jours les châteaux de Naples, si, dans ce délai, une armée française ne venait pas livrer bataille et faire lever le siège. Durant ce délai, les hostilités devaient êlre suspendues de part et d'autre. Yves d'Alégre, Guillaume de la Marck, La Chapelle d'Anjou et Genlis furent remis à Ferdinand comme otages. La capitulation signée, Percy arriva, mais, trop faible pour livrer bataille et rompre de vive force les lignes de l'ennemi , il se vil forcé de reculer et de mettre ses troupes en quartier d'hiver dans la Basilicate. Montpen-
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sier^ toutefois, exécuta peu scrupuleusement la capitulalion, dont les termes, à la vérité, manquaient de précision. Avant l'expiration du délai,il s'échappa, la nuit, avec deux millecinq cents hommes, des châteaux qu'il devait rendre. Le château Neuf et celui de l'Œuf ne furent consignés à Ferdinand que longtemps après le terme convenu, et Hontpensier , au lieu de repasser en France, comme il s'y était engagé, se préparait â entreprendre une autre campagne.
La capitulation du comte de Montpensier, à la date des premiers jours d'octobre 1495, la retraite de Percy, l'impossibilité dans laquelle d'Aubigny s'était trouvé de se rapprocher du vice-roi, la présence, à Naples, de Ferdinand qui y était débarqué le 7 juillet, l'enthousiasme qu'il y avait excité, la défection d'un grand nombre de villes qui , telles que Trani , tenaient leurs garnisons assiégées dans la citadelle, les succès de la flotte vénitienne , dont la présence provoquait à la révolte les populations maritimes , ou qui , dans le cas où ces populations se montraient fidèles aux Français, se livrait contre elles à de cruels sévices, n'étaient pas des symptômes propres à assurer le succès de la mission de Comines à Venise ou de celle de Perrone de Baschi à Gênes.
Les instructions données à Comines cousis-
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talent en trois points principaux. Oatre la déclaration d'accession au traité de Verceil, l'ambassadeur devait solliciter de la Seignearie l'abandon des places maritimes dont sa flotte s'était emparée sur les côtes du royaume de Naples, et entre autres de Honopoli, le rappel du marquis de Mantoue, qu'elle venait d'envoyer poar commander ses troupes et celles de Ferdinand, et, de plus, la déclaration que le roi Ferdinand ne faisait pas partie de la ligue, oà figuraient seulement, en nom, Venise, le Pape, le roi des Romains , ceux d'Espagne et le dac de Milan. Comines , à son arrivée à Venise , fut reçu avec les honneurs dus à son rang et à sa personne, mais avec moins de solennité qu'à sa première ambassade. II fit part de sa mission au doge Barbarigo, qui s'engagea à soumettre ses demandes au grand conseil et à lui communiquer, dans un bref délai, la réponse qu'il serait chargé de lui transmettre. La Seigneurie ordonna des prières publiques et des aumônes pendant trois jours, durant lesquels il y eut des processions générales et des sermons publics, dans le but d'obtenir que Dieu fit au sénat la grâce de lui inspirer la meilleure résolution à prendre. Comines en fut édifié, et, après avoir remarqué combien le respect des choses saintes est grand à Venise, combien le nombre
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des églises y est considérable et de quelles richesses elles sont remplies, il y Yoit la source de la puissance de la Seigneurie et le présage de ta grandeur future.
Au bout de quinze jours, il reçut pour ré* ponse un refus absolu à toutes ses demandes. En ce qui concernait le traité de Verceil, le doge déclara que les Vénitiens n'étaient point en état de guerre avec la France, et que ce qu'ils avaient fait était uniquement pour aider le duc de Milan, leur allié, que le roi voulait détruire. Après cette réponse publique, Barbarigo prit Comioes à part et lui fit des ouvertures secrètes concernant un appointement nouveau.
Les bases proposées, très -différentes de celles du traité de Verceil, auraient été les suivantes : le roi Ferdinand reconnaîtrait la suzeraineté de Charles VIII, auquel il ferait hommage , du consentement du pape. Il paierait au roi de France une redevance annuelle de cinquante mille ducats et une somme d'argent comptant dont les Vénitiens feraient l'avance. Biais, pour sûreté de ce prêt, ils entendaient conserver les places de la Fouille , telles que Brindisi, Otrante et Trani, qu'ils occupaient déjà. On laisserait pour tout bien au roi de France Tarente et une ou deux autres petites
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places. Us avaient évidemment choisi TarenM parce que ce port de mer était le plus éloigné dei côtes de France et le plus difficile i secourir, Hais le doge déguisait sa pensée en disant qoA ce port était le plus avantageux pour Charles VIII lorsqu'il mettrait à exécution son projet d'atta* quer la Turquie , projet dont il avait été tant question à son entrée en Italie. Ce détour déplat à notre ambassadeur, qui le taxe de « très*, méchante invention » et l'appelle c no men* songe devant Dieu , auquel Ton ne saurait celer, ses pensées ^ » Au reste, le doge ajoutait que si le roi tournait ses armes contre le Grand-Tare» Venise le seconderait avec cent galères et cinq mille cavaliers, le tout armé à ses frais.
On voit que la longue et patiente politique de la république de Venise, dont Comlnes n'avait jamais été dupe, se dégageait des voiles dont la Seigneurie Pavait jusquHà soigneusement enveloppée. Puissante sur mer.
où elle n'avait plus de rivale, riche par son commerce, alors le plus prospère du monde, cette aristocratie marchande avait pour système de ne s'allier intimement avec aucun Etat italien, de ne rompre cependant brutalement avec personne, afin de vendre à tout le monde son
* Comines, liv. tiii, cbap. m.
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intervention, sartout au prix de ports; de places fortes et d'augmentation de ses possessions en terre ferme.
La Seigneurie n'avait jamais nié les droits de Charles VIII sur le royaume de Naples; elle avait jugé plus utile , en les admettant, dans une certaine mesure , de se porter médiatrice entre le roi de France et la maison d'Aragon, mais toujours en faisant payer à celte dernière les frais de la négociation. Elle avait soulevé presque toute l'Europe politique d'alors contre Charles dont elle s'était toujours proclamée l'ailiée et dont elle respectait tellement la prudence qu'elle n'aurait jamais osé, disait-elle d'abord, lui donner un conseil. Cependant, quand elle avait vu le jeune prince diviser son année, entreprendre un retour hasardeux à travers les Apennins, avec des forces quatre fois inférieures à celles qu'elle avait réunies pour l'écraser, la Seigneurie avait prétexté de son dévouement à Sforze, qu'elle détestait et dont elle savait être détestée, pour essayer d'anéantir, avec ses troupes mercenaires et à peine civilisées^ le roi et son armée dans la vallée du Taro. Mais les provéditeurs qui, au conseil, s'étaient montrés si belliqueux et qui, durant la bataille, restaient dans le camp entourés d'une garde si nombreuse que les forces militantes en étaient affaiblies, avaient
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compté sans rintrépidité de la gendarmerie française. Aassi, dès le lendemain de la batailte où ils avaient sacrifié, sans beaucoup de re* gret, la fleur de la chevalerie italienne, ces mêmes provéditeurs qui, la veille, avaient si fortement opiné pour qu'on livrât bataille, ouvraient, sur les bords du Taro débordé, des conférencespacifiques. C'est qu'ils savaient déjà que si Tbonneur du roi était sauf, le voyage d'Italie ne serait jamais qu'une page brillante et un peu romanesque dans notre histoire. Leur amiral Grimani, leurs envoyés, leurs courriers, les tenaient au courant de l'esprit public dans le royaume de Naples,et quand les négociations s'ouvrirent à Verceil , ils savaient les affaires du roi de France désespérées dans la capitale de sa conquête. Par un excès de prudence, ils demandèrent cependant un délai de deux mois pour accéder à un traité dont ils savaient bien que Sforze n'exécuterait que ce qui lui conviendrait. Quant à eux, attentifs à ne jamais décréditer leur politique transcendante par des moyens empruntés à l'insigne mauvaise foi des petites cours d'Italie, ils déclaraient à notre ambassadeur, après trois jours de prières, d'aumônes et de processions , quMls n'avaient jamais été les ennemis du roi et que, bien qu'ils cornbâtissent, emprisonnassent et poursuivissent » chaque jour, avec la plus grande cruauté, ses
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gendarmes et ses alliés dans le royaume de Naples, ils n'éproovaieni aucun besoin de se récondlier avec lui par un traité de paix; et comme preure de leur amitié, ils lui offraient d'amener le roi Ferdinand à reconnaître, de concert avec le pape» une suzeraineté qu'Alexandre VI Juge et partie dans la question , car, selon lui , c'était au Saint-Siège que cette suzeraineté appartenait, n'était probablement plus d'avis de déléguer au roi de France. En attendant que ces conditions fussent acceptées de toutes les parties , résultat déjà impossible, Charles aurait remis aux Vénitiens les places fortes de la Fouille, en se contentant du port de Tarente, excellent à leur avis pour servir de point d'appui à une expédition contre le Grand-Turc, avec lequel, il ne faut pas l'oublier, la Seigneurie s'était secrètement alliée lorsqu'il avait été question de ce projet à l'entrée des Français en Italie, et notamment lorsque Charles s'était abouché avec les populations chrétiennes de rAlbanie.
Comines, qui comprenait et admirait les ressorts du gouvernement vénitien , n'épouva aucun étonnement devant ce refus, qu'il prévoyait sans doute. Il prit congé du doge et de la Seigneurie en disant qu'il ferait son rapport au roi.
Notre ambassadeur passa par Milan et vit le duc à Vigevano. Ludovic, sous prétexte d*une
partie de chasse, alla au-devant de Gomines aaquei il fit , selon son habitude avec les ambassadeurs étrangers, le plus honorableaccueil.Le nôtre fut logé au château et servi avec une distinction toute spéciale. Toutefois , malgré cette réception, si cordiale en apparence, et les instances de notre envoyé, plusieurs jours s'écoulèrent avant que ce dernier put obtenir une audience particulière. Quelque prétexte en faisait toujours fort à propos manquer l'occasion. Gomines, et Ludovic le savait aussi bien que lui, voulait presser le duc d'expédier, comme il s'y était engagé, par le traité de Yerceii, les navires qu'il avait mis à la disposition du roi et qu'on savait complètement équipés dans le port de Gênes. Ce secours était d'autant plus urgent , et Sforze ne l'ignorait pas, que les châteaux de Naples tenaient encore et que son arrivée à point aurait pu les sauver. Perrone de Baschi , envoyé à Gênes , mandait à Gomines qu'au lieu d'expédier les navires qui nous avaient été promis, le duc de Milan en avait secrètement envoyé deux au secours de Ferdinand; c'était d'ailleurs par son ordre que le gouverneur de Gênes prétendait que ces navires ne devaient point recevoir de Français à bord et qu'en tout cas on ne pourrait en admettre que vingt-cinq sur chaque vaisseau. Gomines trouva enfin l'occasion de traiter avec le duc celte question délicate.
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LodoYic, qui avait la conscience dé sa mauvaise foi, s'emporta lorsque Comines lui parla des commentaires du gouverneur de Gènes touchant le traité de VerceiL II soutint qu'ils étaient parfaitement conformes à l'esprit de ce traité et qu'en promettant des navires il ne s'était point engagé à y embarquer des Français. Notre ambassadeur lui répondit qu'il trouvait cette excuse « bien maigre » et que si d'aventure le duc lui avait promis de lui prêter une mule pour passer les monts , ce ne serait pas d'un grand secours pour lui, de la voir cheminer & ses côtés de façon qu'il n'en aurait que la vue, sans pouvoir monter dessus.
Après un débat prolongé, Ludovic, ayant tiré à part, au bout d'une longue galerie, l'ambassadeur français, celui-ci, qui connaissait à fond son adversaire, lui représenta la peine qu'ils avaient tous prise pour arriver à la conclusion du traité de Verceil, et lui remontra dans quel péril le duc de Milan se jetterait en faisant perdre au roi de France les châteaux de Naples et avec eux les derniers fruits de sa conquête. La responsabilité n'en retomberait-elle pas sur lui tout entière et Charles VIII le lui pardonnerait-il jamais? Comines, ouvrant alors de nouvelles perspectives devant les yeux de l'ambitieux Sforze lui offrit la principauté de Ta-
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rente et le dacbé de Bari qu'il ponédait déii Il lui représenta combien il était dangerenz pov lui et pour toute Tltalie de mettre les plaeei de la Fouille entre les mains des y^nitiens, qui m les rendraient jamais de bonne grflee. Lndotk confessa que TambasMideur disait vrai, aorUnit en ce qui concernait les Vénitiens, mais il ajouta, en faisant sans doute allusion aux voes ambip tieuses du duc d'Orléans sur le Milanais, tom qu'il croyait plus agrééespar CharleaVIU qu'elki ne l'étaient réellonent au fond , qu'il ne poufait trouver aucune sûreté avec le roi de Franoa
Au bout de trois jours, Gomines prit congé da duc de Milan qui, l'ayant conduit à une lieue de sa belle résidence de Yigevano et le voyant partir fort mélancolique, essaya de le consoler par une promesse tout à fait inattendue. Il lui dit soudainement , au moment de le quitter, comme un homme qui change tout à coup d'avis, qu'il voulait lui faire un tour d'ami , afin que le roi eût occasion de le bien accueillir à son arrivée i Lyon. Il l'assura donc que dès le lendemain il expédierait à Gènes Galéas San Séverine, (et c'était tout dire quaud il nommait celui-là), avec ordre de faire partir immédiatement les navires promis au roi. Il voulait, ajoutait-il, rendre ce signalé service à Charles VIII , sauver ses châteaux de Naples et avec eux sa conquête.
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Au reste, il écrirait de sa main à Comines et par courrier exprès chargé de le rejoindre en chemin, pour lui mander le départ des galères, afin qu'il pût apprendre cette bonne nouvelle au roi, à son arrivée à Lyon. Comines se mit en route pour passer les monts, sans trop compter sur cette promesse ; cependant « il n'ouït poste venir derrière lui, » sans songer au courrier qui devait lui apporter le précieux autographe de Ludovic. Hais il franchit la double chaîne des Alpes, traversa la Savoie et se rendit à Lyon sans avoir rien reçu.
Arrivé à Lyon, Comines rendit compte au roi, qui y avait repris l'habitude des joules et des plaisirs , des diverses missions dont il avait été chargé. Les adversaires de la paix de Verceil, c'est-à^ire le parti du duc d'Orléans, s'amusèrent beaucoup du mensonge de Ludovic, leur autorité près du roi s'en accrut et ils ne manquèrent pas , dit notre chroniqueur, • de lui bien laver la tète, comme on est accoutumé de Taire aux cours des princes en semblable cas. •
Comines conta au roi et lui montra par écrit, car il avait eu soin de se munir à ce sujet d*une pièce authentique, les offres que lui Taisaient les Vénitiens. Persuadé qu'il valait mieux les accepter que de perdre le tout, il lui conseillait d'en faire le point de départ d'un nouveau
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traité. Il assure qne Charles aurait partagé cet avis, ce qui est douteux, s'il n'avait pas craint de blesser le cardinal, le duc d'Orléans et ses proches. Ce qui est certain, c'est qu'il ne fat donné aucune suite à cette ouverture.
La perle de notre conquête n'était plus douteuse pour personne. L'abandon dans lequel Charles VIII laissa ses compagnons d'armes est une foute qu'on lui a justement reprochée. A peine leur flt-on passer quelques lansquenets, qui ne tardèrent pas à tourner casaque. Quant à la solde , elle était arriérée de plus d'un an. On leur fit , à la vérité, parvenir quarante mille ducats, mais trop tard , c'est-à-dire après la reddition des châteaux de Naples.
Cependant la lutte entre les Français et Ferdinand II se prolongea durant une partie de Tannée 1496. Hais les Vénitiens, maîtres des ports de l'Adriatique, ce qui était le principal objet de leur ambition, et ne redoutant pIusles'Français, abandonnèrent Ferdinand à ses propres ressources. Aussi aucun événement décisif n'eut-il lieu dans les premiers mois de cette année. Le royaume était dévasté, chaque parti prélevait les impôts sur les points qu'il occupait. Aucune direction, aucune unité n'existait plus nulle part. Si une poignée de Français et de Suisses ne pouvait maintenir son autqrité sur une aussi vaste
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contrée qui se montrait presque partout ennemie, cette armée si faible en nombre inspirait encore, de Taveu des historiens italiens, le même efTroi à des adversaires qu'elle avait si souvent battus et qui avaient fini par perdre toute confiance en eux-mêmes. Cette supériorité morale fiaisait toute la force des Français.
Dans l'état de pénurie où se trouvaient Ferdinand et Hontpensier, chacun d'eux voulut s'assurer, en occupant le mont Gargano et la CapitanatCtla perception du péage s'élevant annuellement à 80,000 écus, imposé aux propriétaires de troupeaux voyageurs qui traversent la Capitanate pour se rendre des pâturages de la Fouille où ils passent l'hiver dans les montagnes de l'Abruzze où ils trouvent un abri contre les chaleurs de Télé. Pour rester maître de cette perception, chacun d'eux accumula dans la Capitanate les gens de guerre qull put rassembler. Montpensier réunit autour de Troïa onze cents hommes d'armes, quatorze cents chevau-légers > les Suisses, les lansquenets et plusieurs milliers de fantassins français et italiens. De son côté, Ferdinand avait concentré à Foggia, outre ses troupes napolitaines, les contingents de plusieurs condottieri, ceux de Fabrice et Prosper Colonna entre autres, ainsi que les slradiols des Vénitiens commandés par le marquis de Mantoue. Mont-
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pensier à la tète de toutes ses forces vint assiéger GircellOyà dix milles de BénéTent. Ferdinand» pour faire diversion, mit le siège devant le chftteau de If onte-Forte, à quatre milles de Circello. Montpensier accourut pour défendre cette forteresse, située sur une colline élevée, mais il arriva trop tard. Voyant cette place livrée aux flammes, il proposa à ses compagnons d'attaquer Tannée napolitaine, malgré le danger qu'offrait le passage d'un vallon qui séparait les Français de la forte position des Napolitains. Mais, dans ce moment, les Suisses mercenaires refusèrent de combattre avant d'avoir reçu rarriéré de leur solde. Plusieurs barons napolitains profitèrent de l'occasion pour faire défection. Enfin, de graves dissenliraenls s'élevèrent entre Montpensier et de Percy. Forcé par ces circonstances de repasser dans la Pouille, il fut arrêté dans sa marche rétrograde par la bourgade d'Atella où il rencontra une telle résistance qu'il se vit obligé d'en faire le siège. Il la prit et la pilla. Mais le retard apporté à sa marche permit à Ferdinand de l'y rejoindre et de l'y enfermer.
Ferdinand n'eut garde d'offrir la bataille aux Français ni même de les assiéger étroitement dans Atella qui était une ville presque ouverte. Il se contenta d'occuper fortement tous les passages, intercepta les convois, détruisit les mou-
lins et réussit même à priver d'eau Tarmée du vice-roi. Les stradiols, battant la campagne, mirent en déroute un corps de cavalerie chargé d'amener des vivres de Venosa. Un retranchement défendu par trois cents Suisses fut enlevé et tous les Suisses massacrés. Honlpensier, enfermé de toutes parts, sans vivres , sans eau, sans espérance de secours, fut réduit à capituler le 20 juillet 1496. Il s'engagea à rendre non-seulement Atella, mais encore toutes les places occupées par les Français, sauf Venosa, Gaéte et Tarente, dont les gouverneurs ne dépendaient pas de lui. Il déposa les armes avec les cinq mille hommes qu'il avait encore. Ferdinand s'engageait à les renvoyer en France, à permettre aux condottieri italiens de sortir du royaume et à proclamer une amnistie en faveur des Napolitains restés dans les rangs français. Mais quelques-uns des lieutenants de Hontpensier ayant refusé de se soumettre à cette capitulation, Tarmée fut retenue prisonnière entre Baïa et Pouzzoles. Des fièvres pestilentielles s'y déclarèrent pendant la canicule. Le vice-roi succomba un des premiers, et avant la fin d'automne les neuf dixièmes de ses compagnons d'armes avaient misérablement péri.
Ferdinand ne jouit pas longtemps de son triomphe. Dès le 7 septembre suivant, atteint
d'une maladie violente, il expira dans sa maison de plaisance de la Somma. Ck)mme il n'avait point d'enfant , son oncle don Frédéric fut appelé au trône. Ce fut lui qui renvoya en France les débris du corps d'armée échappés au blocus d'Atella et aux fièvres contagieuses du cantonnement de Baîa. Il ne larda pas à recevoir là capitulation de d'Aubigny , qui commandait en Calabre , ainsi que celles des garnisons de Gaête, de Venosa et de Tarente. Graziano Guerra (Gratien des Guerres), condottiere italien, abandonna les Abruzzes. Les barons angevins firent leur soumission à Frédéric , qui les traita avec générosité, et à la fin de Tannée 1496, la maison d'Aragon était rentrée dans la possession dn royaume de Naples.
La république de Florence n'avait pas été comprise dans le traité de Verceil, parce qu'elle n'avait pas fait partie de la confédération. Disons en peu de mots comment se terminèrent nos différends avec elle. Ils furent réglés par une convention arrêtée à Trin dans le courant d'octobre 1495. D'après cet arrangement, les villes et les citadelles des Florentins qui étaient entre les mains du roi devaient leur être rendues sans délai, sauf Piétra-Santa et Serezana, que le roi se réservait de céder aux Génois, si ces derniers se soumettaient à la France. Quant à Pise, on
DE LA 6RA5DB ARMBB D'ITAUB. 413
slipala eo faveur de ses malheureux habitants Toubli du passé, la faculté d'exercer le commerce et d'entrer dans les emplois , franchises que son impitoyable rivale lui avait durement refusées pendant presque un siècle de servitude. Le traité conclu, les Florentins prêtèrent au roi trente mille ducats, qui servirent à payer la solde et la prime d'engagement exigées par les Suisses.
Ce traité fut très-mal exécuté de la part de la France. D'Entraigues , qui commandait à Pise et en occupait la citadelle, la livra aux Pisans. Ceuxci, par haine des Florentins, y introduisirent le capitaine Fracazza et une garnison génoise , puis, toujours par crainte de leurs anciens maîtres, ils se donnèrent aux Vénitiens et même au roi des Romains, qui y fut reçu avec le même enthousiasme que Charles VIII l'avait été luimême. Le bâtard de Saint-Paul vendit à beaux deniers aux Génois Serzana et Serzanella. Les Lucquois achetèrent à d'EntraiguesPiétra-Santa, et les Vénitiens Librafalta. Ces honteuses concussions, qui engagèrent la parole du roi et qui lui coûtèrent (rente mille ducats dont les Florentins lui auraient fait remise s'ils avaient récupéré leurs places fortes, ne furent pas pu-* nies comme elles méritaient de l'être. Ces actes , accomplis par des agents du comte de Ligny et
414 CAMPAGNE ET BULLITOCS
surtont par d'Entraigues , valurent à ce dernier une condamnalion au banissement Mais de Ugny lui-même» cousin du roi» et qui était le Tëritable coupable , ne tarda pas à recouvrer les bonnes grâces de Charles VIII et à reprendre près de lui les fonctions intimes de grand chambellan.
Durant les deux années que le roi Téent depuis son retour d'Italie » le projet d*7 faire une nouvelle expédition fut souvent agité et constamment entretenu par ce prince. 11 y eut des négociations secrèles, surtout avec les petits Etats et les petites familles souveraines ou à demi-souveraines de la péninsule. L'initiative venait souvent de ces comtes ou marquis menacés par des voisins plus puissants, ou séduits, tant par l'espoir de puiser dans la bourse du roi, que par celui d'obtenir pour récompense des agrandissements de territoire. Mais, au dire de Comines, <r pour un prince moins riche que le roi de France, qui commande à un pays si plein de ressources , ce serait se mettre à l'hôpital que d'écouter les propositions des seigneurs et capitaines d'Italie. » Leurs demandes de secours sont perpétuelles; ce sont des dépenses sans fin; il n'en saurait être autrement, car la plupart n'ont rien que le crédit que leur donnent leurs gens d'armes, et, avec la plus grande loyauté du monde, ils ne sau-
DE LA GRANDE ARMÉE d'iTALIE. 415
raient servir quand le paiement vient à faillir. Le duc de Ferrare, qui nous avait donné de bons avis, même pendant qu'il servait dansTarmée des confédérés, assurait le roi de son entier concours et lui offrait cinq cents hommes d'armes et deux mille fantassins. Bien qu'il fût beaupère de Ludovic, il craignait le double voisinage des Vénitiens et de son gendre. Les premiers lui avaient enlevé le Polesan et il n'était pas trèsrassuré sur les dispositions du second. Le marquis de Mantoue lui-même, le général en chef des confédérés à Fornoue , devenu suspect aux Vénitiens , desquels il était de son côté fort mécontent, offrait de servir la France avec son beau-père le duc de Ferrare, à la tête de trois cents hommes d'armes. Jean Bentivoglio, presque souverain de Bologne, offrait cent cinquante lances et ses deux fils, qui avaient levé leur bannière comme condottieri. Les Florentins, restés bien disposés pour la France, malgré la désobéissance des lieutenants du roi, proposaient un corps de six mille hommes entretenus à leurs frais. Les Orsini, promettant de se montrer plus constants que ne l'avaient été les Colonna et La Rovère , préfet de Rome , frère du cardinal de Saint-Pierre-ès-Liens, s'engageaient à recruter des geus d'armes à raison de cent ducats l'an , par homme d'armes et sa suite. Cette
416 campagui it iullstow
solde était équivalente & celle des gens d*aniiei français» car si ceax-ci coûtaient le double» c'était en y comprenant le paiement des archers qui ne fiiisaient pas partie de la suite des booh mes d*armes d'Italie. L'efTectif , comparé à la dé^ pense » se trouvait donc dans les deux cas égal en réalité.
Ce projet de retour en Italie fut si près d*Mre mis à exécution qu'il ne tint qu'à un change* ment assez subit et difficilement explicable dans les dispositions du duc d'Orléans. Six mille hommes de pied et huit cents hommes d'armes étaient concentrés à Asti ; tous les bagages du duc 7 étaient rendus et son départ semblait décidé» lorsqu'il demanda au roi de soumettre la question au conseil. Elle y fut débattue deux fois en présence de Comines qui s'y trouvait , et chaque fois ron décida à TuDanimilé que le duc d'Orléans devait se rendre en Italie pour y prendre le commandement de l'expédition. Mais ce prince, héritier de la couronne depuis la mort du jeune dauphin , voyant la santé du roi déjà fort altérée» hésitait à s'éloigner de la France; il craignait» disait-il, et cela semblait être un prétexte, qu'on l'accusât de combattre pour sa propre querelle et pour l'agrandissement de ses possessions au-delà des monts. Néanmoins » il s'empressait d'ajouter qu'il était prêt à se
DB LA GRANDE ARMÉE d'ITAUB. 417
rendre au poste que Charles VIII lui assiguerait, à condition qu'il serait connu de tout le monde qu'il partait par ordre du roi et en qualité de son lieutenant. Ces hésitations firent renoncer, pour le moment, à une entreprise qui, de l'aveu des politiques du temps , avait de grandes chances de succès, et qui, tout au moins, aurait fort embarrassé le duc de Milan et entraîné les Vénitiens, s'ils avaient voulu le secourir, dans d*énor« mes dépenses.
L'année suivante, de nouvelles dissensions, des rivalités nées de la veille avaient modifié en partie la disposition de ce mobile échiquier des intérêts et des passions italiennes. Les combinaisons qu'il offrait , en ce moment , étaient on ne peut plus séduisantes pour Charles VIII. Alexandre VI, mécontent des Vénitiens, ne demandait pas mieux que de s'allier, contre eux, au roi de France. Comines avait accompagné, dans le cabinet de Charles, un envoyé secret du pape , chargé > pour contracter cette alliance, des pleins pouvoirs du Saint-Siège. Les Vénitiens , de leur côté, brouillés avec Ludovic Sforze, étaient prêts à entrer dans une ligue contre leur perfide voisin. Les rois d'Espagne, inconsolables de la mort de l'héritier mâle de leurs couronnes, et de la dévolution probable de leur succession à un prince de la maison de Portugal , avaient
conclu la paix avec la France. Quant à Maximi* lien , roi des Romains , brouillé avec les Vénitiens, qui s'opposaient à ses projets ambitieux en Italie, et qui ne payaient plas ses lansquenets avec la même générosité , il ne demandait pas mieux que de s'entendre avec le roi de France , c et qu'eux deux fissent leur besogne ensemble en Italie. »
Mais le jeune roi ne devait plus paraître sur aucun champ de bataille. Sa bonté, qualité na* turelle chez lui, disent tous ses historiens, et qui touchait même à la faiblesse, commençait , jointe à l'expérience, à transformer heureusement ses idées de gouvernement. Son imagination était de vouloir vivre selon les commandements de Dieu, de mettre la justice en honneur e! de ranger ses finances de sorte qu'il ne levât plus sur son peuple que douze cents mille francs par an, somme que les trois États, réunis à Tours , lui avaient accordée au commencement de son règne. Il entendait que ce subside, octroyé * par les repré-
* Comines, en se sen'ant du terme octroyer, se souvenait sans doute du procès-verbal des États de 1484, où il est dit : « Pour subvenir aux grandes affaires dudit seigneur, tenir son royaume en sûreté , payer et soudoyer ses gens d'armes et subvenir à ses autres affaires, les trois États lui octroient, par manière de don et octroy et non autrement, etc. »
Journal des États généraux tenus à Tours. Pages 449-451 et 712.
DE LA 6RANDB ARBIÉE d'ITALIB. 419
sentants de la France d'alors , fût entièrement consacré à la défense du royaume, ne réservant , pour ses dépenses personnelles , comme faisaient anciennement les rois de France, que les revenus du domaine royal y compris les gabelles et certaines aides. Il s'occupait aussi de ranger les gens d'Église. Il désirait que les abbés résidassent sur leurs bénéfices, que chaque évèque n'occupât qu'un évècbé , et que chaque cardinal se contentât de deux. Il avait établi une audience publique, où il admettait et écoutait tout le monde et spécialement les pauvres. Huit jours avant sa mort , Comines, à qui nous empruntons ces faits et ces remarques, le vit pendant deux bonnes heures assis sur ce siège de justicier, qui faisait souvenir du chêne de Vincennes. Il n'expédiait pas beaucoup d'affaires dans ses audiences, mais, du moins, remarque judicieusement notre historien, il tenait par là les gens en crainte et spécialement ses officiers dont il avait suspendu aucuns pour pillerie.
Le 7 avril 1498, veille de Pâques fleuries , il se trouvait au château d'Amboise, qu'il s'occupait de restaurer magnifiquement avec des ouvriers d'Italie , et d'après les souvenirs qu'il en avait rapportés. Il prit la reine Anne de Bretagne pour la conduire dans une galerie d*où l'on apercevait les joueurs de paume, s'ébattant dans les fossés du château. Quoiqu'il fût petit de taille ,
m '' CiMrAGNE ET BULLETINS ^H
IL W tworte dans le trajet la lèle contre le UirtUB d'une poterne. Peu de temps après, il tomba flsiu connaissance, et mourut, au bout de qo^qwi brares , oonehi nt- «m piMt— Amh U 9daie Hsqoelelwe, •à.l'aoiàBBt^Wl •rrifé. -■i-.^tti).
- 'Oarieg VIII «vsit paAa^ m bu 1^ lomin enbnts qu'il avait eus â'Aane de Bretagat. Smlégitime héritier toit le dius d'Orlèasp .'Éon aMk sin et son beaD-&ère. Gonroimé smsIvaMKdthoaisj.lt, ee prince ^usa. qoelqû mofeii^ièlt te r^ne dont le veuvage avait briié les liate ifit TOB^iflnt de raltadier la Bretagne à la Ftubk êxa. droite sur le trluie de Naplet, transnini yv la inaison d'Anjou aux rois de France, LotriaXU Joignait ceux qu'il tenait de son aïeul Visconti surleduchéde Hilan; aussi se flt-il couronner roi de FraDce.des Dcux-Siciles et de Jérusalem et duc de Milan. Dès la seronde année de son règne, il joignit à ce dernier titre , après une heureuse campagne, la possession du duché même. Ludovic Sforze , auquel le roi de France ne pardonna Al les injures adressées, i Asii, auduc d'Orléans, ni les souffrances endurées pendant le siège de Novare, mourut en France dans la tour de I^oches où il languit dix ans prisonnier '.
DB LA GRANDE ABHÉE D'iTALIB. 421
Quant à la couronne de Naples , sur laquelle les puissances du temps , sauf la papauté , ne niaient pas absolument les droits de la maison royale de France, elle ne devait jamais reposer sur la tète des successeurs de Charles VllI. Ce n'était pas la maison d'Aragon qui était appelée à en consommer l'usurpation , car Frédéric II , que nous avons vu succéder à son neveu Ferdinand , ne tarda pas à abdiquer pour venir mourir en France , avec le titre viager de duc d'Anjou et trente mille francs de rente. Mais la puissante monarchie espagnole ayant fait de Naples une vice-royauté, ni les tentatives chevaleresques de quelques princes français, ni les soulève* ments des Napolitains ne purent, dans la suite, réussir à secouer le joug d'une domination aussi solidement établie.
La France, sous Charles VIII et Louis XII, avait eu de grandes apirations, bien qu'elle se fût trompée en s'attachant à reculer ses frontières, justement du côté où elles avaient à peu près atteint leurs limites naturelles. La supériorité de ses forces, comme puissance continentale, car la prééminence sur les mers appartenait encore aux Espagnols , aux Vénitiens et aux Génois, lui permettait ces entreprises ambitieuses. Mais la réunion, dans les mains de Charles-Quint, de l'Espagne agrandie du Nouveau- Monde , de l'em*
411 ' CftHPAWS ET BL-LLETIKS
pire d'AllMnagos et des Pays-Bas, changea pour PrançoU I" loales Ibs comlii liaisons poliliques des denx rois , en prédécessMtra. Aooeptar wm rMe Beooodalra , abdiquer tout droit et tMite ftétantibo sur le royaaiae d'Italie on entrqimte «M iQtte d'atitamt plus daneereiue peiir Fntt- ^oiÈ W, prince plus mqpaiSqae ^w pradi; plus porté à agir qu'à négoder, peir raton at enclia aux entraînements subits, coidreGbaito» Qoint, qui Joignait la modération A ta puiamMB, ta touaiàt^ au don de préroir juste, le bcci aon n gtoie. la finene du diplouiate an g«^ ^mtk «t au sang-froid du capitaine, telle ét«t l'aHav*' Dttire dans laquelle m trouvait placé le àxf^ leresque roi de France. La lutte, lutte inèrtt^^ s'engagea entre les deux princes pour la posRe»sion de l'Italie. Tout le monde sait qu'elle se termina à l'avantage de l'Espagne. Charles-Quint, vainqueur de François 1" dans trois guerres sacsives, du Souverain-Pou tife Clément VIII et de tous les États italiens indépendants , après avoir retenu comme captifs un roi et un pape, soumit i ses arrangements la péninsule si longtemps disputée. Fortement établi dans le royaume de Naples et dans le duché de Hilan , il nous enleva l'alliance des Hédicis eu les investissant de la souveraineté de Florence. Les ducs de Ferrare gagn^ par la restitution , aux dépens du Saint-
DE LA GRANDE ABMEE D'iTALIE. 423
Siège , de Modène et de Reggio , les marquis de Manloue agrandis du Mont-Ferrat, dépouille d'une famille amie de la France, devinrent ses alliés inébranlables. André Doria, intrépide libérateur et sage instituteur de Gênes, placé par le monarque espagnol à la tête de ses flottes , Tavait rendu suzerain, tout à la fois de sa patrie et de la Méditerranée. Incapable de soutenir une lutte aussi inégale , Venise , toujours bien avisée, avait accepté une neutralité forcément sincère. Octave Farnèse, petit-fils du pape Paul III, créé duc de Parme et de Plaisance, à l'occasion de son mariage avec Marguerite d'Autriche, fille naturelle de Charles-Quint , acheva d'assurer sur le Saint- Siège l'ascendant du monarque son beau-père. C'est ainsi que la péninsule, dominée et pacifiée tout à la fois, reçut une. si forte empreinte des volontés de Charles-Quint, que les combinaisons d'États, les délimitations, les échanges et les attributions de territoire qu'il y avait arrêtés et dessinés de sa main puissante, se sont maintenus, sauf quelques accidents passagers, jusqu'à la veille du jour où nous écrivons ces remarques.
No 1.
Voici deux pièces curieuses, dont la seconde est, je rois, tout à fait inédite. Elles furent publiées et répanues en France pendant la guerre de l'annexion de la retagne , après la prise de Fougères et la bataille e Saint-Aubin-du-Gormier. On y voit que les poètes ançais ne ménageaient pas les Bretons. Ces cbants rossiers ne porten^ils pas la trace d'une haine de race ? es deux pièces, imprimées sans nom, ni date , se trouent reliées à la suite des Poésies de Jehan Meschinot. ibliothèque de Nantes :
Laprinse de Fougières.
Depuis le temps de Remus , Romulus
De Hannibal et aussi de Pompée
Du roy Priant, de Hector Troïlus,
Ni eust si preux, fust de lance ou espée.
Que sont Françoys qui ont teste coupée
A maint Breton qui tenoient les frontières
Et oultre plus ont toute decopée
La muraille et, de fait, prins Fougières.
49S PIBGIS JUSTlFICàTITlflL
Tous les Bretons qm estoient en la place ^ ne craingnd^it le roy ne son effort. On a parlé a eulx près iace à fece Et a t'on net fin estoit le plus fort Maint en y a q[iii ont esté à mort lifrés et prins et» par outrecuidance»
Bretons ont eu bien petit reconfort Du duc François ne son alleiance.
Désobéissance et leurs pensées fieres Ont iaii destruire ^t tout mettre à néant
Pr^dre de &it et abatre Fov^res Des gens du roy sur tous autres puissant Dedims ayoit maint caillant omibattant
Qui <mt esté trestous prins et ccoifiiB On aura bref trestout le demeurant»
De Tostre fait certes il nest riens plus.
Les canonniers vous ont bien réveillés En vous donnant aubades jour et nuyt, Très bien vous ont gardés de sommilier Après dinar X heures ou minuyt.
De fait et force ayes eu tel deduyt Que maugré vous il vous a falu rendre Du roy vous fault impétrer ung respit Ou ses vassaulx vous ferons trestous pendre.
Montfort , Dinan , et aussi Saint-Malo Nantes , Vannes et la cité de Raines, Rendes vous tôst ou le mal Saint-Lo Pour toutes choses vous détermine , et lo Aurès de bref et les fièvres cartaines.
La prophécie de Breteigne.
J*ay tant crié avecques Syméon Et lamenté avecques Jheremie En espérant que Texaltacion De Gaule en Grèce sur la terre d'Albie Voy aprocher, et que la prophécie Bede^ Merlin et Sibille ensuivant, Et de Tabbé Jouacbim proprement, Aient effect que Tasne au pié pourry Destruiz sera et tout son tenement, Tant qu'on dira Bretaigne si fut cy.
L'aigle viendra des marches d'Aquillon Et ses poussins seoir en Octobrie.
Puis tost après y viendra le lion Avec ses gens plains de forcenerie.
Mes deux patrons de grande seigneurie Si destruiront le nort cruellement Aussi le pays qui anciennement Fut renummé d'aventures aussi Se tournera à leur destrusement Tant qu'on dira Bretaigne si fut cy.
Francs y seront et anciens Bretons; Les filz de Brut et toute leur lignie En ung conflit feront crier leurs noms , Et la sera grant bataille establie.
Du sang des mors de checune partie Fleuves courront et véritablement Les filz de Bruth la morront à torment
Car de ce jour n*ont espoir de mercy. Destruiz seront et tout leur tenement Tant qu'on dira Bretaigne si fut cy.
Prince, jugez si c'est droit et raison Qu'ainsi adviengne toute leur destinée.
Car rapineux, convoiteux à foison, Tirans mauvaiz, déloyaux, plains d'envie Tous les devroit destruire sans mercy Tant qu*on dira Bretaigne si fut cy.
Explicit,
NO n.
Le traité d'Étaples , si vivement critiqué par les historiens, est le seul, avons-nous dit, qui ait été ratifié par les trois États de l'ancienne France.
Les procès- verbaux de ratification avaient été envoyés en Angleterre , et c'est sans doute sur les originaux que Rymer a pris les copies insérées dans son grand ouvrage des traités et cémentions de l'Angleterre.
Nous y remarquons d'abord la forme suivant laquelle les trois États avaient été convoqués. La voici : '
t£ De par le Roy , » Pour ce que par le traicté de paix dernièrement laict près Boulongne sur la mer , entre nous et noslre
très cher et très amé frère et cousin le roy d'Angleterre, nous nous sommes soubmis et obligez de tous faire consentir le dit traicté..... Nous vous prions bien acertes que vueillez consentir et avoir pour agréable icelui traicté en tous ses points et nous envoyer votre dict consentement en la meilleure forme et le plus toust que vous pourrez, pour le faire tenir à nostre dict frère afiin que luy et ses subjets cognoissent que Nous et les nostres avons vouloir d'avoir amour avecques eulx; mais ne veuillez en ce faillir. n Donné à Lyon le 3ma jour de febvrier.
i> Signé : DUBOIS. »
Les procès-verbaux de ratification, signés des représentants des trois ordres et rédigés en latin , viennent ensuite, dans Tordre suivant :
Languedoc (Lingua occitana) 5 mars 1495.
Normandie 5 mars —
Rouergue *. • 6 mars —
Gahours (Carturcen) 10 mars —
Agenois ^. 16 mars —
Poictou 28 mars —
La ratification des gens de Montereau {per gefUes de Montereau), a une forme particulière. Le clergé et la bourgeoisie paraissent seuls, nomment leurs députés et leur donnent pouvoir pour se rendre à Meaux et y ratifier le traité de paix. La noblesse ratifie à part.
L'Artois ratifie le 15 avril.
La Touraine et l'Anjou, le 15 avril.
L'Orléanais, comprenant Montargis, Ghàtiilon-sur- Loing, Ghamy, Ghâteau-le-Guard , Bouvey, Beaulne
4d0 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
en Gastinois, Saint-Morice , Châtillon-sur-Loire , ratifie
le 15 ayril.
Les nobles de Provins donnent leur ratification à part. La communauté de Provins et les hameaux voisins ratifient dans un acte séparé où figurent nominalement un grand nombre de laboureurs et de marguilliers, avec indication de leurs domiciles.
On remarque parfois des ratifications sous la forme suivante : Les représentants des seigneuries de Resbes et de Faremoustier « disent que es dites seigneuries il n'y a nuls nobles, » et en conséquence le clergé et le tiers ratifient seuls. Voir aux trois États de Meaulx.
Les trois États de Beri^, du baillage d'Amiens, de Saintonge , du Boulonnais et de Paris ratifient dans les mois d'avril et de mai 1495.
On voit que toutes ces ratifications eurent lieu dans l'année qui suivit le traité et durant la campagne d'Italie. 11 est probable que Charles VIII , effrayé de l'attitude que le roi des Romains et ceux d'Espagne prenaient vis-à-vis de la France, transmit d'Italie l'ordre de faire accomplir toutes les conditions sans lesquelles le traité d'Etaples n'aurait pas été complètement valable. Est-ce pour cela que le mandement signé Dubois et daté de février ne porte pas de millésime ?
Yid. fœdera, conventiones, etc., in lucem missa occurante Thomd Rymer, Pars I et II tomi quinti. Hagœ ComitiSy il M,
Je ne connais pas d'historien qui ait mentionné, avec l'attention qu'elle mérite, cette convocation des États, à domicile , à la vérité, mais très-réelle. La Bretagne ne fut pas convoquée.
PIEGES JUSTIFICATÎTES. 431
No m.
Pièce imprimée en caractères gothiques, sans lieu, ni nom, ni date. Reliée à la suite des Poésies de Jehan Meschinot. Bibliothèque de Nantes.
La Vision de Jehan Michel.
La vision divine révélée à Jehan Michiel très-humble prophète, de la prospérité du très crestien roy de France, Charles VIII, de la nouvelle réformation du siècle, et la récupération de Hierusalem à lui destinée, et quil sera de tous les roys de terre le souverain et dominateur sur tous les dominans et unique monarchie du inonde.
La vision de la divine faulx, horrible et doubteux bras de Dieu : don de salut et de victoire du puissant Dieu et de toute la saincte Trinité à la destruction et extirpation de tous infidèles tyrans et gens mauvais. A la gloire de cellui Dieu triple et unique et à l'exaltation du très crestien et puissant roy de France : et à Templification de toute la chose publique catholique révélée par très poure humble et mendiant Jehan Michiel ainsi que rhumanité la peut et que la divinité la voulu et discerné : destinée au très souverain serviteur de Dieu invincible et très loyal reformateur de tout le siècle Charles très crestien roy de France.
Regarde et regarde ce. Le dieu d'Abraham , Ysaac et Jacob et des crestiens, triple et unique éternel et tout puissant créateur de toutes choses, souverain juge et
483 nra» nmnncATnrBS.
dominateur Moy Keu le père, Kea le fils et Diea k saint Esprit, Dieu émulateur, seigneur ayant fureur et vainquant mes ennemis; et qui me marris contn tous mes ennemis; habitant au siècle étemel : mon nom demeurant en perpétuité : et atec le ponre fidèle el kumble d'esprit, affin que disperde et degecte à néttt tous infidèles, les tyrannies du peuple, la puissance Behemot soit ostée et soit tué le dragon qui est en mer et soit du tout anichilée et perdue en perpétuité la couronne d'orgueil de Leviathan. Le royaon^ la puissance et la magnitude du règne qui est soubt le ciel soit donnée au très crestien roy de France et à son exercice.
Et tu seras très plein de félicité, roy des roys et seigneur des seigneurs, et prince des princes de la terre, et non pas tant seulement seras nommé Charles roy de France; mais le fervent et integerrime reformateur, invincible roy des exercitez : juste et misericors du monde, seigneur loyal, Texpectation des gens, le désir de tous, très véritable et très souverain, et benoist de choses spirituelles et temporelles : le port de tous hommes : le refuge des petis orphelins et des prophètes seras le père. Et sera ton nom susciteur des poures de terre, et tu seras réservé et destiné de Dieu. Et quant tu seras en une grande et dangereuse bataille comme du précieux don de Dieu , de ceste faulx, fais bouclier en la portant féablement avec toy comme estandart de fortitude et tremeur contre toutes nations, et contre la puissance des ennemis en la levant en vertu de Jésus Gnst.
PIÈGES JUSTIFIGATIVBS. 433
car ainsy seras instruit en la charité de Dieu qui est Alpha et Oméga, commencement et fin; et duquel le nom est sus tout autre nom: et duquel Tymage est toute nature, et duquel la paroUe est œuvre parfaicle : en toute gloire et bonté à perpétuité triumphant. Et ainsi ceste faulx de la Saincte Trinité, Père et Filz et Saint Esprit, estant en ta main, tous exercites tant célestes que terriens qui sont en Jésus Grist, en multitude comme locustes te suyyront : tous ensemble criant à la loênge de Dieu et sanctifians ton passage par double et triple Toix : diront : faulx, faulx, faulx de Nostre Seigneur Dieu avec nous l'enseigne du dieu des crestiens rendant rétribution à ses ennemys : et donnant à nostre voix : voix de vertus. Salut à Charles son roy et à luy de tout reformateur victoire : en faisant vengence et grant persécution des infidèles : et incrépation aux Juifz. En subjugant les tyrans, et estant toute abhomination du lieu saint : et en destruisant tous ceulz qui frauduleusement servent à Dieu le créateur.
Explicit.
NO rv.
Nous avons donné dans le texte quelques fragments de la seconde de ces pièces et le rondeau qui la suit tout entier.
Ces deux pièces, composées probablement en France, sont imprimées sans lieu ni date ni nom et se trou-
434 PIBGBS JUSTIFICATIVES.
Tent reliées à la suite des Poésies de Jehan Meschinot, Bibliothèque de Nantes. Elles sont de celles dont nous ne connaissons point de double. Elles comporteraient sans doute beaucoup de corrections et auraient besoin de notes nombreuses pour être facilement comprises. Nous les donnons conformes aux imprimés.
Lei regretz et complaintes du roy Alplionce d'Arragon à son partement de Napples.
Je moy , grant roy de Napples obey Depuis long temps par amys et par force , Qui a présent n'ay secours de nully Oncq ne soustins en nulle jour telle estorce Car je voy France qui hardiment s'efforce M'en débouter par armes et puissance Et a desjà fait sur moy si grant morce Qu'elle a vaincu toute mon alliance.
Poiu* me cuyder de sa venue garder J'envoiay gens au port de Rappello En grant nombre pour aller estrader De mes gens d'armes dont point je me lo Car je fais veu à Monseigneur Saint Malo Si font mes gens chascun d'une accordance Que n'eussions creu je mentays et puis ho Qu'en France eust eu si terrible puissance.
J'avoye fiance du tout aux Fleurenlins , Qui luy gardassent fermement le passaige Mais fait leur a de si très grans butins , Que de ce faire n'ont eu cueur ne couraige :
Mais est passée qui est mon grant dommaige Ce nonobstant qu'eusses en eulx fiance : Pour moy oster hors de mon grant bemage Dont j'ay au cuer moult grande despiaisance.
Venisiens m'ont failly au besoing
Si ont Rommains quant ont veu sa puissance
Je voy France venir Tespée au poing
Hélas ! hélas ! quel dure desplaisance
On ne sauroit mettre résistance
Je n'ay faveur amys force ne armes
Qui eussent creu qu'elle eust eu la puissance
De soustenir tel nombre de gens d'armes.
Adieu, adieu, de Napples la cité Partir me fault plustost huy que demain Dont pers ma joie et ma félicité Car je voy j'à la prinse Saint Germain, Et se Francoys mettoient sur moy la main Je ne scay pas quel composicion IlzHue feroient : mais pour le plus certain Je m'en yray en aultre nassion.
Le mont Saint Jehan bonne placé de guerre Rocque Secque aussi rocque Guillerme N'ont encontre eulx par force tenu serre : Ne soustenir leurs assaulx ne vacarmes Trouvez les ont au conibatre si fermes. Qu'ils sont entrez dedans par leur puissance Et ont fait rendre à grant nombre les armes Et du tout mis en leur obéissance.
436 PIÈGES JUSTIFICATIYIS.
Je vous lairray iei mon lieutenant :
Bon roy Ferrant jeune puissant et fort Avecques ce pour tous trouver garant, Les troys chasteauk pour faire Yostre acord Devers Francoys, mais tous tiendrez au port Auprès de tous tousjours une gallée Pour TOUS sauTer du péril de la mort Sans attendre la force de Farmée.
Se j'eusse esté saige et bien conseillé J'eusse au roy transmis une ambassade , Dont ne se fust contre moy resveillé, Ne prins harnoys ne lance ne sallade Mais ung chescun disoit que n'avoye garde Et que de ce ne prendroit pas le soing Et le conseil que tenoye avant garde En tous endroictz m'a failly au besoing.
Et je m'en vays là ou le vent me maine Et si ne scay là ou je descendray.
Adieu Napples de France le demaine :
Car je me doubte que plus ne vous verray Et se au royaulme feys oncques desaroy Soit au commun à prince ne à conte Je leur prometz que plus ne le feray, Car je m'en vays pourement à grant honte.
Je me complains de Mars dieu de bataille : Et de Mercure faire le dois vrayment Car ilz sont causes de la perte et dommage Que m'a fait France par son hardiement :
Jamais je n'eusse si grant empeschement Pour riens quelconques qui m'avint de mon aage Dont je souspire à mon deppartement De perdre ainsi de Napples Féritaige;
Venez tous mes bons serviteurs Ouyr mes grans regretz piteux Et TOUS Dieu des pasteurs Pâma Qui jadis en grant joye forma Mon cueur en ceste nassion, Et pas n'avoye intencion Que l'en m'en deboutast par armes Dont de dueil me tombent les larmes.
Laisser nous fault la challemye D'Amphion ne la sonnez mye Qui Argus feistes sommeiller, Ne la vueillez point resyeiller Mais faisons chière piteable Es climas de terre habifable Je vous prie que plus ne chanton Car je me voy second Phéton ,
Que Ulcanus abatit par rigueur
Pour ses affaires qu'ilz n'estoyent de Tailleur,
Aller me fault quelque part pourchasser
Comme Signis lequel alla cercher
Phéton sur les parties marines
Qui sont pour moy bien piteux signes.
Je pers joye et esbatemens
Adieu tous joyeux instrumens.
^ .^Jfc '
SDOorfpr#nf jeiûen ]^ ,:
V^mM mf ^Ho» fciwit |ta^ Qu'à tay ^#« »*l9parteBoit Dont kûmu^i^tipia^ Qui estoit in^; nKmlt grant gémit A q^ Phétmt fi*iâesiri^fB«il - Da sonleâ toutoln êspairii0»i Aussi ont fut à «wy les; €anliai^ *
SI j'eusse eu bon coiufeîl Pas ne m'eussent fait t^ re^içeiPy Mais Telà c(^i»|ient.4|a'ft en soil Foi ne crofi ftp tiint. 40*1! irecfift,. 1^ j'eusse bien lues les cromcques Des Troyens granéts elpeliteB .
Et mesmement cettesdeFranœ Pas ne fausses en tel balance.
Mais à telz dangiers. ne pensoye Veoyr ne ouyr ne les vouloye Et si.avoye bien congnoissance Que César fut destruyt par France De a celle accorder fut fêtard Je m'en repens , mais c'est bien tari Et congnoys qu'il luy fait dommage Qu'enfm n'y a nulle adventaigc,
Quelque grant faveur qui y soit.
Qu'en la fin maistresse ne soit »
Nul luy ne si joue de kgier S'attendre ne veult son dangier,
PIEGES JUSTinCATIVBS. 439
Elle a grant force de gens d'armes Hardys accoustumez aux armes , Remplys de force et de couraige, Qu'on ne leur peut faire dommaige.
Tant qu'il n'est nulz leurs malvueillans
Qui contre eulx se ose mettre aux champs ,
Car ilz sont trop accoustumez,
De coucher jour et nuyt armez
Tost montez , et tost descendus ,
Se point ne les ay attendus ,
Je croy que ce a esté grant sens
Car pour eulx pas fort ne me sens ,
Et sus ces termes adieu dis
A tous mes anciens amys
Qui estes delà demourez.
Je croy que plus ne me verrez
Et priez sans tous deppmter
Que Dieu me Tueille conforter.
Et pourtant roys et princes d'autres terres Quelque conseil qu'ayez ne grant puissance : Ne prenez point contre Françoys de guerre : J'en suis deçeu par mon oultrecuydance, Hz ont argent gens d'armes à oultrance Chevalereux, prompts, hardis etlegiers, Qui mal leur fait se met en grant balence En redoubtant en la fin leurs dangiers.
Gy finissent les regrectz et complaintes du roy Alhonce d'Arragon à son deppartement de Napples.
Ijmmite ie ta vkMre, é^ trh cm^ f^^j JNiet oHimie m ta eoéqu^ l^^ ^a 9tà$ ^1^ ée ^9plêi, aoecquiê te r^r^ et kmtnki^fmB 4m r&$ A^hanee.
IrQlBlMMIf mmiMl f MnnmQn 9 SMinUBDO»,
Ifttti ne^erétot» iiiamkii», pi^fras, TiBCiqiiâis Et redoublei le très erestiMirof, Ne pi^nei point eiemj^aire asz Mi^^ Iaiiimu reb^es, deq^ileiix BttstariBs; Car ledit prinee s'ii^ boute eti arré^' fil soustenaiit de lèsiMnrist la ky ^ Ses estandars a toalv despkrfer MBaat f orgier aims de b<m afiof Sur meseréaiis il se tedt employer.
Plusieurs songnars (mt voulu contredire
Son entreprise par despit et par ire
En empeschant aucuns petis passages
Mais en la fin se sont touIus desdire
Grians mercy, et leurs villes réduire.
Car ilz congneurent que lors n'estoient pas sages.
Les Florentins misrent gens en hostages ,
A Rapello, le prince de Tarente
S'en fuyt de heure et laissa ses bagaiges
Et là perdit grant partie de sa rente.
Considérez que le roy est puissant D'Ytaliens de Rommains jouyssant Est sa sacrée et digne Majesté , En oultre plus ung fleuron est yssant
De son sexe qui le rent reluysant
En bruit, en los et en félicité ,
€'est le Daulphin que Dieu tienne en santé
Et le face Tivre si longuement
Que le Turcq soit en son temps supplanté
Et paradis à son defSnement.
Le gouverneur de la papalité
Qui a sur tous humains auctorité
L'a appelle noble filz de l'Eglise
Considérant son amour, sa bonté
Il a congneu que d'ancienneté
Les roys françois ont l'Eglise en paix mise
Foy, loyaulté entre eulx deux fut promise
Messe chantée en grant sollempnité.
Tel dignité à telz gens est requise
Estre joyeux devons de ce traicté.
Où trouvez vous que en si petit de temps On ait conquis ung royaukne : J'entens Qu'il y a eu permission divine; Nappolitains en furent maucontens^ Mais maintenant je croy qu'ilz sont contons Car on leur monstre amoureux et doulx signe. Le roy Alphonce craignant estre en ruyne Son filz Ferrand pour maintenir la guerre Fist couronner , mais comme je ymagine Il faUut bien qu'il s'en fouyst belle erre.
En couronnant son filz il se demist De son royaulme, aussi il se submist
442 PIBCBS JUSTiriGATIVIS.
De le régir le mietilx qu*fl pourroit £Biire. Après le roy Alphonce se traoïsinist En ung bateaa, et en la vaer se mist» Car de partir luy estoit nécessaire, Larmes des yeulz tous lui eutsies yeu traire En fegretant son royaulme fertîBe ; Ainsi qu'on dit il s'est youIu retraire Dedens la mer je ne scay en quel ysle.
Las, disoit il, j'ay régné longuement Duc de Galabre; puis par exauleement J-ay esté roy de Nappies eouronné, Fault û que Toye doTant mon finement Me degetter je ne scay pas comment.
Puisse maudire le jour que je fus né!
Noble royaulme tu es babandonné, Le poure Alpbonce ne te sera garant, Très nobles princes que tout soit gouverné Par le moyen de mon chier filz Ferrant.
Hellas Napples cité très renommée
En délices et en plaisirs famée ,
Il est force que à ceste beure te lesse,
Le cueur me fend , car je t'ay tant aymée, ]
Adieu, adieu, cité fort reclamée ^
Le réconfort de toute ma vieillesse
Je congnois bien que par grande rudesse
Mon père et moy fîsmes grand mesprison
Faisans mourir princes plains de proesse
Et les autres enfermer en prison.
PIECES JUSTIFIGATIVBS. 443
Je prends congié de prelatz, de docteurs Prestres et clercs, moynes, frères mineurs. Priez pour moy car j'en ay bon besoing, Ne me mettez au renc des malfaicteurs, De mon ame je tous fais curateurs Vous suppliant que de moy prenez seing, En peu d'espace seray de yous bien king. Se j'ay mal fait qu'D me soit pardonné Car j'ay tenu l'espée nue à mon poing, Oultre raison j'en suis mal guerdonné.
Adieu, princes, barons plains de noblesse. Le temps passé j'ay vescu en liesse Et ay hanté grande chevallerie.
Quant aux seigneurs je faussay ma promesse Ce fut pour moy une trop grant simplesse J'en ay la chiere couroussée et marrie. Adieu de Napples toute la seigneurie J'ay mal chassé quant j'ay perdu ma proye Et congnois bien que quant aucun varie Tousjours enfin vient ung cop qui tout paye.
Nobles bourgeois, saiges cytoyens, Se j'ay tollu à d'aucuns de leurs biens Je m'en repens mais certes c'est trop tart. Se j'envoyai des vivres aux payens , J'en crie mercy à tous bons crestiens, Car avarice gens mondains brusle et art. A ce qu'on fait on doit avoir regard Raison pourquoy quant mes meffaitz assemble
444 pncn nmmcArmm.
fiet doMspmr me perce de son dart,
Car IMea punyst pécheurs quant bon biy semble.
ildieu, adieu, poures gens de kbour Car je ne puis plus foire de s^our.
Jamais n'auray de toi terres hommeige.
Bref il n'y a Tille , cyté, ne tour Où les François ne focent leur atour; Aussi de droit c'est leur propre heritaige. Je Toy Tenir ma perte et mon dommaige Hors ceste terre me Toys mettre à l'essor. Mais toutesfois pour mon pain et potaige J'emporteray partie de mon trésor.
Se j'eusse sçeu la force et la puissance L'honneur, le los qui est au roy de France, Bouté me fusse en sa subjectîon.
Car il a gens pour jouxter à oultrance. Bons capitaines marchaus par attemprance , Saiges lettrés plains de discrétion.
Je congnois bien pour resolution Que devers moi la perte tournera Chose conquise par faulse ambicion.
Le troisièsme hoir jamais n'en jouyra.
Veoir deTant soy cent mille combatans Preux et hardis leur bon droit debatans Gela me fait le poure cueur trembler.
Nous ne sommes couraigeux, ne puissans De couardise mes gens sont jouyssans Qui est la cause qui me fait fort troubler.
Le roy françois pourrait bien assembler Cent fois autant de gens qu'i] a icy.
Qu'en dictes vous? que tous en peut sembler? Ay je donc tort se j'en suis en soussy?
Dedens la mer je me mectz pour reffuge Et si n'y a prévost baillif , ne juge Qui m'y condampne ; mais il fault endurer. Las , c'est pour moy ung périlleux déluge. Vray dieu du ciel en quelle beure ne fus-je f Me doit ce temps bien longuement durer Je crois que ouy : car j'ay beau murmurer Soubz ung tillac seray en lieu d'aurent Puis çà , puis là il me fauldra Tirer A l'appétit et voulenté du vent
Je me suis yeu principal gourerneur De ce royaume ; et me faisoient honneur Tous les plus grans : or en suis je estrange, Quant je y pense je pers sens et vigueur, Dedens mon corps s'engendre une tremeur, Car Dieu n'est pas encore de moy vengé. Làs je ne scay où seray bebergé Pour mon comfort je ne scay qui requerre Nommer me puis, en procès abregié, Le poure Alphonce appelle roy sans terre.
Faulse fortune merveilleuse et perverse , Fiere , rebelle , dangereuse et diverse , Tu m'as monstre ta face rigoreuse.
Courroux et dueil j'ay en lieu de lyesse,
446 PIÈGES JUSTIPiCATIVfiS.
Dangier et crainte m'ont lié de leur lesse Et m'ont osté yertu cheyallereuse.
Hardiesse m'est maintenant hayneuse.
Victoire -«t paix sont de moy ennemys, Cette cyté de tous biens fructueuse Je te delaysse et tons mes bons amysk
Ne dois je pas pleurer et lamenter Piteusement, et mon corps tourmenter.
Qui ay régné en grant prospérité , Quant je me voy hors mon pays getter Et aux undes de la mer présenter Monpoure corps remply de yillité, Quel poureté, làs quel mendicité, De s'estre veu honnorer haultement, Puis tout soudain estre desappoincté Par deffaulce de faire appoinctement.
Se j'eusse fait paix au noble roy de France J'eusse vescu par luy en grant souffrance , Maisj'ay esté despit et desdaigneux Car je cuidoie avoir bonne alliance De Florentins de Romains en substance.
On m'a laissié chietif et malheureux , Tirer m'en puis la barbe et les cheveulx , Car je congnois que ma partie adverse A avec luy des gens aventureux - Par quoy il fault que mon honneur reverse.
Selon justice, droit, équité, raison
Se on m'a desmis c'est pour ma mesprison.
Làs j*ay pitié de me veoir débouté, Et pour savoir ma génération Mon père estoit pour resolution Bastart qui fut de son père adopté , Se on m'a osté de si grant dignité Veu que je suis extrait de filz bastard Je prens en gré , car à la vérité Croyez que Dieu a sur pécheurs regard.
Je faisoie guerre par armes et par pique Contre le Pape et siège apostolique Qui est mon chief et patron de Téglise, Par mon regart félon et basilique Bruslay les portes de Romme par trafique. Ce fut pour moy une folle entreprise Entre le pape et moy la paix fut mise Quant j'aperceuz venir le roy de France , Mais tout soudain Romme à ky fut submise Par quoy perdis confort et espérance.
Hà! noble roy, begnin, doulxet courtois,
Le reconfort et support des François ,
De tes haulx faictz maintenant me recorde
Je voy, j'entens, considère et congnois
Que en champs, en villes, en chasteaulx et en boys
Ta majesté en tout honneur s'accorde.
Se demandé j^eusse miséricorde
J'eusse fait paix avec ta seigneurie.
Mais en ma vie je n'ay may que discorde
Discencions et toute brouillerie.
C'cçt à la suite de cette pièce que se trouvait le rondeau que nous avons inséré dans le texte.
No V.
Copie d'une lettre de Charles VIIl, extraite des archives de la maison de Rohan, Bibliothèque de Nantes. Nous en avons donné seulement le premier paragraphe dans le courant de l'ouvrage. Nous l'insérons ici tout entière. Elle était adressée à l'amiral de Graville.
« Mons^. l'amiral, j'ay receu voz lectres du xxvra* jour de janvier, escriptes à Amyens , touchant rassemblée des gens de guerre que fait le roy des Romains ou quartier là où il est; vous dictes que l'on ne sçait encores au vray de son entencion. Je me donne merveilles de ce qu'il fait ladicte assemblée , veu les bonnes parolles qu'il ma fait porter par ses ambassadeurs qui sont icy avecques moy, toutesfoiz je vous mercie de ce que m'en avez adverty. J'ay bien fiance que vous donnerez si bon ordre à tout au quartier là où vous estes, que avec Taide de mes bons serviteurs et nobles hommes du pays , estans par de là , qu'il ne se fera riens à mon desavantage ; vous pouez vous adresser pour les choses qui vous seront nécessaires au gênerai Gaillart, auquel j'ay escript qu'il face ce que vous lui ordonnerez, et sçay bien qu'il ne vous laissera avoir faulte de rien. De ce qu'il vous surviendra, faictes moy savoir des nouvelles à toute diligence, vous m'avez escript d'autres lectres de ladicte assemblée lesquelles je n'ay point eues, il fault dire que les postes ont esté destroussés en chemyn, et pour ce faictes vous en enquérir et le faictes savoir à mon frère de Bourbon.
PIÈGES JUSTIFIGATITES. 449
> Au surplus, tirant mon chemyn pour venir à Saint Germain lequel le dac de Galabre tenoit avecques ung nombre de gens d'armes. Il y avait une place nommée le Mont Saint Jehan la plus renommée de force de ce pays, et laquelle estoit au marquis de Pescaire qui est avecques le roy Alfonce. Et pour ce quelle tenoit contre moy et me pouait faire quelque dommage en la laissant derrière, je l'envoyai assiéger par mon cousin de Montpencier et sa bande, et le lendemain aprez disner, je feuz devant ledit Mont Saint Jehan , et à mon arrivée feiz tirer mon artillerie, et une heure aprez donner l'assault en telle forme que de la première pointe mes gendarmes entrèrent dedans , et en ma présence la preindrent à moins de demye heure. Il y avoit dedens ladicte place de vii à vui c. hommes de guerre qui tous furent tuez, réservé quelques prisonniers qui se saulvèrent dedans une tour, ou depuis furent prins. Je vous asseure, Mons^. l'Amiral, que je ne veiz jamais ung si bel esbat ni si hardiement assaillir et défendre que je veiz là.
» Geste nuyt passée j'ay sceu par lectres que mon cousin le mareschal de Rieux m'a escriptes, que le duc de Galabre a habandonné ledit Saint Germain et s'en est retiré à Gapoue , et que en s'en retirant il fut suivy par cinquante ou soixante hommes d'armes des myens, lesquelz estoient là envoyez pour savoir de ses nouvelles et feirent quelque destrousse sur leur bagaige à la queue.
> Je m'en pars demain au matin pour aller audit Saint Germain pour tirer audit Gapoue, et j'espoire, à l'aide de Dieu, poursuyvre le surplus de ma conqueste et emprise dont je vous ay bien vouUu advertir, et vous prie
450 PIÈCES JUSTIFICATIVKS.
que le faictes savoir aux gens de bien delà, afin qu'ils entendent de mes nouvelles et de mes affaires de ce pays. Je vous ay escript comment depuis mon partement de Romme, j'ay mis en mon obéissance la place de Montfroncey Cyvete de Salo, cité d'Aquier, la Lyonnoise (Leonessa) FAquille (Aquila) , et la plus part de la Poille (Fouille) et de Prusse (Abruzzes).
» Et au demeurant escripvez moy souvent ce quil sourviendra par delà, et adieu Mons^. l'Amiral.
» Escript en ma ville de Saint Germain première ville de mon royaume de Napples, le xui® jour de Février. n Ainsi signé : Charles. Robertet.
» Et dessus lesdictes lectres est escript à Mens' l'Amiral. >
No VI.
Nous insérons ici la lettre suivante , imprimée sans lieu ni date parmi les pièces reliées à la suite des Poésies de Jehan Meschinot. Bibliothèque de Nantes. Nous l'avons reléguée aux Pièces justificatives, parce qu'elle aurait fait double emploi avec les lettres du même genre et de la même date, écrites de Naples et insérées dans le texte.
Lettres nouvellement envoyées de Napples faisant mencion en gênerai des villes ^ ckasteaulx et places obéissantes à nostre sire le Koy, datées du vingtième jour de mars, et avec ce comment le roy Alphonse et le duc de Calabre s'en sont fouys en une ysle, cuidam avoir secours du Turcq.
€ Le Roy nostre sire a eu auctorité et victoire de par deçà contre plusieurs citez , villes , chasteaulx et places,
PIJBCBS it'STlFICATlVBS. 451
comme au mont Fortin qui est par delà Ronmie , à deux journées de Nappies ou environ, qui est unfortchastel et forte place ; lequel les Souysses prindrent d'assault img peu après la Chandeleur.
1 En après au mont Saint-Jehan qui est terriblement forte Tille et place, laquelle a este prinse à grant vigueur et hardiesse par les gens du Roy , et y fut tué de nos adversaires environ sept cens puissans hommes. Laquelle ville et place ainsi prinse , esbahist toutes les Italies, et par e spécial la ville et cyté de Naples, en laqudle le Roy , toute son armée , et tout son train est passé à trois sepmaines, combien qu'il a falln mettre le siège devant le chasteau neuf qui est une des plus fortes et fieres places qu'il en est point. Laquelle place et chasteau estoit toute l'espérance de nos ennemis et adversaires. Et est assis le dit chasteau dedens la ville de Nappies, et vient la mer jusques au pié. Mais nonobstant la puissance de noz ditz adversaires et garnisons estans dedens, et d'abondant uDg autre chasteau dedens la mer assis et situé sus un roch ou il n'y a que une bien estroitte et difficile allée , en moins de huyt jours ont esté vaincus et conquis par nos gens et prias , partie par composition et partie par force.
» Avec ee tout le pays de Galabre , le pays de Fouille et le pays des Abruzzes qui est un pays malaysié a aller et cheminer, avant que y aller ne envoyer gens d'armes, se sont renduz , vemiz et envoyez de toutes parts à obéissance requérir le Roy de les prendre et retenir à humbles subgetz et obeissans.
*> Et parmy ce je vous asseure qu il y a mille ans que
452 HÈCBS laSTIFlGATIYES.
guerre ne fut si TÎTement, d dOigemineiit , ne en si grande hardiesse menée, ne exmée sans rebeDion, résistance, ne empeschement au moins bien peu, dont de ma part je benys Dieu et donne menreîiles yen que j'ay TOu et trouvé par les hystoires que toutes les Ttalies par cy devant ont esté fort k craindre et qu'ils ont par cy devant gouverné toute la monarchie du monde, et tenu tout en leur obéissance. Mais, ce qui est bieni notter, le bon droit que le roy avoit et a audit royaulme de Napples a bien aydé a le conquérir. Touteffois ce estoit grande chose que partie adverse estoit jouissante. Et s'en est fouye sans oser attendre. C'est assavoir Alphonce et son filz qu'on disoit duc de Galabre. Lequel peu devant avoit fait couronner en roy ledit Alphonce et s'en estoit du tout desmis à luy.
1^ Peu sen fault que n'ayons tout et espérons de bref avoir le demeurant qui n'est pas peu de chose , et vauldra au roy tous les ans de sept à huyt cens mille ducatz, voire places gardées, gens darmes souldoyez, officiers payez, et tous autres frais faitz.
» Au regart du pays , il n*est riens en ce monde plus plaisant ne meilleur; beaulx lieux de plaisance, jardins, fontaines , où il y a citrons , oranges et toutes autres choses qui sont par de là , et qu'il est possible de veoir et désirer, roses et autres fleurs de toutes sortes; oyseaux chantans plus plaisamment que rossignolz.
»Nous avons vivres à bon marche et habondamment^ comme de saumons frais, grosses anguilles et autres bons poissons d'estrange sorte , vinz grecz forts et puissants , vivres de chevaulx sont un peu chiers. Le peuple
assez bon et nous ayment, au moins, nous montrent signe d'amour. Mais se fault garder de faire la cour à leurs femmes, car aucuns en sont fort jaloux; toutefibis on leur apprendra le train de France, qu'ilz commencent jà à congnoistre.
n Item le roy Alphonse et son filz , le duc de Calabre, qui depuis naguaires a esté couronné roy du consentement dudit Alphonce, s'en sont fouyz en une ysle et attendent avoir secours des Turcqs.
t II demourra comme il est bruyt pour la garde de par deçà plusieurs gens de bien , Et entre autres monseigneur de Montpensier, monseigneur le seneschal de Beaucaire, monseigneur de Glerieux, le seigneur d'Aubigny , Claude de Rabodanges , et plusieurs autres gens de bien avec grant partie des gens de guerre.
» Escript à Napples le xx« jour de mars. »
NO vn.
Je dois à M»« V® Le Grand, archiviste- adjoint à la préfecture de la Loire-Inférieure, la lettre suivante où le duc de la Trémoille rend compte à Louis XII de la prise de Ludovic Sforze. C'est une copie manuscrite d'une pièce importante et que je crois inédite. Je profite avec empressement de l'autorisation de la publier que m'a donnée M»»® Ve Le Grand :
«( Sire , plaise vous savoir que puis quatre jours encia je ne vous ay pas gueres escript de voz affaires , car je
IM Plions ieitiflîQAl^vtÉ.
iwâkffé sâtdr eoBUne il e&^it^, «tmsi j|iiè je seye èmpegAe a regarder commdilàse'edBdtj^i^ièiit et «oit Me tneiM» ^ telle sorte coamie je irùùs es(n%râi|r.
« ^re, iiotts partismes âSmeavâte le XeÉiirâefte» nismes couchera VeqtoUate, et le luadf au BÉititl âTee* quÉB Mis cem hommes j'aBay tèdiir quelqist kgéfs où ae pourroH loger tostre armée , et le iogé|s iÊêàÊé je m^i^ allrf deyaat Novarre fc^t aavdk! ^qàtlÊé eofitenance ilz tenoient et <^i/x)yai Vessieafs de Beamalottl et de Sandricom-t coi£rre deyant ^ ^^illlé ateei|iwà einqpaiite hommes <f armes, et inojf i^és ftrar les seasteÉhr; fk n'égarent guères esté Iding j|iie uitg ttfSa hrànae d'armes que j'arms eirroyé à Trecas» fà iaafi, memanda par ung archîer que sans point de latulte le More estoit hors aToeques son armée et artillerie , et qu'il s'en alloît à Trecas et qu'il nous yenoit con^atre. Incontinant le manday à Messieurs de Ligny et mareschai de Trivulce, qu'ilz venissent et que les nouvelles estoient vrayes qu'ilz venoient vers nous, et que je regarderoye, ce temps pendant, le camp où nous le pourions combatre s'il venoit, et que s'il alloit à Trecas que je le harderoye tant que je le garderoye de passer le Tessin.
» Sire , ilz se mirent tous deux aux champs et tirasmes le chemin d'entre Novarre et Trecas. Nous n'eusmes jamais chevauché deux milles, que Messieurs de Beaumont et de Sandricourt me mandèrent qu'il s'en estoit retourné eu la ville pour ce qu'il pensoit que toute vostre armée fust sur les champs; incontinant j'actendiz Mess", qui venoient après et regardasmes
ce que nous avions affaire , et fut dit qu'il valioit mieulx venir à Novarre que ailleurs, et que s'il nous voulloit combatre , que le pays y estoit plus plain et plus avantaigeux pour nous que ailleurs et que nous aurions mieulx noz vivres de Verceil, et nous en veinsmes à belles enseignes desployées, à ung mille et demy de ceste ville de Novarre, sans ce que jamais homme vint au devant de nous, et y demourasmes le lendemain pour actendre noz vivres et aussi pour avoir des pionniers plus largement, et ce jour là fut advisé .que nous yrions prendre une abbaye qu'ilz tenoient, et est du costé des faulxbourgs de Millan , et que nous la prendrions ou quilz nous combatroient, et ce jour y eust de grosses escarmouches tant d'ung cousté que d'autre.
> Sire, le lendemain au matin, nous montasmes à cheval en deliberacion de prendre l'abaye et le combatre s'il Touloit venir deffendre, et n'eusmes jamais chevauché deux gectz d'arc que toute sa puissance sortit à pié et à cheval avecques toute son artillerie, et se vindrent mectre en belle et grosse bataille devant nous, et nous devant eulx, et marchasmes les ungs contre les autres en aussi belle ordre et en aussi bonne volenté de combatre que je veiz jamais gens marcher, de telle sorte que les paillars se trouvèrent si gens de bien qu'ilz ne voulurent oncques actendre la compaignie, et s'y estoient que tant lansquenetz que Suysses, de xiii a xiiii"", et de Lombars de ima v^, et d'hommes d'armes, de Bourguignons et Lombars, environ m "> chevaulx; et furent remis si lourdement en la ville qu'ilz se affoloient l'un l'autre en y entrant, et s'ilz eussent eu aussi bonne
456 PRcies JusTinGÂTiTCS.
volenté ce jour là comme je croy que aToient les vostres, je TOUS asseure que se eust esté la plus cmellè batsûlle qui fut cent ans à, et vous asseure Sire, que tous estes tenu aux cappitaines gens de bien et gens d'armes qui sont icy, car ilz aboient bonne Yolenté ce jour là tous fiEÛre service.
> Sire, nous tombasmes en une composidon, et pour ce qu'ils estoient grans gens dedans, nous les kâsaions aller leurs bagues saulyes, par tel moyen que si nous trouvions le More ayecques eulx que nous le prendrions, ce qui fut accordé; et feusmes advertix à ceste heure comme ils ne Youlloient point tenir la composicion, mais qu'ils Youlloient emmener ledit More aTecques eulx. Sur quoy. Sire, il n'y ayoit nully qui ne feist le meilleur guect qu'il peust pour l'en garder, et envoyai le bastard de Glerette qui est de la compeignie du bastard de Bourbon, et celluy qui porte mon enseigne et le petit.... qui est de la compagaignie de Aubert de Roussec pour battre l'estrade tout au long de la nuyt , pour veoir s'il yroît en habit dissimullé , et tout vostre ost en armes tout au long de la nuyt , et montasmes à cheval une heure devant jour et nous meismes en belle bataille en nostre camp, délibérez que s'ilz le voulloient enmener par force de les en garder, et envoyasmes pour renforcer ceulx qui estoient allez dehors, que je vous ay nommez cy dessus, Monsieur d'Alégre qui ne fut jamais aux champs qu'il n'oûyst demurer (démolir) la porte par où ilz s'en voulloient aller en belle et grant ordre , et commencèrent à marcher droit à Millan. Monsieur d'Alègre et ceulx que j'y avoys en-
Toyé la nuyt les commencèrent à hardoyer, l*un d'un cousté et l'autre de l'autre ; et à ceste heure là feusmes advertiz comme ilz s'en aUoient et commencasmes à marcher contre eulx , de telle sorte que s'ilz n'eussent esté Toz siiysses qu'ilz nous mandèrent qu'ilz ne voulloient point que l'on leur tuast leurs gens^ et qu'ilz leur feroient bailler le More, s'ilz l'avoient, qu'il me semble que nous les eussions defiGûctz. De gens de cheval ilz estoient xi ou xiim hommes, mais il nous souffisoit de trouver le More si nous pouryons, et feusmes près de trois heures à le chercher, et furent tous contrains et leur fist l'on si belle paour que tous s'accordèrent de passer ung à ung soubz une picque, et c'est là qu'il fut trouvé, et est la plus belle prise que vous sauriez avoir.
• Il se remeict à Monsieur de Ligny soubz quelque traicté qu'il luy avoit fait le soir de quoy il me parla quelque chose au matin, toutesfois il avait rompu son sauf conduit car il s'enfouyait.
• Sire , vous avez tout ce que demandez , et en estes bien tenu à Dieu , car il y a cent ans que ne fut fait une plus verte chose et plus honorable pour vous.
» Sire , j'ay escript à Monsieur le Cardinal qu'il s'en viengne pour donner ordre à vostre affaire , qui n'est que bon s'il est bien mené , comme je suis asseuré que
• La Diète avait mandé aux Suisses de ne pas combattre les uns contre les autres. Ceux du parti de Sforze furent accusés de l'avoir vendu.
iitii^ Méii Mît Moâsîéur iè QIÉMHiuâ, et mais ^tiH ÉÊ^yma fltôiiÉ 6âei^^cotiiiti6t(îiitië |M>rtera. Tonte»» Ibis je sds ttrtié&BL 916 ii«ÉS pàrûnm èenàià , tâitti ^ totti est en IrouMe 1^ dé tous gai^der de Hmjpil
\é 6ii^, fl n'est j^înt ence^ eoncloa im ron jfii^ Éttis à ee soir noiiÉt néus troutàtns àVecques Khâëi^ fljbieét lé Cardinal, et pmiex èstre lenr que Fon ^rénl sinnrint lé jplns dtlfigemmiit et lÀ^anment qdé 1^
pfyiuTtt*
i S&rè^ je &e Vous saijtrojé eséripré ëôÉuiÉtô llélÉMÉi ABi^iimotÉt et de Sandrîebtirt totÉ icmtséiNr^ icyyétd èH éust hier uiigqliiTétts feist imggrànt âeihrice cotliié fè 'vimsiédiray. Et sur ce point, Sîre, pitié Dien, été., ëte.
> Escript à Noyarre le ix« jour d'ÀTril.
» Sire, il me semble que devez prendre le More entre yoz mains plus tost que plus tard, et le mectre en une bonne grosse place afin qu'il ne vous échappe point.
> Sire , il me souvient bien de la promesse que me feiste quant je partiz, ce fut que quand vostre affaire seroit vidée que incontinant me envoyriez quérir, je vous supplye ne me oubliez pas.
i> Votre très humble et très obéissant subgect et serviteur,
» De La Trimoille. > Archives de la Préfecture, Trésor des Chartes, Armoire S. Cassette A. N» 27.
Pièces JUSTIFICATIVES. 459
No vm.
Les deux lettres siÛTantes sont, je crois, inédites. Je les dois à M. P. Lacroix, bibliothécaire en chef à TArsenal. Elles proviennent du BriUsh muséum.
Le saint Louis dont il est question dans la première de ces lettres était petit-neveu de saint Louis , roi de France, et neveu , par sa mère, de sainte Elisabeth de Hongrie. Il naquit en 1274 à Brignoles, en Provence. Il avait eu pour père Charles II, surnommé le Boiteux, roi de Naples et de Sicile, et pour mère, Marie, fille d'Etienne V, roi de Hongrie. En 1284, Charles le Boiteux, alors prince de Saleme, fut fait prisonnier dans un combat naval par le roi d'Aragon. Sa captivité dura quatre ans et celle de son fils sept, à Barcelone. Louis ne recouvra la liberté qu'en 1294. Son père lui promettait la couronne de Naples , s'il voulait épouser la princesse de Majorque, sœur du roi d'Aragon , attendu que son frère aîné , devenu roi de Hongrie du chef de sa mère Marie , ne pouvait plus prétendre au trône de Naples. Il préféra entrer dans les ordres , et , par dispense d'âge accordée par Boniface YIII , il reçut la prêtrise à 22 ans , et fut nonmié évèque de Toulouse. Il mourut peu de temps après à Brignoles, en Provence, le 19 août 1297. Alphonse d'Aragon, roi de Naples, ayant pris et pillé Marseille en 1423, on transporta le corps du saint , canonisé par bulles régulières , et déposé aux Franciscains de Marseille, à Valence, en Espagne, où il se trouve encore.
(Acta sanctorum, t. 3, p. 775. Godescard, t. vu, p. 394.)
460 PllK» JUSTiriGATrf 88.
Très hault très puissant et très exceUant prince BOstre très cher et très amé frère cousin et aUyé Ferrand par la grâce de Dieu roj de Castille, de Léon, d'Arragon, et Gharies par iceUe mesme grâce roy de France, amour et bienveillance. Très hault très puissant et très excellant prince, Nous ayons entendu qœ Ibu nostre très cher s^. et père que Dieu absoiUe pour la derocbn qu'il aToit au i^orieux corps saint de mons^. sainct Loys et à son couvent de nostre cité de Marseine, en traictant des ailisûres de Roussillon tous requistet pria que tous fissiez rendre audit couTcnt le dit corps saint monsr sainct Loys lequel avec le chef et chasse dicelltiy en fut despiecà enloTé par les gens du roy Alfonce Tostre prédécesseur qui le transportèrent en Tostre cité de Valance où il est encore à présent. Et pour ce que eut nostre dît feu sr. et père nous avons semblablement grande devocion audit corps saint qui estoit de la maison et fre. germain d'un des roiz nos progéniteurs et dont sommes descenduz , et fonda ledit couvent où il esleut sa sépulture. Parquoy desirons singulièrement comme raison le requiert qu'il puisse estre remis audit couvent ouquel en son vivant il ordonna perpétuellement reposer, nous vous avons voulu escripre et prier très affectueusement que en continuant les promesses qui sur ce furent par vous faictes à nostre dit feu s^ et père et aussi en faveur de l'amytié et bienvueillance d'entre nous , vous vueillez Taire rendre et restituer ledit corps saint chef et chasse
monsi* sainct Loys en sondit couTent et église de Marseille et y faire pour nous ainsi que Touldriez que feissions pour tous en pareil cas. Et vous nous ferez ung moult agréable plaisir car nous avons une singulière affection de recouvrer ledit corps saint en noz pais mesmement en sadite église pour y estre prié plus feryement. Et nous semble que nous n'aquiterions pas deuemement de la charité et Révérence qu'avons à luy et notre sang si n'en faisions ceste poursuite ainsi que le tout vous pourra declerer notre amé et féal orateur et ambassadeur par devers vous Charles de Ancezune à qui nous en escripvon?. Très hault très puissant et excellent prince notre s^ vous ait en sa garde.
Escript à Senlys le xxixe jour de may.
CHARLES. NoBLET.
A très hault très puissant et très excellent prince notre très cher et très amé frère et cousin et alyé le roy de Castille, de Léon, d'Arragon, etc., etc. »
Cette requête n'eut aucun résultat et les reliques de ce second saint Louis, de la maison royale de France, reposent encore à Valence.
La seconde de ces lettres est adressée aux rois d'Espagne Ferdinand et Isabelle. Si, comme nous le croyons, elle est postérieure à l'expédition d'Italie , elle montre que la bonne intelligence entre Alexandre VI et les rois d'Espagne ne dura pas longtemps.
Très haulx , très puissans et très excellons prince et princesse , noz très chers et très amez frère et seur
4#st màm MmmickWfm
is^piMiréi M afiey, don Feie^Mid ^ iaisiBb^l|t m ^ ffUe do Umi rof%t n^rse de C^^tiUei dà Kiean, d'Ar- }^%f de Grtfiade* CSuôrte^ j^ kdSe mesiie grloe irof de l^raiice spjhii
IP9)U} r(ic^ vos ItôUee par Mm^ iTAttâoa folre mel»|ifridii» el (^^iri^> «c^wce ^l'^iamiea #^ U^m «•kiig, de ¥e(i^pert Sur les plaMet^ woomÊfwo&i et
Ilifus]|«it li^ fiiîctde noslre saiacl fif« lep^pe, «tda (Iii9^ fi^^ ifM>s|idif9e deii( ▼«up eai^ pé,
eegaw^piie qm k»£les jnemo^^tranees soàl oéceiseîres iP^ laiçles pçpir le serTÎce de I$ev neutre orteteisr el pour'le bioa dé toufe le % dbréti^iie. fl oeuft desplaM giaiid<»iieiit de.e# ^|«i9 1^ cbo^es MÎeBl si pi^^fiiement eipdoîctes &ï ce^t estât. Car nous Bmms eussi eu h» plaintes et remottstraoces pareilles à celles dent nous ayez fait advertir. Et à ceste cause, en ensuyvant Tostre bon advis, lequel de par tous ledit d'Albion nous a dedairé, Nous avons délibéré envoyer ung ambassadeur de par nous , que despescheront, aidant nostre s^ en brief , quand serons arrivez en nostre ville de Lyon. Lequel partira de ladite ville de Lyon avecques vostre ambassadeur que y envoyerez, et si tous deux, vous et nous , donnerons chacun de nous entière créance , pour parler et dire eulx deux ensemble leur charge, et pour faire sans scandale les admonestemens et remonstrances fraternelles secrètement à nostre sainct père. Sur lesquelles nous croyons fermement qu'il aura regard en prenant pour le temps avenir autre forme de faire. Et quand il n'en seroit délibéré de changer et
muer son premier propos on y pourroit bien pourveoir plus amplement. Ainsi q'avons declairé audit d'Albion lequel yueillez croire de ce qu'il vous en dira de par nous comme nous mesmes. Vous priant ausurplus que des choses que verrez et cognoistrez estre bonnes et utiles en ceste matière que nous en vueillez advertir. Car de nostre part nous tendrons tousjours la main a ce que Dieu et l'Eglise soient honnorez et serviz comme il appartient Très haults très puissans et très excellens prince et princesse, noz très chers et très amez frère et seur confedéréz et allyez Nostre Seigneur vous ait en sa saincte garde.
Donné à Amboise le xui^e jour de février.
Votre très bon frère,
Charles.
A très haults très puissans et très excellens prince
et princesse noz très chers et très amez frère et seur
confederez et allyez , don Ferrand et Elizabeth par la
grâce de Dieu, roy et royne de Gastille, de Léon,
d'Arragon, de Grenade, etc.
Dubois.
No IX.
Voici deux lettres ou plutôt deux fragments de lettres de Philippe de Comines , à la date du 17 et du 23 juillet 1505. Elles sont adressées de Tours, où le roi se trouvait à cette époque , à la reine Anne, alors en Bretagne.
lli fiiéÉi êèÊfnmkim».
ittéfÉH isÉdié i^r8fim«lt âdade ^ mois d'avril inS^ U M» ttnft fiât vœu de tinl«f Notre-0ame-AifUMMl, «B Bretelle, tlans ki coaranl de rannée, a lotiiBI f«0oimill la santé. Cest pour acccmi^firle ^Mtt^eOe avait fiMnart» qa^dBe se raidit en Bret^nd
^ ^'É^ cMisMen te letMs de Gommes sont rares. IMIèSHd fiÉMient partie des arcMtes du ehàleau de IKIb. Ibis'là Wj^ soole est re^^ée dans les portdfeuHiii%eBâi8 à la IKUlodièqtte de Hantes par les héritiers iè K.^ Bisetd* Les or^^mix avaient été tendus par ce iemîer.' Je crois qu'dles ont été publiées par W^ Duim^ dans Fédiâdn de Comines, éditée parette pour la SMâété ^ Mbtaifis te Franee.
Ces éàa fièices sont curieuses. Elles montrent qae nie conseffler de Louis XI ne reconquit jamab une faveur entière près de Charles VIII , il ne fut guère plus heureux près de Louis XII, bien qu'il ne négligeât rien pour y parvenir. Ces lettres prouvent aussi que la reine Anne lui youlait du bien et qu'elle avait intéressé le légat à travailler en faveur de Gomines près du roi. Il est prob2J)le que la charge sollicitée par notre historien était quelque ambassade en Italie, probablement prés du Saint-Siège.
Gomines, malgré ses démarches, ses sollicitations et les efforts de la reine , ne réussit point à reconquérir la confiance du roi dont il avait été autrefois le compUce lorsqu'il n'était que prince. Il est probable qu'en négligeant les offres de service de Gomines, Louis XII a perdu un historien, car cet homme d'état n'aurait point
été chargé de quelque mission importante sans en laisser le récit à la postérité. La mémoire de ee roi n'y a pas perdu grand'chose, car Gomines, placé à un rang inférieur dans la confiance du prince , aurait laissé percer dans ses écrits Tenvie et l'orgueil blessé qu'on remarque trop souTent dans les deux livres qu'il a consacrés au règne de Charles VIII.
Autant vaut-il pour Louis XII, qui n'a pas manqué d'historiens, que le vieux Flamand se soit borné à cette remarque, c Quand j'eus couché à Amboise, dit-il, après avoir raconté les funéraUles de Charles YIll , j'allay devers ce roy nouveau , de qui j'avois été aussi privé que nul autre personne, et pour luy avois esté en tous mes troubles et pertes; toutefois pour l'heure ne luy en souvint point fort. » (Livre viii.)
C'était comme prince et sans aucun espoir d'arriver un jour au trône que le duc d'Orléans avait autrefois conspiré avec Comines contre le pouvoir de la régente, Anne de Beaujeu. Une fois roi, Louis XII comprit la solidarité qui le liait à ses prédécesseurs et le séparait de ceux de ses amis qui, par intérêt sans doute, avaient servi les visées de sa jeunesse ambitieuse. Louis XII oublia les injures faites au duc d'Orléans , mais il ne pouvait récompenser les services rendus au même prince, lorsque ces services impliquaient une offense à la couronne posée plus tard sur son front.
€ 17 juillet 1505.
» A la royne ma souveraine dame, » Madame, tant et s'y très humblement comme je puis me recommande à vostre bonne grâce.
f arlnr à MiHisr le hipt»X à Beaiii>^^ ^t ii« wom w ftouner c^ngr tfàim b, est$ BM^fj^four ce qaeje It 4alA^ à «O0tre nndl^p^Ge , et pluBieiu^ îm m a «Bfoyê deiMi» nttsf ^ |èf le jNreiider coup le tous ««Hat fut iiireir^ mm je ne (sufâaî^ pai&l .que k chose advint pour ce que je êfimok saroôr s'il loe Uitmi èoniie chtee ou mau^esse aYSMii aBer. TouteiBtf , madame « M me 4iat }eii nûSieurs tenues du jÉende el la milleure iparole ei Men joujifue. «
£ A te i^ioe (ma souverabie dame ,
? n ^Madame tant et sy très4iumUeiiiail eemme je puis mexBConima&de à votre beime grftiee.
» Madame (de)puis poy de jours tous 9^ escrâpt mon lanrMe et comme le roy m'avoit lait bonne chère et fort parlé à moy et a fait (ainsi) chacun jour depuis mes lectres escriptes (en) parolles générales et à chacune foys me parle de tous et longuement. Mais je n'y suis allé que une foys le jour et en la compagnie de Mons^ le léguât.
> Il y a environ quatre jours . Madame, que je demandé à mond* s^ le léguât s'il ne valloit point myeulx que je m'en allasse en attendant vostre venue puisque mon fait était remis (jusque) là et se qu'il lui sembloit que je devois dire au roy à mon partement. Il me dist que je atendisse jusques sur le partement du roy et que je ne dist (disse) sinon que je le merciois de ce qu'il luy avoit pieu que (je) vinse ycy et que pour ceste heure ne luy voulois faire requeste de autre chose, et que
s'il luy plaisoit m'employer en aucune chose en son service, que de millieur ceur que jamais je m*y emploirais, et puis que à vostre Tenue, il (le légat) tous en parlera , et s'y eœploira de toute sa puissance et en cy (en ceci) je suivrai son conseil, car quant je vouldroye faire autrement je perderoys toute son amitié.
> Je ne se s'il (le légat) voudrait quelque serment ou promesse de moy car en quelque suspection l'avmt on mis au commencement disant que s'il s'y fiait que mademoiselle de Beaumont ^ et moy à la fin lui nuirions envers vous et le tromperions.
» Madame d'Angoulesme ', Madame, a porté fort bonnes paroles disant qu'elle me vouldroit céans avec un gros et bon appointement et qu'il est grand faute de gens , je entends bien à son parler qu'il faut bien qu'il s'ayde de quelqun et croy qu'il seroit plus content de moy que d'autre sy défiance ne l'en garde, mais qu'il vous pleust yder (aider). Je vous supplie, Madame, qu'il vous plaise m'escripre une bonne lectre que je lui puisse monstrer ou faire monstrer, s'y j'estois party
d'ycy.
> Le roy envoyé Mons' de Nevers etl'evêque de Paris
vers le roy de Gastille Mons' l'amiral » tient le roy
de près et fit un tel visaige quant il me vit contre vostre chambre à Paris quant il m'y trouva.
* Mademoiselle de Beaumont était nièce de Comines et fille de Jeanne de Jambes, sa belle-sœor.
• ' Mère de François I.
' L'amiral Mallet de Graville.
468 PIBGBS JUSTIFICÀTITES.
» Le roy, Madame, fîit unpoy (pea) mal disposé (de) puis poy de jours et vis Mons^ le léguât en peur. Mes (mais) (le) lendemain il n^y parut H me semble, Madame, que (tous) ferez bien d'abréger Toste véage... (Lacune).. •
» Je loue Dieu y Madame, de coy Tafére du maréchal ' lurent train à Yostre honneur et plesir. n a icy ung homme , mez nul ne parle à ly que j'ai yeu. Le roy loue Tos mariages *, se m'a ton dit Priant à nostre Seigneur, Madame, qu'il tous doinst bonne vie et longue et acompUr tous tos désirs. A Tours ce Xxlllm* juîOet 1605, de la mcdn de Tostre trés-humbie et très-obéissant suget et serviteur, Gomines.
» Je TOUS supplie. Madame, rompre sez lectres. »
No X.
A la page 133, nous avons dit en note que M>ne de Laval, dont parle Bernard de Percy, devait être Françoise de Dinan, épouse de Guy de Laval.
* Le procès que la reine faisait au maréchal de Gié. La reine y portait un vif intérêt.
^ Était-il déjà question du mariage de Germaine de Foii avecle roi veuf d'Espagne? C'est probable. Germaine partit de France le 29 décembre 1505 pour rejoindre Ferdinand. Du reste, la reine Anne était une grande marieuse et se chargeait volontiers de négociations de ce genre, surtout lorsqu'il s'agissait de «es nombreuses filles d'honnenr.
PIÈCES JUSTinCÀTIYBS. 469
Nous dcTons rectifier ici cette erreur. Voici quels étaient les personnages dont parle Bernard de Percy dans sa lettre datée de Rome :
Le maréchal de Rieux, qui commandait un corps d'armée en Italie, était Jean, sire de Rieux et de Roche fort, comte de Harcourt Né le 27 juin 1447 , il avait suivi François II , duc de Bretagne , dans la guerre dite du bien public. Créé maréchal de Bretagne en 1470, il commanda Favant-garde de Tannée bretonne à la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier, le 28 juiUet 1488. François H, par son testament, Finstitua tuteur et gardien de ses filles. De Rieux ne mourut qu'en 1518, âgé de 71 ans.
Il avait épousé, en 1461 , Françoise Raguenel, dame de Malestroit, de Châteaugiron, deDervaletdeRougé, morte en 1481. Leur fille Françoise épousa, le 11 juin 1488, François de Laval, seigneur de Châteaubriant, de Gandé, etc., fils de Guy de Laval et de Françoise de Dinan. Elle mourut, le 20 octobre 1532, à Ghâteaubriant, et fut enterrée dans Fég^ise de la Trinité auprès -de son mari. C'est d'elle qne Bernard de Percy veut parler sous le nom de Mm« de Laval. Son mari, Guy, avait suivi son beau-père le maréchal dans Fexpédition d'Italie.
Quant au maréchal de Rieux, il avait épousé en secondes noces Claude de Maillé, brûlée par accident dans le château d'Elven, et en troisièmes Isabeau de Brosse, fille de Jean de Brosse III , comte de Penthiévre, et de Louise de Laval. Cette dernière mourut le 21 mars 1517 et fut enterrée dans l'église de Notre-Dame de Rochefort.
C'est Isabeau de Brosse qu'entend rassurer Bernard de Percy, quand il fait allusion aux inquiétudes de Mme la maréchale de Eieux. Le maréchal avait alors 47 ans.
No XI.
Les nouvelles du roy depuis son parlement de son royaume de Naples, envoyées à Monsieur Vdbhé de Saint-Ouen de Rouen ^ aujourd'hui xxvi de juillet.
Le correspondant donne d'abord un itinéraire fort abrégé de la marche du roy à partir de Naples :
c Le roy avec son armée et artillerie en bataille et bon ordre vint descendre à Foumoue, qui est un villaige pour entrer en la plaine de Lombardie ou le camp des ennemis était logié à iiii milles près qui est une lieue et demie françoyse, qui fut jour de dymanche Y de juillet. Et furent attendus les ennemis plus de cinq ou six heures. Lesquels ne parurent obstant Tartillerie qui estoit au devant et les gens d'armes en bon ordre de bataille. Le dit jour ne se présentèrent fors seulement aucuns estradiots albannois avec chevau-legiers et bien courants vestus de grands jupes et de grands cymeterres à leur costé à la mode de Turquie, lesquels vinrent faire les escarmouches sur aucuns de nos gens. Et quant ils pouvaient prendre des nostres leur couppoient les testes et les mettaient en leur bissac, laissoient les corps et allaient faire ostension des dites testes aux provediteurs
PIjÈGJES JUSTIFICATIVES. 471
de Venise et pour chacune teste devaient avoir m ou un ducats , ainsi qu'il est accoutumé quand ils bataillent contre les turcs. Et ce dit jour y demeura deux honmies d'armes et deux ou trois ardiiers, et pour ce que les ennemis ne venoient point le roy fut conseillé se loger en camp près ^s ennemys une petite lieue.
Le lendemain qui fut lundi vi jour du dict moys après di^er, le roy se mit sur les champs et en bataille pour passer son chemin et s'en revenir en France et estait contraint de passer devant le camp des dits ennemis à deux jets d'arbaleste au quel camp s'étaient fortifiés longtemps avant espiant la venue du roy et de sa compagnie, au quel camp estait toute la puissance d'Italie et les plus gens de bien et délibères et estoient bien deux mille cinq cents hommes d'armes à la mode d'Italie, deux mille stradiots albanoys et autant d'autres avec chevau-legiers et le demeurant en gens de pié jusques au nombre de xxx mille combattants , leur camp garni d'artillerie et les advenues de grant quantité de pavoys.
Le roy se mettant dans son devoir et ayant Dieu devant les yeux et pour éviter efiusion de sang fist escripre par le cardinal de Saint-Malo et le seigneur d'Argenton aux provedicteurs de Venise en continuant les paroles qu'ils avaient eues audict seigneur d'Argenton estant ambassadeur pour le roy à Venise , qu'on ne demanderait rien au roy et qu'ils ne vouldroient point rompre leur alliance ancienne pourveu qu'il voulsist passer par Lombardie et Italie sans rien innover (sic) ce que le roy était délibéré de faire, et de ce fut envoyé sauf conduit à ce qu'ils eussent quatre personnages d'entr'eulx et le
472 pncKS JcsnnGATivBS.
roy en estirait quatre aultres qui estaient ledit cardinal, le mareschal de Gyé, le seigneur de Pyennes et d'Ârgenton. A quoi pour le jour ne firent aucune réponse, nîng se mirent en armes , tirèrent artillerie et esleyèrent quelques escarmouches.
> En Tavant-garde du roy estaient les Suysses et Tartillerie , monsieur le mareschal de Gyé ayec cinq cents honmies d'armes et sire Jehan Jacques de TriTulce. En la bataille estoit le roy, monsieur de Foiz qui en avaient la charge, le bastard Mathieu et autres capitaines jusqu'au nombre de six cents hommes d'armes. Par derrière Tinrent les ennemis tous eleus , bien armés et montés et frais en grant fureur charger sur la dite batsdlle. Et avaient envoyé devant une trompette pour savoir ou estait le roy, parler à lui sous couleur de quelque trêve pour le congnoistre, et un de ses arbalestriers piedmontais s'en alla rendre au party contraire qui révéla aux ennemys ce qu'il savait et ou estait le roy et comment il estait habillé et monté et sa devise.
» Et vinrent les dits ennemis descharger furieusement sur ladicte bataille et arrière garde du roy. Mais ils furent si bien reçus , que ung temps fust qu'on ne savait qui avait du meilleur tant furent meslés. »
Nous omettons de reproduire ici la fîn de cette lettre, qui, écrite probablement par un employé civil de l'armée, ne nous apprend rien que Gilbert Pointet ne nous ait raconté. Néanmoins c'est d'après ce correspondant que nous avons relaté que le bouton de la visière du roi avait été tranché d'un coup d'épée.
Cette lettre, imprimée en caractères gothiques, ne se trouve que dans le recuefl Heber, Bibliothèque impériale. No 34,540 du catalogue.
NO zn.
Ordre dofiné en Bretagne pour équipper une flotte destinée au voyage de Naples,
Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à noz amez et feaulx conseillers les sires de Porçon et de Maupertuys , salut et dflection.
Comme fl soit ainsi que présentement ayons fait armer et équipper certains navires estans en noz costes de Normandie, Bretaigne et Poitou pour nous servir en l'armée par nous ordonnée estre dressée pour le fait de nostre royaulté de Naples, lesquels navires nous soit besoing garnir de bons et sufBsans mariniers et les faire lever esdictes coustes. Pour ce est il que nous, confîans à plain de vos bons sens, loyauté et bonne diligence, vous mandons et commettons par ces présentes, que incontinent vous transportez sur la coste de nostredit pays de Bretaigne ou diocèse de Saint Malo et es fiefs enclavez , et illecques assemblez le nombre de trois cens mariniers des plus expérimentez et habiles compagnons ou fait de mer que pourrez trouver, en les faisant mettre en poinct et habillements de guerre souffîsans pour
*g^ mÊUaBL IgjfBHffffffMt
Iode flWÉttre luete, estrfi Mq^^^lieipfrMv^ Ir^MMBieBi par les naiBs été siénn de Porç<» ^ Aq Chilrày l'un d^eufo <m leiffs ccmiiiiis et députes, et ks fiklet aJBorMrettdre ttt>ert ellMKvre de Barest, où ii ^ lieifveroBt les sarâres esqi^ ils di»?«it entrer ^ aKmtor, ainsi que l'aTons (urdeaiié.
Doimé aux Il<mlib4e8-f(mn, le 2Se jour de jdDet * r«ide fr✠i^^et de nestre r^e le i3«.
Signé : Robertet.
Sàtre pai^enAiàs^ : c Pris sur une copie orimnak da y taaps et de la date. »
Dom Morice a publié cette lettre, t. m, p. 7S4 Pre^e$ de l'Histoire de Bretagne.
J'avais eu le dessein d'insérer dans cet appendice la description de Rome que j'ai signalée en passant, intitulée Merveilles de Rome y imprimée en caractères gothiques et reliée à la suite des Poésies de Jehan Meschinot.
Mais, outre qu'elle est fort longue, il aurait fallu accompagner cette pièce d'un commentaire et de notes nombreuses, afin de relever les erreurs dont elle est
remplie et d'expliquer des passages qui se rattachent à la topographie de Rome, à une époque plus reculée encore que le xve siècle » car ce manuel du voyageur, écrit primitivement en latin, remonte sans doute à une date très-éloignée.
Je laisse ce soin à quelque personne plus familiarisée que moi avec la topographie de Rome au moyen âge. Dans la solitude où j'écris , les documents nécessaires pour cette étude me manquent d'ailleurs complètement.
Personne ne saurait le faire avec plus d'autorité , à mon avis, que M. Eugène de la Gournerie, de Nantes, auquel nous devons un excellent ouvrage sur Rome chrétienne.
TdABLE.