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L'EMPRISE DU PRINTEMPS

La nuit pâle coulait comme une oncle, ses voiles Sentr'ouvraient aux clartés roses de l'horizon Où descendait mourir une dernière étoile — Le verger s'éveillait autour de la maison.

Las du labeur sévère et qui leurre peut-être, Avide de goûter l'arôme du printemps, J'ouvris aux souffles frais qui battaient ma fenêtre D'un rameau de rosier plein de bourgeons naissants.

Ma lampe s'éteignit, sur mes manuscrits blêmes De tremblantes lueurs s'étalèrent, je crus Que, parmi ces rayons à chaque instant accrus, Dans ma chambre confuse entrait l'aube elle-même.

Mais déjà par la plaine elle glissait, déesse Heureuse de parer les pommiers tressaillants En dénouant pour eux l'or tendre de ses tresses — Et le verger ravi chantait un large chant.

Tandis que je riais, ivre d'avoir senti L'aube d'avril baiser mon front appesanti, Une voix me parla qui passait dans le vent

^< Livres tristes, conflits de pensers, calculs lourds, Les choses que tu sais et que tu ne sais pas Te firent un hiver épris de leur fatras — Moi, je suis la rumeur immense de l'amour.

Mirant les rois affreux et l'humanité serve Ton œil était obscur sous ton sourcil froncé Comme un oiseau de nuit sur un gibet posé - Je chasse le hibou morose de Minerve.

Tourné vers l'avenir sombre et strié d'éclairs, Tu évoquais l'orage et les rouges revanches — Egrenant la rosée en perles dans les branches J'agite les grelots des muguets entr'ouverts.

Le poème onduleuxque rythme la prairie,

Toute cette fraîcheur, toute cette candeur

Qui montent de la terre odorante et fleurie

Je les prends, je prétends les mettre dans ton coeur.

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