LITANIES DU VENT
Le vent de gel sanglote à perdre haleine —
Le givre aux arbres noirs suspend d'étranges flores
Le vent flagelle et tord les branchages sonores,
Brisant au fil des toits sa plainte éolienne,
Le vent d'hiver siffle et geint par la plaine.
Le vent chante la mort des amis oubliés
Et ceux qui sont partis sur la mer sans rivages
Se pleurent parmi ses clameurs sauvages — Fracassant les bouleaux et les grands peupliers, Le vent souffle l'ennui, la haine et les naufrages.
Le vent étreint la maison qui frissonne Et chasse dans l'air gris de tremblantes fumées,
Le vent secoue en vain les cheminées Puis s'enfuit sur la route où ne passe personne — Le vent gémit comme une femme abandonnée.
94 CAMPAGNE rREMIKRIi
Le vent ricane : on dirait un fol échappé, Le vent hurle : on dirait un enfant torturé, Le vent grince : on dirait la révolte d'un bagne
Le vent s'abat et se tait épuisé — La neige tombe lentement sur la campagne.