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LE CRÉPUSCULE DES CHIMÈRES

Une encore aux regards vacillants et que hante

Le tumulte haletant de sombres angélus :

« Tu m'aimas autrefois, j'étais celle qui chante,

La reine que tu feins de ne connaître plus ;

Je t'apportais la croix et l'épine brûlante

Et la griffe qui mord les martyrs éperdus.

Souviens-toi • l'autel même et le parvis de marbre

M'ont vu te menacer du soufre et de l'enfer

Promis à qui me hait et séjourne sous l'arbre

Trois fois maudit — sous l'arbre où tes rêves pervers

Recueillent les fruits noirs de la science humaine.

Mais tu m'as fui, le souffle étrange qui t'entraîne

Te jette en des sentiers que je n'éclaire pas,

Tu as élu la pourriture de la terre

Et les fils du limon se lèvent sous tes pas —

Prends le cilice et courbe-toi devant ta mère. »

v\ Je te connais, dis-je. marâtre aux mains fébriles : Tu sèmes le mirage et l'effroi sur les villes Qu'érigent à ta voix des apôtres déments.... Oui, j'ai cueilli les fruits de l'arbre, je me vante D'être avec cette foule adverse que tu tentes Vers les couteaux de sacrifice —

O toi qui mens.

Arrière, je te hais et brave ton néant. »

Alors, portant des herbes sèches en couronne,

Comme d'une tour frêle et blanche au ciel d'automne,

Une se dresse, enfant morose, qui murmure :

« Chasse ces insensées et chasse la nature ;

C'est par moi qu'on se mire aux miroirs de Narcisse,.

Ecartant le souci de mon néant futur,

Je chante pour moi-même et me meurs en délices. >

Je lui réponds: « Ta tour est bien triste, sa tête Branle sous un lacis de lierres acharnés, Vois : la vie a monté de la terre et s'apprête ' A jeter au fossé tes créneaux ruinés ; Narcisse se flétrit et grelotte en pleurant, Sa voix mièvre se fausse et se disperse au vent. »

D'autres chimères s'irradient, fortes et nues. Qui tracent en volant un sillage de gloire Dans la brume pompeuse où s'effondre le soir, Mais l'ombre les attire au piège de ses nues....

Chimères que me sont votre lâche agonie

Et la flûte fêlée où s'use votre ennui.

Si des dieux défaillants s'éplorent vers la nuit,

Je ris selon le rythme éternel de la vie ;

Je sais qu'après ce soir je connaîtrai l'aurore,

Je suis le voyageur qui voit et qui écoute,

Qui songe et s'émerveille, au montant de sa route,

Du bel automne en feu sous les marronniers d'or.

Ce que dit le vent d'hiver

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