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LE DIRE DES SALAMANDRES

Solitude mouvante où l'otnbre et le silence Dorment un sommeil noir bercé par les feuillées^ La Forêt de mensonge et de désespérance Incline lourdement ses ramures mouillées.

Tout à l'heure il pleuvait ; une molle vapeur Monte des gazons frais qu'imprègne la rosée, L'air chargé de pollens amoureux et charmeurs

Sent bon comme une fleur Et la brise susurre une plainte apaisée.

Il fait chaud, il fait doux, vers le ciel étoile

Le rossignol épand sa pure cantilène,

La nuit fougueuse rêve d'amours surhumaines

Et les cerfs brâ?nent embrasés

Car demain c'est l'été.

Assis sur une souche que rouille la mousse, Jacques Simple y le front pressé de jeunes pousses,

Attise un petit feu Dont le reflet dansant lui fatigue les yeux ; Il mange quelques fruits âpres et mûrs à peine

Et son pain noir.

Puis il boit Veau d'une source prochaine.

Mais son cœur est triste depuis ce soir^ Son arc est jeté là avec le chef du sphynx

Et la Forêt sinistre le surveille Car d'un penser mauvais il prolonge sa veille,

JACQUES SIMPLE

Qu'est-ce que j'ai ?... je voudrais pleurer, il me semble,

Mon cœur bat à grands coups sourds, mes mains tremblent. Et ce pain dur et ces fruits me dégoûtent....

Ah ! je m'ennuie de moi-même ; la route S'allonge et puis s'allonge et ne change jamais.... Qu'est-ce d'avoir vaincu le sphynx et le vieillard

Et déjoué les pièges du brouillard Puisque je n'ai goûté la volupté de Mai ?. ..

Quoi donc I toujours combattre et marcher ? quelle vie ! Mes pieds saignent mon âme toute grise S'ébahit d'avoir été surprise — •Car il n'existe pas le pays d'Arcadie.

Jacques Simple frissonne et il jette son pain

Et il s'irrite — Un grondement confus s'élève des lointains, Le rossignol se tait et les feuilles s'agitent Et les sapins chuchotent vers les rouvres

En s'inclinant :

Les paupières du spliyyix s'etitr' ouvrent Et il sourit silencieusement.

JACQUES SIMPLE

Ah ! maintenant je me souviens de la ville : J'allais paître mes brebis sous ses remparts D'où le Maître descendait magnifique et tranquille ; Il louait mon troupeau... puis il me faisait part D'un vin sombre et doré qui m'emplissait la tête

D'une rumeur de bataille et de fête.

Puis alors il m'allouait quelque fille A large croupe et qui me devait obéir Et aussi des deniers d'or fin que j'amassais Pour m'en réjouir Tout seul en quelque coin...

Puis encor il me permettait de ne rien faire Et de m'étendre aux bosquets de son jardin Et de manger de la viande en un large festin Durant toute une semaine.

Si quelqu'un des ruelles serviles Me venait alors conter sa peine, Je le frappais, je le chassais aux champs stériles Car je t'avais en grande haine, O race humaine.

Je méprisais quiconque, j'étais fier De ma force et de ma beauté Et je pensais : « Plutôt que ce vieux Maître détesté, Pourquoi n'ai-je pas des filles à profusion ? Et ses palais et les sacs d'or dont il dispose Et les clients qui sont à sa dévotion ? j> — Et je voulais sa mort...

Or j'ai quitté follement ce bien être :

Parce que dans un songe on m'a jeté un sort

Parce que la Forêt des chimères M'attirait vers une vaine Arcadie, J'ai tenté cette voie étrange suivie

Par ceux de là-bas...

Mais le pays qu'ils me vantaient n'existe pas — Puis que sais-je et que suis-je ébloui par ces choses !

Je ne sais rien hormis que je voudrais jouir, Je ne suis rien hormis un qui ne veut souffrir Sans nul plaisir.

•La Forêt s'illumine et bruit, des baisers Tintent sous les branches, Par les fourrés courent des flammes blanches Et des parfums d amour embaument Pair léger ; Une voix chante.

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