‹ Campagnes de KabylieChapitre 4 sur 12 · II · texte numérisé non relu

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ment déterminer le mode <l<: fixation «lu patient sur ces sièges improvisés? Grâces à l'obligeante démonstration de M. le capitaine d'étal-major Dupin, qui avait eu l'occasion de les étuuier de plus près, nous neus trouvâmes bientôt à même d'apprécier leur mécanisme et sou appropriation aux nécessités de la situation.

L'eulèvemenl des blessés sur des traverses de bois recouvertes lie mousse, de feuillage ou de manteaux indigènes (burnous, hulk, quelquefois de tapis ou de grands sacs à orge appelés tlélis), ne mérite pas de nous arrêter : c'est le système du hamac dans toute sa primilivité, toujours facile à construire estemporanémeni avec les premiers matériaux disponibles, et bien éloigné par conséquent de notre brancard d'ambulance perfectionné.

Le transport à dos de mulet ou de cheval commande un peu plus d'intérêt et répond à de meilleures indications. Voici comment il s'opère. De chaque côté du bât volumineux dont la bète est équipée, et au niveau de la partie la plus saillante, on fixe solidement un grand sac bien bourré d'herbes, de paille ou de feuillage, île manière à ce que convexités des deux sacs et face supérieure du bât se confondent en un seul plan horizontal. Après y avoir fait une bonue litière végétale ou une espèce de matelas de pièces d'étoffes superposées, on y couche le patient, en travers, dans le sens du grand axe de ce lit de repos. On recouvre le tout de branchages disposés en berceau pour garantir du soleil ou de la pluie.

Des Indigènes et même des Européens qui ont parcouru d'assez grandes distauces dans ces sortes de palanquins, assurent qu'on y est très mollement porté, presqu'à l'abri de toute secousse. Si le blessé qu'on y installe est atteint de lésion grave, qu'il ne puisse s'y maintenir ou que l'on redoute, pour une fracture importante, des déplacements douloureux, il est attaché, garollé littéralement, en pronation ou en supination, sur le siège dont nsus venons d'indiquer la contexture : grâce à une déligation qui l'immobilise en quelque façon sur le dos

Je la moulure, elle peut, sans irop de douleut pour lui, être emportée au galop, hors des atteintes dej'eimoini.

Malheureusement, l'espace énorme qu'occupe cet appareil, sur lequel un seul homme trouve place, rend son maniement presqu'impossible ailleurs qu'en terrain découvert et peu acciilenlé. Il s'accroche, se détruit promplement après les haies. les broussailles ; il ne saurait circuler dans les sentiers étroits, sinueux et ravinés do la montagne.

Nous possédions un assez grand approvisionnement de caeolets, pour charger de légères blessures . contre un nombre fort restreint de véhicules propres au transport de cenaines lésions graves, telles que plaies Je tête .. de poitrine et d'abdomen, frac: ures de jambe et de cuisse. Des madriers d'une bonne longueur, 2 mètres 25 centimètres au moins, auraient été nécessaires pour confection'-, er des supports capables de suppléera l'absence des'litièr es-Thierry. Et nous n'avions à notre disposition que les planchettes très courtes et très minces des caisses à biscuit de l'administration ! Il s'agissait aussi de se procurer du fer, des courroies , pour assembler et suspendre les appareils au bât des mulets...

Une seule ressource restait : employer le siège même du ca colet ordinaire , comme carcasse , moyen d'assemblage et d attache au bai de l'animal porteur; faire de toutes pièces, avec les planchettes des caisses à biscuit, en unissant, par interposition ou plutôt par une triple superposition inégale, les tablettes de sustentation applicables au décubitus soit entier, soit partiel des blessés, selon le besoin.

Eu quelques heures , une escouade d'ouvriers du Génie, mise à notre disposition avec une bienveillance empressée par M. le général baron De Chabaud-Latour, avait confectionné, d'après nos indications, vingt paires de rallonges en bois, convenablement échancrées pour s'emboîter dans les bras du ca» colet en fer. Leur prolongement au devant de ce dernier devait servir •l'appui aux membres inférieurs fracturés, le tronc conservant ! attitude assise. Nous limes construire pareille-

ineni six paires de planches-litières, adaptées comme les rallonges au corps du cacolei, eiies le dépassaient de beaucoup en avant ei en arrière. A l'extrémité antérieure , un peut pupitre était destiné à soutenir la tête. Les Zouaves, voisins de l'ambulance , apportèrent à l'envi des cordes de sparterie trouvées en quantité, le 20, dans le sac des villages ennemis ; elles permirent d'assujettir eutr'ellcs et de fixer au cacolet les diverses pièces de nos nouvelles litières L'essai heureux qu'on en fit, peu de jours après, pour une évacuation de malades, « montra, dit le journal officiel de marche, tout ie parti qu'on en pourrait tirer , si elles étaient utilisées sur une plus ■grande échelle. »

Une aurore splendide éclaire notre réveil, le 25 juin au malin, et, de bonne heure un convoi de vingt-huit malades ou blessés, grossi d'une longue file de canliniers et de bagages s'aligne pour descendre une dernière fois !e chemin du Sebt et des Beni-Bou-Chaïb à la redoute de Bov-Béhir. Ces dispositions, qui ont évidemment pour but d'alléger le corps expéditionnaire de tous ses impedimenta, semblent présager un mouvement prochain.

A sept heures, un demi-bataillon d'infanterie, en armes, se masse sur un des pitons culminants du bivouac, non loin de la tente du Général en chef. Des. dépuiaiious d'officiers de chaque corps de troupe et des étals-majors s'achemineni vers le même emplacement que signalent les banderoles flottantes des divers fanions de l'armée. Un autel improvisé s'appuie sur trois étages superposés de tambours, aux caisses miroitantes sous les rayons scintillants du soleil. Lue immense croix, formée de deux troncs d'arbres grossièrement unis, surmonte cette simple et pourtant grandiose décoration, devant laquelle plus de cinq mille hommes vont se prosterner tout à l'heure. Oes nuées de Kabyles, accourus de toutes parts, couvrent de leurs longues files blanchâtres les crêles échelonnées, dans le lointain, du Scbt jusqu'à l'horizon l n silence imposant ajoute encore 5 la

majesté d'un spectacle qui rappelle les épisodes les plus émouvants des cérémonies bibliques. Après la célébration de l'office religieux, l'aumônier de la colonne, l'abbé Suchet, rappelle dans une courte allocution, pleine de patriotisme et d'onction, la coïncidence du vingt- quatrième anniversaire de la conquête d'Alger avec la glorieuse plantation du symbole delà civilisation chrétienne sur ks hauteurs jusqu'alors iua bordées de l'Afrique kabyle et musulmane.

Dans l'après-dîtiée, quelques fractions de troupes de la division Camou, l'artillerie avec sa réserve, lessapeurs-conduc- Feurs du génie et leur matériel, l'ambulance, le train des équipages suivi du convoi arabe de l'administration, vont s'établir au camp du général de Mac-Mahon pour y passer la nuit et se trouver mieux préparés au départ qui doit avoir lieu le lendemain, à l'aube du jour. Depuis midi le ciel s'est obscurci, et un peu de pluie contrarie ce mouvement. Le soir, impossible de reposer sur un terrain en pente, détrempé par l'eau du ciel, exposé aux balles des Kabyles, qui tirent sur nous toute la nuit.

Dès trois heures et demi, plusieurs bataillons de la division de Constantine, dont les mulets du convoi arabe ont chargé les sacs, se dirigent vers Tizi-Oulen, chez les Beni-Thouragh en suivant un chemin étroit, taillé à mi-côte d'un contrefort qni commande les Bcni-bou-Chaïb et les Beni-Yaïa , audessous du riche village de Tiferdoud. La division d'Alger, aux ordres des généraux Bosc et Patey, protège le défilé du convoi, à travers une population inquiète, mais inoiïensive. A midi, le camp s'installe à Timesguida, au centre du pays irrité des Béni Thouragh, ébranlés par des négociations antérieures, et qu'excitent à l'attaque les habitants de quelques villages hostiles de cette tribu, les contingents des Béni indien, Illoula-Oumalou, Beni-Hidjer et Beni-Mellikeuch. On tiraille pendant toute la journée; un avant-poste de zouaves fait mie sortie à la baïonnette et le capitaine déiat-inajor Lcwal est frappé légèrement d'une balle au rôti externe du

droit, au moment où il préside à l'enlèvement d'un blessé. Force est de retrancher les grand -gardes dans la prévision d'une attaque nocturne.

Vers cinq heures, les blessés commencent à arriver à l'ambulance : je ne parlerai que des plus importants.

Coup de ft'n à travers lu [ace. Hêmorrhagie incoercible. Ligature de la carotide primitive gauche. Guérison. Aphonie incomplète. Considérations physiologiques. — Vers quatre heures {]» soir, P..., sergent-major au 1er régiment de zouaves, âgé de 50 ans, grand de taille et fortement constitué, reçoit, dans la défense d'une grand' garde, une balle à la face.

Transporté immédiatement à l'ambulance, il est presque sans connaissance, soit par suite del'ébranlementque le plomb a déterminé dans la boîte du crâne , soit à cause de la perte de sang dont il est inondé. Le nez, la bouche et l'oreille gauche fournissent surtout à l'hémorrhagie.

On couche P... sons la tente , on le lave et je me hâte de l'examiner.

Le projectile a traversé la partie supérieure et externe du maxillaire supérieur gauche, en dehors de la fosse sous-orbitaire, eu dedans de la saillie île la pommette , à deux centimètres environ du rebord de l'orbite. Après avoir franchi l'antre d'Hygmor , obliquement d'avant en arrière, de dedans en dehors et de bas en haut , il a brisé la lubérosité maxillaire , pour se porter à travers la fosse zygomatique , vers la base du temporal et sortir derrière le pavillon de l'oreille, entre l'insertion postérieure de l'hélix et le relief de l'apophyse mastoïde, quelques millimètres au-dessus de l'axe du conduit auditif.

• L'introduction du doigt et d'une sonde de femme, daus les aboutissants du trajet, ne me fit rencontrer que de très-petites esquilles. Plusieurs furent extraites sans difficultés. Une déchirure étroite existait eu bas, au fond de la conque auriculaire. La voûte palatine était intacte, ainsi que l'arcade den-

taire ; dos caillots de sang coagulé obstruaient la narine: gauche. Mon indicateur, porté aussi loin que possible derrière le voile du palais, ne reconnut qu'un caillot volumineux, débordant en arrière la (Visse nasale, voisine du désordre. Rien d'anormal du côté de l'oeil, ni dans l'orgirie, ni dans la fonction.

L'hémorrhagie avait cessé, hormis un suintement peu abondant par la plaie antérieure. Le pouls était faible, la peau tiède, l'intelligence déprimée, la douleur sourde, obtuse dans la face. Le blessé accusait principalement un mal de cœur prononcé, un besoin incessant de vomir , qui lui avaient fait expulser déjà, disait-il, « outre du sang, des portions de chair, des fragments d'os et même de plomb. »

Aucune indication urgente ne ressortait de celte exploration il fallait attendre, observer et surtout surveiller 'attentivement la marche des accidents. P.. fut placé sur une litière, la tète relevée, la face couverte de compresses froides, fréquemment renouvelées. On chargea le corps et les membres de couvertures de laine pour y rappeler la chaleur. Prescription, diète, limonade minérale fraîche ; gargarismes légèrement astringents.

Pendant deux heures, les plaies extérieures ne donnèrenque peu de sang, mais le blessé crachait une salive copieuse el rutilante. De temps en temps , des nausées, des hoquets, des efforts de vomissement amenaient au dehors des caillots du volume d'un œuf de poule.

Vers cinq heures du soir, pendant que j'amputais d'urgence le sous-officier L. . . du 14e bataillon de chasseurs à pied, atteint d'une fracture très commiuutive du bras gauche, à son quart inférieur avec déchirure de l'artère numérale, l'hémor rhagie prit subitement, chez P..., un caractère alarmant.

L'écoulement avait lieu, à la fois, par tons les orifices, par le nez, par l'oreille, par le pharynx et la bouche. Deux énormes caillots avaient été vomis, coup sur coup. Le pouls était misé rable; la peau froide et visqueuse. !1 n'y avait plus à douter

d'une plaie artérielle, vraisemblablement multiple; dans les anfracluosités de la face et do la fosse zygomatique, — peutêtre au delà, vers la portion pierreuse du temporal. — Une partie du sang descendait par les voies digeslives ei s'accu mutait dans l'estomac. Il fal'ait prendre un parti décisif ei prompt.

Le siège de la blessure rendait fort difiicile l'appréciation exacte des sources de l'écoulement. Une recherche pénible et d'ailleurs imcomplète eut fait dépenser un temps précieux, avec peu d'espoir de résultat. Sans doute, le irajtt du projectile semblait localiser la rupture artérielle dans une des divisions nombreuses que la maxillaire interne fournit aux fosses zygomalique et sphéno-maxillaire. Mais, d'autre part, l'hémorrhagie dont le condllil auditif était le siège, accréditait aussi la lésion de l'artère tym panique. Le tronc de la carotide interne ne pouvaii-il pas, lui-même, avoir été divisé, dans l'hypothèse d'une fracture du rocher?

Dans ces conjonctures graves, qu'assombrissaient encore les profondes émotions d'un bivouac assiégé de toutes parts par les contigents Kabyles les plus belliqueux, tua résolution fut bientôt arrêtée et je fis préparer l'appareil opératoire pour la ligature de la carotide primitive.

La nuit était proche, et uu épais brouillard attéuuaii les dernières lueurs du jour. P. . . s'allongea par terre, sur une simple couverture, dans une position aussi pénible pour lui que gênante pour l'opérateur et ses aides. En quelques secondes l'artère fut découverte, par une-incision convenable, en avant du muscle sterno-cléido-mastoïdien, séparée de sa gaine et amenée au dehors, à l'aide d'une sonde cannelée, sur laquelle chacun des assistants, (MM. le médecin-major lïernès, les aides-majors Girma, -Douchez, Michel et et Roossin), put constater l'isolement parfait du vaisseau. Le fil noué, i'eu coupai les chefs et je léuuis la plaie par un point de suture, après quoi on réappliqua des compresses d'eau froide sur la tête et la face. P ., remis en litièw), fut réchauffé, iritù*

oi extra pai tons les moyens à noire disposition. L'hémorrha-

gie cessa incoutinem.

Niiii du 26 au 27. 1res agitée. Un gonflement œdémateux, accompagné d'un sentiment désagréable de froid, se manifesta dan» le côté gauche de la face et du col : la mâchoire s'ouvrait difficilement. Suppression des réfrigérants.

Le 27. au matin, extraction de plusieurs petites esquilles du maxillaire supérieur. Dans l'après-midi, réaction très-vive. Céphalalgie intolérable. Je prescris une saignée du bras, de deux cent cinquante grammes.

La nuit suivante est meilleure. P... a dormi: le pouls bat [ue normalement. A trois heures du matin, un brancard, servi par seize hommes de la compagnie du blessé, qui se sont offeiis bénévolement pour transporter leur sergent-major, descend laborieusement, mais sans accident, le sentier rocailleux et escarpé qui doit ramener l'armée dans la plaine du Sebaoù. Là nous nous séparons de notre intéressant malade, compris dans une évacuation de l'ambulance sur 1 hôpiial militaire de Dellys. Il avait bien supporte le trajet de la matinée ei se trouvait sans fièvre Nous lui permîmes de Ire quelques bouillons avec un peu de vermicelle; c'est tout ce qu'il pouvait déglutir.

Je revis P... à mon passage à Dellys, le 8 juillet, eu bonne voie de guérison el prêt à partir pour l'hôpital militaire du à Alger, où je fus très -heureux de le recevoir dans mon service, le 17 du même mois. A cette époque, la plaie de la l'giture presque entièrement cicatrisée, offrait, au pourtour, nue légère inflammation phlegmoneuse que j'attribuai à la nce du fil. De petites esquilles sortirent encore pendant quiuze jours, par la plaie du maxillaire, et uue eutr'aulres plus volumineuse, par l'oreille qui n'avait pas, jusqu'alors, de suppurer. Tous les accidents disparurent peu à peu, et mon blessé ne se plaignait plus que de surdité, à gauche. d'un pou d'aphonie el de dysphagie, quand le choléra, récemment éclos a l'hôpital du Dey, l'atteignit à deux reprises dif-

fa ouïes, heureusement sans trop do violence, au milieu d'août et ail commencement de septembre.

De ces deux terribles complications datent la grande faiblesse générale et l'abolition marquée de la voix dont P... est resté affecté. Un peiit phlegmon s'est ouvert dans l'intervalle, au niveau rie l'incision, qui a servi à la ligature. Selon mes prévisions, il a donné issue à une anse de fil.

Au point de vue chirurgical, l'observation de P... s'arrête ici. L'heureux résultai que j'ai obtenu de la ligature de la carotide primitive vient s'ajouter aux faiis nombreux déjà groupés par RI. Velpeau ( Méd. Op. T. II, page 232) et plusieurs auteurs, pour encourager les chirurgiens à appliquer avec plus de confiance cetie ressource extrême, dans les lésions artérielles graves du col et de la tête. Eu ce qui touche aux plaies d'armes à feu, j'ajouterai qu'à ma connaissance, le casque je viens de rapporter est le troisième du genre qui s'est déjà présenté, avec la même chance de réussite , aux ambulances de l'armée d'Afrique.

L'aphoniecousécutive ne s'est malheureusement pas amendée depuis, et cette lésion fonctiouuelle donne carrière à bien des interprétations physiologiques.

J'ai dit avec quel soin l'artère avait été isolée, et il n'y a fias lieu, je puis l'affirmer, de supposer un instant que le nerf pneuino-gaslrique ait été compris dans la ligature.

La perte partielle ou complète de la voix, après l'opération dont il s'agit, a été notée bien des fois. Horiiei, MM. Robert, Chassaignac, Roux, Boinet, eu ont observé des exemples.

Quand on se reporte à l'état général si satisfaisant que les malades ont exhibé après celte grave complication, il répugne véritablement d'admettre que l'aphonie reconnaisse en réalité, pour cause, chez eux, la ligature d'un nerf aussi important que le pneumo -gastrique.

Aussi, dominés par celte considération, les physiologistes «mi ils cherché à expliquer l'aphonie, non plus par la ligature

du tronc nerveux principal, mais par l'étreinte île ses filets, dans une lésion des nerfs concomitanis.

On peut admettre alors que les ramuscules multipliés du plexus cervical et du grand hypoglosse, unis pour animer les muscles sub-hyoïdietis, ont été pinces par la ligature.

M. Htiguier a décrit de nombreuses anastomoses entre le nerf récurrent et le nerf laryngé supérieur. Le plexus qu'elles forment, sur les côtés du larynx, fournil la plupart des rameaux qui se rendent à la glotte, et ce plexus, contigu dans toute sa hauteur à l'artère carotide qui le recouvre en dehors, est très exposé dans l'opération.

Le tronc de la carotide se trouve d'ailleurs embrassé de toutes parts, par des fiiets du grand sympathique dont M. Cl. Bernard a démontré l'influence sur le larynx.

En dehors de la contusion presqu inévitable du nerf principal, durant la manœuvre opératoire, voilà bien des raisons, sans doute, pour traduire les accidents consécutifs dont notre opéré offre un exemple regrettable: pas n'est besoin donc, de recourir ï l'idée de la ligature du tronc de la dixième paire ni même d'invoquer celle du nerf laryngé récurrent. Du côté gauche du col, surtout, ce rameau est certainement trop distant du théâlie de l'opération, pour qu'on puisse supposer (ju'il y ait été compromis.

Au momeui où je reproduis cette observation qui, en 1855 et 185" a été l'objet de savantes discussions devant la Société de Chirurgie de Paris, à laquelle M. l'inspectenr baron Larrey h bien voulu présenter le blessé, le lieutenant P"* a recouvre presqu'entièrement l'usage de ses moyens vocaux. Le bénéfice de cette cure se partage entre les eaux de Bourbou-l'Archamiiault et de Vichy, le traitement électrique de M. Ducheune (de Boulogne), etc. ; je crois aussi bien un peu que le temps n'y est pas étranger. Quoiqu'il en soit, l'intégrité du nerl pneumo gastrique ressort avant tout de ce retour à l'intégrité tic la fonction.

coudt droit Conservation du mem

bre Guérison —H'", sergent-fourrier au Ier régiment 4e zona ves, areçu une balledont l'entrée correspond à la partie postérieure et supérieure de l'avatit-bras droit, à quatre centimètres

etdemiau dessous de l'olécrâue; la sortie 3 six centimètres plus haut, sur la face postérieure du bras. L'avant -brasse trouvant fléchi à angle droit sur le bras, au moment de la blessure , la balle a, dans son trajet, fracturé comuiinutivcment : 1° le cubitus, au-dessous et en dedans de l'olécrâue; 2e le coté interne de celle apophyse et l'extrémité trochléenne de la diaphyse humérale inférieure. A coup sûr, c'était bien là un ras d'amputation immédiate, et nous la proposâmes sur-le-champ. La douleur que ressentit, à !a pensée d'une mutilation qui brisait sa carrière, ce jeune volontaire, engagé avec l'espoir de se créer un avenir dans l'armée, s'exhala devant nous dans des termes si louchants que nous n'eûmes pas le courage d'insister. Les principales esquille* enlevées, l'articulation fut pansée à plat et entourée de linges mouillés d'eau troide, le membre assujetti par une gouttière de carton soutenue à l'aide d'une écharpe, et nous attendîmes, non sans grandes appréhensions, les accidents ultérieurs. En effet, une évacuation sur Dellys, après quatre jours de transport pénible en cacolet, détermina un gonflement inflammatoire violent des parties. Le huitième jour, on enleva deux petites esquilles, et les jours suivants, cinq autres aussi peu volumineuses. Suppuration abondante, fièvre: la lésion traumatique ne s'étend pourtant pas au-delà du coude, le pus s'écoule librement. Le 1" juillet, H"* est rendu à l'hôpital militaire du Dey. Il l accuse un grand amaigrissement et une pâleur prononcée : peu ou point d'appétit, plus de fièvre toutefois. L'articulation présente encore une tuméfaction considérable, douloureuse, siège d'élancements pénibles. Deux phlegmous nécessitent bientôt, au-dessus et au-dessous du pli brachial, deux incisions qui donnent issue à un pus sanguinolent -très abondant. Nous concevons de sérieuses craintes sur la formation d'une tumeur blanche et l'indication imminente d'une amputation

consécutive : mais l'état général demeure satisfaisant, le mural excellent. Une alimentation réparatrice entretient et stimule les forces <iu malade. Le 10 août; le gonflement et la suppuration sont notablement diminués. Le membre est placé, eu demi-flexion, sur une gouttière de Bonnet où on le panse, tous les malins, dans l'immobilité, afin de ne pas contrarier la cicairisation des surfaces et la guérison par ankylose, la seule à espérer au milieu de circonstances aussi graves. Le 30 septembre, il n'y a presque plus de suintement purulent. — Bains généraux, aqueux, puis sulfureux. — Le 30 décembre, H*** sort de l'hôpital, guéri avec une ankylose incomplète : il y a quelques mouvements possibles de flexion, mouvements que l'usage ultérieur des eaux ne manquera pas d'améliorer : n»3is l'extension, on le comprend de reste, d'après les lésions osseuses indiquées, est perdue sans espoir de retour.

Le caporal L*'*, du 14e bataillon de chasseurs à pied, est amputé du bras gauche pour une fracture très comminutive de V humérus au niveau de l'insertion deltoïdienne, compliquée d'hémorrhagie de h brachiale. Il a bien et promptemen guéri.

L"', du ile régiment d'artillerie, a la poitrine traversée par une*balle que j'extrais sous la peau du dos; un épa nettement considérable remplit déjà la cavité thoracique correspondante. Le patient, glacé, à son arrivée à l'ambulance, expire dans la soirée.

Deux blessures de tête, avec fractures multiples et hernie de la substance cérébrale, devaient laisser à peine quelques heures d'agouie à L"* du 14e bataillon de chasseurs à pied et à .Mohamed-ben l'hraïm, des tirailleurs de la province d'Alger: je m'étais, le matin même, au col de Tizzi-Oulen, trouvé près de ce dernier, criant et injuriant, selou la coutume des Arabes au combat, les Kabyles dont les projectiles sifflaient sur nos têtes !

La gravité de ces lésions montre assez combien nolrecamp,

dominé d'ailleurs de toutes parts, était serré de près pur l'ennemi. Aussi, jugea t-on prudent, avant l'a nuit, de fortifier les avant-postes et de doubler les grand -gardes. Le lendemain, une attaque générale contre l'ennemi devait avoir lieu.

La matinée du 27 fut employée à parlementer avec les chefs du pays, venus au camp pour traiter de la soumission. Les Béni Thotfra'gh protestent de leurs intentions sincèrement pacifiques : ils ne sont pas assez forts pour imposer leurs résolutions aux contingents étrangers qu'ils ont appelés la veille à soutenir la résistance et qui maintenant font la loi chez eux. Malheureusement, vers midi, le ciel qui avait été très beau jusque-là, se voile d'épais nuages qui tombent bientôt comme des avalanches dans les ravins d'alentour, si bien qu'on ne peut plus se faire aucune idée du terrain ni des sentiers; il faut renoncer à toute opération.

Quelques éclaircies, pendant l'après-midi, permettent d'apprécier l'hostilité d'une partie des populations qui nous entourent. Tandis que d'un côté, celui d'où sont venus les parlementaires, on attend, au repos, l'effet des conférences, de l'autre, sur un contrefort qui sert de place forte à la résistance, des fortifications en pierres sèches s'élèvent comme par enchantement. Avec une lunette d'approche, nous voyons distinctement des femmes porter sur la tête des pierres pour la construction des retranchements, disposés sur deux lignes concentriques et parallèles avec une redoute pour couronnement.

Rendus plus audacieux par notre inaction forcée, les contingents reviennent, le soir, avec une fureur nouvelle, assourdir le bivouac de leur fusillade, mêlée de cris, de hurle ments et de chants de guerre,, au milieu desquels on reconnaît distinctement une voix de femme aiguë et vibrante a la fois. La nuit venue, ils concentrent leurs efforts sur l'angle Sud du camp, où bivouaque le bataillon de zouaves d'Alger. Comme on ne leur répond par aucun coup de fusil, ils se glissent, à la faveur des ombres, en rampant sur le sol, entre les grand'-

gardes et le front île. bandière, d'où une charge à la baïonnette les a bientôt débusqués, non sans pênes pour eux. De notre côté, on nous 'apporte, vers minuit, deux hommes blessés et le cadavre d'un factionnaire que les Kabyles ont surpris endormi et auquel ils ont broyé le crâue à coups de pierre.

Ees projectiles arrivent toujours sur nos tentes et celles de l'ambulance, où les pansements exigent l'entretien îles falots' servent plus particulièrement de point de mire à l'ennemi : elles n'offrent plus aucune sécurité. Je fais disposer à l'aide des cantines d'administration et d'approvisionnement une sorte de retranchement, derrière lequel nos malades, couchés à l'abri des atteintes, peuvent recevoir les soins que réclame leur état.

Vers trois heures du matin, le 28 juin, les t roupes qui toute la nuit, <->nt été sur le qui-vive, sont prêtes pour le départ et s'ébranlent pour regagner la plaine. En tête marche la division d'Alger, brigade Bosc. Elle suit une arête détachée perpendiculairement du Djurjura. et laisse à l'Ouest une portion des BeniThouragk çt des Beni-Koukou. Le convoi vient ensuite et délite sans encombre sur une croupe modérément inclinée. Mais, à mesure que l'on s'approche de la plaine du Haut-Sebaou, la pente se fait tellement raide, les sentiers deviennent si étroits que les mulets de l'ambulance, ceux surtout chargés de litières, commencent à inspirer les plus vives inquiétudes. On est forcé de faire balle pour donner le temps aux ouvriers du Génie d'ouvrir une rampe à cette partie intéressante du convoi.

Pendant ces opérations, la division de Constantine qui a quitté le camp la dernière, occupe les hauteurs u'où l'ennemi aurait pu nous inquiéter : ces bonnes dispositions l'intimident sans doute, car, à dix heures, toute la colonne était arrivée au bivouac, sur un large plateau et au milieu des lé- <;olles des Beiii-rlnlja-, entre les deux affluents supérieurs du Sebaou. Elle y est bientôt rejointe par un bataillon du 25e léger, avec les bagages v\ les impedimenta, e^pwlsié^ ilu Sebt,

éSr

le 25, au Biscuit-Ville de la Mosquée de Bou-Béhir, sous la protection du commandant Paillot.

La journée, belle, quoiqu'un peu trop échauffée par un soleil de 57° à l'ombre à midi, fut consacrée au repos, à la réception et à la distribution des vivres fraîchement apportés de Mékla. Dans la nuit, quelques coups de feu isolés tirés sur le camp atteignirent un tirailleur du bataillon d'Alger et lui fracassèrent comminntivement les deux os de la jambe gauche, au point d'indiquer une amputation immédiate. Le Médecin-major du bataillon avait aussitôt mis un appareil provisoire, attendant le jour pour le conduire à l'ambulance, lorsque le malin, il apprit que son blessé avait succombé à une hémorrhagie. Grande fut sa surprise en le visitant minutieusement, de reconnaître que le sang provenait d'une deuxième plaie au périnée, plaie pénétrante qui s'étendait à travers le bassin jusque dans l'abdomen.

Température de -+• 28° le matin, -f- 34° à midi et -+■ 24* le soir, le 29 juin. Préparatifs pour l'attaque prochaine des Beni-Hidjer. Revue d'armes et de munitions. Evacuation d'une quinzaine de blessés sur Dellys. A quatre heures du soir, le Général en chef, escorté de deux compagnies d'infanterie, d'un escadron de chasseurs et d'un peloton de spahis, va visiter les abords du pays ennemi, vers le prolongement Est du plateau sur lequel le camp est établi. La reconnaissance rentre à cinq heures, sans avoir essuyé ni tiré le moindre coup de fusil.

Affaires des Beni-Hidjer. —Combats dul"et du 2 juillet.— Incendie et destruction des -villages de Sahel et de Taourirt. — Aperçu sommaire des lésions chirurgicales. — Départ de la 2« Division pour Constanline. — Retour de la 1™ Division à Alger. — Ambulance sédentaire de Tizi-Ouzou. — Derniers moments du Bach-Agba Bel-Kassem ou Kassi.

Dès le point du jour, le 30 juin, les troupes, qui se sont levées à trois heures du malin, saus sonnerie ni tambour, franchissent la rivière, peu profonde, de Bou-Béhir et se déploient en trois colonnes sur les premiers mamelons du territoire ennemi. A droite, la Division de Constantine a, pour avant- garde, quatre bataillons d'infanterie sans sacs. Les tirailleurs de la même Division précèdent, au centre, la brigade Rose de la Division d'Alger. Le général Camou commande la colonne de gauche éclairée par les Goums, et composée principalement de la brigade Pàlé. Derrière ces formidables têtes d'attaque, qui doivent converger vers le Tléta des Beni-Hidjer , s'acheminent les réserves d'artillerie, l'ambulance le convoi et enfin la cavalerie.

Arrivé à la hauteur du Tléta, sur la gauche, de profonds ravins couverts d'arbres et coupés de murs de clôture en pierres sèches, séparent le Général de Mac-Mahon de la chaîne à'Ourzen-Laguen. Des retranchements improvisés par les Kabyles contribuent encore à ralentir sa marche.

C'est surtout eu avant de Bou-Z'ian et du village des Marabouts de Si Ameur. nu** 'a rrLeî'staoce semble avoir f,*~

centré ses efforts, abritée et dissimulée derrière les haies et le fourré du terrain. Une compagnie de zouaves y est lancée avec une impétuosité qui lui fait dépasser les embuscades. Eu vain les fuyards veulent remonter la berge opposée : nos éclaireurs s'y rencontrent pêle-mêle avec -eux, les traquent jusque dans Bou-Zian d'où ils les ont bientôt délogés après en avoir tué une cinquantaine. Pendant ce temps, les tirailleurs indigènes arrivaient, un peu à gauche, au pied du piton que domine le village de Jattosen. Les 4 ou 500 Kabyles qui s'y étaient retranchés tentent, en pure perte, une résistance désormais impossible. Les troupes de la brigade Maissiat, suivies à court intervalle de trois bataillons de la Division Camou, se massent successivement derrière les tirailleurs. Quelques coups d'obusier. habilement dirigés sur les groupes hostiles, achèvent de les faire taire et de les disperser. La retraite s'opère alors, en bon ordre, un peu sur les troupes de la Division d'Alger, et le bivouac réunit tout le corps expéditionnaire dans un vaste rectangle qui embrasse la croupe parcourue, le malin, par le Géaéral de Mac-Mahon. Le village à'Ait- Azouan, au Nord du camp, est occupé par trois compagnies. Nous n'avons donc plus à craindre que l'ennemi nous inquiète Je ce point culminant.

Plus de 80 morts et un grand nombre de blessés constituent les pertes des Kabyles, durant cette journée qui ne nous coûta que 5 hommes tués (4 tirailleurs et 1 zouave). La Division de Mac-Mahon eut 74 hommes atteints par l'ennemi, la Division d'Alger un seul blessé, R..., zouave du 1er régiment, frappé, à la jambe gauche, d'une balle perdue dans le mollet.

Dans l'après-midi, des parlementaires, chargés de propositions pacifiques, se présentèrent devant les grand'gardes, d'où on les conduisit à la leniedu Gouverneur, qui se montra, paraît-il, très exigeant, car ces ouvertures n'aboutirent pas.

Libre de tout service chirurgical, nous utilisâmes nos loisirs en allant visiter les blessés du matin, à l'ambulance de la 2e Division où nous rencontrâmes le Général en Chef. A

pari une chaleur assez intense (+ 26° le matin, -+• 55° à midi -+- 28° le soir ), la journée était magnifique, et la transparence remarquable de l'atmosphère permettait d'étudier, jusque dans ses plus minutieux détails , le majestueux encadrement de montagnes et de rochers qui circonscrit au Nord, au Sud et à l'Est, le plateau ondulé des Beni-Hidjer. Du côté de l'Ouest, la vue n'est pas moins récréée par le contraste, que f3ii, aux lableaux précédents, le panorama fuyant au loin de la riche vallée du Sebaou.

A huit heures du matin, le premier juillet, le général Camou dirige la brigade Pâté sur les vergers et les maisonsdu village de Sahel que les Kabyles abandonnent et où nos bataillons s'établissent presque sans coup férir. Aussitôt, les sapeurs du Génie, aidés par des travailleurs tirés de compagnies qui ont formé les faisceaux, entament l'œuvre de destruction, avec la hache, la coignée et le passe-partout. En arrière du village, l'ennemi rangé sur deux lignes assiste, immobile, au châtiment dont il a été menacé la veille. Deux cavaliers parcourent à cheval le front de bataille des Kabyles et semblent se concerter avec eux, soit pour les retenir, soit peut-être pour les entraîner de nouveau à une lutte qui commmence à les trouver indifférents. Un petit drapeau flotte au milieu de ces contingents grossis des auxiliaires de la montagne. Bou Baghla, dit-on, est au milieu d'eux.

Au momeut de la retraite, vers midi, quelques coups de fusil retentissent et trois blessés sont amenés à l'ambulance.

L'un d'eux C"... du 11e léger a une fracture du maxillaire supérieur, sans beaucoup de désordres.— Un de ses camarades, du même bataillon, est plus gravement atteint; la balle a transpercé le thorax : crachements rutilants, dyspnée, emphysème du tissu cellulaire. Un traitement aniiphlogislique énergique coujura ies premiers accidents et permit de transporter Ch**... à Dellys. J'ai su qu'il y avait succombé le vingt-unième ou/, des suites d'un épanchemeut considérable qui n'avait pu être résorbé et était deveuu purulent. — Le troisième blessé,

P..., artilleur, présente un exemple assez curieux des effets que peuvent produire les ricochets. Se trouvant debout, au repos, il a eu la partie postérieure de la jambe gauche traversée, de bas en haut, par une balle, qui y a déterminé un selon de 18 à 20 centimètres de longueur, environ. Le projectile, arrêté sous la peau, dans l'angle inférieur du losange poplité, a été extrait sur place par l'aide-major d'un régiment d'infanterie.

Cependant, les négociations, tièdement ouvertes par les Beni-Hidjer, n'avançaient toujours pas et le Général en Chef, pressé de faire rentrer les troupes dans leurs cantonnements, avant l'arrivée imminente des fortes chaleurs, résolut de frapper un coup décisif au cœur de la capitale du pays rebelle.

A cet effet, le 2 juillet, vers huit heures du matin, les bataillons de la 2e Division , sous les armes, et groupés en deux colonnes, se portent sur Taourirt : l'une à droite, sous les ordres du général Maissiat, prend la direction du village des Marabouts de Sidi-Ameur et de Bou-Zïan où quelques petits engagements arrêtent un instant nos tirailleurs. Le général de Mac-Manon, à gauche, s'empare du contrefort qui descend de la chaîne à'Ourzen-Laguen et à l'extrémité duquel, sur un piton bien dessiné, resplendit le minaret blanc de la Mosquée de Taourirt.

Appuyé par l'échelonnement de la \Te Division, à gauche et en arrière, de Jattosen à Bou-Zîan, et jusqu'à Sahel sur la droite — tandis que la cavalerie, massée comme la veille, dans le bas pays des Beni-Hidjer, inquiète la résistance et menace de couper les contingents — ce mouvement s'accomplit en moins d'une heure et demie. Le général de Mac-Mahon, maître de Taourirt, rejette les Kabyles dans un ravin profond qui confine au Djurjura. Le désordre s'empare des fuyards, à la vue de l'incendie du village et de l'explosion de la mosquée. Une partie des contingents qui cherche à se réfugier chez les IUovla tombe ;uix mains des chasseurs d'AIri-

que el des spahi? qui en sabrent une trentaine. Les oliviers séculaires, les figuiers chargés de fruits à demi-mûrs tombent partout, brisés plus encore que sciés ou hachés par les mains acharnées de nos troupes. Enlevées, depuis plusieurs jours, de leurs demeures, avec les enfants, et transportées dans les village* des environs, les femmes des Beni-Hidjer contemplent de loin cette scène de ruine et de désolation : de temps à autre, elles font retentir les airs de leurs you-you, désespoirs el appels de vengeance, qui se perdent dans l'espace, impuissants à rallier les défenseurs altérés d'une cause désormais perdue !

A raidi, la retraite sonne et les Divisions regagnent leurs bivouacs, sous la proteciion de quelques compagnies du 25e léger. Spectateurs inactifs, depuis le point du jour, d'une lutte où ils n'avaient pu prendre part, nos tirailleurs, étaient impatients de brûler leur poudre : ils eurent le tort de ne point se replier assez prompternent, devaut quelques poignées d'adversaires sûrs des moindres accidents de terrain propices à l'embuscade et au suceès de leur tir. Nous eûmes donc là 17 hommes atteints, dont trois mortellement. N..., fusilier el M. G.... capitaine au 25e léger, succomhèreni, tous deux, à une plaie pénétrante de poitrine. Ils furent bientôt suivis dans la lombe par un carabinier, C..., du même régiment (flanc droit ouvert : balle perdue dans la cavité abdomiuale). Chez le capitaine G..., le coup, tiré presque à bout portant, avait perforé le sternum.

Je dus amputer le bras au caporal D..., aussi du 25e léger, à qui une balle venait de fracturer l'humérus gauche très commiuutivement, au niveau del'inserlion deltoïdienne inférieure; le projectile s'était ensuite enfoncé dans les parties charnues de la région postérieure de l'aisselle, d'où il put être facilement extrait. Une hémorrhagie abondante de l'humérale, me décida à retrancher, sans retard, ce membre, horriblement déchiré d'ailleurs au niveau de la plaie, par des esquilles nombreuses et d'une dimension peu commune. L'hu-mérys

avait littéralement éclaté, sur toute sa longueur el sur plusieurs points de sa diaphyse.

Dans la charge de cavalerie dont il a été parlé tout à l'heure, le capitaine M..., du 1er régiment de spahis, eut les parties molles du bras traversées d'une balle, sans autre complication, j'enlevai sept ou huit esquilles à un chasseur d'Afrique, dont le maxillaire supérieur gauche était fracturé : perdue dans les anfractuosités de l'antre d'hygmor ou des fosses nasales, peut être passée dans l'arrière-bouche et rejetée par l'expuition, la balle échappa à toutes nos recherches.

Je relève encore sur mes notes du 2 juillet, la dernière de nos journées de combat, durant cette expédition :

i° Un cas de fracture de la hanche, avec un projectile arrêté dans la fosse iliaque : du moins l'absence d'accidents, du côté du péritoine et des viscères abdominaux, autorise â croire que le corps étranger n'est pas allé au-delà.

2° Une plaie pénétrante de l'abdomen, chez un Arabe du convoi, pris à tort pour un Kabyle ennemi, dans la mêlée du matin.

3° Une brisure du maxillaire supérieur gauche, — balle sortie à travers la joue du même côté, après avoir fracturé la première molaire correspondante, — sur un soldat du Train, blessé en allant au fourrage.

4° Une solution de continuité du troisième métacarpien de la main gauche, chez M..., chasseur du 25e régiment d'infanterie de ligne.

5° Une plaie pénétrante du thorax, avec perte du projectile dans la cavité pectorale, chez H..., sergent au même régiment. La succession des symptômes fut ici assez intéressante pour que nous nous y arrêtions quelques instants.

H..., est un homme de complexion délicate, d'un tempérament nerveux prononcé très impressionnable. Par la plaie d'entrée, située an peu au-dessus et en dehors du téton gauche, s'échappa d'abord, à plusieurs reprises, une quantité de sang considérable, avec syncopes consécutives qui mirant le»

jours du patient en grand danger. Deux petites saignées déri valives maîtrisèrent enfin celle hémorrhagie et, chose re marquable ! elle ne se renouvela pas, pendant les quatre étapes, en litière, que H... dût supporter, dès le cinquième jour de sa blessure, pour arriver à Dellys. Après avoir suppuré longtemps, la plaie s'était cicatrisée et le malade allait assez bien, quoique toujours faible, émacié et sujet à des mouvements fébriles irréguliers, lorsque, soudain, vers le milieu de septembre, une douleur des plus pongitives s'éveille, au niveau du sillon costo-diaphragmaiique, immédiatement audessous du téton gauche, non loin de la pointe du cœur, suivie bientôt de tout le cortège signalétique d'une pleurésie suraiguë. Pendant huit jours, nonobstant le traitement aniiphlogistique le plus actif — eu égard à son état général — H... nous inspire de très vives inquiétudes. Puis, les symptômes s'amendent peu à peu, la convalescence se déclare et le 21e jour, H... est assez bien remis pour pouvoir se lever et passer de longues heures au promenoir. Alors, soit refroidissement, soit peut être autre cause, comme nous le dirons tout à l'heure, une nouvelle attaque de pleurésie se manifeste, non moins violente que la première, mais avec la différence, cette fois, que la douleur siège sur un point tout à fait postérieur du sillon costo-diaphragmatique, à quatre centimètres à peu près de la colonne vertébrale. Même traitement que précédemment avec même résultat satisfaisant. H..., devenu prudent , s'entoure des plus minutieuses précautions et peut s'embaïquer pour aller jouir, en France, d'un congé daus sa famille, en attendant sa réforme du service militaire. — N'estil pas permis de voir dans ces deux atteintes de pleurésie, circonscrite chaque fois sur deux points différents, deux phases bien caractérisées de la migration du projectile à la circonférence et à la base de la cavité thoracique?

La température continue de croître : nous avons eu, à huit heures du matin, à midi et à cinq heures du soir : -+■ 24° -j-

52° H- 24° le 1er; -+■ 23° -+- 30° + 27°, le 2. La santé des soldais commence à se ressentir de ces moyennes diurnes de 27° à 30°, dont ne les reposent plus assez des nuits attiédies par des brises Sud, avant-coureurs du Sirocco. On observe, aux ambulances quelques cas de dyssenterie: la diarrhée, heureusement légère encore, tend à se propager. — Le Général en Chef prescrit une distribution d'eau-de-vie aux troupes.

Le 3, au lever du soleil, évacuation de 13 blessés et 20 lièvreux sur Dellys : ils sont accompagués par lesGoums, sous la conduite de M. le capitaine d'état-major de Béthune, qu'un escadron de chasseurs escorte jusqu'à la mosquée de Bou Béhir. Nous n'avons, du reste, plus rien à craindre des Kabyles qui s'avouent vaiucus et envoient de nouveaux parlementaires solliciter Vaman. Mais le Gouverneur a le droit de se montrer exigeant. Il n'accepte pas leurs propositions et les ajourne à vingt-quatre heures.

Le lendemain, au moment où les uotables des Beni-Hidjer arrivent au camp pour coutiuuer les négociations, des coups de fusil sont tirés sur les grand'gardes. Cet accident fait croire à une trahison et le Général en Chef décide que les envoyés seront retenus jusqu'à nouvel ordre. On pouvait craindre qu'une pareille rigueur n'exaspérât leurs commettants, et toutes précautions étaient prises dans cette éventualité, lorsque le 4, de bonne heure, de nouveaux envoyés des tribus qui nous entouraient viennent protester de leur sincérité et offrir des otages. Le Gouverneur fait savoir aux Beni-Hidjer qu'il emmène ces otages et qu'il se réserve de régler ultérieurement leurs affaires à Dellys. — La guerre est décidément terminée.

Le 6 juillet, à six heures du matin, la Division du général île Mac-Mahon se sépara Ue nous pour regagner VOued-Sahel par le col à'Akfadou. La Division Camou, tentes pliées et prête elle même à redescendre dans le Scbaou, resta en ob-

seivation jusqu'à ce que les troupes de Coustantine eusseut franchi lieurensemeut le passage d'un versant à l'autre de la montagne. Vers quatre heures de relevée, elle ralliait à Ckaouffa notre ancien bivouac du 1er avril, après une marche précipitée et presque ininterrompue, l'empressement du retour ayant fait brûler la grand'halte méridienne. Les effets de neuf heures consécutives d'insolation se traduisirent bientôt par une fatigue générale, des congestions cérébrales et des accès fébriles rémittents qui nécessitèrent d'assez nombreuses entrées à l'ambulance. D'après mes conseils, une distribution extraordinaire d'eau de vie fut prescrite.

Le moment de dissoudre le corps d'armée expéditionnaire était venu. Un ordre du jour chaleureux, remercia les troupes du courage qu'elles avaient déployé au combat les 4, 1, 20, 26, 27 et 30 juin, itT et 2 juillet ; de leur opiniâtreté et de leur abnégation dans les fatigues et les privations de celte courte mais glorieuse campagne de trente-cinq jours, durant lesquels, sur huit point différents, la plupart non encore visités par nous, quelques- uns réputés inaccessibles, ellesavaient étonné, vaincu, démoralisé uu ennemi indépendant, belliqueux et tenace.

Le 7 juillet, M. le Gouverneur, qui a quitté la division Canio,u de très bonue heure, se dirige sur Tizi-Ouzou. En arrivant sous le Bordj, nous trouvons les premières pentes orientales du plateau occupées oar un groupe nombreux de huttes et de gourbis construits de branches d'arbres, à l'intérieur •lesquels, des litières en paille, en foin, en feuilles sèches, encadrées dans des bordures d'osier et des débris de caisses à biscuit, constituent d'excellents lits de repos. Nos blessés de l'expédition ont été fort heureux d'y coucher, pendant la nuit de halle que les convois, évacués du camp sur Dellys, passaient à Tizi-Ouzou. Doué, a un très haut degré, de l'esprit ingénieux et de l'activité organisatrice , dont nos collègues de la Chirurgie Militaire ont donné tant de preuves, sur cette terre d'Afrique , M. le Médecin aide-major

Pilet avait non seule ment créé là tout un matériel (Jetables, ustensiles, appareils de chirurgie et de pansements, bancs, tabourets, etc., pour son hôpital temporaire, mais on y remarquait encore un cachet d'ordre et de propreté qu'auraient envié plus d'un établissement régulier de la métropole. Chaque gourbi était étiqueté, chaque lit numéroté, pour la ponctualité des distributions de vivres et de médicaments. Les cahiers de visite ne laissaient rien à désirer. Pour faire fonctionner toute celte installation, improvisée sur la croupe aride d'un mamelon brûlé par un soleil de -j- 50°, le Dr Pilel avait dû, faute d'infirmiers militaires — cet élément toujours insuffisant, rara avis! de nos ambulances — former lui-même ses auxiliaires, recrutés parmi les convalescents de Tizi-Ouzou. Je fus très heureux de signaler à l'attention de M. le Général en Chef le zèle, si profitable aux blessés, si honorable pour la Médecine Militaire, de notre dévoué collègue et de préparer ainsi, autant qu'il était en moi, la rémunération due à de si méritants efforts.

J'allais monter à cheval, pour gagner Phraoun, où nous devions passer la nuit , quand M. le Gouverneur me fit prier d'aller visiter Bel-Kassem-ou-Kassi dont la sauté avait continué de décliner, depuis le bivouac de VOued-Oudelès, le 44 juin. La fièvre ne le quittait plus et les progtès del'émaciation étaient effrayants. La physionomie, vive et intelligente encore, de l'auguste malade, s'anima à ma vue. « Ne pourraistu pas i me fit-il demander par son interprète « m'envoyer « d'Alger des médicaments pour me guérir '? > Sur ma réponse affirmative, il me remercia d'un sourire en allongeant péniblement sa main vers la mienne : puis, le vieillard retomba, plutôt qu'il ne s'étendit, sur les haïk qui composaient son lit. — Le soir même, un courrier expédié de Dellys, portail au Bach-Agba moribond quelques remèdes propres à adoucir ses derniers moments. Deux jours plus lard, comme s'il avait ressenti trop douloureusement lui même l'ébranlement pro-

fond porié par nos armes à son ancienne nationalité, Bel- Kassem s'éteignit, calme ei résigné, heureux peut-être de ne pas survivre au naufrage d'une cause demeurée sainte au fond de son cœur, nonobstant les bons et loyaux services qui répondaient de sa fidélité envers la France.

Arrivée à Dellys, — Visite aux Hôpitaux Militaires. — Observations d'ensemble sur la nature, la marche et le traitement des blessures.— Opérations diverses, toutes suivies de guérison. — Amputations immédiates et consécutives. — Plaies de poitrine. — Considérations générales d'hygiène militaire, aux armées. — Améliorations à introduire dans le système des ambulances actives.

Le premier soin de M. le Gouverneur, après avoir passé en revue, à l'entrée de Dellys, les troupes échelonnées devant son parcours, et reçu les félicitations des autorités, fut de se rendre aux Hôpitaux militaires. Malgré des évacuations successives, par mer, sur Alger, il y avait encore plus de 400 blessés ou malades dans la place, répartis entre deux locaux. L'Hôpital, proprement dit, sainement et confortablement installé, confié au savoir et à l'habileté chirurgicale de notre digne collègue M. Gilgencrantz, Médecin principal, était occupé par 480 blessés. Les bâtiments de la caserne, abandonnés par la garnison qu'on avait fait camper sous latente, contenaient un pareil nombre de ûévreux, d'éclopés et aussi quelques cas chirurgicaux de moindre gravité.

Le Géuéral en Chef, accueilli avec la respectueuse reconnaissance que devait inspirer une auguste sollicitude, fut frappé du bon état de santé de la grande majorité des blessés. Les amputés du champ de bataille surtout manifestaient, par des démonstrations plus communicalives encore, la satisfaction qu'ils éprouvaient d'avoir heureusement échappé aux chances, hélas! si redoutables des grandes mutilations.

— iU —

Déjà, des rapports, venus de Dellys et d'Alger, nous avaient fait entrevoir la perspective inespérée de sauver tous nos opérés. On pressent aisément de quelle douce émotion nous pénétra la confirmation de ces heureux pressentiments ! M. le Gouverneur-Général voulut bien s'y associer de la façon la plus touchante et la plus flatteuse à la fois pour nous, dans une lettre écrite instantanément à S. E. le Ministre de la Guerre, et insérée quelques jours plus tard au Moniteur de l'Armée.

Les opérés, de l'entière guérison desquels il vient d'être question, comprennent :

3 amputations de la cuisse. — 2 amputations de la jambe (dont une au quart inférieur) — 7 amputations du bras — 1 désarticulation scapulo-humérale — 1 résection de la tête de l'humérus — 2 résections du cubitus, dont l'une dans la portion sous-olécranienne de l'os — 1 résection du péroné — 1 résection du raiîius — 1 amputation des deux métacarpiens — 1 ligature de l'artère carotide primitive.

J'attribue la plus grande part de ces succès: 1° aux bonnes conditions physiques et morales des blessés; 2° à l'absence de toute influence épidémique pendant la marche d'une armée toujours bien approvisionnée et que ia succession rapide des événements de guerre n'a jamais laissée séjourner longtemps dans le même bivouac; 3° à la dissémination et à l'aération parfaite des sujets qui ont généralement passé, sous la tente, les premiers huit jours consécutifs à l'opération ; 4° enfin — s'il m'est permis de mentionner ici un concours de circonstances dont le mérite revient surtout à mes habiles et dévoués collaborateurs — aux soins immédiats et incessants qui n'ont cessé d'entourer à l'ambulance, en route, dans les hôpitaux de Tizi-Ouzou, de Dellys et d'Alger, les nobles souffrances que nous avions mission de soulager.

Quoiqu'il en soit, en opposition avec ces conséquences si remarquables des amputations primitives, j'ajouterai, maintenant, le bilan ci-après :

Amputations consécutives. Elles .sont au nombre de 12. A pari nue seule, pratiquée à l'avant-bras, dans la salle île l'Hôpital militaire du Dey, par M. le Médecin-major Frev, et qui a marché assez promptement vers la guérison, toutes ont été faites, à l'Hôpital de Dellys, daus le service de M. le Médecin- Principal Gilgencrantz, à l'obligeance duquel nous devons des renseignements circonstanciés. Ils constatent la situation, au 4 septembre 1854, alors qu'elle pouvait être considérée comme acquise aux amputés :

1° T..., du 25e léger, fracture d'un condyle du fémur droit. Eutré à l'hôpital le 21 juin, amputé le 9 juillet.

2° C..., du 71e de ligne. Entré le 21 juin, fracture du col de i'humérus ; désarticulé le 24 juillet.

5° F..., du 25e léger. Entré le 24 juin, amputé de la cuisse, le 23 juillet, pour une brisure du condyle externe du fémur gauche.

4° D... -, du 16e léger. Entré le 5 juillet, amputé de la cuisse, le 22, pour une plaie pénétrante du genou.

5°Z..., du même régiment. Arrivé le 5 juillet, amputé de la cuisse, au lieu d'élection, le 26 juillet. Lésion du tarse, suivie de fusées purulentes ayant rapidement envahi toute !a jambe.

6° E..., du 25e léger. Entré le 24 juin, blessé au pied ; amputé de la jambe au tiers inférieur.

Ces six malades donnent, sinon toute certitude, du moins grand espoir de guérison.

Les cinq suivants ont succombé :

7° A..., du 60e de ligne. Blessé le 20 juin ; fracture du col du fémur. Désarticulé dans la hanche le 14 juillet (25e jour) : mort le même jour. Ce sujet, très affaibli, a succombé durant la période d'inhalation chloroformique.

8° R...j même régiment. Atteint aussi le 20 juin, porteur d'une lésion du genou ; amputé de la cuisse, le 19 juillet, 30 jours après la blessure, décédé le 28.

9° M..., du l9r zouaves. Blessé le 20 juin, au coude ; am-

— Mti —

puté du bras, le 26° jour (15 juillet), mort, le 10 août, d'un épanchement tboracique.

10° C..., du 5e zouaves. Frappé au genou droit le 21 juin : amputé de la cuisse !e 25 juillet, (35e jour), mort de lièvre typhoïde, le 8 août.

11° D..., du 11e léger. Blessé le 21 juin au genou droit, amputé de la cuisse le 22 juillet, au bout de 52 jours, mon le 18 août.

Résumé général des amputations différées : Nombre total : 11.

1 opéré au 25e jour.

\ 1 — au 26e jour.

Insuccès v 1 — au 3Ue jour.

|l — au 32e jour. • 1 — au 53e jour.

/ 2 — au 22e jour.

] I — au 25e jour.

En bon état < 1 — au 33e jour.

il — au 38e jour.

\ 1 — au 57e jour.

Résultats i 5 décès"

Kesul,ai& \ 6 guérisons probables.

a La bonne un des amputations faites immédiatement après les blessures, comparée aux échecs que nous venons d'énumérer, « est encore » ajoute M. Gilgencrantz « une nouvelle preuve qu'il faudrait, sur le champ de bataille, couper et retrancher plus qu'on ne le lait habituellement. Le Chirurgien! malheureusement, se laisse toujours trop entraîner par l'idée, qui lui sourit avant tout, de conserver un membre.... La mortalité, chez nos amputés, a aussi été favorisée par un temps chaud et orageux, sous l'influence duquel la suppuration des plaies acquérait bientôt une abondance fatale à l'épuisement rapide des blessés.... »

Récapitulation des blessures par régions. A ne considérer, bien entendu, que les cas de quelqu'importance, mentionnés sur les bulletins des Médecins de garde et nos propres noies,

Ii7 -

l'ambulance de la première Division a reçu, pendant l'expédition: 20 plaies de la tête et de la face — 4 du col — 24 de poitrine (17 pénétrantes et 7 non -pénétrantes) — 4 de de l'abdomen [i pénétrantes et 2 non-pénétrantes) — 2 des parties génitales — 22 de l'épaule — 26 des bras — 7 du coude — 48 de l'avant-bras — 14 des mains — 6 de la hanche — 44 de la cuisse — 10 du genou — 16 de la jambe et 10 du pied.

D'autre part sur 55 cas de morts immédiates, soit sur le champ de bataille, soit dans le transport, soit à l'arrivée à l'ambulance et dont il a été possible de constater la cause, nous comptons: 20 plaies de poitrine — 15 fractures du crâne — 15 plaies pénétrantes de l'abdomen — 1 plaie du col avec fracture de la colonne vertébrale — 1 plaie de la cavité bucale et 1 fracture comminulive de la cuisse ; les deux dernières avec hémorrhagie.

Eu rapprochement de ces deux séries de résultats — qui, je le répète, ne résument pas la totalité des lésions produites parmi les troupes de la Division d'Alger, mais expriment seulement quelques donnéesd'observation,— il appert que, sur un ensemble de 280 blessés environ, la cuisse gauche a été touchée 45 fois — la poitrine,, 44 fois— la tête, 36 fois— le bras, 26 fois— l'épaule.22 fois — l'abdomen, 19 fois — l'avant-bras, 18 fois — la jambe, 16 fois — les mains, 14 fois— les pieds, 10 fois etc. Dans ce résumé, la répartition des coups de feu se balance, à peu près également, entre les membres supérieurs (87 fois atteints) et les membres inférieurs (80 fois). On se méprendrait pourtant en tirant de ces chiffres des conclusions trop absolues. Eu effet, les lésions des appendices thoraciques exigent beaucoup moins les soins de l'ambulauce que celles des extrémités pelviennes. Après chaque engagement, un bon nombre de blessés de la première catégorie, en état de continuer à marcher, préfèrent rester au régiment où ils reçoivent un pansement des chirurgiens du Corps. La statistique comparative dont nous venons de nous occuper doit donc se compléter par

l'appoint de ces blessures légères. On peut ainsi hardimèu avancer qu,e les membres supérieurs du corps sont, de beaucoup plus fréquemment atteints que les inférieurs ; de même que le tableau ci-dessus exhibe 44 plaies de poitrine contre 19 seulement de l'abdomen.

Les raison^ de cette différence se déduisent facilement, dans une guerre de guérillas, où l'ambuscade joue un si grand rôle. N'est-ce pas toujours la têle et la poitrine qui sont les points de mire, les région^ decpuverles du corps, tandis que !e moindre pli d,e terrain protège l'abdomen et les extrémités inférieures, lors même que le tirailleur n'a point pris soin de les abriter, derrière uue haie, au tronc d'arbre, le premier obstacle rencontré sur son chemin ?

Divers documents m'ont encore été fournis par M. Gilgencraniz sur la mortalité des blessés : ils intéressent trop le pronostic des lésions capitales et l'histoire de leurs complications pour ne pas trouver ici une place.

15 décès, en dehors de ceux dont il a été question à propos des amputations, ont eu lieu à Dellys du 27 juin au 14 septembre. 1 appartient à une fracture avec pénétration du crâne : le, malade a vécu huit jours— 6 concernent des plaies pén^lijanfes de poitri,ne — 2 ont été déterminés par des plaies, du bassin avec entrée des projectiles dans l'abdomen — 1 a enlevé, au quatrième jour, l'Arabe auxiliaire dont a il été questiqn un peu plus haut, frappé dans le ventre chez les Beni-Hidjer, le Ier juillet ~ 1 mort subjte a foudroyé, sans, qu'on puisse l'expliquer autrement que par une cpngestiou cérébrale, le sergenij-major P..., du 7e bataillon de chasseursà pied. Ce sous-officier, convalescent d'une fracture comininutivç du tibia gauche datant d^( 24 juin, mangeait déjà la demie, quand, le 13 juillet, il rendit inopinément le dernier soapir, queues minu,te,s après avoir achevé uu.cigare, — Rçst.e, pour compléter ce nécrologe, I blessure, du genou gauche,, doiu, au trentième jour, un vaste phlegmon

érysipélateux a précipité le dénouement fatal, 1 fracture du maxillaire intérieur compliquée d'un abcès considérable dans le pharynx : i érysipèle delà fuisse, aggrave aussi d'un phlegmon gangreneux ; enfin \ plaie de la cuisse, suivie d'œdème général et de stiffusion séreuse de la cavité abdominale.

J'ai dit, au commencement de cette relation, comment le service de santé de la 2e Division, entièrement séparé du nôtre, sous le rapport du commandement et de l'administration, avait presque complètement échappé à mes investigations. Je me bornerai doue, à additionner les blessés reçus et traités par mon collègue, M. le médecin-major Bernés, avec les statistiques de ma Division, pour établir, comme expression de nos perles pendant la campagne, les chiffres suivants : 700 blessés, 100 morts. Total des hommes mis hors de combat :

Les conditions favorables d'hygiène générale dont l'armée a joui, se révèlent d'une manière éclatante par la faible proportion de maladies internes observées. Les entrées, dites de fiévreux, à l'ambulance, ne dépassent pas 154 : un seul malade a succombée un accès pernicieux :nousen avons parlé ailleurs, avec quelques détails, à propos de la complication de ténia qui l'avait particulièrement signalé à notre attention. Tous les autres ont été évacués, sans encombre, ainsi qu'une vingtaine de vénériens. La présence, au camp du Stbt des Beni-Yahia, d'une femme infectée menaçait d'augmenter le nombre de ces derniers. La vigilance de la Graude Prévôté mil sur la voie du danger et une visite de santé décida l'expulsion de la coupable.

Quelques données sur la météorologie de la Kabylie, recueillies par nous-même, chaque jour, du 50 mai au S juillet, nous ont paru mériter d'être reproduites. Pour leur donner plus «l'intérêt . nous avons placé au-dessous de chaque indication

de uotre thermomètre, quelques-uns des chiffres correspondants notés à Alger.

30 mai

1er juin.

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matin. 1Tliai du soir.

Azib-Zamoun . 21 29 23

Alger 21 22 24

o. T/1 S Tizi-Ouzou ... 19 27 21

01 ia ) Alger . 21 25 21

\ Sebaou 23 32 30

| Alger 21 23 22

\ Chaoffa 23 26 19

) Alger 22 23 31

* Ibid 23 29 22

I Ibid 21 23 22

\ Souk-el-Tnin . 21 25 20

j Alger . , 22 24 23

S Ibid 19 27 22

I Ibid 22 23 21

l Aïn-Oudelès ..17 21 16

j Alger 22 23 22

\ Ibid 14 16 14

, Ibid 20 20 21

j Ibid 17 21 18

i Ibid 21 22 21

i Ibid 25 27 24

/ Ibid 22 23 24

S Ibid 26 28 25

/ Ibid 22 23 24

\ Ibid 26 30 27

| Ibid 24 26 25

\ Ibid 25 34 28

Ibid 24 25 24

* Ibid 26 30 28

i Ibid 24 23 23

S Bou-Béhir 24 34 26

/ Alger 22 24 24

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I Alger 24 30 30

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Alger

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9 lois.

De retour à Alger, en même temps que nous reprenions à l'hôpital du Dey notre service chirurgical composé presque entièrement des blessés de l'expédition, nous dûmes adresser à l'autorité administrative un rapport circonstancié, sur le fonctionnement de l'ambulance, et signaler les modifications et les améliorations que la mise en œuvre de la dernière campagne avait pu nous suggérer. Je ne transcris pas ici in extenso ce document dont j'aurai l'occasion de parler plus loin. Je me bornerai à reproduire succinctement les conclusions qui en résumaient les principaux desiderata.

i° Augmenter le nombre des infirmiers ;

2° Simplifier le système de fermeture des cantines de chi rurgte :

5° Numéroter extérieurement les lentes de malades ;

4° Supprimer, dans la nomenclature des éléments mobiliers, divers objets superflus et les remplacer par d'autres d'une nécessité indispensable, tels que : chemises de rechange pour les amputés et les blessés gravement atteints — sacs en toile, assez grands pour, à l'aide des herbes, du feuillage ou du foin qu'on rencontre à peu près partout, être facilement transformés eu paillasses de couchage — sacs plus petits, destinés à fornrer des coussins et des oreillers.

5° Renforcer les approvisionnements de pharmacie de quelques médicaments ou préparations utiles; perchlorurede fer, coliodion, nitrate de bismuth etc., et augmenter les réserves de graine de lin.

6° Munir les cantines d'adniinistratiou de conserves de viandes, de légumes, de potages, afia de pouvoir varier et améliorer le régime des blessés, des officiers surtout, et d'avoir toujours des ressources prêtes pour leur alimentation, dans les cas de marche forcée, de mauvais temps, etc., qui empêcheraient la confection du bouillon et des mets fraîchement préparés.

Ij<»s Ciuechtotila.

L'insurrection dans le Sebaou en 1855.— Bou-Hamara. — Défection des Beni-Ouaguenoun en 18S6. — El Hadj-Amar. — Attaque de Drà-el- Mizan. — Incendie du moulin de Bogbni. — Premières opérations défensives. — Combats des Oulcd-Aziz, des Frikat, des Beni-Smaïl, des Beni-Koufli. — Mahallet-Bbamdan et la Zaouïa de Sidi-Abderrahman. — Blessures diverses. — Organisation du service médical des ambulances.

La pacification obtenue en 1854, au Souk des Beni-Djennad, au Sebt des Beni-Yahia et au Tléta des Beni-Hidjer, ne fut pas de longue durée. La mort du Bach-Agha Bel- Kassem ou Kassi et les indécisions qui marquent toujours, voire dans les centres les mieux organisés, la transmission du pouvoir d'un membre à un autre de la même famille, devaient être un prétexte favorable aux agitations coutumières des Kabyles, abasourdis plutôt que réellement convaincus et réduits par les vigoureux coups de main de la dernière campagne. L'effervescence recommença donc parmi les Soff (assemblées politiques), aussitôt après les moissons et la récolte des figues et des olives, principales richesses du pays. Les Zmoul de la plaine du Sebaou, directement soumis à notre influence, furent les premières victimes de ces dispositions aggressives de la part des Kabyles montagnards, dont les coups de fusil vinrent les inquiéter chaque nuit. Dès le mois d'octobre 1855, le Chef de bataillon Wolff, commandant supérieur de Dellys, était obligé de faire fortifier Mèkla, position importante dans le haut de- la vallée, contre les tentati-

yes de pillage et d'incendie des Beni-Raten . Parti du centre de la confédération des Zouaoua, le mouvement insurrectionnel envahit peu à peu la banlieue de Tizi-Ouzou et les contrées environnantes que l'occupation française du Bordj irritait particulièrement. Depuis plusieurs mois, un faux Chérif, vulgairement connu dans le Djuijura sous le sobriquet de Bou-Hamara, propriétaire de l'dnesse, prêtait à la révolte l'appui dangereux, au milieu des masses ignorantes, de ses prédications fanatiques. Le 30 décembre, soutenu par les Beni-Raten, il tenta, contre les Zmoul, un coup de main téméraire dans lequel il perdit la vie ; mais ces malencontreux exploits ne découragèrent pas les contingents ralliés à sa voix et qu'excitaient encore les nouvelles, soi-disant reçues de Tunis et de Tripoli, de prétendus désastres de l'armée française en Crimée.

Au commencement de janvier 1856, les Flisset el Bahar étaient gagnés. Les Beni-Djennad ébranlés, menaçaient de céder aux suggestions que les Ait-Aissi, les Fraoucen et une partie du massif de la rive gauche fomentaient et dirigaient contre nous. Dans la nuit du 12 ou 13, des malfaiteurs attaquent et dévalisent la maison isolée d'un colon sur la rive droite du Sebaou, et les coryphées de l'agitation de clamer par tout le pays cet acte de brigandage, honteusement accompli dans l'ombre, comme la conquête glorieuse d'une forteresse défendue par des troupes nombreuses. Un autre aventurier, EI-Hadj-Amar, récemment revenu de Tunisie, et leChigr' el Chigr' de Tizi-Rached, opèrent, sur la maison de campagne du Bach-Agha, à Temda, une attaque qui devait leur livrer les têtes de la famille entière de Bel-Kacem ou Kassi. lis ne réussissent, après un combat meurtrier, qu'à incendier la propriété ; mais la défection est au comble dans le Makzen des Zmoul, chez les Beni-Ouaguenoun el les Beni-Djennad ; Tizi-Ouzou est bloqué. Les Maatka et les Flisset-oum-el-Lil seuls nous restent fidèles.

Cependant, le Gouverneur -général, préoccupé depuis longtemps de la marche des événements, disposait tout pour la défense et pour la répression. Le siège de la subdivision d'Alger avait été transféré à Dellys, et un bureau arabe institué à Tizi-Ouzou, sous l'énergique direction du commandant Beaupré ire.

Dès le 22 janvier, uue colonne partie de nuit de la Maison- Carrée, arrive après une marche forcée sous le Bordj de Tizi-Ouzou, dont les abords sont immédiatement dégagés. Cela ne suffisait pas : il fallait encore frapper, au cœur des Beni-Ouaguenoun, les Oulad-Aïssa-ou-Mimoun , fraction importante de ces montagnards turbulents et audacieux, dont les bandes pillardes avaient tant contribué, par leurs razzia sur lesZmoul. à la défection de nos plus anciens alliés duSebaou.

Le 28, au malin, le petit corps expéditionnaire quittait Tizi-Ouzou, pour aller prendre position, uu peu en avant de Sikh-ou-Meddour et appuyer aussi une pointe poussée par la cavalerie suivie du Goum sous les ordres du commandant Beauprêtre, dans la direction de Temda. Bientôt le bruit d'une vive fusillade et les épaisses colonnes de flammes et de fumée qui tourbillonnent dans l'air signalent l'incendie du village. Vingt cadavres kabyles sont restés sur le terrain: nous n'avons eu, nous, que cinq ou six cavaliers et quelques chevaux légèrement atteints.

Après deux jours de repos, le 30 janvier, vers deux heures du matin, cinq bataillons d'infanterie, sans sacs, d'un effectif total de 2,000 hommes environ, plus des détachements d'artillerie, du génie, deux pièces de montagne, une section d'ambulance, le Goum, les Spahis, les Hussards, se glissent silencieusement, protégés par le brouillard et l'obscurité, dans le lit même et le long des berges escarpées de l'Oued-ilïssï jusqu'à Tala-Asman . Ici le général Deliguy laisse, à la cavalerie, le soin de battre la plaine jusqu'à Temda, afin de tenir en respect un rassemblement de kabyles qui

grossit à vue d'œil. Pendant ce temps, l'infanterie, sur deux colonnes, escaladera de front et à revers le village de Tikobaïn. Malgré une résistance opiniâtre, les Kabyles sont débusqués, refoulés successivement jusqu'au-delà d'Agouni- Aksou, point culminant du massif des Ouled Aissa ou Mimoiui et culbutés dans les ravins où l'on en tue un bon nombre. Une grande quantité de butin tombe entre les mains de nos soldats qui. pour couronner l'œuvre de punition, mettent le feu aux quatre coins des gourbis.

La retraite s'effectua en ordre, protégée par quelques salves d'obusiers, jusqu'à la gorge du Sebaou, au village d'Akaoudj, dontla population, d'abord récalcitrante, ne tarda pasà comprendre le danger de la situation et à demander l'aman.

Dès le 1er février, l'effet de celle démonstration, dans laquelle nous n'eûmes qu'une quarantaine d'hommes mis hors de combat, sefesait sentir dans les soff d'alentour. Les Beni-Ouaguenoun, les Beni-Aïssi . les Flisset-el-Bahar, la plus grande partie des Beni-Djennad implorèrent et obtinrent la paix. La fraction française de cette dernière tribu alla jusqu'à attaquer la grande bourgade d'Abizar, de l'alliance kabyle, défendue par cinq cents Beni-Iîaten ! La chute d'Abizar, après une résistance de quelques semaines, déterminale reste des Béni Djennad a reconnaître notre suzeraineté et à payer l'impôt. L'ordre était une fois encore rétabli sur la rive gauche du Sebaou !

Comme l'année précédente les cultures du printemps et les travaux de la moisson consolidèrent la trêve et, en dépit des prédications du nouveau chériff, la paix ne fut point troublée jusqu'à la fin du mois d'août 1856. A la suite d'une effervescence devenue, chaque jour, plus violente sur les marchés de Maatka, des Gueclitoula et jusque sous le poste de Dra-el-Mizan, des menaces et des injures poursuivirent les délégués de nos bureaux arabes. Les agitateurs ci> vinrent aux prises avec tes eonliagenls de notre Bach-Agha

Si-el-I)jondi, les battirent, et recrutant rapidement de nombreux renforts, ils s'avancèrent jusqu'au moulin français de Boghni et le brûlèrent.

Expédiés d'Alger, à la nouvelle de ces désordres inquiétants, un escadron de chasseurs d'Afrique et un bataillon du 45e d'infanterie de ligne, arrivèrent, fort à propos, à Dra-el- Mizan.au moment où, le 2 septembre, El Hadj Amar, avec ses contingents, massés sur les hauteurs de Tachentirt qui dominent le fort, se disposait à le prendre d'assaut pour le livrer ensuite aux flammes et donner ainsi, avait-il dit, à la Kabylie entière, en caractères de feu, le signal d'un soulèvement général. Mais une manoeuvre habile du commandant Bèauprêtre attire l'ennemi sur un terrain plus accessible à la cavalerie et au goum : les Kabyles sont poursuivis à l'arme blanche et rejetés sur l'infanterie dont on leur a dissimulé la présence. Ils fuient partout , abandonnant 50 morts, 32 prisonniers et 200 fusils. Nos pertes, dans celte journée, furent de deux cavaliers blessés, et deux chevaux tués.

Le lendemain 4, le général Gastu, se porta avec 2 bataillons et 3 escadrons à Boghni. Tandis qu'il s'y établissait, l'ennemi, croyant sans doute trouver Dra-el-Mizan complètement dégarni, se glissa, par les ravins, jusque sous la place, et engagea le combat avec les Goum. Mais il avait compté sans le Colonel Bataille qui avait bivouaqué la veille à quelques lieues de là ; rudement accueillis et tournés, les Kabyles essayèrent vainement de tenir contre nos tirailleurs indigènes qui leur tuèrent une quarantaine d'hommes. Cette rigoureuse riposte ne uous coûta que trois blessés, 2 tirailleurs et 1 soldat du 45e de ligne.

Par suite de l'arrivée successive de nouvelles troupes, et de l'organisation d'un corps d'armée expéditionnaire, composé de deux divisions actives, le général Yusuf, commandait le 10 septembre, un effectif suffisant pour prendre l'ofl'ensive

Le lendemain il porte son camp, jusqu'au sommet de l'aréle qui sépare les Outed-el-Aziz des Xeslioua et des Frikat. Ces derniers se trouvent ainsi dominés au Sud, tandis que le général Gastu, parti en même temps de l'Oued- Boghui entreprend, sur trois colonnes, l'ascension de leur territoire incliné de son côte ; malgré des difficultés énormes dans un terrain boisé et coupé de ravines profondes, le mouvement s'accomplit heureusement. Vers le soir, seulement, l'ennemi s'acharne contre un rocher qui commande le front Es du camp et occupé par un bataillon de tirailleurs algériens. La fusillade, plus bruyante que redoutable, se tait à la tombée de la nuit. 9 zouaves. 1 tirailleur indigène, 1 soldat du li8e régiment de ligne et 8 chasseurs du 5 8e bataillon à pied, dont un officier, atteint sérieusement: quelques flanqueurs contusionnés, résument, avec quatre hommes tués et 3 disparus tirailleurs indigènes . nos pertes de la journée. Elles devaient s'aggraver bientôt par la mort de l'officier blessé, le capitaine B*". dont l'abdomen avait été ouvert, par un coup de feu.

A part quelques coups de fusil tirés contre les grandgardes, la journée du 12 se passa assez tranquillement. Le 13, de bonne heure, les blessés et malades étaient évacués sur le poste de Dra-el-Mizan où un dépôt d'ambulance avait été organisé. Dans la matinée l'audace des asaillants provoqua une sortie et un engagement meurtrier pour l'ennemi. Il fallut faire fortifier la position dite du Grand-Rocher. — La brigade Gastu, fouillant alors tous les villages des Fril^at. n'y laissa pas pierre sur pierre.

Triple blessure : amputation double. Nous eûmes, ce jourlà, une douzaine de blessés, tous tirailleurs indigènes. L'un d'eux Ali ben-el-Amraoui, de la L»« compagnie du 3e bataillon, trois fois touché, avait : 1" la paume de la main droite affreusement fracassée . 2° un doigt de la main gauche brisé ; 3° la poitrine ouverte par une balle perdue dans la cavité thoracique. Le soir, il crachait un peu

de sang et quelques bulles d'air s'échappaient de sa plaie thoracique. Le 14, le médecin-major du corps, le Dr Panier, amputa le poignet droit et le doigt à moitié détaché de la main gauche qui fesaient beaucoup soufl'rir le patient: Ali a promptemenlf guéri.

Cependant quelques fractions non encore visitées des Frikat continuaient de nous inquiéter. Le 14, le général Yusuf envoie contre eux la brigade Bataille qu'il rejoint lui-même, peu d'heures après, avec deux pièces de montagne et une partie de l'infanterie et de la cavalerie. Il fallut insister pour débusquer l'ennemi d'un village où il s'était fortement retranché. Cette opération et la retraite, toujours laborieuse dans un pays couvert et accidenté, coûtèrent la vie à quatre des nôtres. Les blessés au nombre de 32 (29 soldats et 3 officiers,) comptaient :

1° 13 chasseurs à pied du 18e bataillon parmi lesquels le capitaine L**' atteint d'une balle, en plein coude gauche, et le lieutenant M"* frappé à la fesse.

2° 3 tirailleurs indigènes du 1er régiment, savoir: M. Lep"*, capitaine, mort quatre jours après, à Dra-el-Mizan, d'une plaie pénétrante de poitrine — un soldat fracturé à l'avant-bras droit, comminutivement, amputé immédiatement et qui guérit par première intention — un sergent atteint d'un coup de feu avec brisure considérable du maxillaire inférieur et balle perdue dans la gorge. Il ne fut que tardivement possible de retrouver le projectile, après l'extraction duquel la plaie et l'état général se rétablirent aussi bien qu'il était permis de l'espérer d'aussi grands désordres.

3° Le soldat P*'* du 18e bataillon de chasseurs à pied, grièvement atteint au col de l'humérus et amputé, deux ou trois jours plus tard, dans l'articulation scapulo-humérale.

4° Quelques blessures des mains ayant nécessité l'ablation totale ou partielle d'un pouce et de plusieurs doigts.

Je dois la plus grande partie de ces détails chirurgicaux sur les débuts de la campagne, à mon obligeant collègue le Dr

Panier, du Ie' régiment de tirailleurs indigènes, dont le dévouement et l'habileté, en l'absence de l'ambulance active non encore arrivée d'Alger, assurèrent les pansements ainsi que les opérations indispensables à nos premiers blessés.

Le capitaine de chasseurs L", dont j'ai mentionné tout-àl'heure la blessure au coude, fut évacué sur Dra-el-Mizan, puis sur l'hôpital du Dey, où je devais le retrouver à la fin de la campagne. La fracture comminulive dont il était atteint, intéressait surtout l'extrémité articulaire du cubitus, les épiphyses humérales paraissaient peu ou point endomma gées. îMalgré un gonflement considérable de l'article, le pus coulait aisément de cette plaie, les désordres étaient limités a la région, l'état général très satisfaisant : plusieurs esquilles avaient été extraites et l'élimination semblait devoir se continuer sans difficulté. Je me prononçai donc pour une tentative de conservation. Quelques abcès se formèrent autour du pli du bras, qui furent ouverts et se fermèrent successivement. Au bout de cinq mois, aussi heureux que le sergent-fourrier de zouaves H"*, dont il a été question dans notre Relation de la Campagne de 1854, le capitaine L"*, guéri avec une ankylose, pouvait reprendre du service, du moins les fonctions sédentaires de commandant de place. L'usage qu'il aura été appelé à faire des eaux thermales ne peut manquer, j'imagine, d'avoir encore amélioré son état.

Les rudes leçons infligées aux rebelles, depuis plusieurs jours, avaient amené les Beni-Ismaïl. voisins des Frikat, à tenter quelques préliminaires de soumission. Mais de nouveaux adhérents étant venus les rallier, le général Yusuf résolut d'aller droit à eux, sur le plateau de Mahallet-Rhamdan, entre les Beni-Smail et les Ouled-Aziz. Les Beni-Smaïl possèdent chez eux la célèbre zaouia, chère aux tolba kabyles, de Sidi- Abderrahman Bou-Kobere'in (1), à la pointe d'un contrefort

! Mot à mot : possesseur de deux tombeaux. Les restes de Sidi-

qui relie au Djurjura une longue série de crêtes abruptes : c'est de cette koubba, dont il était Oukil, qu'est parti El lia d j Ainar, chef d'une secte de Khouan, instigateur de la dernière révolte.

Le 10, l'attaque commençait à six heures du matin, principalement dirigée par le colonel Collineau à la tète du ltr zouaves (deux bataillons) et du 18° bataillon de chasseurs à pied. Une résistance opiniâtre des Kabyles ne put réfréner longtemps l'impétuosité de nos troupes, et, en quelques heures, le plateau était enlevé. Nous n'avons, de notre côté, que 2 tués et 18 blessés — 14 seulement entrent à l'ambulance, savoir :

3 coups de feu à la cuisse, dont une fracture simple au tiers inférieur (appareil) ; 1 plaie non-pénétraute du thorax (balie perdue dans les chairs) ; 3 coups de feu avec pénétration de la poitrine (l'un des blessés succomba le 18, à deux heures du soir) ; 1 plaie de l'abdomen avec pénétration, aussi suivie de mort dans les vingt-quatre heures ; 2 sétons de l'avant-bras, et 2 à la jambe ; 1 plaie du pied et 1 plaie non-pénétrante du coude. Circonstance qui mérite d'être notée : sur quatre de ces quatorze blessés, on ne put retrouver les projectiles, perdus profondément dans les chairs.

En suite de la journée, quelques cheiks firent des ouvertures de soumission qui ne pouvaient être prises au sérieux, puisque les Kabyles environnants demeuraient toujours sous les armes ; aussi, des colonnes mobiles, sorties chaque jour du camp, durent-elles châtier les Alouan et plusieurs fractions particulièrement aggressives des Beni-Smaïl.

Abderrhaman sont en effet vénérés, à la fois, à la zaouia du Hamma, [très le Jardin -d'Essai à Alger, et chez les Guechtoula. La tradition raconte que les habitants d'Alger ayant été accusés d'avoir dérobé, poulies amener chez eux, les dépouilles mortelles du saint homme, l'ouverture simultanée des deux sépultures fit constater la présence des ossements de Sidi Abderrahman, en même temps, chez les Bcni-Smaïl el au Hamma. De là, sans doute, et la légende miraculeuse et le surnom dp ni ;ira hou t.

Le camp de Mahallet Rbamdan est assez bien disposé comme centre d'observation. Toutefois il est commandé par quelques promontoires rocheux du Djurjura d'où les francstireurs ennemis peuvent nous inquiéter. D'autre part, l'eau manque au bivouac : il faut conduire les bétes de somme s'abreuver à deux kilomètres, au lac des Ouled-Aziz. Le 46 au soir, un chasseur d'Afrique y est précipité par son cheval et ne peut en être retiré.

Le 20, la division Yusuf va reconnaître la position de ses voisins incommodes, les Beni-Koufli, et la route de la Zaouïa. Quelques coups de fusil, la plupart du temps hors de portée, essaient vainement d'entraver l'opération : malheureusement, l'un d'eux frappe, à la tête, un officier d'ordonnance du Général, M . le lieutenant de spahis M*" qui ne survit que quelques heures à une fracture comminutive du crâne avec lésion du cervelet. Les autres blessures, au nombre de cinq, se composent de 3 contusions légères, "2 au bras, 4 à la jambe, et d'un selon superficiel de celte dernière région.

Les mouvements militaires dont nous venons de parler, plutôt défensifs qu'aggressifs. tendaient surtout à disperser les rassemblements kabyles dont Drà-el-Mizan avait été le principal objectif. Il importait de dégager cette place et d'en faire une base d'opérations, d'où pussent librement rayonner la répression et le châtiment.

Le .Maréchal-Gouverneur, à la date du 18, avait réglé, par la voie de l'ordre du jour, la composition d'une armée expéditionnaire de deux divisions (Généraux Renaut et Yusuf), destinées à opérer chez les Guechtoula, et d'un corps d'observation (Général Chapuis), qui devait battre et surveiller la plaine du Sebaou. Dès le 20, la division Renaut bivouaquait sous Drâ-el-Mizan. Le 23, elle établissait ses tentes devant Bordj-Bogkni, à six kilomètres environ de la division Yusuf, et les deux généraux se concertaient entr'eux pour agir le lendemain contre les Beni-Kouffl.

A cet effet, dès trois heures du matin, le 21. la brigade

Deligny franchit l'Oued-Sebt qui coule entre Bogni et le Djurjura, et, à part les difficultés de cliemins pour ainsi dire impraticables, s'établit sans obstacles sur le plateau des Beni-Kouffi. En face et à gauche, au-delà de l'Oued-Bogni, encaissé dans un ravin profond, la division Yusuf s'élève par les Beni-Smaïl jusque sur les arêtes vives du contrefort des Ait-Ali, parallèlement à l'avant-garde de la division Benaut. Deux forts villages servent de point d'appui à la résistance : ils sont abandonnés bientôt devant l'escalade vigoureuse de nos colonnes. Mais un bois épais, situé un peu plus haut, sert de refuge et de ralliement aux fuyards qui s'y embusquent : les perles qu'il eut fallu subir presque sans résultats pour les en déloger font renoncer à s'en emparer. A deux heures, la retraite s'effectue en bon ordre, mais non sans pertes sensibles, l'ennemi ayant cette fois l'avantage de la position. Ainsi la division Benaut rentre au camp la première, à cinq heures du soir, avec 33 blessés, dont 3 officiers. Elle compte en outre 9 hommes tués et 1 disparu. Le général Yusuf n'a a regretter que 2 tués, 2 disparus et 14 blessés.

L'organisation des troupes, concentrées comme je l'ai dit plus haut, a eu pour effet consécutif de constituer d'une manière plus satisfaisante les services administratifs et celui des ambulances divisionnaires dont le personnel n'avait pu être encore réuni. M. le médecin-major Marit dirigera l'ambulance de la division Benaut, ayant sous ses ordres MM. les aide-majors Chadourne, Boussel et Sala. M. le médecin aide-major de 4re classe Lemarchand, secondé par MM. les aide-majors de 2e classe Imberdis et Vizerie, est appelé à continuer aux troupes de la division Yusuf les soins que le médecin-major Panier et le médecin aide-major Bresse, tous deux détachés du lpr tirailleurs et du 1er zouaves, leur ont assurés depuis le commencement de la lutte. En congédiant ces honorables intérimaires du poste où ils avaient donné bénévolement tant de preuves de savoir et de dévouement.

aérai Yusuf voulut les remercier de leui concours pai

un ordre du jour aussi gracieux que mérité.

MM. les médecins aide-majors Buges et Lanson suivirent avec une section volante les mouvements de la colonne légère du Scbaou. On installa une ambulance sédentaire à Drà-el-Mizan, sous la chefferie intelligente de M. Lelorrain, secondé par MM. .Martin et Prévost, plus une réserve de médicaments confiée au zèle éclairé de M. le pharmacien aidemajor Latour. Aux 60 lits que contient le petit hôpital du Fort, on en avait ajouté 60 autres, disposés en avant du camp retranché, sur la route d'Alger, dans les bâtiments du caravansérail. L'étaient environ cent fournitures complètes, pour recevoir et garder temporairement les blessures les plus graves, des ordres sévères prescrivant l'évacuation immédiate, autant que possible, sur lçs grands hôpitaux de la province, de tous les convois de blessés ou de malades qui viendraient de la colonne expéditionnaire.

M. le Dr Halbroon fut placé au caravansérail des Ysser, point intermédiaire des évacuations entre le camp et Dellys ou Alger. — Un ordre de M. l'intendant divisionnaire d'Alger, en date du 23 septembre, m'attribua la direction médicale de ces divers services.

Les rapports des médecins-chefs d'ambulance, pour la journée du 2-i, relèvent les blessures suivantes :

1 Plaie des mains et des doigts.

de l'avant-bras.

du bras.

de poitrine non pénétrante

id. pénétrante.

du crâne pénétrante.

id . non pénétrantes.

de la face.

de la cuisse.

de l'abdomen.

du ?enou.

7 — de la jambe.

i — du pied.

■1 — du dos.

Au nombre des opérations nécessitées par ces diverses lésions, je citerai une ablation du médius et du métacarpien correspondant de la main droite (M. le médecin -major Lcmarchand) , et diverses extractions de projectiles on esquilles.

Comme toujours, les trajets parcourus par les balles ont donné lieu à plusieurs observations curieuses : j'en reproduirai quelques-unes.

L. . ., du 2e régiment étranger, porte au membre supérieur droit un long selon qui s'étend du col de l'humérus jusqu'au milieu de l'avant-bras, sans lésion des os ni de l'articulation du coude.

M. S. .. , capitaine au 2e régiment étranger, a été atteint, dans l'angle inférieur du creux poplité droit, d'une balle que tous les efforts d'extraction, tentés à l'ambulance^ n'ont pu taire découvrir. Le diagnostic porté par M. le médecin-major Marit exprime nettement la présomption d'une lésion des vaisseaux. Evacué presqu'aussitôt sur Drâ-el-Mizan, M. S. . . ne tarda pas à voir son membre se tuméfier dans des proportions considérables, avec accompagnement de douleurs intolérables. J eus l'occasion de le visiter, à mon passage dans ce dernier poste, le 26, et de répéter de nouvelles recherches du plomb que je supposais bien aussi comprimer la veine poplitée. Je ne réussis pas à atteindre le corps étranger, mais les débridements dont je m'étais aidé déterminèrent une diminution notable de l'étranglement et des souffrances consécutives. M. S-. . fut assez bien le surlendemain pour pouvoir être dirigé sur Alger où je le rejoignis, trois semaines plus tard.

La plaie était restée béante, sanieuse, la jambe cedématiée. la peau sclérémateuse. Les bains, les émollients, la position horizontale et même un peu inclinée du membre — le pied plus

élevé que le genou — avaient amené une amélioration assez sensible, lorsque tout à coup, vers la fin de décembre, un engorgement plilegmoneux considérable envahit toute la jambe qui,envingt-qualre heures, se couvre de phhctènes. Plusieurs phlegmons profonds se révèlent autour des malléoles, le long de la crête du tibia et au-dessous de la plaie d'entrée du projectile. L'état général du malade participe profondément de ces graves complications et je n'hésite pas à soumettre à plusieurs de mes collègues l'appréciation des mesures que cette situation peut commander. L'avis de la majorité — qui est le mien — se prononce pour l'expectation et l'établissement de larges émunctoires à la suppuration, à l'aide de débridement multipliés.

L'effet de ces moyens, secondés par une thérapeutique générale appropriée, pour avoir été un peu tardif, n'en est pas moins devenu très heureux. La jambe se réduisit progressivement à son état normal, puis, les incisions se cicatrisant, il y eut même un peu d'atrophie du membre . A la fin de février, la plaie du projectile était complètement fermée. Le malade commença à marcher, soutenu par des béquilles. Une position immobile longtemps continuée, des adhérences cicatricielles nombreuses, avaient dû nécessairement paralyser le jeu des muscles et des articulations. En attendant l'essai des eaux minéro-thermales, M. S*'* partit en congé de convalescence, et, le 6 octobre 1857, il m'adressait de Troyes une lettre dont j'extrais les détails ci-après. « Les deux saisons « que j'ai passées à Bourbonne m'ont l'ait le plus grand bien. « J'avais le tendon d'Achille si fortement rétracté qu'il « m'était tout à fait impossible de poser le talon à lerre, je « le pose presque maintenant et, avec l'exercice, je sens mes « muscles s'allonger chaque jour, la raideur des mouvements < disparaît.. . J'ai fait confectionner à Paris, par M. Ferdi- « nand Martin un appareil extenseur qui m'a réussi parfaite- « ment et me fait espérer de pouvoir bieniot reprendre mon « service... Jusqu'il présent la balle n'a fait aucun effort

« pour sortir, mais je n'en éprouve plus aucune gêne. ■ Pour clore cette observation, intéressante à plusieurs égards, d'inclusion de projectile et de chirurgie conservatrice appliquée dans d'aussi sérieuses circonstances, j'ajouterai que, le 7 janvier 1859, le hasard m'a fait, à Marseille, la bonne fortune de rencontrer le capitaine S"' très bien ponant et marchant avec autant d'aisance que de sécurité. La balle, aux migrations de laquelle il faut bien attribuer les phases incidemment si graves de la blessure, a donc fini par se fixer définitivement entre les os de la jambe ou dans un kyste aponévrotique, puisque M. S*4* ne se ressent aucunement de sa présence.

Le Maréchal Kawloii prend le commandement de l'armée expéditionnaire. — Derniers préparatifs. — Affaires des Béni bou Addou. — Blessés reçus à l'ambulance au camp de l'Oued-Bou-Asma. — Soumission générale de la confédération des Guechtoula.

L'arrivée au camp de la division Renaut, chez les Béni Mendès, du Maréchal comte Randon, venant prendre le commandement des troupes— pendant que le général Yusuf, établi définitivement à la Zaouïa des Guechtoula, continuait, sans coup férir, la destruction des villages révoltés — quelques préliminaires d'ensemble, pour la suite à imprimer aux opérations commencées, occupèrent les journées des 26 et 27 septembre.

Si la soudaineté de la rébellion ne nous avait pas pris au dépourvu, elle avait du moins laissé peu de loisirs à l'organisation des forces, appelées, en toute hâte et de tous les points., sur le théâtre du désordre. L'époque avancée de la saison estivale, le manque absolu de fourrages verts dans les campagnes, la pénurie des transports, dont une grande partie rentrait à peine de Crimée, la température encore élevée de l'atmosphère, la rareté de l'eau dans les fontaines et les torrents, la composition même actuelle de l'armée d'Afrique, où déjeunes conscrits avaient dû remplacer les contingents nombreux et aguerris, fournis , depuis deux années , à l'Orient, constituaient des difficultés sérieuses, dignes à tous égards de la sollicitude du chef vigilant et responsable de l'expédition. Par bonheur, la division Yusuf a trouvé des

silos abondamment remplis d'orge. Dans les champs qui avoisiueot les demeures kabyles, de vastes jardins de Bêcheva gi aminée, sorte de millet intermédiaire entre le mais el le sorgho) encore vert, suppléeront plus ou moins à l'herbe que quatre mois de soleil ont brûlée jusqu'à la racine, sur les flancs jaunis du Djurdjura.

L'administration des subsistances porte sur ses mulets* d'amples provisions de légumes conservés, à défaut des végétaux potagers que la terre doit refuser à l'alimentation du soldat. Les marches se feront autant que possible à petites journées, les évacuations de malingres et de malades auront lieu sur de larges proportions : plus de 400 hommes ont ainsi déjà été dirigés sur Drâ-el-Mizan. « La plupart des fiévreux » m'écrit de ce dernier poste le Dr Lelorrain, « sont atteints d'accidents légers. Diarrhées, dysenteries, accès de fièvre, fatigues, etc., qui disparaissent par le repos, une meilleure alimentation et l'habitation dans la caserne, le dois toutefois signaler quelques dysenteries plus gr&ves et, pendant ces derniers jours, une série d'accès pernicieux et de fièvres rémittentes tenaces. ... »

Le 28, à sept heures du matin, par un temps magnifique, départ des Divisions, sur deux routes parallèles. Le général Yusuf quitte la Zaouia, et descend des Beni-Smaïl chez les Beni-Koufi, où il doit camper. Le général Renaut marche vers l'Est, en suivant la ligne des ravins béants au pied du Djurdjura. 11 s'engage bientôt dans le magnifique bois de Tineri, dont les oliviers séculaires se déploient sur un plateau de deux kilomètres de largeur et de quatre de longueur environ.

Un peu au-delà de cet épais rideau de verdure, qui masque un terrain plat, pierreux, coupé de haies inextricables et de murs de clôture, les Kabyles avaient pris position, à notre droite, comme pour nous disputer le passage de l'Oued Bou- Addou, en avant de leurs villages. Trois escadrons de Chas-

seins d'Afrique, soutenus par un bataillon de la légion étrangère, sans sacs, s'élancent, par ordre du Maréchal, sur l'ennemi, le culbutent au-delà de ses retranchements et, franchissant les murs et les fourrés, le rejettent dans les gorges de la montagne, non sans lui avoir fait subir des pertes sensibles, comme l'attestent iO cadavres kabyles, des fusils et des (romblons, abandonnés par les fuyards sur le terrain de cette charge brillante: Nous avons à regretter un chasseur frappé mortellement (balle entrée dans l'abdomen), huit blessés, un cheval tué et 3 blessés.

La colonne, que rien n'arrête plus maintenant, continue sa marche vers le bivouac de VOued-bou-Asma, où cinq blessés seulement se présentent à l'ambulance. Je parlerai surtout du plus gravement atteint, le maréchal-des-logis du 1er Chasseurs d'Afrique, C de V"*.

Coup de feu au devant de Vaisselle droite, sous le tendon du grand pectoral, avec issue du projectile, en arrière, au niveau du bord axillaire de l'omoplate, fortement dijetée, en dedans et. en arrière , dans un moment où C. de Y"* élevait le bras pour frapper un Kabyle. Bien que le trajet de la plaie — horizontal et long de 45 à 16 centimètres environ — ne dénote à l'exploration qu'uu simple séton, cependant il existe une dépression manifeste, de l'arc costal correspondant, de la dyspnée, de la malité à la percussion. Diagnostic : fracture de côte et épanchsment interne consécutif à une lésion de la plèvre ou du poumon (?) — Le soir, la fièvre s'allume et quelques crachats sanguinolents sont expulsés — Saignée du bras : boissons froides, repos. Evacuation, le lendemain, sur Dià-el-Mizan et Alger. Il n'y eut pas d'accidents immédiats, mais une dyspnée permanente et un amaigrissement notable, probablement sous l'influence d'un état fébrile entretenu par un épanchcmeut non entièrement résorbé. Vers la mi-octobre, à l'instigation du savant Docteur Baudens, en ce moment Inspecteur médical d'une partie de l'Algérie, C. de V*'* se décida à entrer à

l'hôpital, pour y recevoir mes soins ; je constatai effectivement la présence d'une collection intrà-pleurale et dirigeai le traitement de manière à en accélérer la résorption. Sur les entrefaites, un abcès sous-axillaire assez considérable survint et il sortit une esquille constituée par un fragment de côte partiellement nécrosé. L'issue de cette épine irritante fut le signal d'un amendement marqué. Bientôt le souslieutenant C. de V" put s'embarquer pour France et rejoindre le nouveau régiment de cavalerie près duquel l'appelait sa promotion d'officier.

Indépendamment du chasseur tué sur le champ de bataille, que j'ai mentionné un peu plus haut, une autre plaie de Vabdomen, reçue à l'ambulance, mérite d'être signalée. Le chasseur L**" a eu faîne droite perforée par une balle qui, passant au-dessus du pubis et à travers l'arcade crurale gauche, s'est arrêtée au devant du grand -trochanter, sous la peau, d'où on a dû l'extraire. L'épiploon sortait par la plaie d'entrée. Le sommet de la vessie était intéressé, l'os des iles fracturé au niveau de l'éminence pectinée. Le 29, au matin, l'épanchem eut sanguin abdominal se révélait par une vaste infiltration ecchymotique de la région inguinale. La péritonite avait fait des progrès foudroyants. — Mort, à deux heures après-midi.

Nous venions de terminer la visite de l'ambulance de la l'e Division, quand on amena à notre tente l'Arabe Mohammed, du convoi auxiliaire de l'artillerie. Cet homme, envoyé à la corvée de paille, que nous avions sollicitée et obtenue pour le couchage des blessés, avait été louché à l'avant-bras droit, par un tirailleur des Ighill-Imoula, juste au milieu de la face externe du radius ; l'os est fracturé. J'extrais trois esquilles volumineuses, comprenant environ quatre centimètres de la diaphyse osseuse, plus le plomb tellement applati et déformé, qu'on l'eût volontiers pris pour une balle coupée: il n'en était rien cependant, comme nous avons pu le vérifier plus tard, à Alger, en pesant le projectile. Un appareil

inamovible, avec une fenêtre au-devant de la plaie, a assuré la guérison de ce blessé qui, à notre retour à l'hôpital du Dey, demandait à sortir pour rejoindre sa tribu.

Le 29, à cinq heures du matin, l'une des colonnes mobiles, détachée du camp de l'Oued Bou-Asma, s'en va brûler les villages inférieurs des Beni-Bou-Addou (1)- Résistance nulle. A dix heures, les troupes rentraient au bivouac, avec un seul homme légèrement blessé.

Le 30, de grand matin, 38 fiévreux et -i blessés sont évacués sur Drâ el Mizan. A 6 heures, le général Benaut, avec sept bataillons sans sacs, se dirige vers les pentes escarpées qui se relèvent au Sud du Camp, et sur lesquelles les Béni Bou Addou continuent de nous braver. Quelques décharges d'artillerie les inquiètentd'abord. Puis, après un court moment d'hésitation, la charge retentit et les zouaves se précipitent, la baïonnette au fusil, sur les obstacles, bientôt abandonnés parla défense. On se tiraille pendant plus d'une heure, les Béni bou Addou, rejetés dans les ravins, laissent à notre merci leurs villages, que les flammes inondent déjà de toutes parts, aux yeux terrifiés des contingents des Beni-Sedka, des des Beni-Raten et autres Zouaoua, accourus pour prêter main-forte à la guerre sainte. Pendant ce temps, des compagnies de sapeurs du Génie et d'ouvriers volontaires recrutés dans les corps, entament la destruction des vergers. Plus de 3,000 figuiers sont abattus.— A deux heures, le Maréchal rentrait au camp, — après avoirété reconnaître le cours de l'Oued Bou Chenacha et la position des villages de la tribu de ce nom — avec toute sa colonne et 20 blessés, dont 2 officiers, plus le cadavre d'un soldat tué sur la champ de l'action.

Les plaies les plus graves de celle journée comprennent :

il Mot à mot : Descendants du père du Singe.

1° Un coup de l'eu de Sa face, balle entrée par l'aile droile du nez et profondément engagée dans les anlracluosilés de l'antre d'IIygmor, chez P4<\ sergent au 2e Zouaves. A la suite de plusieurs tentatives infructueuses, il faut renoncera l'extraction. Une suture rapproche les lèvres de la blessure, au fond desquelles on distingue nettement les cartilages divisés.

2° Une fracture de la crête de l'ilium gauche, tout contre la symphyse sacro-iliaque. Le doigt introduit dans le trajei, oblique de gauche à droile, permet de sentir la brisure de l'os. Balle perdue dans l'abdomen.

3° Un autre coup de feu pénétrant de l'abdomen, au niveau de l'aîne droite.

4° Une plaie horizontale, de dehors en dedans, à la hauteur de la saillie du muscle biceps brachial gauche : balle extraite par M, Marit, sous le tendon du grand pectoral.

5° Un coup de feu dans le cinquième inférieur de l'espace inter- osseux de la jambe gauche, chez M. De K**\ capitaine au 2e Zouaves. Le médecin-major du régiment, M. Houneau, qui a retiré la balle, sur le terrain, et a constaté une frac lure peu compliquée du péroné, présume que les désordres s'étendent, par fêlure, jusqu'à l'articulation tibio-tarsienne de laquelle il croit avoir vu, pendant l'extraction, refluer de la synovie. — Quelques légères esquilles sont enlevées, à l'ambulance. Le membre est immobilisé d;ins une gouttière rigide et arrosé incessamment d'eau froide. Nous espérons pouvoir conserver, sans mutilation, un jeune officier plein de courage et d'avenir. — Evacuation sur Alger, dans de bonnes conditions, qui se maintiennent durant irois semaines encore. Tout à coup, soit imprudence, soit effet d'une constitution médicale délétère, dont il sera fait mention plus loin, la plaie se renverse et se tuméfie, la jambe se couvre de phlyetènes. Un délire furieux s'empare de M. de K"\ il y a diarrhée, état typhoïde de la langue, paroxysmes fébriles nocturnes, le cortège, enfin , de la résorption purulente,

dans son expression la plus sombre. Toutes les ressources chirurgicales et médicales ne purent triompher d'aussi terribles complications : M. de K'** succomba, dans les premiers jours de novembre.

Pendant cette rapide exécution, le général Yusuf, qui a reçu la soumission des Beni-Koufi, imposés à 25,000 fr. d'amende, est venu s'établir chez les Beni-Mendès. Ses troupes quittent le bivouac après déjeûner et, le même jour, le châtiment commence, sévère, mais sans effet sur les récalcitrants. — Il fallut se remettre à l'œuvre, le lendemain ier octobre, faire de nouveaux abattis de vergers. Quand les deux Divisions n'eurent plus laissé pierre sur pierre, dans les villages inférieurs dévastés des Beni-Bou-Addou et des Beni- Mendès, ces derniers et leurs complices avérés les Beni- Bou-Ghdûn, menacés à leur tour, implorèrent prudemment l'aman. Les Beni-Bou-Addou restent toujours inébranlables dans leur village de Djima, véritable nid d'aigle, accroché au flanc septentrional du pic de Lalla Khedidja, point culminant du Djurjura (2,200 m. de hauteur), au milieu d'un affreux déchirement de roches, dressées comme à l'émunctoire d'un volcan.

Cependant le Maréchal sent la nécessité d'en finir avec cette aveugle résistance. L'arrière-saison avance, les pluies menacent le bivouac qu'un séjour prolongé a rendu fétide : Les troupes sont visiblement fatiguées, et les diarrhées qui se propagent dans l'armée rendent chaque jour les évacuaalions de malades plus nombreuses.

Le 4, de bonne heure, huit bataillons d'infanterie, sans sacs, escaladent la position. Défilés derrière un dédale de petits rochers, qui sont autant de chemins couverts, et une myriade de créneaux en pierres sèches, improvisés au-dessus de celte puissante fortification naturelle, les Beni-Bou- Addou font d'abord mine de nous arrêter, peut-être espèrent-ils nous repousser ; mais leur illusion est de courte du-

rée : à 9 heures, les crêtes sont partout occupées et Djana, abandonné, fouillé, sapé de toutes parts, disparaît bientôt dans d'épais tourbillons de flammes et de fumée.

Vingt-six de nos hommes, atteints, quatre tués, par le feu de l'ennemi, furent le prix de la soumission des Beni-bou- Addou. Le 5 octobre, au petit jour, un convoi d'évacuation emportait les premiers sur Dra-el-Mizan, et, avec eux, quatre autres blessés des journées du 1er et du 2. Avant de les perdre de vue, momentanément du moins, nous relèverons ici quelques notes recueillies à la hâte, pendant leur court passage à l'ambulance.

13 coups de feu ont intéressé les membres inférieurs (î, la plante du pied — 7, la cuisse — 1, les deux cuisses — 2, la jambe — 2 (le genou) ; 10, les membres supérieurs; 1, la mâchoire inférieure; 2, le crâne ; 4, le tronc. 10 blessés appartenaient au 2me régiment de Zouaves ; 5, à la Légion étrangère: 3, aux Tirailleurs indigènes d'Alger.

B*** du 2me Zouaves a eu le corps du radius droit fracturé comminutivement. Les esquilles extraites et la plaie émondée, rien n'indique l'urgence d'une amputation, le panse ment est pratiqué dans le sens d'une tentative de conservation que les apparences semblent légitimer, et B"* est évacué sur Dra-el-Mizan. Soit fatigue du iransport, soit influence générale mauvaise — qui devait plus lard se généraliser parmi nos blessés de cette campagne — la plaie prit, vers la fin du mois, à l'hôpital du Dey, un aspect assez fâcheux pour qu'on ait cru devoir, le 25 octobre, désarticuler le membre dans le pli du bras. B***, déjà en proie à la lièvre et à la diarrhée ne put supporter celle secousse et succomba bientôt à des symptômes de résorption purulente.

Nous eûmes quelques doutes sur un coup de feu assez singulier de la main gauche, chez le chasseur G4' du 8S Bataillon. La balle, enlréeàla base du troisième espace interdigitaire, avait traversé les parties molles de la paume pour sortir près du bon! cubital, sans avoir déterminé de lésion os-

seuse. Signalé par ses camarades comme étant lui-même l'auteur de sa blessure, G" fut l'objet d'une surveillance et même d'une enquêle qui, heureusement pour lui, n'aboutirent à aucun renseignement précis. Guéri, avec un peu de gêne dans les mouvements de l'organe lésé, ou le renvoya purement et simplement dans ses foyers, sans retraite ni gratification.

H**, de la Légion étrangère, atteint, le 4 octobre, d'un coup de feu à Vaine gauche, entre le grand trochanteret l'épine iliaque antéro-supérieure (projectile perdu), éprouva, quelques jours après son évacuation à l'hôpital du Dey, tous les symptômes d'une violente arthrite coxo-fémorale qui marcha assez rapidement vers la suppuration. Par suite de la fonte purulente et de la destruction des moyens d'union et des surfaces de rapport de la jointure, le fémur ne tarda pas à se luxer et à remonter dans la fosse iliaque externe. Le membre, condamné à une immobilité absolue, hyperesthésié par l'inflammation diffuse, criblé à sa base de fistules et de décollements inextricables , finit pourtant par contracter , dans sa situation anormale, de nouvelles attaches. Se consolidant peu à peu, celles-ci permirent à H*' de sortir guéri, le 28 septembre 1857, après une année de luttes incessantes et courageuses contre une des plus terribles lésions de la chirurgie îles plaies d'armes à feu. Par suite du raccourcissement du membre luxé, l'axe transversal du bassin s'était incliné de plus de quatre centimètres du côté gauche. La cuisse et la jambe, atrophiées, ankylosées à la hanche et au genou, presque paralysées, du moins dans leur molililé, ne servaient plus guère au blessé que de moyen de sustentation. Mais enfin, H"* avait échappé aux conséquences mortelles de sa blessure, aux chances non moins redoutables des opérations qu'on aurait pu être tenté d'y opposer, et nous avons cru devoir ne pas passer sous silence une terminaison aussi remarquable, que revendiquent également et la chirurgie conservatrice et la toute-puissante intervention des ressources de l'art.

Plusieurs esquilles furent enlevées à L" . du 2 régiment de Zouaves, à qui une balle avait fracassé incomplètement la branche gauche de la mâchoire inférieure. — Un coup de feu analogue, mais tiré sans doute de plus loin, n'avait que dénudé l'os à K***, du 2e régiment étranger.

On dut régulariser une brisure du doigt auriculaire gauche à B**', du 75e de ligne, blessé par un de ses camarades, aux avants-postes, d'un coup de feu qui lui avait traversé le métacarpe sans le fracturer

Le 2, on nous avait apporté à l'ambulance un Arabe, d'origine suspecte, qui, perdu en avant des lignes de tirailleurs, au-delà desquelles il s'était glissé, dans l'espoir sans doute d'arriver plutôt au pillage des Douar , avait été visé et frappé dans les parties sexuelles . Le projectile, après avoir labouré la convexité externe et gauche du pénis, d'avant en arrière, ouvert le scrotum, emporté le testicule et déchiré l'aine en la perforant, était venu sortir, vers le haut de la cuisse, en arrière, au côté interne du pli de la fesse : il n'y avait point d'hémorrhagie. Je n'ai plus revu ce blessé qui, comme tous ses coreligionnaires, bien vite las du régime de l'ambulance, se sera enfui chez lui, après un ou deux pansements. On sait d'ailleurs, avec quelle rapidité se cicatrisent d'ordinaire les plaies du prépuce et du scrotum, quand elles ne sont pas compliquées de fistules urinaires.

Le 5 octobre, à huit heures du matin, une messe militaire est célébrée au bivouac du Maréchal, par l'Abbé Suchet, Aumônier en chef du corps expéditionnaire. Vers midi, des ordres donnés aux troupes, de s'aligner en vivres jusqu'au 12, font pressentir un départ prochain. La résistance réduite et la soumission assurée par des otages, il est temps de quitter un campement qu'un séjour prolongera rendu monotone, (pie les bêles de somme ont dépouillé bien loin à l'entour, de tout vestige de végétation, où l'eau manque ainsi que le bois, et dont les abords, recouverts d'issues, de déjections de

toute nature, commencent à empuanier l'atmosphère. L'état sanitaire des Divisions est satisfaisant. On remarque pourtant que les flux intestinaux sont plus nombreux et plus tenaces. Quelques accès pernicieux sont signalés, même parmi les officiers et l'état-major.

Dans la soirée, la marche et l'ordonnance des mouvemeuls qui doivent s'exécuter le lendemain matin sont signifiés aux chefs de Corps. La division Renaut, allégée autant que possible, se portera, à notre gauche, à VArbâ des Douela. La division Yusuf rétrogradera sur Bordj-Boghni, où l'a précédée un détachement de cavalerie : le but de cet itinéraire est de reconnaître une communication stratégique entre Dra- el-Mizan et Tizi-Ouzou, par les Mechlras.

En combinaison avec le mouvement du général Renaut, la brigade Chapuis, en station dans le Sebaou, doit détacher, sous le commandement du colonel Pelle, du (50e régiment de ligne, une petite colonne mobile qui viendra rallier la Division active et le Maréchal, chez les Beni-Douela.

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