Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne
Nous croyons ne pouvoir mieux recommander cette seconde édition qu'en citant le jugement que portait sur la première un des hommes les mieux placés, à son double titre d'historien et de géographe, pour apprécier un livre d'histoire et de topographie militaires (1).
« Les événements de cette frontière, si incomplètement racontés jusqu'ici, étaient une lacune à combler dans l'histoire des guerres de la Révolution. Mais c'était un travail qui présentait les plus grandes difficultés, à cause du petit nombre des documents, de la multiplicité et de la confusion extrême des faits, avec ces armées qui s'improvisaient, ces généraux qui changeaient tous les jours, enfin avec des opérations faites dans un pays dont la géographie militaire est presque inconnue, »
(( Ce travail a été néanmoins exécuté avec autant de bonheur que de talent. Le premier volume est le tableau vivant d'une guerre pleine des péripéties les plus étranges, où se heurtent, se pressent les faits les plus discordants : exploits héroïques, trahisons infâmes, victoires imprévues, désastres inouïs, dévouements, violences, enthousiasme, anar-
(0 Th. Lavalîée, Moniteur de l'armée du 31 octobre 4851 et du ii juillet <853.
II AVERTISSEMENT DE l'éDITEUR^
chie ; guerre qui donne peu d'enseignements pour l'art militaire, mais qui en donne de bien grands, de bien solennels en politique , quand on voit les calamités auxquelles sont voués les peuples qui ont, pour se sauver, non plus la discipline, l'ordre, l'unité du commandement, mais les instincts les plus passionnés, l'enthousiasme anarchique, le dévouement sauvage des masses populaires. C'est ce que démontre surtout la campagne de 1793. »
(( Le deuxième volume présente un intérêt tout différent : c'est le récit d'opérations stratégiques, méditées, combinées, conduites avec un grand talent, exécutées avec ordre, précision, et cette ardeur qui n'exclut pas l'inspiration, mais que contient la loi du devoir et de l'obéissance. Ces opérations ont fait , de la seconde campagne des Pyrénées, un modèle de la guerre des montagnes, une grande école de science militaire où se sont formés la plupart des généraux de l'armée d'Italie : Augereau,Lannes, Pérignon, Victor, Sauret et tant d'autres qui ont si glorieusement figuré dans nos guerres de l'empire : Banel, Lagrange, Milhaud, Glausel, la Martillière, etc. )-
Puis, à la suite de l'analyse de ces trois campagnes : « Nous n'avons pas voulu, par ce froid résumé, donner une idée, même imparfaite, du livre, mais par le sommaire des faits qu'il renferme, exciter l'intérêt et la curiosité de nos lecteurs pour un ouvrage fait avec autant de patriotisme et de chaleur que de netteté et de conscience, plein d'enseignements de tout genre, et qui fait le plus grand honneur à notre littérature militaire.
« Quant à la partie descriptive, elle est tellement complète, tellement claire, et pourtant pittoresque, qu'elle peut passer à bon droit pour un modèle de géographie militaire. Elle fait de cet ouvrage un livre à part qui sera, quand les Pyrénées Orientales redeviendront un théâtre de guerre, le vade mecum^ le guide indispensable des généraux appelés à se mesurer sur ce terrain.
« Il ne nous reste plus qu'à exprimer le regret de ne pas
AVERTISSEMENT DE l'éDITELB. UI
voir ce livre accorapagné des cartes nécessaires à l'intelligence du texte. Nul ne connaît mieax que l'auteur les deux revers des Pyrénées Orientales ; nul ne les a décrits avec plus de soin et d'exactitude. Il rendrait donc un vrai service au pays, s'il faisait sortir de son portefeuille les documents qu'il a recueillis pendant trois années d'excursions sur le théâtre de ces laborieuses campagnes. »
Ce dernier souhait vient d'être réalisé, car cette seconde édition est accompagnée d'un atlas de vingt cartes ou plans, entièrement rédigé par l'auteur, et extrait, pour les canevas, de tout ce qui a été publié de meilleur jusqu'ici, tant en France qu'en Espagne, depuis la carte de Roussel dédiée au petit-fils de Louis XIV, jusqu'aux minutes du grand travail que l'état-major termine en ce moment par les Pyrénées. Quant aux détails des plans, où sont figurés tous les ouvrages si compliqués de défense et d'attaque de cette guerre de position, ils ont été empruntés, pour la plupart, à un atlas manuscrit de nos champs de bataille pyrénéens , dressé par ordre de la Convention immédiatement après le traité de Bâle (1795). D'autres dessins non moins précieux ont été retrouvés çà et là dans le Roussillon, en Catalogne, dans des archives publiques et particulières. Enfin, des reconnaissances spéciales sur les points principaux du théâtre de la guerre, et générales sur les autres, ont pei-mis à l'auteur de coordonner tous ces éléments divers, mais à travers des difficultés qui ont surpassé celles même de la rédaction du texte, et dont il faudrait tenir compte si , quand seront publiés les immenses travaux qui s'achèvent en France et commencent en Espagne, on les comparait au travail d'un seul.