‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 2 sur 71 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La lutte que la Révolntion française a soutenue, en 1793, \79à et 1795, contre l'Europe coalisée est une des pages les plus glorieuses et pourtant une des moins connues de nos annales militaires. C'est qu'elle ne ressemblait ni à ce qui avait précédé, ni à ce qui a suivi, et qu'elle a été suivie des guerres de l'Empire. Nos historiens ont bien enregistré les principaux épisodes de cette gigantesque défense (1), mais ils ne se sont attachés qu'aux grands théâtres du Nord et de l'Est, où se jouait en première ligne le sort de la France, et ils n'ont jeté qu'un coup-d'œil rapide et distrait sur les belles scènes qui se déroulaient en même temps sur nos autres frontières ; ils ont décrit les péripéties de l'assaut, mais c'est à peine s'ils ont fait mention de ces furieux et innombrables combats qu'il nous fallut soutenir

(1) Excepté le maréchal Gouvion Saint-Gyr, tous les historiens qnù depuis les succinctes analyses de Grimoard, Servan et Toulongeon, ont écrit sur les premières campagnes de la Révolution française, onl puisé à la même source, dans le Traité des grandes opérations militaires de M. le général Jomini, c'est-à-dire dans un ouvrage essentiellement didactique, et composé, de l'aveu même du célôhrc critique, dans le seul but de définir, par un grand exemple, l'art de la stratégie moderne. L'histoire nationale des guerres de la (ùunvontion reste à écrire, et ses véritables documents sont encore enfouis et inexplorés dans les archives de nos dépôts,

lî A VAiNT- PROPOS.

pour défendre les derrières de la brèche, pour repousser l'escalade sur les cimes des Alpes et des Pyrénées.

Et cependain les efforts de ces lignes i-eculées et secondaires, ces efforts sans lesquels nous étions perdus, pour être moins éclatants que ceux du foyer de la lutte, en sontils moins glorieux? Peut-on dire même qu'il y avait alors des scènes secondaires dans le spectacle qui se déroulait de toutes parts avec tant d'ensemble et de grandeur? Non, ils brillaient tous du même éclat les groupes dispersés de cette foule héroïque , et ce qui était admirable, ce n'était ni le Nord, ni le Midi, mais l'ensemble, mais le génie de tous, éclatant partout à la fois, mais la France debout tout entière et déployée sur le cercle immense de ses frontières, mais l'ardeur, le dévouement, l'enthousiasme qui transportaient également nos quatorze armées.

Toutes néanmoins n'eurent point, du commun fardeau, une part égale à supporter, et la plus lourde échut aux armées des frontières lointaines, à ces armées qui, n'ayant pas à couvrir le cœur même de Ja République, étaient délaissées de son gouvernement en détresse. Une surtout subit l'épreuve complète, l'armée qui dut repousser le choc de l'Esj)agne aux Pyrénées orientales. Les Pyrénées étaient si loin, quand le canon grondait sur la frontière du Nord, à quelques marches de la Capitale ! Cette frontière fut donc abandonnée aux efforts instinctifs des populations envahies, qui à ce déplorable abandon, opposèrent le courage du désespoir, des prodiges de dévouement, une abnégation de martyrs, enfin trois années de combats que l'on a appelés des combats de géants, sur ces cimes arides et nébuleuses, au milieu des angoisses de la misère et de la faim. Aussi, en retour, cette armée oubliée eut-elle le privilège de déployer, d'une manière plus éclatante encore que ses émules, ce caractère de grandeur antique qui est le cachet des armées de cette immortelle période de nos guerres nationales.

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