‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 53 sur 71 · INVASION ET OCCUPATION · texte numérisé non relu

INVASION ET OCCUPATION

(voir page 27.)

Vingt-quatre jours après la déclaration de guerre, le 31 mars 1793, le général Sahuguet, commandant une brigade de 3,000 hommes, ayant confié son avant-garde à l'adjudant Fonteneille, déboucha de la vallée de Castillon sur celle d'Arau et vint, en suivant des chemins détournés, surprendre les hauteurs au-dessus de Canejan, que les Espagnols, qui attendaient les Français par le pont del Rey, gardaient à peine. Canejan fut évacué. De là, Sahuguet courut s'emparer de Bessot et remonta sans obstacle la Garonne jusqu'à Viella, dont l'ennemi essaya un instant, mais en vain, de disputer le pont.

Cependant une seconde colonne (qui comptait dans ses rangs Latourd'Auvergne) remontait la vallée de Bagnères-de-Luchon et allait occuper le Portillon.

Le soir, toute la vallée d'Aran était à nous. Nous avions perdu deux hommes.

Quel but nous étions-nous proposé? Le seul auquel, dans l'état des choses, il nous était raisonnablement permis de prétendre, c'était de couvrir, en occupant les sources de ce fleuve, le bassin de la Garonne. Or, ce but était-il atteint par la conquête de la vallée d'Aran? Cette vallée n'est pas défendable par elle-même, et pour la garder, il eût fallu aller occuper, sur le revers méridional, les deux points où se croisent presque tous les passages en arrière, Venasque et Esterry. Mais nous étions évidemment trop faibles pour prendre une attitude défensive aussi hardie. Quitter notre territoire était donc une faute, quand surtout nous pouvions, appuyés à Saint-Bertrand et soutenus en arrière par Montrejean et Saint-Girons, tenir en respect les Espagnols, qui, d'ailleurs, ne songeaient point à faire du bei'ceau de 'la Garonne une place d'armes contre nous. Quelques baUiillons de

volontaires eussent alors suffi, et nous aurions eu une brigade de plus dans le Roussillon, où Dagobert allait avoir à lutter contre l'armée espagnole avec 5,000 combattants !

Quoi qu'il en soit, Sahuguet éparpilla tout son monde autour de Viella, à la descente des ports sur lesquels l'ennemi s'était retiré. Voici, au reste, les dispositions qu'il adopta et auxquelles nous nous obstinâmes, pendant deux ans, à ne rien changer.

En tête do la vallée, une redoute au hameau de Garros et un avantposte retranché à Arties , surveillèrent l'embranchement des chemins qui viennent tomber à Tredos, en aval d' Arties. Au centre, Viella, dominé, n'était point tenable; on se contenta d'y placer le quartier-général, on couvrant ses abords par 4 pièces de canon.

Le camp principal fut établi à mille toises au nord de Viella, sur la rive droite de la Garonne, au plateau de Villac. Ce plateau, qui se présente comme l'.n paUer au tiers de la hauteur d'une énorme montagne, n'est al ordable que du fond de la vallée. On y installa 1,000 hommes et b pièces de 4.

Plus en aval, au débouché de la rivière d'Artigue de Lin, en avant des Bordes, un autre camp, de moindre importance, couvert par un avant-poste à Artigue, donnait la main à 400 hommes qui gardaient la vallée de Luchon en aval du pont de la Pique, au pied de la rampe du port de Venasque. Ces 400 hommes étaient soutenus en arrière par la tour de Castel-Viel, gardée elle-même par 200 volontaires et 2 pièces de montagne.

Comme nous dispersés, mais sur les crêtes, au-dessus de nos têtes, les Espagnols avaient établi cinq petits camps : le premier, vers l'ouest, à riiôstal de Venasque ; le deuxième, sur le port de Viella ; le troisième, au port de Pal las; le quatrième, à l'hôstal de las Buenas Aguas; enfin, le cinquième, entre Montgarry et Esterry, au pont del Pin. Ces deux derniers étaient destinés à couvrir le Pallas.

Cinq mois durant, les deux partis restèrent immobiles dans ces positions. Seulement, des ports de Rious et de Viella, les Espagnols inquiélaient sans cesse les petits convois que nous amenaient les habitants de la contrée, lesquels, par sympathie autant que par nécessité, s'étaient franchement déclarés pour nous.

Impatienté de ces continuelles attaques, Sahuguet se décida enfin à dégager les ports, et il les assaillit à l'improvistedans la nuit du 3 au 4 septembre. Les Espagnols furent refoulés sur le versant méridional.

Un mois plus tard, apprenant que Dagobert opérait dans la Sègre, vers la Seu d'Urgel, Sahuguet entreprit une expédition sur Esterry.

D'Esterry à la Seu, par Castellho et Santa-Crux, on ne compte que vingt heures de marche, le chemin est passable, et une jonction inattendue entre la brigade d'Aran et la division de la Sègre aurait pu produire un effet qui eût retenti jusqu'au Boulon.

Mais, pour une telle entreprise, il fallait des souliers et des armes, et de sa brigade de 3,000 hommes , Sahuguet ne put tirer que 600 soldats en état de marcher et de combattre.

Parti de Yiella, il mit quinze heures à gagner Esterry, où il surprit un rassemblement considérable. De là, il poussa jusqu'à Escalo et fit un détachement sur LIavorsi. Mais la vive résistance qu'il avait partout rencontrée le détermina à regagner la frontière, tant pour s'épargner une retraite périlleuse, que pour mettre en sûreté des prises dont ses malheureux soldats avaient le plus grand besoin.

Là se termina, pour la vallée d'Aran, la campagne de 1T93.

Au printemps suivant, Sahuguet fut remplacé par le général Solbeauclair.

Les Espagnols avaient reparu avec de l'artillerie aux ports de Viella et de Rious. Ils couvraient aussi l'entrée du val de Boy. Enfin, ils occupaient, aux sources de la Pallaresa, le pont del Pin, d'où ils surveillaient Montgarry que nous pouvions trop aisément surprendre, des ports de Salau, d'Aulus et d'Aula, pour qu'ils le gardassent immédiatement.

La première pensée du nouveau général, qui avait vingt lieues de frontière à garder avec 600 fusils, fut de se concentrer sur le plateau de Villac; mais les sociétés populaires du voisinage, criant aussitôt à la trahison, le forcèrent, non-seulement à respecter, mais à approuver officiellement les mauvaises dispositions que lui avait léguées son prédécesseur.

Solbeauclair eut donc les mains liées et resta immobile. Une fois pourtant, il sortit de son inaction. Ce fut le 17 messidor. Touché, comme Sahuguet, du dénûment de ses soldats, il fondit du port de Pallas sur LIavorsi, qui fut pillé de nouveau et rendit encore en butin la charge de 50 mulets.

Au commencement de 1795, la vallée d'Aran, réduite par la désertion à 1,700 défenseurs, passa sous le commandement du général Martin. Cet officier débuta par envoyer au ministre de la guerre un tableau si affligeant de la situation de sa brigade, que le gouvernement la mil immédiatement sous la dépendance de l'armée des P\Ténées occidentales, sur laquelle il concentrait alors toute sa sollicitude.

DESCRIPTION DE LA CRËTË DES PYRÉgES ORIEIKTALES.

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