‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 52 sur 71 · DIVISION DE LA CHAINE · texte numérisé non relu

DIVISION DE LA CHAINE

Envisagée au point de vue de la topographie militaire, la chaîne pjTénéenne se divise en deux parties à peu près égales, que réunit une sorte d'anneau, ou plutôt un de ces vastes cirques comme en produit souvent, dans les hautes montagnes, le croisement de plusieurs sj'stèmes géologiques.

Ce cirque, enclavé dans l'épaisseur même de la grande chaîne, est le berceau de la Garonne.

Il s'appuie, à droite et à gauche, à deux pics énormes, la Maladetta et le mont Val lier.

La Maladetta (3,404°'), dernier grand soulèvement du centre de la chaîne, est la tête des Pyi'énées occidentales qui se terminent à l'Océan, et dont nous n'aurons point à nous occuper.

Le mont Vallier (2,833""), est la tête des Pyrénées orientales qui vont tomber dans la Méditerranée au cap Creu.

Ce sont celles-là que nous allons décrire, en commençant par l'anneau qui les relie aux Pyrénées occidentales.

Nous commencerons donc par la vallée d'Aran.

Nous détaillerons ensuite le corps même de la chaîne orientale, en nous attachant à sa crête.

Puis nous décrirons, l'un après l'autre, ses deux versants, en parcourant successivement chacune de leurs vallées jusqu'aux points où elles sortent de la sphère d'activité des montagnes.

Ce premier volume ne contiendra" que le versant septentrional.

Le versant opposé, théâtre de l'invasion française en 1794 et 1795, aura naturellement sa place à la suite de la relation de ces deux campagnes, dans le deuxième volume.

miÉE D'ARAM.

Le cirque qui relie les deux moitiés de la ligne pyrénéenne, la Maladetta au mont Vallier, figure les 3/4 d'une circonférence de 30 kilomètres de diamètre et de 80 de développement. Il est couronné par une suite de pics granitiques dont la hauteur varie de 2,700 à 2,800 mètres et dépasse 3,000 sur quelques points. L'arc qui , de la Maladetta au mont Vallier^ s'arrondit vers le sud , est le plus élevé ; c'est la continuation de la grande chaîne. L'arc opposé, au contraire, est formé de rochers du second ordre, au travers desquels s'échappent par une fissure les eaux du cirque.

Ces eaux sont celles de la Garonne, et la gorge qui sillonne le fond du cirque, est la vallée d'Aran.

Cette vallée, qui est espagnole, appartient donc hydrographiquement au versant français.

Elle a la forme de la plupart dos hautes vallées qui s'ouvrent dans d'épais massifs, la forme dite en chapelet. C'est une suite d'évasements et d'étranglements répétés un nombre de fois plus ou moins considérable, une cascade de bassins presque horizontaux, communiquant entre eux par des détroits à pentes rapides. "

Des bois couronnant les crêtes, des prairies sur les versants, des hameaux étages sur les paliers inférieurs des montagnes, quelques villages et un bourg, le chef- lieu de la contrée, Viella, assis dans les élargissements du défilé, au bord du torrent, dont chaque rive a pour bordure une étroite bande de terres cultivables : tel est l'aspect de la vallée.

C'est au-dessous de Viella que se manifeste surtout la disposifion en chapelet. On remarque, entre autres élargissements, ceux de Bessot et de Lez.

La Garonne aborde notre territoire au pont du roi René, dit pont

del Rey ; toutefois, ce n'est qu'à Saint-Béat qu'elle franchit l'enceinte du cirque.

Toutes les communications de la contrée sont difficiles. La moins mauvaise est naturellement celle qui remonte la Garonne, du pont del Rey à Viella. Ce chemin est praticable aux petits attelages. Le trajet est de huit hem'es. Au-dessus de Viella, on ne rencontre plus que d'ardus sentiers aboutissant à des ports plus ou moins difficiles.

Ces ports, au nombre de neuf, sont, en allant de l'ouest à l'est :

1° LE PORT DE VENASQUE.. — C'est le plus fréquenté. On le gagne de la vallée d'Ai'an par les Bordes et le pont de la Pique ; mais il appartient de droit à la vallée de Bagnèrcs-de-Luchon qu'il ouvre en tête. Du reste, ces deux vallées adjacentes communiquent par un col facile, le Portillon (voir plus bas), qui les rend solidaires l'une de l'autre et militairement inséparables.

2° PORT DE LA PICARDE. — Asscz rude, mais peu dangereux. De Castel-Léon (qui a longtemps donné son nom à la vallée d'Aran) en aval de Viella, on atteint ce port en remontant la rivière d'Artigue de Lin, et l'on vient aboutir à Venasque.

3° TORO d'en haut.— Assez sûr. Point de départ, Viella ; d'arrivée, Venasque. Pour monter à ce port, on prend la berge gauche du vallon qui débouche sur la rive gauche de la Garonne, un peu en amont de Viella.

4° TORO d'en bas. — Moins sûr que le précédent. Mêmes aboutissants.

5° PORT de viella.— Plus fréquenté que les trois précédents et les deux suivants. Mêmes aboutissants.

6° PORT de rious ou de rieux. — Encombré de neiges jusqu'en août. Point de départ, Arties, ou Tredos, (à 2 h. 1/2 au-dessus de Viella) ; d'arrivée, Venasque.

T PORT DE CALD AS.— Couvert de neiges jusqu'en septembre. Point de départ, Tredos; d'arrivée, Castell de Tor, au débouché delà vallée de Boy dans celle de Riva Gorzana.

De Tredos on peut gagner directement Boy par un passage intermédiaire entre le précédent et le suivant.

8° PORT DE PALLAS OU DE LAS BUENAS AGUAS. — Poiut dC départ,

Tredos; d'arrivée, les bords de la Nuguera Pallaresa, entre Esterry et Escalo. Les rampes qui aboutissent à ce col ne dépassent pas le vingtième. Elles sont tracées sur les flancs herbeux de la montagne de Rude, et il ne faudrait pas un mois de travail aux habitants du pays pour les rendre caiTossables.

C'est la voie la plus directe pour aller de Viella à la Seu d'Urgel. Le trajet est de vingt heures.

9" PORT DE MONGARRV. — Beaucoup moins bon que le précédent. Il traverse la montagne où la Garonne d'une part, la Nuguera Pallaresa de l'autre, prennent leur source. Point de départ, Tredos ; d'arrivée, Mongarry. L'ascension est rude. On descend d'abord dans la petite plaine de Béret d oii l'on gagne successivenrient, en suivant la Nuguera Pallaresa : Mongarry ; Arreu , qui a donné son nom à cette partie haute de la vallée ; le château de Valencia démoli par nous sous Louis XIV ; Esterry, qui serait le meilleur point à occuper pour couvrir à l'est, comme ferait Venasque à l'ouest, la facile conquête de la vallée d'Aran; le pied de la rampe du coldePallas; Escalo; Llavorsi; enfin le Pallas et la conque de Tremps, plaines renommées, dans ces hautes montagnes, pour leur fertilité relative et qui ne sont pas sans importance militaire. (Voir au 2^ vol. la description du revers méridional des Pyrénées.)

Tels sont les ports qui servent à pénétrer de la vallée d'Aran dans le Haut-Aragon.

Quant aux passages qui nous ouvrent cette vallée, ils sont moins nombreux, mais beaucoup plus commodes. On en compte ifuatre, savoir :

1° LE PORTILLON. — C'cst uu col facile, dont les deux rampes sont tracées sur une terre meuble, parsemée de bois et de prairies. Un ancien poste fortifié, la tour de Castel-Viel, marque le pied de la rampe qui s'élève de la vallée de Luchon. On descend dans celle d'Aran au hameau de Bos. De Luchon à Bos, il y a trois heures de marche.

2° LE PONT DEL RE Y. — C'est la trouée de la Garonne par où passe le chemin de France.

Un peu à l'est de cette brèche, on rencontre quelques dépressions par lesquelles on peut atteindre les hauteurs au-dessus de Canejan et tourner ainsi le pont del Rey.

3° PORT DE LA HOLRQUETTE. — Peu fréquenté, quoique peu difficile. Il met la vallée d'Aran en communication avec notre belle vallée de Castillon, que ferme Saint-Girons, ce point qui relie si bien la Garonne à l'Ariége.

4" PORT d'orles. — Comme le précédent.

Une vallée ainsi fermée à l'Espagne et ouverte à la France doit être pour celle-ci, quand la guerre éclate aux Pyrénées, une conquête facile, l'affaire d'une simple marche.

C'est ce qui est arrivé en 1793, nonobstant notre désespérante infé-

riorité sur cette frontière. Ce coup de main et les événements qui l'ont suivi n'ont pas eu grand retentissement. Quoi qu'il en soit, comme en 1793 et 1794, la vallée d'Aran relevait des Pyrénées orientales, nous allons en rapporter succinctement l'invasion, puis l'occupation pendant ces deux premières campagnes.

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