‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 57 sur 71 · SECONDE MOITIÉ · texte numérisé non relu

SECONDE MOITIÉ

(du puig mal a la Méditerranée.)

La seconde moitié des Pyrénées orientales commence par un chaînon dont la hauteur se soutient entre 2 et 3,000 mètres, et au pied septentrional duquel coule la Haute-Tel. Cependant, passé le nœud d'où se détache le contre-fort que termine le Canigou, la crête subit un affaissement considérable qui correspond au Haut-Tech. Suit la région des grands passages oi^icet affaissement atteint, au Pertus, son maximum. La chaîne remonte ensuite aux Albères. Enfln, vient la croupe qui .se termine à la côte.

De là, pour cette seconde moitié des Pyrénées orientales, une subdivision en cinq fronts :

Les fronts 1° de la Haute-Tet ; 2" du Haut-Tech ou du Vallspire ; 3° du Pertus; 4" des Albères; 5° de la Croupe.

Passons-les en revue successivement.

1° Froiit de la Haute-Tet. — Sa crête va, du puig Mal (2,909 •") par le puig Naufonds qui n'est guère moins élevé que le précédent, par la coume (cime) des Gords (2,900""), enfin, par les hauteurs qui plongent le col Jegane (2,796 °>), se terminer au pic de Costabone (2,421 ■») d'où se détache le Canigou.

Les inflexions sont rares et légères, et l'on ne rencontre sur ce front que trois cols fréquentés (les n°^ 20, 21 et 22), dont les abords sont au moins aussi diftîciles que la traversée même. Le meilleur est le col de Mantet.

Ils vont aboutir, le premier à Nuria, les deux autres aux Sept- Cases, qui sont, sur deux branches différentes du Ter, des nœuds importants de communication.

2o Front du Haut-Tech ou du Vallspire. — Descendue des som-

mités de Costahone, la crête ne tarde pas à offrir un long platean qui s'étend l'espace d'un myriamètre environ, jusqu'aux hauteurs de la Manère ; puis, sautant au nord, brusquement aussi elle se relève au pic de la Lentille; enfin, reprenant bientôt sa direction à l'est, elle poursuit, en déclinant progressivement et sans à-coup, jusqu'aux montagnes des Salines, qui sont encore fort élevées.

Du pic de Costabone se détache vers le N.-E., et par conséquent, sous un angle très-aigu avec la direction de la chaîne, un éperon court, mais énorme, qui est terminé par le Canigou (2,785"°). L'angle comprend le Valispire, dont le Tech est le déversoir.

La charpente est moins simple sur le versant opposé, car les contreforts y dessinent trois vallées distinctes, les vallées du Ter oriental (vallée de Campredon , de la Fluvia et de la Muga.

Cette dissemblance est toute à l'avantage du territoire français.

Le front du Valispire ne compte pas moins de 11 cols (n"* 23-33\ Celui des Aires est, sans comparaison, le plus facile et le plus fréquenté.

Ces 11 passages ont le pied de leurs rampes sur le Tech, entre La Preste et Arles. Ils aboutissent : les quatre premiers, à Mollo, sur le Ter; les deux suivants,àBajet,sur une branche de la Fluvia; les cinq derniers, dans le bassin de la Muga, à Saint-Laurent ou à Massanet.

Les montagnes des Salines, qui terminent ce front, sont à peu près impénétrables, maison peut longer leur revers méridional.

Z° Front dxi Pertiis. — Après les Salines, la chaîne tombe brusquement, et alors commence la région des grands passages. Celle-ci s'annonce par un plateau légèrement ondulé, de 5 à 6 kilomètres d'étendue; puis, à moins d'une lieue en deçà de Bellegarde, s'ouvre la grande brèche des Pyrénées orientales.

On compte sur ce front neuf passages (n° 34-42).

Les deux premiers, échelonnés sur le penchant oriental des Salines, méritent à peine d'être cités. Puis viennent : d'abord quatre légères dépressions d'une crête partout franchissable; ensuite le col Portell ; enfin, au fond de la grande trouée, à droite et à gauche du cône isolé que couroraie Bellegarde, le col de Panissas qui était le passage des anciens, et le col du Pertus par où passe, depuis des siècles, la route de Perpignan à Barcelone.

Cette région des passages fait face : d'une part aux Aspres, ce qui donne à celles-ci leur importance militaire; de l'autre, à une série de contre-forts qui accompagnent jusqu'à leur rencontre avec la grande route, les affluents supérieurs de la Muga.

4" Front des Aihères. — Du Pertus, la crête remonte immédiatement au pic Saint-Christophe, qui forme la tête des Aihères, dont le Saillfore marque l'autre extrémité. Le Saillfore est la pointe de la croupe des Pyrénées orientales.

Les Aihères se composent de deux parties hien distinctes et à peu près égales : la première (à l'ouest,, bihn-quée; la seconde, rectiligne. Le pic Nioulous, centre et point culminant de ce chaînon, marque 1 angle de la fourche. La route de France soutend cet angle qui s'ouvre ainsi dans la grande hrèche du Pertus. [Voit- pages 190 et suivantes.)

Les deux branches de la bifurcation commencent : la première, celle du nord, un peu au sud du Boulou, par une gradation de plateaux étages que couronne le Saint-Christophe ; la seconde, en face de Bellegarde, par un relèvement brusque. C'est sur cette dernière branche qu'est tracée la frontière. Le secteur intercepté forme une espèce de plan accidenté qu'on nomme pla de l'Arc.

Au pic Nioulous, les deux branches, réunies, s'avancent régulièrement vers le Saillfore.

Les passages qui traversent les Aihères se divisent naturellement en deux classes : ceux de la partie bifurquée, ceux de la parhe rectiligne du chaînon.

Les premiers sont au nombre de cinq (n°^ 43-47) pour la branche nord de la fourche , et de deux (48 et 49) pour la branche méridionale. Ces derniers, c'est-à-dire les cols de Fourcade et de Fourcadell, soni, avec la grande route, les issues du pla de l'Arc où viennent tomber les autres. Le col Fourcade, notablement plus bas et plus fréquenté que son voisin, a figuré dans la campagne de 179.3 {Expédition de Roses), et joué un rôle important dans l'invasion de la Catalogne, en 1794. [Voir le blocus de Bellegarde, vol. 2.)

Les passages de la seconde partie sont au nombre de 13 (n" 50-62). Du reste, ils diffèrent peu les uns des autres, et ils sont à peine praticables aux chevaux. On les gagne en s'élevant de La Roque ou de Lavall ; Espolla est leur point commun d'arrivée.

C'est par un de ces cols, probablement celui de Carbassera, que passait la voie romaine qui rt' unissait llliberis (Fine) à la tlorissante cité d'Ampurias. Cette voie s'engageait dans le 'massif des Albères par la vallée de Saint-Martin-de-Montbram. Le col, de 300 mètres moins élevé que le Pertus, était gardé par le château de Vulturaria (page 9).

hnmédiatemeut après Carbassera, viennent quatre cols que l'on

confond souvent sous le nom deMassane, nom de l'antique toui* (lui, comme une sentinelle perdue sur une roche isolée, semble toujours surveiller le nœud des chemins qui se croisent encore à ses pieds. C'est par là que Philippe-le-Hardi exécuta son célèbre passage (page 11).

Les vingt cols des Albères sont reliés par trois chemins dirigés dans le sens de la chaîne : un qui en couronne la crête, les deux autres qui serpentent sur chacun de ses flancs.

Le premier, aujourd'hui presque effacé, ouvre entre Bellegarde et Collioure, par le pla de l'Arc et les revers du Saillfore, une communication dont on a fait, à la guerre, un assez fréquent usage (page 61). La montée, la descente, et les contours qu'il faut décrire pour éviter le pic Nioulous, offrent seuls quelques difficultés.

Les deux autres Chemins latéraux, bien plus âpres, sont tracés : celui du penchant nord, par Montesquiou et La Roque ; celui du sud, par Recasens, Cantallops et EspoUa.

5° Front de la Croupe. — Comme la plupart des croupes des hautes montagnes, celle des Pyrénées orientales présente, avec des reliefs considérables, une assez grande complication. C'est un épanouissement un peu confus de branches, de rameaux, de ramilles, qui, déployés en éventail vers la mer, encombrent tout l'espace que laisserait entre elle et le littoral une ligne passant par Roses, le Saillfore et Collioure.

C'est du Saillfore que rayonnent au S.-E., au N.-N.-E. et au N.-O. les trois principales branches de cet éventail.

1° La première est la suite de la grande chaîne qui perd au Saillfore son orientation. Cette branche-mère, en effet, se dirige au S.-E., parcourt ainsi sept kilomètres environ, puis, tournant plus franchement encore au sud, et cessant, à ce second point d'inflexion, de marquer la limite des deux Etats, s'enfonce dans le territoire espagnol. Là, après une course de cinq lieues, elle se replie délinitivement à l'est et va, avec cette nouvelle direction, crouler plutôt que s'affaisser dans la mer au cap Creu (de la Croix, prononcez Créou). Ce cap est la pointe extrême des Pyrénées orientales.

La frontière est reprise par un rameau qui se détache du nœud où la grande chaîne entre en Espagne. Ce rameau marche d'abord au N.-E, mais à peine a-t-il fait deux kilomètres, qu'il rebrousse à l'est et va droit aboutir au cap Cerbère. Ce cap marque donc le point de séparation des côtes française et espagnole.

Ainsi la frontière, embrassée dans son ensemble depuis le Saillfore

jusqu'à la nier, se compose de deux parties : 1° d'une courbe trèslargement ouverte, qui enveloppe à demi la tête du bassin de Banyuls et comprend les principaux cols de ces parages, notamment celui de Banyuls, le plus important de tous [ Voir les n°' 63-68) ; 2° d'une ligne droite, tendue vers l'est, qui n'est que très-faiblement ébréchée par les deux petits cols de los Frayles et de Belistre (n°* 69 et 70).

Ajoutons que le point de rebroussement de ces deux lignes, courbe et droite, lance au N.-E. un contre-fort secondaire qui dessine une gorge au pied même de l'extrême frontière et se termine au cap de la Vieille.

2" La seconde branche que projette le Saillfore, celle du N.-N.-E., arrivée à la hauteur de la tour de Madeloch, s'y bifurque en deux rameaux.

Le premier, après s'être fortement incliné à l'est, se redresse vers le nord et va, séparant les bassins de Banyuls et de Cosprons, expirer au sud des anses Pollies.

Le second, après avoir subi au pied de la tour de Madeloch un grand affaissement, serpente dans l'alignement du nord, par le pic Taillfer, jusqu'au puigde las Daines qui devient le nœud d'une trifurcation très-importante, car les trois nervures de cette patte-d'oie interceptent les bassins de Port-Vendres et de Collioure que partage l'éperon de Saint-Elme. Nous avons décrit ailleurs ce nœud de las Daines. {Voir pages 227, 237 et 238, et, dans le deuxième volume, le chapitre : Reprise des places de la côte.)

3° La troisième branche que pousse le Saillfore, au N.-O., a peu d'importance; elle se dirige sur la tour de la Massane, entre le torrent de ce nom et le Ravenel, puis tombe bientôt devant la plaine d'Argelès.

Pour résumer, supposons qu'on veuille, en longeant la côte, pénétrer de l'Ampurdan en Roussillon, et énumérons la série des rayons (le l'éventail du Saillfore et de ses appendices qu'il faudra traverser :

1° La continuation de la grande chaîne sur le territoire espagnol;

2° La ligne frontière au pied de laquelle court la gorge de Cerbère;

3° L'arête que termine le cap Vieille qui couvre Banyuls;

4-° La branche de Madeloch, qui aboutit vers les anses PoUies.

5° L'arête de Biarre, entre le val de Crosprons et Port-Vendres.

6° L'éperon de Saint-Elme ;

7° L'arête qui sépare le bassin de Collioure du Roussillon.

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