‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 65 sur 71 · VALLÉES TRANSVERSALES · texte numérisé non relu

VALLÉES TRANSVERSALES

VALLÉE DU SALAT. — Le Salât, ligne sans importance militaire (pages 274 et 281), embrasse par ses nombreux affluents, qui couver-

gent vers Saint-Girons (1), tout l'espace compris entre le berceau de la Garonne et le bassin de l'Ariége.

VALLÉE DE l'ariége. — L'Ariégc a pour bassin de réception (2)

(1) C'est la forme ordinaire des vallées de déchirements elles présentent, dans leurs parties supérieures, de vastes cirques sillonnés par une multitude de crevasses qui, do tous les points de l'horizon, descendent vers un centre commun. Parmi ces crevasses, il enest toujours une plus considérable ou plus inclinée que les autres, qui reçoit les eaux de tout le cirque, et devient, par suite, son canal d'écoulement. Ces rayons divergents ressemblent à l'éclat d'une vitre brisée. L'éruption centrale est attestée par le relèvement des couches vers le centre de l'amphithéâtre. Ces vallées de déchirement offrent, en général, des escarpements rapides sur lesquels on aperçoit des tranches de couches fracturées, et où des angles saillants d'uu côté correspondent souvent à des angles rentrants de l'autre.

(2) Le cours d'un torrent se divise en trois parties : 1 » le bassin de réception ; 2° le canal d'écoulement ; 3° le lit de déjection.

Le bassin de réception est un entonnoir plus ou moins vaste, béant vers le ciel, qui réunit toutes les eaux des montagnes d'alentour. Il est terminé par un goulot qui commence le canal d'écoulement.

Le canal d''écoulenienl est un long couloir aux berges abruptes et minées par le pied. C'est là que le terrain affouille. La nature, la consistance de ses rives, permettent de deviner l'encombrement qu'il va bientôt produire.

A l'extrémité du canal d'écoulement, il est un point, quelquefois un développement d'une certaine étendue, où il n'y a ni affouillement, ni dépôt. Là seulement les berges sont correctement et invariablement dessinées.

Le lit de déjection, qui suit immédiatement, se présente sous la forme d'un monticule très-aplaii, conique, placé à la sortie de la gorge, et accolé à la montagne comme un contre-fort. Ces lits de déjection s'étendent souvent sur iine très-large surface dont le profil est convexe vers le ciel. C'est sur l'arête supérieure de ce cône que coule ordinairement le torrent; aussi le voit-on, à la moindre crue, se déverser à droite et à gauche, changer de lit et exhausser ses nouvelles rives, pour recommencer bientôt ses divagations.

On remarque que ces divagations se portent plus particulièrement vers les obstacles résistants, comme les saillies de rocher, les escarpements, les ouvrages d'art. Sur ce point, les eaux se maintiennent invinciblement et forment des gouffres. Elles se réfléchissent ensuite sur la rive opposée.

Il faut avoir assisté aux épouvantables ravages d'un torrrent pour s'en faire une idée exacte. Ainsi, tel mince filet, souvent à sec pendant la belle saison, peut, dans un moment donné, à la suite d'un violent orage par exemple, débiter plus d'eau que la Seine en étiage. Ajoutons que les fissures nombreuses dont la surface des rochers est criblée, donnant immédiatement prise à l'action des eaux, on voit des blocs de toutes dimensions, de 15 mètres cubes parfois, arrachés aux berges et emportés par le courant, dont ils centuplent les effets destructeurs, en raison de leur masse et de la vitesse qu'ils acquièrent. De là, d'immenses ravins creusés tout à coup sur des pentes jadis unies, et une énorme accumulation de débris sur les parties du terrain où la vitesse a successivement diminué. (Extrait de l'ouvrage de Surell intitulé : Etxides sur les Torrents.)

On conçoit alors qu'il y ait, dans une guerre de montagnes, quelques précautions à prendre pour le passage des toi rents. Ainsi, il n'y a que deux points où une route traverse un torrent sans avoir à

renceinte qui s'arrondit entre les montagnes du Framiquel et de la Mène , le puig Moren et le massif N.-O. de Mont-Louis (pages 274 et 2812}. Sa source , proprement dite , est un petit lac (appelé œil de l'Ariége) situé au fond de la Soulane (1) d'Andorre , entre le Framiquel et le puig Moren , sur un terrain en litige entre les bergers andorrans et les Ariégeois.

Le goulot du bassin de réception touche à l'Hospitalet, premier village à la descente du puig Moren. Le torrent parcourt ensuite le long corridor qui précède Mérens, traverse ce village, franchit le remarquable défilé connu sous le nom de Troisième Baserque (page 115), et gagne bientôt la petite ville d'Ax.

Ax est un nœud important de communication , car là viennent se précipiter dans l'Ariége deux torrents , l'Orlu et l'Ascou, qui ouvrent trois débouchés vers l'Aude. {Voir la vallée de l'Aude, page 289.)

D'Ax , l'Ariége descend successivement : à Luzenac, d'où l'on peut encore se porter sur l'Aude à Quillan , par le col de Marmare (page 290); à Cabannes, confluent de la vallée d'Aston; à Tarascon , petite ville un peu en amont de laquelle aboutissent , avec la vallée de Vicdessos (laquelle a déjà reçu celle de Siguier), les derniers chemins qui viennent de l'Andorre (pages 274, 281 et 282) ; à Foix ; à Cintegabelle où elle devient navigable ; enfin à Pinsaguel où elle se jette dans la Garonne, à deux lieues au-dessus de Toulouse.

Cette ligne a servi aux Français , en 1719, pour envahir la Sègre , et aux Espagnols, qui l'avaient à peine abordée en 1793 (page 115),

en redouter les effets : 1° le point où le torrent sort de son canal d'écoulement, c'est-à-dire l'intersection des déblais et des remblais , 2° l'extrémité du lit de déjection , le point où le torrent se jette dans une rivière.

Pour l'établiisement des ponts, la difficulté est de maintenir l'eau entre les culées. Or, on peut y parvenir pur de simples ouvrages de campagne, en établissant, soit des digues en travers et en ailes dirigées vers l'apiont, soit des épis se renvoyant le courant par réflexion.

Dans les ponts en bois, ou dresse les contre-fl'ches au-dessus du tablier. Celui-ci est simplement posé sans clous ni chevilles, afin de pouvoir être promptement démonté lorsqu'une crue est imminente. Ces crues arrivent à peu prèsà jour fixe quand c'est de la fonte des neiges qu'elles proviennent, et quand c'est des orages, on a souvent le temps de prendre ses précautions.

(I) Soulane est un nom commun qui, en Catalan, signifie revers sud d'une montagne. Le revers nord s'appelle Bac. Il est à remarquer qu'en pays de montagnes, les désignaiions de lieux renferment souvent un renseignement topograpliique précieux. C'est ainsi par exemple, que les noms de lieux suivants: Ille, Llosa, la Calcine, Puigcerda, Rivesaltes, Valltortas, font immédiatement connaître que ces centres dépopulation s'élèvent sur un terrain entouré d'eau, ardoisier, calcaire, sur une hauteur, sur les bords escarpés d'une rivière, dans une vallée tortueuse.

pour piller impunément Ax et Tarascou , en 1811 et 1812, alors que nos armées remplissaient l'Europe et allaient marcher sur Moscou.

VALLÉE DE l'aude. — L'Aude prend sa source dans une des antractuosités du massif N.-O. de Mont-Louis, et tombe immédinlcment dans le ('apsir qui peut Hve considéré comme le berceau de cette vallée.

Le Capsir est une conque de quatre lieues de diamètre, élevée de 1,560 mètres au-dessus de la mer, et couverte de belles forêts. C'est comme une oasis au milieu des arides rochers qui l'entourent. On y entre par une longue pelouse légorcment concave, sorte de vallon de plissement appelée col de la Quillane, que l'on gagne, de Mont- Louis par la Llagonne,et quelquefois aussi de Livia par Egal, Odello, Fontromeo et Palaïuna.

L'Aude cotoye le Capsir au sud et à Test, et poursuit au nord; puis, en face du nœud où le grand contre-fort qui a jusque-là accompagné sa rive droite, tourne à l'est pour former les Corbières, il décrit de gauche à droite un grand lacet et arrose ainsi le Donezan.

Le Donezan est un pays nu, tout sillonné de ravines, tout hérissé de rochers, dont cependant les crêtes, considérablement affaissées, sont accessibles.

Le torrent reprend ensuite, au confluent de la Guette (rive droite), son orientation septentrionale ; passe sous le hameau d'Axat qui est le point de son cours le plus rapproché du bassin de la Gly ; reçoit à gauche le Retjenti qui vient droit de l'ouest; enfin, va, par Pierre- Lisse, se dégager à Quillan des hautes montagnes.

Il laisse dans l'angle nord-ouest qu'il forme avec le Rebenti, une de ces plaines comme on en rencontre souvent en pays de montagnes entre deux grands contre-forts parallèles, la plaine de Sault, qui a 20,000 mètres de longueur, sur environ 4,000 de largeur dans le sens de la vallée.

Aucune des communications de cette âpre contrée n'est praticable aux voitures. La moins mauvaise est le chemin de Mont-Louis à Quillan par la Llagonne, Formiguères dans le Capsir, le col des Aires qui est l'issue la plus commode pour sortir de la Conque, Quérigui dans le Donezan, et lllostalnau dans la plaine de Sault, où commence une route. C'est par cette voie, réparée à la hâte, qu'en 1793, on a complété l'armement de Mont-Louis (Fo/r page 117). — Ce chemin appartient tout entier à la rive gauche dont, au reste, il s'écarte notablement. Un second chemin, plus rude et qui suit l'Aude de plus près, mais la rive droite le plus souvent, pass(^ par Caudiés-en-Conflans. Puigvalador.Hoqueforl et Quillan.

Les communications latérales, tontes fort rudes, le sont toutefois d'autant moins, qu'elles s'éloignenl davantage de la source de l'Aude.

Celles de gauche sont :

1" Le sentier qui d'Ax remonte l'Orlu, pénètre par le col de Caslillon dans le Capsir, et aboutit à Puigvalador.

2° L'ancienne route stratégique commencée par Vauban en 1680, réparée en 1719, puis abandonnée, laquelle, du même point de départ, d'Ax, par le torrent d'Ascou et le col de Palliers, gagne à Rouze le chemin de l'Aude (rive gauche), et met ainsi l'Ariége à huit heures de marche de Mont-Louis.

3° Le chemin qui, toujours d'Ax et par l'Ascou encore, puis par le col de Pradel, va rejoindre à l'Hostalnau la route de Quillan.

ï" Enfin le chemin qui, partant de Luzenac en aval d'Ax, franchit le col de Marmaro et aboutit au même embranchement de l'Hostalnau. Cette dernière voie est plus longue que la précédente de trois heures, et il n'en faut que douze, par cette dernière, pour se porter de Mont-Louis dans l'Ariége.

Les communications de droite sont :

1" Les rampes, à peine praticables aux gens de pied, qui, d'Olette, remontant soit la gorge des Cabri Is, soit celle d'Evols, se réunissent ensuite pour pénétrer par le col de la Creu dans le Capsir où le point d'arrivée est encore Puigvalador.

2" Le défilé d'Axat qui débouche sur la Boulezane, au pied du col Saint-Louis, vers Puigiaurens, d'où l'on gagne à Caudiés la route de Perpignan.

Ce défilé d'Axat est, non comme le col Saint-Louis, une inflexion, mais bien une crevasse, une fente des Corbières, au point où cette chaîne tourne brusquement vers l'est. Une route de Caudiés à Axât, (jui serait continuée le longduRebenU, mettrait Perpignan à 22 lieues de l'Ariége, à 14 de l'Aude, et à 16 de la petite ville de Quillan.

Cette ville, à l'embranchement de la route du col Saint-Louis et de celle de Foix qui doit suivre jusqu'à Bayonne le pied des Pyrénées (1),

(1) L'allure du versant septentrional nous permet de serrer par une route, voird même par un canal, le pied des Pyrénées, tandis que les Espagnols ne sauraient avoir une communication latérale plus rapprochée de la frontière que la chaussée de Sarragosse à Barcelone. Cette différence tient à ce que le relèvement descouclics tei-liaires dupiedde notre versant arelié celui-ci avec le terrain en avant, par une ceinture de collines étagées et raccordées en pente douce; en sorte qu'à, partir du tiers de la demi-profondeur de la chaîne, la partie essentiellement montagneuse fait place à des hauteurs aux formes ar-

est industrieuse, abondante en bois qui lui arrivent par le llo'fage, entourée de nombreuses scieries, à proximité des belles forg^es de l'Ariége; en un mot, Quiilan remplirait, au besoin, h; rôle d'une excellente place de dépôt.

L'Aude coule ensuite au nord jusqu'à Carcassonne, puis tourne à l'est poiu- baigner jusqu'à la Méditerranée le pied des Corbières. Mais nous n'avons point à nous occuper de cette seconde partie de son cours.

S in.

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