LES CORBIÈRES
Les Corbières, qui enveloppent tout ce <|ui nous reste à parcourir du versant septentrional et en forment un bassin à part, sedétadient du massif N.-O. de .Mont-Louis, au point môme où l'Aude prend sa source, du flanc oriental du pic Carlitte. Comme l'Aude, elles commencent par s'avancer vers le nord l'espace d'environ sept lieues; puis, au rocher de rEscalès,à la latitude de Ouérigut, elles lancent à l'est une première branche. Elles poursuivent au nord, et à trois lieues et demie de l'Escalès, d'une montagne que couvre la belle forôl de Fange, en face de Pierre-Lisse, elles dirigent vers l'est une seconde branche. Le corps de la chaîne continue toujours, mais dès-lors inclinant vers l'ouest, il trace, avant de prendre à son tour l'orientation de ses deux branches, une sorte de ligne de raccordement par le col Saint-Louis et le pic de Bugarach d'où, enfm, il va, perpendiculairement à la première partie de son cours, tomber dans la Méditerranée à la pointe de Leucate. C'est à partir de ces points d'inflexion cju'on donne à la chaîne que nous considérons le nom de Corbières.
Les Corbières se composent donc de trois bandes étagées et à peu près parallèles.
La première, celle qui part de l'Escalès, d'abord serrée, compacte, court ainsi au-dessus de Mosset et de Molitg jusqu'à Montalba; là elle dégénère eu une série do pics détachés, comme Belestat,
rondies, sans crêtes aiguës, sans arêtes saillantes, et à des plateaux qui descendent en terrasses presque horizontales : dispositions toutes favorables ;\ la circulation.
Caladroit, Force-Réale; enfin elle expire dans la plaine à Peyrestortes(page 92). Cette première bande forme la berge droite de laTet.
La seconde a pour jalons, après la forêt de Fange, les rochers audessus du pont de la Fou, la tour de Tautavel et le château d'Opols.
La troisième, qui peut être considérée comme partant du même point que la seconde, subit d'abord, dans sa courbe de raccordement, au col Saint-Louis, une forte dépression ; mais elle remonte aussitôt à Bugarach (1,500"), passe au nord du château de Queribus et va former par sa croupe, que borde l'étang de Leucate, le défilé de Salces ou de Fitou. C'est la ligne faîtière des Corbières, la figne de partage entre l'Aude et la plaine du Roussillon.
Du reste, il ne faut point attacher à ces désignations de lignes, de bandes, une idée de continuité régulière: l'allure de ces montagnes est indécise, confuse ; les vallées ne se présentent ni parallèlement, ni perpendiculairement aux crêtes; elles sont, au contraire, obliques, tourmentées, faisant sans cesse irruption d'un couloir à l'autre.
Les routes qui traversent les Corbières sont au nombre de deux : 1° la route de Narbonne, qui passe entre la croupe et l'étang de Leucate et qui, avant que cet étang se refirât, était assez bien défendue par le château de Salces (1); 2° la route du col Saint-Louis, qui, à l'époque de la révolution, s'arrêtait à Caudiés. Une troisième route a été projetée de Caudiés à Quillan par le défilé d'Axat. On peut aussi traverser les Corbières en prenant à Estagel un affluent de la Gly, le Verdouble, que l'on remonte par Vingrau et Tuchan, d'où il est facile de gagner directement Carcassonne.
(1) Le château de Salces avait été primitivement bâti sur la croupe même des Corbières, et il était assez considérable, si l'on en juge par les ^9 pièces de canon qui le défendaient en 1496, quand il fut attaqué par nous et emporté à la suite d'une des premières applications de l'art des mines dont l'histoire fasse mention. Démoli par les vainqueurs, ce château fut reconstruit par les Espagnols qui, voulant serrer le défilé de plus près, l'établirent en plaine, dans son emplacement actuel. Ce nouveau poste, attaqué sept ans plus tard, lit bonne contenance, et ce fut, cette fois, notre forteresse de Leucate qui succomba. Dans les guerres qui suivirent, ces deux forts devinre it les points de mire des deux partis qui se disputaient le Roussillon. Ainsi, en 1634, le maréchal de Scliœmberg battit les Espagnols sons les murs de Leucate qu'ils assiégeaient; et, en 1639, Gondé s'empara de Salces dont la chute fit tomber Opols, Estagel, Rivesaltes, et nous ouvi-it les Corbières, que, trois ans après, la prise de Perpignan enclavait dans notre territoire.
En 1793, L^'ncatf était tombé en ruines, et son étang, en se retirant peu à peu, avait élargi le défilé et presque annulé l'effet du château de Salces, devenu, d'ailleurs, tellement insalubre, (juil avait été abancioiiné. Réoccupé à la iiàtc au moment du péril, ce château n'était pas en étatde lutter un instant contre les vices de sa position.
Les (^uiltières sodI généralement arides, tJi^chaniét's. éliilaiil parloul à nu un calcaire blanchâtre dont l'aspect désolé ronlrasle avec les vives et riantes couleurs de la plaine du Roussillon. Elles rivalisent en élévation et dépassent en profondeur la chaîne pyrénéenne qui lui (ait face. On sait qu'elles ont longtemps servi de limite entre la France et l'Espagne, et qu'elles furent, aux seizième et dix-septième siècles, pendant cent cinquante ans, disputées avec un acharnement qui n'a pas été égalé, il s'en faut de beaucoup, pour la défense de la nouvelle frontière. L'habitant des Corbières se ressent un peu de la rudi'sso de ses moiitagnes, et il a toujours, à la guerre, une vii^ueur peu commune à mettre au service d'un courage éprouvé page 104 .