VALLÉES LATÉRALES OU BASSIN DU ROUSSÎLLON
VALLÉE SUPÉRIEURE DE LA GLY. — La Glv est le dévcrsoir de toutes les eaux du versant méridional des Corbières. Elle descend du pic de Bugarach, principal jalon de la ligne faîtière de ces montagnes ; s'ouvre violemment une brèche à travers leur seconde bande, au pont de la F"ou ; puis serpente dans les montagnes jusqu'à Espira , où elle entre en plaine pour se décharger bientôt dans la mer , après un parcours de six myriamètres.
Pourvue d'un large bassin de réception, la Gly, guéable à peu près partout , est sujette à des inondations fréquentes , subites , et fort dangereuses.
Ses principaux affluents sont, la Boulesane et le torrent de Sournia à droite , la rivière de Maury et le Verdouble à gauche.
La Boulesane conflue avec la Gly un peu au-dessus de Saint-Paul, et ouvre, par ses sources, un premier débouché vers l'Aude {Voir cette vallée), et un second vers la Tet, lequel traverse Montforl, le col de Farrera, Mosset , Molilg et vient aboutir à Prades ipages 105, 106 et 107).
Par le torrent de Sournia , on gagne aussi la Tet à Montalba , en face du col Ternère i,page 93).
Les deux affluents de gauche se réunissent à Estagel, qui est également à portée de Salces et du col de Saint-Louis. La roule de ce col
emprunte lu vallée de Maury jusqu'à la Boulesane, cl le Vcrdouble, nous venons de le dire, est l'embouchure du passage de Tuchan.
VALLEE DE LA HAUTE-TET. — La Tet prend sa source à une lieue au-dessus de Mont-Louis (page H3), débouche en plaine au col Ternère , et va, après un parcours total de 27 lieues et une chute de 1,600 mètres, se jeter dans la nier entre Sainte- Marie et Canet.
Le col de la Perche, que défend Mont-Louis, ouvre en tête la gorge de la Tet (pages 114, 116, 117 et 120).
Jusqu'à Olette, le torrent roule au fond d'un affreux précipice, entre deux immenses escarpements dont l'un, celui de gauche, est continu, sans brèche, et l'autre, celui de droite, présente seulement çà et là quelques ouvertures.
A partir d'Olette jusqu'à Ternère, c'est, au contraire, la berge droite qui cesse d't^tre franchissable et la gauche qui se laisse pénétrer. A gauche, en effet, les montagnes s'affaissent peu à peu, serrent le torrent de moins près, et se déploient sous la forme étagée d'un amphithéâtre que sillonne une multitude de ravines. Le couloir de la Tet prend, du reste, dans cette seconde partie, qui a reçu le nom de Conflans, la forme ordinaire des vallées en chapelet (pages 91 et 92).
C'est un des défilés de ce chapelet que barre Villefranche (pages 95 et 96). Le col Ternère en est le dernier. (P. 94 et au 2e vol. chap. IL)
Nous avons examiné (vallées de l'Aude et de la Gly) les passages latéraux qui viennent déboucher sur la rive gauche de la Tet ; et ceux de la droite, qui sont compris entre Mont-Louis et Villefranche et qui montent tous vers la frontière , nous les avons décrits avec la grande chaîne (pages 276 et 283).
Le dernier de ces passages, un peu en amont de Villefranche, celui qu'ouvre le val de Sahor, permet de se porter indifféremment dans le Ter ou dans le Tech. Il faut d'abord atteindre l'arête qui rattache à la grande chaîne le massif du Canigou, l'arête de la Roja, que le chemin de Sahor aborde au Camagre. Là , en se prolongeant à droite , on peut gagner le flanc oriental du pic de Costabone et descendre par le col de Prégund (page 283) dans la vallée du Ter (1). Mais le Camagre sert plus habituellement à se porter dans le Valispire que l'on accoste à la Preste.
En aval de Villefranche, tout contre les remparts, débouche le vallon du Vernet par lequel on gagne une seconde dépression de l'arête
(1) Ce passage a été exécuté en 1689, avec 6,600 hommes et du canon, par leducdeNoaillesqui n'employa pas moins de sept jours pour porter sa colonne de Villefranche à Campredou. Le 30 lloréal 1794, le général Charlet, forcé à Campiedon, rentra à Villefranche parla même voie (2' v. Expédition de Ripoil).
do la Koja, U) pla Gaillcm. d'où Ton so (Mv;o siif Pratz de Mollo (pages 55, 56 et 57).
En continuant h descendre la Tet, il faut, avant de trouver une nouvelle issue à droite, dépasser le Canigou et arriver jusqu'à la liaiiteur de la tour de Batère. Alors on tombe dans le système des Aspres.
LES ASPRES.— Les Asprcs occupent, avec le Canigou dont déjà elles sont comme le soubassement, tout Tintervalle quisetend de la Tet au Tech. Elles présentent, comme nous l'avons déjà dit (pages 45 et 46), un amas confus de montagnes de tous les ordres qui, néanmoins, suivent une sorte d'enchaînement (lue nous allons décrire.
Du Canigou se détache, dans la direction de la tour de Batère, un énorme contre-fort qui s'ouvre bientôt en trois branches, lesijuelles vont :
La première, au nord, par Belpuig, Prunet et Candell, former sur la Tet le col Ternère ;
La deuxième, au sud, resserrer le Tech versPalauda ;
La troisième, à l'est, aboutir au-dessus du village d'Oms.
Ces trois branches embrassent les Hautes- Aspres.
La branche intermédiaire se partage, à l'ouest d'Oms, en deux puissants rameaux qui se prolongent indéfiniment dans la direction de l'est, en suivant, l'un la Tet, l'autre le Tech.
Le premier, à la hauteur de Saintc-Colombe-d(»-Thuir, le second, à la Calcine, s'affaissent tout à coup. Là s'arrête le second étage des Aspres que nous appellerons les Aspres moyennes.
La suite de la bifurcation ci-dessus comprend les Basses- Aspres.
Les Hautes-Aspres ont trop d'ôpreté, trop d'élévation pour constituer un terrain militaire (page 214). Celui-ci ne commence qu'avec les Aspres moyennes, à la hauteur du village d'Oms.
0ms, point de départ des deux rameaux qui interceptent tout le reste des Aspres, occupe la tête des deux torrents, le Rear et la Cantarana, qui dégorgent l'intérieur de ce pâté de montagnes. C'est un centre de communication. C'est aussi le numd d'un contre-fort qui va, par la butte Verte, rencontrer le Tech à la chapelle Saint-Paul.
D'un anneau du chaînon qui réunit Omsà la Calcine, du Mouscaillou, s'élance également vers le Tech un second contre-fort qui se dirige sur Saint-Ferréol. La Imtte appelée Calcine domine toutes les Basses- Aspres qui, de cette belle position, semblent se confondre avec la plaine. Le village de Llauro, au pied de la Calcine, est le point d(^ croisement de plusieurs chemins qui viennent de Thuir par Sainlf;- Colombe, poiu- descendre par Saint-Ferréol à Céret. {Voir pages 212
cl 218; cl dans le 'I'- volume, !ccliapiti'(!: Dicersiondans les Aspres.) Los nervures <\u\ constituent les Basses-Aspres ne sont plus que des tilets échappés d'une cascade de montagnes. C'est une succession d'aj-ètes étroites, de plateaux allongés, de langues de terre tantôt resserrées, tantôt élargies, que bordent, que déchirent en tous sens une multitude de ravins dont les berges, creusées par l'évasion des eaux lians un sable argileux, se présentent souvent taillées à pic comme des murailles. ^Fo/r pages 169, 171.175 et 218). La presqu'île du Rear (pages 47 et 48) l'ait naturellement partie des Basses-Aspres qui ne s'effacent, pour ainsi dire, que sur la côte même.
Tel est ce terrain militaire si remarquable, ce théâtre des Aspres dont, en 1793, le seul de nos généraux qui réunissait à l'expérience de la guerre une parfaite connaissance du pays, Dagobert, ne pouvait détacher ses yeux; oii, dès l'ouverture de la campagne, il nous montrait notre salut; où, comme premier acte de son commandement en chef, il voulait manœuvrer pour couper dans ses racines la ligne d'invasion; où, vaincu à Trouillas parce (ju'on l'avait rivé à la plaine, il courait, sous le canon de l'armée victorieuse, chercher un premier abri ; où, le lendemain de sa défaite, il reportait la moitié de son armée, acharnement qui détermina, on se le rappelle, la retraite au Boulou des vainqueurs ; par où enfin plus tard, alors qu'il était sacrifié, il venait, avec une poignée d'hommes, tourner la gauche du camp espagnol, comme pour confondre, par ce coup d'audace, les hommes dont l'ombrageuse impéritie avait enchaîné son essor vers les Aspres. Du reste, tant d'efforts ne furent point perdus, et l'on verra bientôt que cette marche audacieuse de Dagobert à travers les Aspres frappa tellement les Espagnols que, bien qu'ayant envahi, bien qu'occupant fortement ce terrain sans la possession duquel ils ne se croyaient plus en sûreté, la crainte d'être tournés par leur gauche ne les quitta plus, et les plongea dans une erreur qui ne devait pas tarder à causer leur perte.
VALLEE DU HAUT-TECH. — C'est uuc gorgc étroite, profonde, sillonnée transversalement par une multitude de petits cours d'eau qui y entrehennent une végétation animée, dont l'effet contraste avec l'aspect aride et chauve de la plupart des hautes vallées pyrénéennes.
Nous avons, du reste, peu de chose à ajouter à la reconnaissance de cette gorge tant de fois parcourue dans la campagne de 1793, et dont nous venons d'ailleurs, dans ces notes, de décrire les deux berges, celle de gauche en traitant de la vallée tic la Haute-Tet et des Asfrt'es ( Voir ci-dessus !, celle de droite en détaillant (pages 276,283.
28i ol -iSo. I(> Iront du Haut-Tech. (Voir aussi pages 35, 36, 37; cl, dans ;!• 2e vol. les rhapilros : Suites de la bataille du lionlon ; Stagnation autour de Bellegarde ; Bataille de Saint-Laurent de la Muga ; — de Figuêres.)
Egalement, nous avons eu occasion de signaler les points importants qui occupent le fond de la vallée : Pratz de MoHo ^pages 51, 55 et 56, ; Fort-les-Bains pages 38, 57, 58); Palauda page 197 ; Céret pages 38, 39,40 et 198; enfin le Boulouf pages 169 et 170j, débouché du Tecli dans la plaine où nous avons déjà amené la Tet et la Gly, et «ju'ii nous reste à décrire.
PLAINE DU ROL'SsiLLON. — Nous connaissoiis les montagnes (jui l'entourent : ics Albères et la croupe des Pyrénées au sud, le Canigou et les Aspres à l'ouest, lesCorbières au nord. La côte forme le diamètre de cet hémicycle qui, toutefois, est légèrement aplati, car il a dix lieues dans le sens de la Tel, sur douze mesurées parallèlement au rivage.
La France n"a pas, sous un plus beau ciel, une terre plus féconde, plus variée. Au pied d'un immense amphithéâtre couronné de cimes abruptes, dont les versants décharnés annoncent partout la décomposition et le passage des torrents dévastateurs, apparaît d'abord une (espèce d'avant-plaine tourmentée, houleuse, inculte : ce sont les Àspres. Puis vient une campagne entièrement ouverte, largement arrosée, couverte d'abondantes récoltes et de belles forêts d'oliviers, parsemée de petites villes, de bourgs, de villages riches et populeux, avec Perpignan pages 125, 126 et 132; au centre ; ce sont les terres arrosables, les Rivrales et le Jiigatiu. Enfin, une vaste plage s'étend unie comme la mer et va se confondre avec elle: c'est la Salanque (page 184) et la côte.
La désignation d'Aspres ne s'applique pas seulement aux montagnes qui forment le soubassement du Canigou : on donne également ce nom à toutes les terres élevées do la plaine qui, privées d'eau, restent incultes, ensevelies sous leurs sombres garrigues. Ces lerrams, où l'on rencontre toutes les positions militaires de la contrée, ne sont, du reste, que les derniers rameaux des Aspres proprement dites, que l'on suit : le long de la Tet, par Terrais, Ponteilla (pages 153 et 1SI;, Canohes; pages 83 et 84 ,1e Serrât d'en Vaqué (pages 67 et 68), et le plateau qui court de Perpignan à Cancl ; et a'aulre part, l(^ long du Tech, par Tressères, Banyuls-les-Aspres i^pagcs 169 et 170 , Elne, jusqu'à l'étang de Saint-Nazaire.
Les Rivrales sont les terrains qui bordent les rivières. Aux larges
bandes do sable que celles-ci tracent dans la plaine, on devine des inondations fréquentes, et des barrières momentanément infranchissables. Ces accidents passagers se manifestent au printemps, quand les neiges fondent, également à la suite des orages de l'été, mais surtout vers la fin de l'automne. Les crues de cette dernière saison sont les plus terribles (page 209). Les eaux peuvent alors s'élever jusqu'à 5 mètres au-dessus de l'étiage et faire disparaître les parties basses de la plaine sous une vaste nappe d'eau où souvent la Tet et la Gly sont confondues. C'est à une de ces inondations que Perpignan dut son salut sous Charles-Quint : le Dauphin de France, (jui attaquait la place, n'eut que le temps d'en lever le siège.
Le Rigatiu comprend toutes les terres arrosées artificiellement. Elles occupent une grande étendue ; car la plaine est découpée en tout sens par une multitude de canaux dont l'œil peut de loin saisir les contours, à la richesse de la végétation (jui les accompagne. La Tet alimente le plus grand nombre de ces canaux. Les deux principaux, ceux de Thuir et de Perpignan, partent d'iUe (qui doit son nom aux filets d'eau qui l'enveloppent), ne tardent pas à se réunir, et coulent ensemble, sous le nom de Las Canah, vers Perpignan qu'ils abreuvent. Les dérivations du Tech ont peu d'importance, si ce n'est en amont d'Elneoîi elles sont assez considérables. Celles de la Gly, toutes parallèles à cette rivière, ont leurs points de départ ou d'arrivée vers Rivesaltes.
La Salanque est la teri-e basse qui touche à la plage. C'est une conquête assez récente de l'industrie sur les marais salants qui couvraient au moyen âge cette partie de la plaine. Des étangs parsemés çà et là témoignent encore de son état d'autrefois. Beaucoup sont desséchés ; mais ils se reformeraient promptement, pour la plupart, sans les tranchées d'écoulement qui les dégorgent dans la Méditerranée. Quelquesuns de ceux qui persistent occupent une assez grande étendue, et ne sont séparés de la mer que par d'étroites langues de sable qui disparaissent dans les mauvais temps.
LA COTE. — Depuis les dernières anses formées par les rochers de la Provence jusqu'à celles que le Roussillon doit à la croupe des Pyrénées, plus do 60 lieues de sables bordent la côte. Cotte uniformité n'est troublée que par la chute des Corbières qui , du milieu de ces plats-bords, ftiit tout à coup surgir la pointe de Leucate.
Ce promontoire présente, à droite età gauche, deux mouillages remarquables, la Haute et la Basse-Franijui. La Haute-Franqui peut abriter des vaisseaux du plus grand tonnage.
Do là à l'embouchure du Tech , la plage, redevenue sablonneuse , se prolonge en pente douce fort avant sous les eaux ; en sorte que , même de simples frégates qui voudraient protéger un débarquement sur ce point du littoral, ne pourraient approcher à bonne portée de canon .
On rencontre dans cet intervalle : l'ancien château Saint-Ange qui défendait, presque en face de Salces, l'extrémité méridionale de l'étang de Leucate; le mouillage de Saint-Laurent de la Salanquc vers l'embouchure de la Gly ; celui de Sainte-Marie, près de la i)Ouche do la Tet; enfin, les étangs de Sainte-Nazaire et de Saint-Cyprien, qui correspondent à des bas-fonds dangereux.
Du reste , toute cette plage se couvre momentanément de défenses naturelles. En effet , dans les gros temps accompagnés de pluies , les eaux des rivières, refoulées par les vagues, inondent le littoral et se maintiennent immobiles pendant plusieurs jours, formant ainsi, sur une vaste étendue, des étangs passagers.
C'est un peu au nord de Collioure que finissent les sables et commencent les rocliers de la croupe des Pyrénées orientales.
Collioure n'est, à proprement parler, qu'un mouillage : les plus fortes sondes de son port donnent à peine 6 mètres, vA ce port ne peut guère recevoir que des bâtiments de 50 à 60 tonneaux. Sa surface est d'environ 5 hectares. Les vents du N.-O. senties seuls qui n'y causent aucun trouble.
Port-Vendres, (jue de grands travaux viennent de transformer , ne pouvait , naguère encore , contenir que deux ou trois vaisseaux sur leurs ancres.
L'entrée du port est difficile à cause des vents du nord et du nordouest, presque constants dans ces parages; mais sa tenue est bonne , sa reconnaissance facile , et par les vents du sud-est , toute croisière qui essayerait de le bloquer, serait infailliblement jetée à la côte. {Forr,lo pour Collioure et Port-Vendres, les pages 73, 74, 227, 237 et suivantes, et, dans le 2'^ volume, le chapitre : Reprise des places de la côte; 2° pour la côte, page 54-, et, au 2* volume, le chapitre II de la campagne de 1795.)