‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenneChapitre 10 sur 64 · MOUVEMENT DE LA DROITE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DE LA DROITE

« Tandis que le centre et la g:iuche de notre armée exécuteront leurs mou- « vements, la droite doit se borner à menacer l'ennemi et à lui persuader par « ses manœuvres, que notre impulsion va se diriger sur Céret et sur le Boulou.

« En conséquence, le commandant de cette division prendra les positions « les plus propres à tromper l'ennemi. Il portera à Bai yuls-les-Aspres un corps « de 3,000 hommes qui embrassera le double avantage de surveiller ses entrece prises sur nos camps et d'inquiétei par leurs flancs les colonnes qui tentece raient de descendre au secours de Collioure. Il évitera cependant de se mettre ce trop en évidence du côté de Fourques, afin d'éloigner de l'ennemi tout ce soupçon sur nos desseins ultérieurs : il se contentera de distribuer les déce tachements nécessaires pour l'empêcher de pénétrer vers cette partie.

« Pendant que la première ligne exécutera la moitié de notre plan d'attaque,

« férées. » En conséquence, la droite se jètera derrière Géret et ira s'emparer des hauteurs au-dessus de Maureillas, afin d'intercepter le col Portell, pendant que le centre descendra de la crête des Albères sur la grande route, en arrière du Boulou. « Alors l'Espagnol sera à notre merci; Bellegarde ne « tardera pas à se rendre, et l'armée des Pyrénées orientales « aura bien mérité de la patrie. »

contre-temps. — Fort de ces belles dispositions, Dugommier avait hâte de les mettre à exécution avant l'arrivée des renforts qui, de tous les dépôts de la péninsule, disait-on, étaient en marche vers les Pyrénées. Mais la flottille deToulon, retenue par mille contrariétés, ne paraissait pas, et le temps pressait. Triste, inquiet, agité, le général expédiait courrier

« tous les bataillons qui composent la deuxième s'avanceront à la garde des « camps, et se déploieront sur les éminences d'où ils peuvent être le mieux « aperçus de l'ennemi , afin de lui inspirer le découragement par le prestige « imposant d'une force supérieure.

« Aussitôt après la réduction de Collioure et de Port-Vendres , les différents « postes suffisamment garnis, l'excédant de nos forces sera porté sur le centre « et la droite de l'armée, afin de poursuivre l'ennemi jusqu'à l'extrémité de sa « ligne, le presser et achever de l'anéantir. Parmi les mesures les plus propres « à ce grand dessein , celles qui rendraient sa position toujours plus critique, « et qui nous épargneraient la peine de le combattre dans ses redoutes , doi- « vent être préférées.

«D'après cette conséquence, toute la partie maritime étant rendue à la « République , la force déjà placée aux Albères sera portée par la division du « centre à 5,000 hommes qui descendront de cette montagne pour s'emparer « du puig Castell. La division de droite, de son côté, fournira deux colonnes « dont l'une de 2,000 hommes et l'autre de 5,000. Ces derniers se mettront « d'abord en mouvement , et passant par Oms, prendront par Taillet la route « de Palauda, pour arriver brusquement au poste des Capucins, derrière Cé- « ret et gagner les hauteurs de Maureillas , en correspondant avec les 5,000 « hommes du centre postés au puig Castell. La colonne de 2,000 hommes, de « la division de droite, aura suivi parallèlement celle de 5,000 hommes, en « laissant sur la montagne d'en Françou et sur la Butte Verte, de forts déta- « chemcnts pour assurer les derrières des deux colonnes ; et le reste, au nombre « de 1,200 au moins, se portera sur le Vilar pour occuper la butte Saint-Paul, « y rester en observation et inquiéter l'ennemi vers le pont de Céret, tandis « que les 5,000 hommes auront passé à Palauda pour remplir leur mission.

« Par ces mouvements, nous cernons l'ennemi ; nous avons évité toutes ses « batteries et rendu sa cavalerie de nul effet, puisqu'il ne peut nous atteindre « dans nos positions. Les troupes restées derrière nos camps formeront une « force mobile toujours prête à se porter où l'exigera la sûreté de nos commu- « nications. Pour peu que réussisse cette dernière partie du plan d'attaque, « l'Espagnol est à notre merci ; Bellegarde ne tardera pas à se rendre, et l'ar- « mée des Pyrénées orientales aura bien mérité de la patrie. »

sur courrier à Toulon, à Paris, et dans toutes ces dépêches il se répandait en plaintes amères contre un retard qui compromettait la campagne. Enfin perdant patience, malgré les injonctions les plus positives qui prescrivaient de commencer par le siège des places de la côte, il prit sur lui d'intervertir l'ordre des opérations et de débuter par l'attaque du Boulou. Immédiatement, il rendit compte au Comité des changements que lui imposaient les accidents de la mer. Sa lettre, en date du 22 germinal (11 avril), se terminait par ces nobles paroles : « Je vais me battre malgré ces oppositions. « Vive la République ! Sauvez-nous des factieux, des intri- « gants, des athées, enfin de tous les faux patriotes qui se pré- « fèrent à la patrie (1). Du courage! Fondez sur la vertu le « triomphe de la République ; c'est ainsi que je verserai pour « elle jusqu'à la dernière goutte de mon sang. »

Cette résolution de Dugommier, au reste, ne faisait que réparer une faute du Comité ; car le meilleur, et même ici le seul moyen de hâter la chute des places que l'on voulait reconquérir, c'était de commencer par battre l'armée, qui aurait pu en troubler le siège. D'ailleurs, traverser le Tech inférieur et marcher sur Collioure, devant cette armée intacte qui alors pouvait impunément faire irruption dans la plaine qu'on lui abandonnait, n'était-ce point découvrir notre flanc gauche et livrer nos communications? Mais telle était la soumission aveugle qu'imposait à ses généraux l'impérieux Comité, que Dugommier crut devoir attendre encore quelques jours, pendant lesquels il espérait recevoir, ou sa flottille, ou une réponse approbative à sa lettre du 22. Cependant, pour dévorer ce nouveau retard et tenir ses troupes en haleine, il reprit avec plus d'ardeur que jamais la guerre d'avant-postes qu'il avait entamée le 15. Dès lors, les Espagnols n'eurent plus de repos. C'étaient, le jour, des démonstrations sur tous les points, et la nuit, des surprises continuelles qui, de la retraite à la diane, les tenaient tous éveillés et debout. On

(1) La faction Hébert avait déjà été écrasée, et l'on venait d'apprendre aux Pyrénées orientales le supplice de Danton (5 avril).

n'entendait plus dans leur camp que la générale, et leurs signaux, leurs feux d'alarme remplissaient les Albères.

Pour ralentir ces perpétuelles provocations, qui ruinaient le moral en même temps que la santé déjà si compromise de ses soldats, las Amarillas, dans la nuit du 26 au 27 germinal, fit placer 1,500 hommes en embuscade au mas de la Paille, que nos patrouilles abordaient fréquemment. En effet, 300 de nos fantassins et 40 chasseurs à cheval vinrent bientôt tomber dans le piège et furent de suite enveloppés ; mais ils s'en tirèrent sans grande perte, avec leur audace habituelle et un bonheur qui ne les quittait plus. En même temps, sur notre gauche, le chef du 1er régiment de hussards, Bougon, à la tête de 50 chevaux et de quelques grenadiers, passait le Tech à diverses reprises, et réduisait presque à néant les postes qui faisaient face à Elne et à Ortaffa.

combat de palau. — La batterie espagnole, de trois pièces de gros calibre, qui depuis le 9, ainsi que nous l'avons rapporté, enfilait le gué d'Ortaffa, se trouva ainsi n'avoir plus d'autre soutien que le poste de Palau-del-Vidre, un des points du mince cordon sous la protection duquel l'ennemi circulait du Boulou à Collioure. Dugommier, que cette batterie gênait, voulut s'en débarrasser, et il chargea le général Sauret de cette expédition. C'était le 28 germinal. Sauret donc, après avoir établi sur la rive gauche du Tech, en amont du gué qu'il allait franchir, deux bataillons de réserve, se fait précéder par 200 hussards, et, suivi de douze pelotons de grenadiers, il débouche d'Ortaffa et passe le torrent. Pour se mettre en garde contre le camp de Villalongue, il commence par détacher sur sa droite ses trois plus solides compagnies; puis avec le reste, ses cavaliers toujours en tête , il marche droit sur Palau qu'il a bientôt envahi ; car les défenseurs, déconcertés par notre brusque attaque, n'ont pas attendu le choc, et ils se retirent dans la direction de Saint-André, poursuivis par nos hussards.

Le camp de Villalongue avait été réoccupé par les Espagnols, précisément dans le but de diminuer la distance et de protéger les communications entre leur centre et leur divi-

sion droite. Ce camp ne pouvait donc rester spectateur immobile d'un coup de main qui rompait cette importante communication; aussi se hàta-t-il d'expédier sur Palau 150 chevaux commandés par un jeune colonel , le marquis de las Torres. Mais notre détachement de droite, qui barrait le chemin à cette cavalerie, l'attend résolument à trente pas, et d'une première décharge, renverse le colonel et dix cavaliers ; les autres prennent la fuite. Cependant une masse imposante d'infanterie, qui, sous la conduite du brigadier Donadio, a suivi les traces de las Torres, aborde le terrain occupé par nos trois compagnies victorieuses et entame contre elles un feu terrible. Le chef de notre petite troupe , le capitaine Bréda, du 3ome régiment, oppose une résistance vigoureuse; mais accablé par le nombre et en butte aux projectiles de la batterie du gué , il recule vers Palau et repasse le Tech. De son côté, Donadio, blessé grièvement, n'ayant plus de munitions, ne se sentant pas soutenu, craignant d'ailleurs que notre réserve, en observation sur la rive gauche, n'inquiète ses derrières, Donadio regagne Villalongue où sa retraite jette une alarme telle, qu'à la nuit tombante, ce camp lui-même est évacué.

Ainsi, toute la rive gauche, depuis les Trompettes jusqu'à Argelès , était libre , et nos adversaires venaient de nous abandonner, à la suite d'un engagement douteux, ce qu'ils auraient dû défendre à outrance : le chemin des Albères.

Dugommier vit avec une joie indicible les Espagnols du Boulous'isolerdéfinitivementdeCollioure,etlui ouvrir d'euxmêmes la trouée par laquelle il méditait de leur porter un coup mortel. Toutefois, pour ne pas éveiller leurs soupçons, il ordonna à Sauret d'évacuer Palau et de rentrer à Ortaffa.

On venait de trouver sur le cadavre du colonel las Torres deux lettres où cet officier supérieur, que sa haute naissance mettait en position d'être bien informé, peignait sous les couleurs les plus sombres l'état déplorable de l'armée d'invasion, les misères, la faim, les maladies et nos attaques continuelles qui la décimaient. A en juger par l'une de ces lettres, l'espérance même semblait prête à abandonner les

vainqueurs de la dernière campagne; car, après avoir laissé échapper cet aveu : « Il nous est impossible, avec le peu de monde que nous avons, de défendre l'étendue de notre ligne, laquelle nous ne soutenons que par miracle, » le jeune marquis, pour endormir la tendre sollicitude de la personne aimée à laquelle il s'adressait, n'invoquait plus que leur commune protectrice au ciel , la sainte Vierge de l'Etoile, dont il portait l'effigie sur son cœur.

Au surplus, tout annonçait que les Espagnols, loin de songer à rétablir leurs communications le long des Albères, ne comprenaient que le besoin de se concentrer. Chaque nuit, en effet, nos patrouilles croisaient librement de Palau à Saint-Genis, et poussaient des découvertes jusque sous Montesquiou, sans rencontrer personne.

Cette évacuation partielle de la rive droite du Tech par les Espagnols, était difficile à motiver; pourtant, on pouvait se l'expliquer jusqu'à un certain point, par cette circonstance, que las Amarillas, n'étant qu'intérimaire et attendant de jour en jour son successeur, tenait à remettre à celui-ci , dans une position définie et bien concentrée, l'armée dont il quittait le commandement. Quoi qu'il en soit, si cet état transitoire avait profité à notre cause, nous ne devions pas tirer un moindre avantage de l'événement même qui y mettait un terme, c'est-à-dire du choix qui appelait définitivement à la tête de l'armée espagnole des Pyrénées orientales , le comte de la Union.

la union, général en chef. — C'était en effet un choix peu judicieux ; car l'élu de la Cour se trouvait être le plus jeune, par le grade, de tous les lieutenants-généraux de l'armée, et les formes hautaines de cet illustre descendantdcsrois de Léon (1) ne pouvaient qu'ajouter à l'irritation causée à d'anciens collègues par une faveur si brusque et dont on cherchait en vain les

(1) Le comte de la Union ( D. Louis Firman de Carvajal y Vargas), descendait par son père, le duc de San Carlos, de l'antique famille des rois de Léon. Il était né à Lima en 1752, et avait reçu à Madrid, au collège des Nobles, une éducation toute militaire. Entré au service en 1765, comme cadet, il était déjà colonel au siège de Gibraltar (1782), où il avait eu occasion de se distinguer. Plus tard, en 1791, à l'expédition d'Oran, employé comme maréchal de

titres sérieux. La Union, en outre, succédait à Ricardos,qui, par système autant que par raison d'âge et de santé, laissait presque toujours à ses lieutenants la libre exécution de ses projets; et l'on se demandait s'il en serait de même sous un chef nouveau, jeune encore, plein d'ardeur, et renommé surtout par sa confiance en lui-même, confiance quil affectait de manifester en accueillant tout conseil avec le plus profond et le plus insurmontable dédain.

Ces germes de dissensions intestines, jetés tout à coup au sein de l'état-major ennemi, ne pouvaient manquer de tourner à notre avantage; mais ce qui mieux encore et plus immédiatement allait servir nos intérêts, c'était un singulier à-propos de cette nomination malencontreuse. Céret avait été, dans la campagne de 1793, le théâtre des succès de la Union; c'était là qu'il s'était signalé par la prise de Saint- Ferréol, la défaite de notre droite et la conquête des Hautes- Aspres. D'autre part, une opinion accréditée et presque générale chez les Espagnols , leur faisait considérer Céret comme le point capital, le point d'attaque, le point menacé de leurs lignes. Ce fut donc non-seulement sans scrupule ni hésitation, mais avec un emportement et une ténacité sans exemple, que le nouveau commandant en chef embrassa une erreur qui caressait si bien sa passion dominante, sa vanité.

Pour entretenir cette précieuse illusion , Augereau fut chargé d'une diversion dans les Aspres, Augereau, dont l'impatiente ardeur aurait donné le change à un adversaire moins prévenu.

camp sous les ordres d'un chef qui devait lui obéir plus tard (le général Curten ), la Union s'était fait une réputation ds bravoure et de présence d'esprit à laquelle il avait dû, au commencement de 1793, le commandement de la forteresse de Figuères d'abord , puis bientôt celui d'une division à l'armée de Ricardos.

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