‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenneChapitre 35 sur 64 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

CAPITULATION DE FIGUÈRES.

Pérignon investit à la fois Roses et Figuères, et se trouve ainsi en mesure d'attaquer indifféremment l'une ou l'autre de ces deux places. — Il penche d'abord pour le siège de Roses. — Mais, à la nouvelle de l'affreuse confusion qui règne à Figuères, de la démoralisation inouïe de la garnison de cette forteresse, il se décide à commencer par l'attaque de Figuères. — Description de cette place. — On parlemente. — Lâche attitude du gouverneur. — Honteuse capitulation. — Sa véritable cause.

investissements de roses et de figdères. — Une éclatante faveur de la fortune devait couronner la belle journée du 30 brumaire.

Le soir de ce jour, l'armée française, harassée de fatigue, bivouaqua sur le champ de bataille, chaque division sur le terrain qu'elle avait conquis, par conséquent : la droite sur les hauteurs, depuis les premières éminences qui ont vue et action sur ia forteresse de Figuères , jusqu'au plateau de Llers ; le centre, dans la plaine, entre Pont-des-Moulins et Camany; et la gauche, sur le chemin de Roses à Garrigollas où le général Sauret s'était hâté de rejoindre, avec son lieutenant Causse, ses deux autres brigades Motte et Victor.

Le lendemain, 1er frimaire (21 novembre), notre extrême droite se prolongea sur les crêtes qui commandent Figuères à l'ouest, puis elle finit par aller, en descendant, s'appuyer au Manol. La division du centre, que Chabert venait de rejoindre , groupa ses quatre brigades vers le pont du bas Ricardell, entre Pont-des-Moulins et Vilarnadal d'où elle envoya bientôt ses chasseurs reconnaître, au delà de Figuères et du Manol, la belle position d'Alfa. Enfin Sauret, à qui l'on avait également rendu sa brigade Guillot, se rapprocha de Roses.

Le 2, pour achever de cerner Figuères , Pérignon envoya sa cavalerie à Vilateneim, avec ordre au général Quesnel, qui la commandait , de garder les bords du Manol depuis Vilafany où s'arrêtait la droite d'Augereau , jusqu'à la butte d'Alfa autour de laquelle la division Beaufort venait installer deux de ses brigades, pendant que les deux autres se portaient à gauche. Ce dernier mouvement avait pour butde relier à la ligne d'investissement qui achevait d'embrasser Figuères, la division Sauretqui continuait àresserrer les abords de Roses.

Nous étions donc en mesure d'attaquer indifféremment soit Roses, soit Figuères.

La forteresse de Figuères passait avec raison pour une des premières de l'Europe. Au contraire, ce petit port de Roses que nous avions failli emporter de vive force à une des plus tristes époques de la désastreuse campagne de 4793, quelle résistance pouvait-il opposer? Il n'avait, pensait-on généralement dans notre état-major (4) , il n'avait de valeur qu'une fois dans nos mains, pour fermer la côte aux Espagnols et assurer le flanc gauche de l'armée d'invasion. Aussi, le chef de cette armée allait-il, suivant toute apparence, commencer par l'attaque de Roses, quand , le 3, il apprit ce qui se passait à Figuères.

ÉTAT MORAL DE LA GARNISON DE FIGUÈRES. — Il s'y était

passé, dans la journée du 30, un fait inouï, qui suffirait à expliquer tout ce que Pérignon venait d'apprendre : au moment où le canon d'une armée victorieuse insultait les rem-

(1) L'expédition du général Delattre et du représentant Fabre, à laquelle on avait , comme par dérision , donné le nom de Roses , cette expédition ridicule avait en effet accrédité, dans notre état-major, sur la faiblesse de cette place, de singulières erreurs. Nous devons ajouter toutefois que Dugommier était d'un autre avis, car, le 16 octobre de la présente année, il écrivait au Comité de salut public, en lui envoyant les observations de l'amiral Castagnier > sur cette station maritime : « Le port de Roses contient actuellement six vais- « seaux de guerre , sept à huit frégates et cinq canonnières. Ce petit port, « ainsi que vous le nommez , n'est point du tout méprisable , et si l'Espagnol « ne lui a pas donné toute l'attention qu'il mérite, c'est un effet de sonindo- « lence. Rien de plus intéressant que cette position. Elle offre un abri pré- « deux aux navigateurs que la tempête surprend à l'entrée du golfe de Lyon, « et un mouillage assuré dans tous les temps, pour un très-grand nombre de « bâtiments. Quant à Figuères, c'est la plus forte place d'Espagne. Cela ne « nous fait pas peur, mais encore y faut-il la dose de poudre. »

parts de cette forteresse, on en avait fait successivement sortir presque toute la garnison, pour arrêter les fuyards ; et les fuyards avaient entraîné dans leur déroute jusqu'au dernier de ces imprudents défenseurs. Et par qui ceux-ci avaient-ils été remplacés? Par les plus effarés d'entre les fuyards, par une cohue de 8 à 9,000 hommes de toute provenance , qui avaient envahi pêle-mêle la forteresse ahandonnée. « On en « comptait, dit une relation officielle, cent d'un régiment, « cinquante d'un autre, trente d'un troisième ;... personne ne « se connaissait, ne s'entendait : c'était la tour de Babel. Ils « n'écoutaient que le sentiment de la frayeur, et voyaient des « Français et des baïonnettes dans tous les objets qui frap- « paient leurs regards épouvantés. «Telle était, en effet, leur épouvante, que, dans la nuit du 30 au 1er, ils avaient abandonné tous les ouvrages extérieurs pour se retirer dans la place, et n'avaient consenti à reprendre leurs postes qu'à condition qu'on leur creuserait sur les glacis, à deux mètres des palissades du chemin couvert, c'est-à-dire au couronnement même de ce chemin, une large et profonde tranchée!

A ces nouvelles , Pérignon , laissant pour le moment de côté ses projets sur Roses, envoya sur-le-champ au gouverneur de Figuères, ou plutôt à l'officier sur lequel pesait la responsabilité d'une place où personne ne commandait, envoya au brigadier D. Andréas de Torresla sommation suivante :

« Une armée justement irritée, en t'apprenant que son in- « dignation est au comble , veut bien encore , par un de ces « actes dont les républicains sont seuls capables , t'ente seigner le moyen d'obtenir sa clémence. Elle te somme « pour la dernière fois (voir plus bas) de lui rendre le châ- « teau de Figuères dont la constance de la victoire, qu'elle a « su fixer, lui assure la conquête. Elle veut le fort. Elle veut « que tu lui en offres les clefs pour réponse. Tremble, si ta « réponse est négative. »

Cette cruelle dépêche arriva à son adresse vers l'entrée de la nuit, au moment où nos dragons de Yilateneim pénétraient dans la ville presque abandonnée de Figuères et

poussaient au ciel des cris de: «Vive la république!» qui rejetaient dans l'enceinte de la forteresse les tremblants défenseurs de ses dehors. L'infortuné gouverneur venait déjà de recevoir, de la part du général Quesnel, une première sommation verbale; il répondit sur-le-champ à Pérignon. :

« J'ai reçu le papier que tu m'as envoyé, et, sans craindre « ta menace, je donnerai ma réponse dans le plus bref délai, « ne me décidant pas dans ce moment, parce que mes pou- « voirs sont bornés. »

Ce langage n'était pas celui d'un homme résolu. Aussi Pérignon, rempli d'espoir, ordonna-t-il sur-le-champ à ses ingénieurs de reconnaître la place.

DESCRIPTION DE LA FORTERESSE DE FIGUÈRES. — Le fort,

officiellement appelé château de San-Fernando , du nom du roi Ferdinand VI sous lequel il a été commencé , ce fort, situé à une petite portée de canon et au nord-ouest de la ville de Figuères, s'élève sur le premier gradin des collines qui, à cette hauteur, commencent à border la plaine de l'Ampurdan. Il a coûté 14 millions de notre monnaie, et, quoique inachevé dans ses détails, il n'en présente pas moins une des plus vastes constructions qu'aient jamais exécutées les Espagnols, ces Romains du xvie siècle, qui, lorsque depuis longtemps déjà ils avaient perdu la trace des conquérants de l'ancien monde, bâtissaient encore à leur manière, comme pour multiplier les témoignages d'une grandeur si vite éclipsée.

Le fort de Saint-Ferdinand, en effet, n'est point un de ces établissements aux formes sévères, que la sage économie des modernes s'efforce' de réduire aux plus strictes nécessités de la défense : c'est plutôt, dirait-on , un monument posthume d'ostentation nationale, tant les proportions auxquelles nous a habitués l'art de Vauban y ont été outre-passées. Ainsi, non-seulement les Espagnols ont prodigué à l'enceinte de ce château les plus larges profils et toutes les pièces accessoires de la fortification la plus surchargée, mais, poussant plus loin encore la profusion dans l'intérieur de cette enceinte , ils y ont accumulé d'immenses bâtiments dont la solidité le

dispute au grandiose, et qui peuvent mettre à l'abri de la bombe, outre les approvisionnements d'une armée, 6,000 hommes et 500 chevaux. Les écuries semblent disposées pour l'usage d'un palais. On y admire encore une citerne gigantesque, également voûtée à l'épreuve et capable de défier tous les besoins de la garnison la plus nombreuse.

Ce luxe inouï d'architecture ne fait que mieux ressortir les graves défauts que la science reproche à cette fastueuse construction (1).

D'abord, cette place de guerre n'intercepte aucun passage, n'appuie aucune ligne naturelle de défense. En second lieu, l'assiette elle-même du fort n'a pas été plus heureusement choisie; car, sans parler d'une insalubrité bizarre et toute locale, qui tient à une cause assez obscure , mais qu'il n'était peut-être pas impossible de prévoir (2), les remparts sont dominés à l'ouest et au nord par des hauteurs avoisinantes, et les ondulations du sol en avant des glacis en facilitent les approches.

Ces derniers défauts , un tracé judicieux de la fortification aurait pu, sinon les faire disparaître, du moins les atténuer

(1) Il est juste de faire observer que quelques ingénieurs espagnols avaient demandé que l'on reportât sur Roses et Girone les dépenses projetées à Figuères. Des intérêts particuliers et de la nature la plus futile, à ce qu'on dit, l'emportèrent sur le sage avis de ces ingénieurs.

(2) L'insalubrité du fort de Figuères n'est point permanente : elle varie suivant les années et les saisons, c'est-à-dire, suivant que les exhalaisons marécageuses de la côte qui fait face exercent dans la plaine plus ou moins de ravages. Cette insalubrité atteint parfois un degré d'intensité telle, que la garnison du fort doit se réfugier dans la ville. Ainsi, dans l'été de 1840, le service de la forteresse se faisait par une soixantaine d'hommes seulement, qui étaient relevés chaque 2i heures. Le reste de la garnison était caserne à Figuères.

A quoi tient cette insalubrité? A une cause, pensons-nous, qui, pour toutes les positions semblables à celle-ci, produit des effets analogues. Les gaz, les miasmes des marais d'Ampurias, périodiquement emportés vers l'ouest par le vent de la mer, rencontrent bientôt des collines, puis des montagnes qui les arrêtent et dont l'air plus vif les condense. Or, la forteresse de Figuères occupe précisément le premier gradin de cet amphithéâtre de montagnes qui borde la plaine au couchant. En général, les premières bandes des hauteurs qui encadrent une plaine marécageuse sont, après le foyer môme de l'infection, les points les plus malsains de ces parages. Les exemples abondent; nous en citerons un entre autres que tout le monde connaît, le Fondouck,dans notre province d'Alger.

considérablement. Mais tel n'a pas été le tracé de la fortification de Figuères. En effet, ce pentagone irrégulier, allongé du nord au sud, voit mal le terrain environnant, sans pour cela être lui-même à l'abri des vues de ce terrain ; ses bastions sont trop étroits , ses demi-lunes manquent de saillie et d'ampleur , enfin ses ouvrages à cornes ne couvrent qu'imparfaitement les parties correspondantes du corps de place. Néanmoins, quelle tâche encore que le siège d'une forteresse qui , sur des remparts aussi largement profilés , aussi solidement établis, renforcés de tant de pièces extérieures, pouvait mettre en batterie 171 bouches à feu et en ligne 9,107 hommes , lesquels n'avaient rien à craindre ni des bombes ni de la famine ! Quelle tâche surtout pour des assiégeants qui avaient mis plusieurs mois à se procurer le peu de poudre brûlé par eux clans la bataille qui les avait amenés sous ces murs !

plan d'attaque. — Les ingénieurs français chargés de donner leur avis, reconnurent aussitôt que, des cinq fronts de la place, deux pouvaient être regardés comme inattaquables : celui qui fait face à la plaine, à cause des escarpements qui le précèdent , et le suivant qui regarde la ville , à cause du roc de ses glacis et de la plongée des ouvrages qui les commandent. Restaient donc les trois fronts opposés aux hauteurs, deux à l'ouest et un au nord. Or, si les fronts de l'ouest offrent à l'assiégeant un terrain spacieux, facile à ouvrir et semé d'accidents qui en favorisent l'abord , ils ont en revanche, pour les défenseurs, l'avantage de se présenter en ligne droite et d'être précédés d'un ouvrage à cornes retranché intérieurement, pourvu d'un système complet de mines, et susceptible de prendre , sur un développement considérable, les revers les plus meurtriers. On renonça donc aussi à ces deux derniers, et ce fut le front nord, ce front contre lequel nos chasseurs avaient déjà tourné les canons enlevés aux redoutes du pied de ses glacis, qui parut mériter la préférence. Le pied de ces glacis était bordé par un ravin que le feu des remparts ne pouvait découvrir, et l'on voyait déjà se dessiner sur leurs crêtes cette tranchée que nous prépa-

rait, pour l'enlèvement des chemins couverts , l'incroyable aveuglement de la garnison. Nos ingénieurs calculaient que nous pourrions nous loger dans ladite tranchée dès la troisième nuit, et que, le cinquième jour, nous serions en état de démasquer la batterie de brèche. Mais la lâcheté du gouverneur alla au-devant de tous les calculs.

négociations. — Torres avait promis à Pérignon une prompte réponse ; il l'envoya le 4 frimaire (24 novembre), et cette réponse inconcevable surpassa les espérances mêmes de ses ennemis : « Cette place dont je suis responsable et « que je dois conserver au roi par honneur et par devoir, est « en état de mériter les efforts de l'armée française, au milieu « de ses heureux succès. Ainsi l'exige rigoureusement mon « honneur, l'opinion des chefs et de la garnison ; d'autant « plus que ce ne serait pas une gloire pour l'armée française « de la lui céder sur une simple sommation... » Puis il faisait demander ce que signifiaient les menaces qu'il avait encourues :« J'ai voulu dire, lui répliqua Pérignon, et tu aurais « dû m'entendre, que toute la garnison serait passée au fil « de l'épée. Je te donne jusqu'après-demain pour faire tes « réflexions. » Torres n'attendit pas le surlendemain, et 24 heures s'étaient à peine écoulées, qu'il écrivait au général français cette lettre qui peint d'une façon si étrange les angoisses de cette âme troublée :

« La vie périt, mais non pas l'honneur. Celle-là sacrifiée à « la nation, je lui rendrai ce que je lui dois, sans que le sou- « venir d'une infamie souille pour toujours cette garnison, « dont le nombre m'engage à épargner le sang. Ce sentiment « n'est pas étranger à la nation française. Que ces raisons « soient donc écoutées, et qu'une armée victorieuse se couvre « de gloire et ne soit pas sourde au cri de l'humanité. Je « soumets ces réflexions au général en chef et aux représen- « tants du peuple, pour ne pas être responsable devant Dieu * des nombreuses victimes qu'il y aura, à défaut de proposi- « tions honorables. Un exemple ne doit pas faire naître des « résolutions violentes. Convenons donc que le général de « de qui je dépends, sache ma situation. C'est un terme bien

« court et d'où dépend la conservation de l'espèce humaine. « Ainsi l'attend avec confiance, du général en chef de l'armée « française et des représentants du peuple , Torres, gouver- « neur du château de Figuères. »

Le porteur de cette déplorable missive s'en retourna les mains vides, et c'est à peine si Pérignon daigna lui faire entendre: « Qu'il n'avait rien à répondre à une telle lettre ; que « les résolutions de son armée étaient irrévocables, et que, ne « pas souscrire à sa volonté immuable, c'était renoncer à son « indulgence.» Mais elle ne fut pas mise à l'épreuve, cette indulgence; car, dans la même soirée, le gouverneur envoya son projet de capitulation. Il fut discuté pendant deux jours, mais pour la forme sans doute. Quoi qu'il en soit, Torres en passa par toutes les exigences du vainqueur et n'obtint même pas un laissez-passer pour les drapeaux et les caisses qui lui avaient été confiés, avant la bataille du 30, par des corps étrangers à sa garnison, ni pour les prêtres que nous allions retenir en otage, ni pour une malheureuse famille que l'on croyait émigrée, qui passa plusieurs jours dans les angoisses d'un arrêt de mort, et que nous voulûmes bien, à la fin et de nous-mêmes, considérer comme d'origine espagnole. Il faut dire cependant que le gouverneur obtint qu'on laisserait à ses officiers non-seulement tout ce qui leur appartenait en propre, mais leurs chevaux, leurs domestiques et leurs équipages que nous nous chargions même de transporter.

Ces honorables conditions furent ensuite présentées à la signature du conseil de défense. Là devait éclater un nouveau scandale. En effet, celui des membres de cette réunion, le seul peut-être, qui, en étalant devant ses aveugles collègues les ressources si palpables de son art, eût pu relever leurs courages abattus, l'ingénieur en chef du fort acheva, par ses lâches discours, d'étouffer dans ces âmes pusillanimes ce qu'il y restait de honte; et il ne se rencontra qu'un homme, un seul, le commandant de l'artillerie, le brigadier Keating, qui brisa contre un mur de la salle des délibérations, la plume qu'on lui présentait pour se déshonorer!

capitulation. — Le 8 frimaire (28 novembre), à l'heure convenue, à 9 heures du matin, nous nous présentâmes aux portes de la place. Torres, espérant sans doute qu'on lui épargnerait une dernière humiliation, était à la messe; mais on exigea qu'il vînt lui-même nous remettre ses clefs.

Nos soldats alors pénétrèrent dans cette superbe forteresse, où tout était intact et neuf, où l'on comptait bien réellement 9,107 hommes qui, ayant à leur disposition 171 bouches à feu et 200 milliers de poudre, n'avaient pas, pour retarder d'une heure l'entrée dans leur citadelle de 14,000 Français dépourvus de poudre et de canons de siège, n'avaient pas brûlé une amorce ! Ce fut bien une autre surprise encore pour les nôtres, quand ils découvrirent ces immenses magasins encombrés d'approvisionnements de toute sorte, dont Pérignon ne pouvait répondre de dresser en deux mois, avectout le zèle possible, l'état complet (1). Nous n'en revenions pas de notre étonnement. « Eh! que manquait-il donc à vo-

ÏIYRES.

(1) Voici cet état complet :

10,000 quintaux et 820 barils de farine. 2,266 — de biscuits.

31 bœufs vivants.

2,000 moutons vivants.

1,804 quintaux de salé.

800 — de morue sèche.

1,108 — de riz.

3o0 — de haricots et pois chiches. 6,390 saxègres (environ 11,534 hectolitres) d'orge. 2,000 — de fèves.

200 quintaux de fromage.

6 — de vermicelle.

2 — de semoule.

10 — de tabac à fumer.

3 — de savon en briques.

100 saxègres de sel.

2 quintaux de poivre.

20 livres de canelle.

20 — de girofle et d'épices diverses. 8 — de safran.

65 — de chocolat.

\ 2 quintaux de chandelles.

/ 1,000 pipes de vin roug<\ I 80 — d'eau-de-vi^'.

j 30 — de vinaigre.

\ 157 quintaux d'huile.

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