VALLÉES LATÉRALES AU GRAND BASSIN DE LA CATALOGNE
vallée du haut llobregat. — La guerre défensive de 1793 à 1795 n'a fait qu'effleurer ce bassin. Nous n'entreprendrons donc pas de le décrire dans toute son étendue ; mais nous allons en aborder la partie la plus intéressante, c'est-à-dire signaler les rapports qu'il a par la Sègre avec notre frontière , les passages par lesquels on peut l'atteindre, ses voies essentielles et ses principaux nœuds de communication.
Ce bassin a pour encadrement, d'une part la chaîne qui borde la rive gauche de la Sègre jusqu'à son embouchure dans l'Ebre, et de l'autre un puissant contre-fort qui, un peu à l'ouest du col de Tosas, se détache de cette chaîne et se dirige sur Barcelone où le Llobregat se jette dans la mer (à 7 kilomètres au sud de cette place), en imprimant à la côte, par ses alluvions, une saillie prononcée.
Cette dernière circonstance est toujours, dans les pays de montagnes, un témoignage de la puissance du relief des bassins où s'alimentent les torrents. Le Llobregat en offre une nouvelle preuve ; car son bassin est un entassement perpétuel de hautes montagnes qui ne s'effacent que sur la côte. Aussi ce bassin du Llobregat est-il le centre de résistance, le réduit de la haute Catalogne.
Cherchons comment il faut attaquer ce réduit. Evidemment, on ne peut l'aborder avec avantage que par le côté d'amont. Or, toutes les vallées qui composent le bassin de réception du Llobregat, prennent naissance sur le revers méridional de la portion de chaîne comprise entre le col de Port à la hauteur d'Urgel, et les montagnes de Tosas en face de Puigcerda ; portion de chaîne dans laquelle, comme nous l'avons vu en parlant de la vallée de la Sègre, s'ouvrent les cols de Port, deCreu, de Tanca-la-Puerta , de Pendix et de Jou. Suivons donc les rampes qui, de ces cinq cols, descendent dans le bassin du Llobregat.
Le col de Port, qui vient le premier à l'ouest, conduit en 9 heures de la Seu d'Urgel à Pedra-Sorca, hameau qui s'élève aux sources du Cardoner, principal affluent du Lobregat. On descend le Cardoner jusqu'à Cardone, ce réduit pour les temps de malheur, comme l'appellent les Catalans. C'est une ville de 600 feux, entourée de murailles, dominée par un château fort qui se relie à son enceinte, et soutenue en outre par deux pièces détachées : une tour romaine appelée
la Minona, et le réduit de Bolcera. Cette place, qui marque le centre de la Catalogne, est un nœud remarquable de communications. De là en effet on peut se porter : 1° au nord, sur Berga que nous allons retrouver tout à l'heure ; 2° à l'ouest , sur la Seu d'Urgel , par un chemin beaucoup plus commode que celui de Port, par Salsona, Orlina et la Sègre; 3° au sud-est, sur Manresa d'où l'on gagne, soit Lérida, soit Barcelone, soit Girone par Vich.
Les passages de Creu et de Tanca-la-Puerta ont le même débouché que le col de Port : Pedra-Sorca.
Les cols de Jou et de Pendix ont aussi un même point d'arrivée, Baga aux sources du Llobregat et à 4 lieues de la frontière. Ce bourg, de 250 feux, est fermé par un mur. De là on peut descendre à Berga, autre poste militaire, ou bien remonter par la Pobla de Llillet et gagner le col du pla de la Anella qui débouche à Tosas, dans Tune des branches de la vallée de Ribas.
Ce col d' Anella, qui s'ouvre entre le Llobregat et le Ter, est beaucoup plus facile que les passages qui versent dans la Sègre; tellement que, quand, de cette dernière vallée, on veut passer dans le Llobregat , il y a avantage à franchir d'abord le col de Tosas pour prendre à Tosas même le chemin du plateau d'Anella. D'où il suit que la position de Tosas, qui menace à la fois le Llobregat et le Ter, est une des plus importantes de ces montagnes. Le fameux bourg de Castellard de Nuch (2e vol., p. 316) surveille le chemin de la Pobla à Baga.
A ces trois derniers noms qu'on ajoute Pedra-Sorca, et l'on aura la liste des premiers postes où, dans une guerre défensive comme dans une entreprise contre la haute Catalogne, il convient de prévenir l'ennemi, soit pour mettre la Sègre à l'abri du Llobregat, soit pour s'avancer sur Berga, Cardone et Salsona, seconde série de points essentiels à occuper , quand on veut agir offensivement dans le bassin que nous venons de parcourir.
vallée de haut ter. — Encaissé, depuis ses sources jusqu'à son embouchure, par deux longs contreforts de la chaîne pyrénéenne, le Ter coule d'abord du nord au sud, puis, à 5 myriamètres environ de la frontière, il se retourne à l'est et va se jeter dans la mer, un peu au-delà du golfe de Roses. Il présente donc successivement une ligne d'attaque et une ligne de défense (2e vol., p. 94). Nous ne nous occuperons que do la première, et même, nous nous arrêterons, comme l'invasion française en 1794, à Ripoll, qui marque précisément la limite du bassin de réception de la vallée du Ter.
Ce bassin est ain^i formé :
Des flancs du Puig Mal d'une part, et du pic de Costabone de l'autre, descendent quatre torrents : le Ri part, le Freiser, le Ter proprement dit, et le Riutort. Le Ripart et le Freiser se réunissent à Ribas, le Ter et le Riutort à Campredon ; et les eaux de Ribas et de Campredon vont se confondre à Ripoll, où commence le canal d'écoulement de la vallée.
Tous les cols qui s'ouvrent sur la grande chaîne dans la portion que sous-tendent ces quatre branches , sont donc autant de passages qui permettent de se porter du versant septentrional des Pyrénées, c'est-à-dire de la Sègre, de la Tet et du Tech, dans la vallée du Ter.
Ces passages, nous les connaissons , et ils sont au nombre de 13 : les cols de Tosas, du Pla des Salines, de Mayens, de la Croix de Mayens, de Fenestrell et d'Eyne, qui correspondent à laSègre (2e vol., p. 369) ; les cols de Naufonds", de Jegane, de Mantet et de Prégund, dont l'entrée donne sur la Tet ; et les cols des Aires, de Vernadell et de Malrem,que Ton gagne du haut Tech (1er vol., p. 282et283\ Les rampes qui descendent de ces 13 passages se groupent comme les affluents supérieurs du Ter : elles convergent vers quatre points situés en tête des quatre gorges qui versent leurs eaux dans les vallées de Ribas et do Compredon. Ces noeuds : Doria et Nuria d'une part (à 3 h. 1/2 et 4 h. 1/2 de Ribas), les Sept-Cases et Mollo de l'autre (à 5 et 4 h. de Campredon), sont donc les clefs du haut Ter. Le général Dagobert regardait Mollo comme la clef de la haute Catalogne.
Mais les expéditions de Ribas, de Campredon et de Ripoll, nousont fait suffisamment connaître cette ramification de vallées, ainsi que les cheminsquilessuivent(lervol.,p.178-l8l,et2e vol., p. 115 et 125). Quant aux chemins qui les traversent, ceux qui abordent directement le bassin du Llobregat, nous les avons signalés plus haut (voir le Llobregat), et ceux qui pénètrent dans la Fluvia et dans la Muga, nous en parlerons en décrivant ces deux vallées. Nous ajouterons seulement que ces communications latérales ne sont pas interrompues par l'énorme éperon de la grande chaîne qui sépare les vallées de Ribas et de Campredon, et que l'on trouve, pour franchir cet obstacle, trois traverses : la première, entre Nuria et les Sept-Cases; la seconde, entre Ribas et Campredon, par Perdinya; et la troisième, entre Bruguera en aval de Ribas, et San-Juan de las Abadessas. Les deux dernières ne sont pas impraticables à l'artillerie, et le général Doppet, en 17!li. a fait passer son canon par Perdinyas (2e vol., p. 1 18 .
Nous ne reviendrons pas non plus sur les propriétés- stratégiques du Ter, et nous nous contenterons de rappeler que cette vallée tourne
toutes les défenses qui précèdent Girone, cette porte de la Catalogne inférieure (1).
vallée de la. fluvia. — De tous les torrents qui sillonnent le revers méridional des Pyrénées, aucun n'accuse plus nettement que la Fluvia les trois parties dans lesquelles se décomposent la plupart des vallées de ces hautes régions. Mais déjà la campagne de 1795, qui a eu pour principal théâtre les bords de la Fluvia, nous a fait connaître deux de ces trois parties : le canal d'écoulement qui a son goulot vers Bezalu, et le lit de déjection qui commence à Bascara. Il ne nous reste plus donc qu'à décrire la charpente compliquée de son bassin de réception, bassin qui a pour nous d'autant plus d'intérêt, qu'il est le point d'attaque de la meilleure des lignes de défense de la haute Catalogne.
Ce bassin se présente sous la forme d'une sorte de quadrilataire qui a pour périmètre les quatre lignes ou-courbes suivantes :
1° Le chaînon des Pyrénées compris entre les deux points de la chaîne qui correspondent, par rapport à la vallée du Tech, aux hauteurs du Corail et de Saint-Laurent-de-Cerda. Ce tronçon de la grande chaîne a la forme d'un arc de cercle dont la concavité regarde le sud. 2° Le contre-fort qui, de l'extrémité gauche du chaînon ci-dessus, s'élance au sud et marche ainsi l'espace de 7 à 8 lieues, en encaissant d'autre part la rive gauche du Ter.
3° La branche que ce contre-fort détache vers l'est, pour accompagner le Ter dans la seconde moitié de son cours. Cette branche décrit une demi-circonférence ouverte au sud et dont le sommet vient planer au-dessus de Bezalu.
4° Le contre-fort qui part de la grande chaîne entre le col de Yillaroja et la source de la Muga, qui serpente ensuite vers le sud, a pour jalons les pics de Bassagoda et de Nostra Seiïora del Monte, et vient, par Maya, expirer sur la Fluvia, en face de Bezalu.
(1) Girone est le point de la Catalogne d'où rayonne le plus grand nombre de voies de communication, et, pour en donner une idée, nous nommerons les principales :
Boutes : de Barcelone et de France. — Chemins à charrettes (carrateras) : de San-Feliu de Guixols, Santa-Caloma de Farnès; de Tayalaet Basca.no; de Torruella de Montgri, la Bisbal et les villages de la Marine; de Bezalu et d'Olot ; de Castella, Fornells et Camdura. — Chemins muletiers : de l'ermitage de los Angeles pour la Bisbal; de l'ermitage de San-Miguel pour les villages de San-Medir et San-Gregorio; de la ville d'Amer, en partant de Sarria; le chemin de la rive droite du Ter à la naissance du canal des Moulins, d'où part un sentier pour Olot.
Girone est à 19 heures de Barcelone, 7 d'Hcstalrich , 7 de Figuères et 7 de Roses.
L'ensemble de ces quatre courbes figure les trois quarts d'un cirque ouvert à l'est.
Une multitude de gorges déchirent les parois de cet entonnoir. Les principales sont :
1° La gorge d'Olot. — Elle s'ouvre dans l'angle formé par le contre-fort occidental et la branche qui accompagne le Ter dans son inflexion vers l'est. Elle court donc ainsi du sud au nord, et, laissant Olot à gauche, elle va tomber dans le fond de l'entonnoir à 2 kilomètres en amont de Castellfullit.
2° La gorge de San-Salvador. — Elle se dirige perpendiculairement à la précédente, de l'ouest à l'est, dans le sens du canal de la Fluvia dont cet affluent supérieur est le véritable berceau. L'origine de celui-ci correspond, sur le Ter, à la hauteur de la Real, à une lieue au-dessous de Campredon.
3° La gorge de San-Miquel d'Oix. — Elle descend du revers oriental de la montagne de San-Anlonio, dont le versant opposé regarde Campredon ; elle trace ensuite deux grands lacets, puis elle débouche dans le thalweg de la Fluvia, à une lieue au-dessous de Castellfullit.
!x° La gorge de Bajet. — Elle prend naissance dans l'angle formé par le contre-fort occidental et la grande chaîne, longe le pied de celleci depuis Bajet jusqu'en face de Bassagoda , puis là se retourne-au nord pour se confondre bientôt avec la gorge précédente.
5* La gorge de Monteras. — Elle commence sur le revers méridional du massif de Bassagoda et finit un peu au-dessus de Bezalu. Son embouchure marque l'extrémité inférieure du bassin de réception de la Fluvia.
Ces gorges sont autant de rampes pour aborder le bassin qu'elles alimentent. Parcourons ces voies de communication.
De Vich, par un chemin qui n'est pas impraticable à l'artillerie, on gagne à Grau, au-dessus de San-Estevan, la crête de partage des bassins du Ter et de la Fluvia, et l'on descend à Olot, poste militaire qui occupe le centre d'une petite plaine industrieuse, fertile en blé, et dont la guerre peut tirer quelques ressources. Ainsi, en 1690, le duc de Noailles ayant pris ses quartiers de rafraîchissements dans cette plaine d"0!ot, y entretint pendant 26 jours, « et sans être obligé de fourrager à plus d'une lieue et demie de son camp, » Il bataillons d'infanterie et 26 escadrons. Ces troupes gagnèrent ensuite directement San Juan de las Abadessas. La Cuesta, en 1794, suivit la même voie. (2e vol., p. 122.)
Au-dessus de San-Juan, vers les ruines de l'ancien château-fort de la Marinière , on retrouve une ancienne voie romaine qui , franchis-
sant un chaînon déprimé de la berge gauche du Ter (2e vol., p. 129), vient tomber dans la gorge de San-Salvador, laquelle débouche à Castellfullit. Ce poste et celui de la Marinière, qui gardaient les deux extrémités de la voie, ont été démantelés en 1694.
II reste toutefois à Castellfullit un château-fort, mais en assez mauvais état.
Continuons à remonter le Ter, pour prendre à leur origine les rampes qui de là pénètrent dans le bassin de la Fiuvia.
Nous arrivons à Campredon, d'où partent vers l'est deux chemins : l'un pour Olot, qui redescend à Castellfullit ; l'autre qui tourne ces deux petites places. Ce dernier traverse le faîte des deux vallées au col de San-Feliu; il longe ensuite la berge droite du val d'Oix, puis il rencontre , à égale distance de Castellfullit et de Bezalu , le chemin de la vallée qui , en ce point , commence à être carrossable. Il l'était jadis à partir de Castellfullit ; car, en 1694, il fut ouvert sur une largeur de 2 toises et sur un développement de 6,000, par 10 bataillons français « qui firent ainsi passer du canon par où des chèvres « n'avaient jamais passé. »
Viennent ensuite les rampes qui descendent de la frontière par les cols de Malrem, de Collit, de Falgur et de Villaroja, lesquels mettent le Tech en communication avec la haute Fiuvia. Ces rampes tombent toutes dans le val de Bajet, d'où l'on gagne la gorge de Monteya, qui rencontre la Fiuvia un peu en amont de Bezalu. Mais telle est l'âpreté de ces communications directes, que, lorsque, duYallspire, on veut se porter dans le bassin de la Fiuvia, ce qu'on a de mieux à faire, c'est de passer par le col des Aires et par Campredon.
C'est à Bezalu que commence le canal d'écoulement de la Fiuvia. Ses berges, dès lors, perdent peu à peu leur aspect sauvage et les épaisses forêts dont leurs parties supérieures sont hérissées. Le chemin du thalweg continue sur la rive gauche qui domine la droite. Celle-ci, néanmoins, quoique plus escarpée, n'oppose plus d'obstacle à la circulation. Mais nous connaissons cette seconde partie du cours de la Fiuvia.
Nous en dirons autant de la troisième, du lit de déjection qui commence à Bascara et se perd dans les marais d'Ampurias.
vallée de la siUGA ou bassin de l'ampurdax. — La campagne de 1794 nous a déjà fait connaître les détails de ce vaste bassin, eu sorte qu'il ne nous reste plus qu'à rassembler nos descriptions partielles dans un tableau d'ensemble que nous allons esquisser à grands traits et dans l'ordn suivant ;
1° L'encadrement du bassin et les passages qui franchissent celte enceinte.
2° Les cours d'eau et les lignes faîtières qui les séparent. Encadrement du bassin. — Cet encadrement est formé : 1° Au nord, par les Pyrénées, depuis la source do la Muga jusqu'au pic Sallfore.
2° A l'ouest, par la branche que le Sallfore lance vers Roses, branche qui n'est autre que la continuation de la grande chaîne, laquelle remplit de ses derniers rameaux le cap que termine la pointe de Creu. (lpr vol., p. 279.J
3° A l'est, par le contre-fort qui, de la source de la Muga, se dirige sur Nostra-Senora del Monte.
4° Enfin au sud , par un appendice du massif de Nostra-Senora del Monte, lequel, de Beuda-Sagaro, va, par les hauteurs au-dessus et au nord d'Esponella, tomber dans la plaine vers Pontos, d'où une nervure, qui se prolonge le long de la rive gauche de la Fluvia, le continue jusqu'aux marais de San-Pedro Pescador.
Passages. — Les passages ou cols par lesquels on franchit celte enceinte sont au nombre de 47. Parcourons-les successivement, en allant du sud au nord.
Les deux premiers appartiennent à la dernière branche de l'encadrement ci-dessus ; ce sont :
Le col de Pedrinya, auquel on monte de Bezalu par Dosques. On gagne ensuite Cabanellas et Navata, d'où Figuières. Le passage de l'Alga, vers Casamor, est le seul mauvais pas de cette traversée (2e vol., p. 125) ;
Le col de Beuda-Saguro, que l'on prend un peu au-dessus de Bezalu. On tourne les sources de TAIga, on traverse San-Martinde Sasseras et Llado, et l'on rejoint à Navata le chemin de Figuères.
Les deux cols suivants s'ouvrent dans le contre-fort oriental (n° 3}; ce sont :
Le col de Nostra-Senora del Monte. On part de Monteya sur la haute Fluvia et l'on descend à Llado ;
Le col de Bassagoda. Il a pour point de départ le village de Bassagoda, et pour point d'arrivée Llorona, aux sources du Manol (2e vol., p. 144 et 145;.
Ces quatre passages tournent Figuères.
Les 39 suivants sont des cols de la grande chaîne, que nous avons détaillés dans les notes topographiques de notre i* volume, p. 283 et 285. Rappelons-les succinctement.
Deux versent à Saint-Laurent de la Muga : les cols de Villaroja et des Orts;
Trois à Massanet;
Six entre La Bajol et Agouillane;
Huit à La Jonquère;
Cinq à Recasens ;
Treize à Espolla ;
Deux à Padret, au nord des marais de Castillon.
Enfin, quatre rampes, qui partent de Colera, de Llança, de la Selva et de Cadaques, franchissent le crochet méridional de la grande chaîne (n° 2) et aboutissent, les deux premières à Garrigollas et les deux autres à Roses.
Ces 47 passages donnent naissance à une infinité de chemins et de sentiers qui se croisent en tous sens dans le bassin de la Muga. Mais une carte seule peut servir de guide dans ce dédale de communications, qui, toutefois, suivent généralement les cours d'eau que nous allons décrire.
Cours d'eau. — Tous ne sont pas, à la rigueur, tributaires de la Muga, car l'Aiga et le Manol se déchargent directement dans les marais de la côte. Mais comme, à la moindre inondation, ces marais envahissent la côte tout entière, ils peuvent être considérés comme l'épanouissement de l'embouchure de la Muga, et celle-ci, par suite, comme le déversoir définitif de l'Aiga et du Manol.
Quoi qu'il en soit, pour en finir de suite avec ces deux cours d'eau, les seuls que l'on rencontre sur la rive gauche de la Muga, rappelons que l'Aiga descend du massif de Nostra-Senora del Monte et aboutit aux Marais de Ciurana, derrière lesquels nous avions pris position en 1795; et que le Manol, dont il a été si souvent question, vient des hauteurs de Llorona, reçoit à gauche les torrents de Sistella et de Terradas, passe au sud de Figuères et va étaler ses eaux bourbeuses dans les marais de Castillon (2e vol., p. 275 et 311).
Reste donc à parler de la Muga et ses affluents de gauche.
Nous avons vu (lcr vol., p. 277) qu'une portion de la grande chaîne, qui correspond à Pratz de Mollo, est couronnée par un large plateau d'un myriamètre environ de longueur. C'est vers l'origine de ce plateau que la Muga prend naissance. Elle parcourt dans toute son étendue cetle crête aplatie, et trace ainsi la ligne-frontière jusqu'à ce que, rencontrant le relèvement des Orts, elle se précipite brusquement sur le territoire espagnol. Là, torrent impétueux et roulant au fond d'une gorge qui ressemble à un long précipice, elle contourne d'abord les rochers d'Albanya et la croupe de la Magdelaine, puis, arrivée de-
vaut la fonderie de Saint-Laurent, elle prend une direction définitive vers le sud-est. Elle débouche en plaine au Pont-des-Moulins , coule à pleins bords sur un lit vaseux et se perd enfin dans les marais de Castillon (2e vol., p. 101).
Si l'on fait abstraction d'une multitude de ravins insignifiants qui déchirent l'étroite crevasse où est emprisonnée la Muga depuis sa chute sur le territoire espagnol jusqu'à Pont-des-Moulins, les affluents de droite de cette rivière se réduisent à deux : le Llobregat et le torrent de Padret.
Celui-ci, qui longe le pied du dernier chaînon de la grande chaîne, du chaînon qui sert de base au cap de Creu , le torrent de Padret n'a qu'une médiocre importance, et il suffira de le nommer, en sorte que lo Llobregat résume à lui seul tous les affluents de la Muga.
Le Llobregat, en effet, recueille toutes les eaux du revers méridional des Pyrénées, depuis les montagnes à l'est de Saint-Laurent jusqu'au Sallfore. Il descend du Pertus, suit à gauche la grande route qu'il traverse au pont de Camany, puis, entraîné vers le sud-est par son principal affluent de droite, le Ricardell, il se dirige sur Perelada où la chute de plusieurs torrents qui se précipitent ensemble du nord sur sa rive gauche, lui rend sa première orientation vers le sud. Alors il va se jeter dans la Muga, au milieu de la plaine.
Parcourons maintenant les affluents du Llobregat en suivant la crête de la grande chaîne.
Dans l'angle que celle-ci décrit au-dessus de Massanet, nous voyons se déployer un large éventail de ravins : ce sont autant de torrents qui se réunissent bientôt pour donner naissance au Ricardell. Lo Ricardell coule d'abord parallèlement à la Muga, reçoit à gauche le ruisseau de Darnius , s'enfonce dans la gorge de Rioure, en débouche pour couper la route, et se jette presque immédiatement dans le Llobregat.
Le reste de la grande chaîne jusqu'au Pertus, n'envoie plus ses eaux au Llobregat que par une série de petits affluents parmi lesquels le torrent d'Angouillane, qui descend du massif des Salines. Blérite seul d'être remarqué.
Viennent ensuite les eaux des Albères. Elles sont toutes tributaires de la rive gauche de Llobregat , et les gorges de Camany et de Cautallops s'y déchargent d'abord séparément, puis toutes les autres à la fois, par un seul et même canal où elles ont commencé par se réunir, un peu au-dessus de leur commune embouchure.
Lignes faîtières. — Ces lignes, dont les cours d'eau que nous venons de parcourir ne sont en quelque sorte que les entre-axes, cons-
tituent la charpente intérieure du bassin de la Muga, c'est-à-dire la partie de ce bassin qui, après son enceinte extérieure que nous venons de tracer, nous importe le plus de connaître. Mais cette charpente intérieure, nous l'avons détaillée dans le cours de nos deux campagnes de Catalogne, et il ne nous reste plus qu'à rappeler les pages de notre texte où le lecteur trouvera les matériaux d'un travail qu'il serait oiseux de reproduire.
Entre l'Alga et le Manol. — Cette bande de terrain présente trois positions remarquables : Nostra-Senora-del-Monte (2e vol., p. 282), Llado (p. 251) et Navala (p. 278).
Entre le Manol et la Muga. — Ce chaînon, qui se rattache aux hauteurs de Llorona , s'affaisse devant Saint-Laurent de la Muga , se relève à la Magdelaine et se termine au plateau de Llers ; ce chaînon a servi de théâtre à trois batailles et à deux combats qui le font suffisamment connaître. (Voir les batailles de Saint-Laurent et des lignes de Figuères (1^ et 2e journées), et les combats de la Fonderie et de Sistella.)
Entre la Muga et le Ricardell. — Etroite bande de rochers qui descend de Nostra-Senora-del-Fau et se termine au plateau de Roure (1« vol., p. 102 et 147).
Entre le Ricardell et le ruisseau do Darnius. — Autre bande de rochers qui descend du massif des Salines et s'arrête à la rencontre des deux torrents qu'il sépare, à la Roca Malera (2e vol., p. 158).
Entre les ruisseaux de Darnius et d'Agouillane. — Contre-fort des Salines qui s'affaisse et se divise à hauteur d'Agouillane et qui se termine par le relèvement de la Montagne-Noire (2e vol., p. 159, 164 et 179).
Le versant des Albères. — Nous avons vu que ses contre-forts, tous transversaux, courts et abrupts, sont continués par des enchaînements irréguliers de collines , parmi lesquelles on rencontre çà et là quelques petites plaines, comme celles de Vilarnadal, de Mollet, et le quadrilataire compris entre Espolla , Saint-Clément, Massarach et l'Orlina (2e vol., p. 139, 151 et 177).
la cote. — Supposons que, du pic qui termine à l'est la chaîne des Albères, du Sallfore, on tire sur Roses une ligne droite, et que l'on considère l'espace compris entre cette ligne et le rivage : tout cet espace est rempli par un entassement de montagnes et de rochers qui forment la croupe de Pyrénées orientales. Seulement, la mer laisse courir çà et là, entre elle et le pied de ces rochers, une étroite zone de terre qui compose le bassin côtier dont il nous reste à parler (1er vo|., p. 279 1.
Celte côte, toute dentelée, présente une multitude de criques, mais •lort peu de mouillages où des bâtiments de guerre puissent trouver un abri un peu sûr. On y distingue cependant trois points de relâche qui ne manquent pas d'une certaine importance : Llança et la Selva de Mar, entre la pointe de Cerbère où commence le territoire espagnol, et le cap Creu où les Pyrénées finissent; et, de l'autre côté du promontoire, le petit port de Cadaques.
La rade de Llança est largement ouverte aux vents les plus dangereux de ces parages, aux vents de l'est ; elle est en outre précédée d'un îlot et de plusieurs récifs. Aussi est-elle tristement renommée.
La Selva, qui s'ouvre en plein nord, est mieux abritée de l'est. Son port est d'une bonne tenue et peut recevoir de grands bâtiments. Quand le cabotage ne peut doubler le cap Creu, ce qui arrive fréquemment en hiver, c'est à la Selva qu'il relâche.
Cadaques, qui regarde le sud-est, et dont l'entrée est assez rétrécie, peut abriter 10 vaisseaux de haut bord.
Les communications par terre de ce bassin côtier avec le territoire français et même avec la plaine de l'Ampurdan , sont des plus pénibles.
On y pénètre, de notre territoire, par les cols de Sourou , de los Frayles ou Frares, et de Belistre (1er vol., p. 285). On descend à Colera, qui a figuré dans nos campagnes révolutionnaires, et notamment dans la bataille du 26 thermidor 1794 (1er vol., p. 191 et 193 et 2e vol., p. 152). De là, un mauvais chemin conduit par Llança à la Selva où s'arrête définitivement la circulation le long de la côte. Une seconde traverse va de Colera, par Vilamaniscle, aboutir à Perelada que l'on peut aussi gagner de Llança, en passant par Garrigollas et la tour de Mala-Yeyna. Egalement, de la Selva, on peut gagner l'entrée de la plaine par Palau-Saverda, et ce chemin, tout mauvais qu'il est, nous a été fort utile pour le transport de nos munitons devant Roses, quand nous avons assiégé cette place (2e vol., p. 275 . Cadaques a aussi avec Roses une communication, mais si mauvaise, que les Espagnols la regardent comme équivalente à 25 lieues de route en plaine.
Dans les campagnes de 1794 et 1795, la brigade Victor était chargée de veiller sur cette côte depuis Roses jusqu'au cap Cerbère, tandis que la division Marbot gardait notre littoral jusqu'aux Bouehes-du- Rhône. Mais cette défense ne reçut une organisation complète qu'au printemps de l'année suivante, lorsqu'on crut un moment que toutes nos frontières maritimes étaient menacées. Ces menaces aboutirent à Quiberon, et les escadres espagnoles se bornèrent, pour
leur part, à deux démonstrations sur Roses, lesquelles furent repoussées sans peine (2e vol., p. 290 et 292) (3).
Nous avons décrit (2e vol., p. 230 et 231) le golfe de Roses et le port qui a remplacé celui d'Ampurias, dont on peut aujourd'hui re-
(1) Voici quelle était, en 1795, l'organisation de cette défense. COTE FRANÇAISE.
(V. la description de cette côte, 1er vol., p. 298 et 299.)
Sur le petit Rhône, à Silvereal, entrepôt de tout ce qui arrivait par le fleuve à l'armée des Pyrénées orientales — une redoute et 150 hommes.
Au Grau du Roy qui dégorge l'étang de Repausset, et à la Jasse de Candillargues, entre l'étang ci-dessus et celui de Mauguio — deux postes fournis par la garnison d'Aiguesmortes, et du canon de campagne.
Sur la montagne de Cette — 1,500 hommes 2 compagnies d'artillerie.
Du pont des Onglous au-dessus de l'étang de Thau, jusqu'au Grau d'Agde — les garnisons d'Agde et du fort Rrescou, renforcées de 7 pièces de bataille avec leurs servants.
Du Grau d'Agde à l'embouchure de l'Obe (Grau de Sérignan) — 300 hommes et 3 canons, établis à Vias et à Portiragues. En arrière, à Béziers, rassemblement des gardes nationaux du pays.
De l'embouchure de l'Obe à celle de l'Aude (Grau de Vendres) — troupes mobiles rayonnant de Vendres.
Au cap Saint-Pierre, roc isolé au milieu d'une plage de sable — une batterie dite des Sans-Culottes.
Les défilés d'Armissan et de Gruissan, qui débouchent sur Narbonne, étaient gardés.
A la Nouvelle — 4 pièces de 24
A la Palme — 100 hommes et 2 canons.
De l'étang de la Palme à la montagne de Leucate — ancien retranchement portant, à chacune de ses extrémités, 3 pièces de 24.
La plage entre l'embouchure de l'Aude et Leucate était gardée en outre par 8 tours en maçonnerie.
La butte appelée la montagne de Leucate était organisée de la manière suivante :
Sur la plage à gauche, devant le mouillage de la haute Frauqui — batterie dite de Dugommier, de 6 pièces de gros calibre;
Sur la plage à droite, devant la basse Franqui — les trois batteries Marbot reliées par des murs en pierres sèches, chacune de 2 pièces;
Dans l'intervalle et à mi-côte — 5 pièces de 8 et 1 de 24, qui composaient l'armement des batteries Soubrany et Milhaud ;
Enfin au sommet de la butte, à 15 mètres au-dessus de la mer, le réduit de la Matte.
De l'étang de Leucate à l'embouchure'de la Tet — trois redoutes :1° sur l'emplacement de l'ancien château Saint-Ange, 2" à Saint-Laurent de laSalanque, 3° à Sainte-Marie. Chacune portait 2 pièces de 24.
De la Tet au Tech — une batterie armée dite des Cabanes' de Canet, et quatre épaulements non garnis, 1° aux Basses de Canet, 2° à la Coulle de Llança, 3° à Saint-Cyprien,4° au Pillon. Ces épaulements avaient été dressés pour recevoir l'artillerie volante des troupes mobiles qui gardaient l'arrondissemen' de Perpignan, depuis Saint-Laurent jusqu'à Argeles.
Ces troupes se composaient de 2,500 fantassins, 250 cavaliers et 21 pièces de
trouver encore, à l'embouchure de laFluvia, des traces remarquables. A l'embouchure du Ter, les rochers reparaissent jusqu'aux îles de las Meclas, ou commence une alternance de sables et de falaises qui se continue jusqu'à Barcelone.
campagne servies par trois compagnies de canonniers gardes-côtes.EUes étaient
ainsi distribuées :
A Saint-Laurent de la Salanque. 400 baïonnettes 6 pièces
A Sainte-Marie 300 » 2 »
A Villalongue 300 » » »
Dans la Salanque » » » » 100 chevaux.
A Canet 403 » 2 » »
A Saint-Nazaire 300 » 2 » »
A Saint-Cyprien 400 » 4 » 50
A Argeîes 400 » S » 100
Ces forces mobiles correspondaient entre elles par les vigies de Sainte-Marie, de Saint-Nazaire, de Saint-Cyprien, du moulin d'en Souret et de Saint- Elme.
De l'embouchure du Tech à Collioure — batterie de Sine, de 2 pièces de 24.
Dans la sphère d'action de Collioure, le Moulin, la Justice, le Miradoux, le Château , Saint-Elme , la batierie de la Raison ( entre Collioure et Port- Vendres), réunissaient 40 pièces.
Port-Vendres n'en avait que 7 : 1 de 12 au Fanal; 1 ici. à la Presqu'île; 2 de 24 à Mailly ; 3 ici. à Béarn.
Aux anses Pollies — 2 canons de 24 au fond de la Calle, et autant, plus un mortier, à la pointe d'Oullustrell.
A Banyuls-sur-Mer — 2 pièces de 24 à gauche du port, et 1 à droite.
Enfin, au cap Cerbère — 2 pièces de 24 complétaient l'armement de la côte française.
Total pour cet armement : 150 bouches à feu. Quant au nombre des défenseurs, il serait difficile de le préciser (2e vol., p. 280), mais on peut, en moyenne, l'évaluer à 8,000 hommes.