CAMPAGNE DE SAXE
J'étais dans Tétat que Ton a vu lorsque le 30 mars je reçus à quatre heures après midi Tordre de partir le lendemain avant jour; il fallut en toute hâte arranger mes affaires et celles du régiment. J*y employai toute la nuit et je partis avec le bataillon de fusilliers que je commandais encore. Le 31 mars, à six heures du matin> nous fimes halte à Bondi et nous couchâmes à Claye. Je fus logé au u Cheval Blanc ».
Le 1®^ avril, nous déjeunâmes à Meaux, à l'hôtel de « la Sirène », il est renommé pour la bonne chère que Ton y fait, et nous couchâmes à Laferté. Je fus logé à « la Croix Blanche ; il fit pen* dant toute la journée un vent violent qui fatiguait beaucoup les soldats, qui n'étaient pas encore habitués à la marche.
Le 2 avril, à Château Thiery, nous eûmes un chemin détestable et une pluye froide pendant la marche ; le soir il fit un violent orage et il tomba
une grande quantité de grelle. Le 3^ nous fime» séjour; je visitai la ville^ qui est divisée en deux par la Marne ; c'e^ la patrie de Lafonlaino, on y voit encore la maison qu'il habitait.
Le 4, à DormanSy la journée fut courte et le temps charmant; les soldats n'en étaient pas moins fatigués, on leur faisait faire une heure d'exercice après être arrivés au logement, et pendant la route, à chaque repas^ quelque temps d'exercice, former les faisceaux et rompre par peloton de façon que ces corps n*ont eu avant d'aller à ronnemi d'autre instruction que celle qui leur a été donnée pondant la route.
Le 5, à Epernay, je fus logé à « la Croix d'Or », mais je dinai avec le capitaine Hilaire et sa famille, ce sont de très braves gens qui m'accueillirent de la meilleure grâce du monde.
Les 6 et 7, à Châlons, je fus logé au palais impérial. On peut observer que les maires nous logent toujours dans des hotols parce que au moyen de ce que nous y mangeons, on a bien soin de nous faire payer très cher notre logement.
Le 8, à Auve, c'est un des plus pauvres villages de la France, aussi toutes les troupes furent disséminées dans les environs.
Le 9, nous déjeunâmes à Sainte-Menehould, on y mange un met qui porte le nom de cette
vUlé et qui est en effet très bon. Nous couchamoâ à Clermont ; je fus logé à Taubergo de Saint-Nl* colas.
Le 10 et le 11, à Verdun, je logeai chez mon ancien hôte, M. Michel, et le lendemain je dînai chez M. do Marbœiif.
Le 12, à Mars-Latour. Il fit une chaleur et une poussière insuportables.
Le 13, à Metz, je fus logé au Faisan. Nous continuamos à faire nos exorcicos. Nous fimes une visite au général Lorges, qui commandait la division et au préfet.
Le 14, à Courcelles. C'est un petit village ou les troupes ne logent ordinairement pas. Le prince de Wagram dina à Thôtel où j'étais logé.
Le 15 et le 16, à Saint-Avold, je logeai à la Carpe ; le soir il fit beaucoup d'éclairs et do tonnerre et il tomba une pluye d*orago qui couvrit tous les chemins.
Le 16, l'Empereur dina à la poste; il dôrfna 50 napoléons pour son dino et 100 francs à la fille qui l'avait servi.
Le 17, à Saarebtuck, logé à Thôtel des Trois- Colombes.
Le 18, à Hombourg, à la Poste.
Le 19, à Landsthut, à Lauge.
Le 20 et le 21, à Kaiserslautern, au Grand- Cerf.
Le 22, à Wenweiler, au n^ 115, chez le sousinspecteur des forêts.
Le 23, à Alzey, aux Trois-Rois.
Le 24, à Mayance, au Cheval-Blanc.
Le 25 et le 26, à Francfort. Je fus logé chez M. Betteman, fameux banquier, ou je fus très bien reçu. J'appris ma nomination de colonel de la Garde.
Le 27, à Haunoau, logé sur la place n^ 473.
Le 28, je partis pour rejoindre le deuxième régiment de tirailleurs dont on m'avait donné le commandement. Je logeai à Gelnhausen, chez un niédecin boiteux, au n" 381. J'y fus bien accueilli et bien traité.
Le 29, à Schliictern, au n** 4, hôtel de TAugc. J'eus très mauvais chemin.
, Le 30, à Fulde, chez le père d'un colonel au service, de France, je dinai chez madame Meigc. nièce de M. Robortson, conseiller d'Etat à Hanneau.
Le 1®^' mai je fis halte à Voc c{ je fus loger à Eissenach au n*^ 176. Je visitai mon ancien logement aux Rois Maures.
Le 2 mai, passé à Gotta, à Erfurt et logé à VVeimar, chez M. Millier, conseiller, lettre À, n« 43.
Le 3 mai, passé a Naumburg et couché à Lutzen ; cette ville était remplie de blessez et de
prisonniers, les maisons avaient été dévalisées et je ne pus rien avoir à manger* Le régiment «tait à Pegaud, jolie ville à la droite de TElster, L'empereur de Russie et le roi de Prusse y avaient leur quartier général le jour de la bataille. Les environs sont marécageux et couverts de bois très propres pour une guerre de partisans, le pays est fertil on grains et en toutes sortes de fourages.
Le 4, je rejoignis le régiment, qui biv, près de Borna, petite ville située dans une îsle formée par la rivière ; les chemins sont très fatiguants et fort mauvais.
Le 5, la division fit une halte à Lausig, petite ville presque toute bâtie en bois, et fut biv. en avant de Golditz, jolie ville adossée à une colinc agréable. La journée fut longue et fatiguante. La route n'est ni pavée ni ferrée et le terrain généralement composé d'une marne glissante très susceptible de se transformer en boue ou en poussière. Il plut pendant toute la nuit du 5 au 6, ce qui rendit les chemins presque impraticables.
Le 6, la division biv. à la gauche de Valdheim, la pluye continua pendant toute la journée, elle était très froide et bien incommode.
Le 7 mai, toute la Jeune Garde biv. en colonne par brigade à la gauche de la route. Le régiment fut placé près du village de Nosen, ayant sa droite au château, ce village est situé à la
gauche de la Mûlda, rivière qui a sa source dans les montagnes de la Bohème, pasrse à Golditz et se jette dans TBIbe au-dessus de Dessau. Les chemins sont des plus mauvais et si étroits qu'ils peuvent à peine donner passage à deux voitures ordinaires, ils sont en outre coupés par une grande quantité de ponts, qui tous avaient été brûlés ou détruits par les ennemis.
Le 8 mai, la division biv. à la gauche de la route, sur (rois lignes, ayant la droite au village d'Ober-Corvitz et faisant face à Dresde, dont elle était éloignée d'une petite lieue, sur le même terrain ou Frédéric le Grand gagna une batatUe en 1745. De cette position, qui est un peu élevée, on découvre parfaitement la ville et le cours de FElbe qui serpente au milieu d'une plaine agréable et fertille.
On ne conçoit pas comment l'empereur de Russie et le roi de Prusse, dont la plus grande force consistait en cavalerie avaient pu choisir un pays aussi coupé et aussi couvert pour donner une grande bataille contre l'armée française qui n'avait pas un cavalier à leur opposer. La victoire de Lutzen fut la suite de cette fausse manœuvre, cette victoire presque entièrement due à l'infanterie française, renversa les calculs de la politique qui avait du supposer que l'armée française, composée de conscrits sans instruction et sans ex-
pérlence, serait battue f^t détruite; il n'est pa« douteux que si le champ de bataille avait été mieux choisi, si la cavalerie des Russes avait pu se déployer et manœuvrer, l'armée française était perdue sans ressource. Le ch^mp de bataille des Russes était si resserré qu'ils s'embarrassaient l'un Tautre, se gênaient et étaient bien plus exposés au feu de notre artillerie qui les atteignaient dans des endroits où nous ne savions pas tnéme qu'ils étaient. Cependant leur retraite se fit en bon ordre et ils se trouvèrent au bout de peu de jours en état de donner une seconde bataille.
Le 9 mai il tomba beaucoup d'eau, ce qui rendit notre camp incommode et malsain. Nous n'avions que des petits abris en vieille paille qui ne pouvaient pas même nous deffendre du soleil.
Le 10, nous entrâmes en ville au moment ou toutes les corvées étaient aux distributions entre huit et neuf heures du soir, ce qui occasiona la perte de beaucoup d'effets. C'est un grand défaut qui existe dans l'armée française que cette impatience qui ne permet pas de différer d'un instant l'exécution de mouvements dont le retard n'entraîne aucun danger; dans cette circonstance, par exemple, la perte des fusils, gibernes, sacs et effets, fut considérable. Il était possible Je l'éviter soit en envoyant l'ordre d'entrer en
ri lie avant d'^envoyer aux distributions, soit en d'ifférant jusqu'au lendemain matin de nous faire quitter le camp. Il était tout à fait indiffèrent pour les opérations militaires que nous fussions logés à minuit ou bien à huit heures du matin puisque nous devions y rester plusieurs jours, mais voilà notre manie qui n'est pas facile à corriger et dont la force vient de ceux qui entourent le chef.
L'Empereur était déjà entré en ville le 8 mai, lorsque Tennemi occupait encore la ville neuve qui est à la droite de TElbe, le pont de pierre avait été détruit par les Russes. S, M. se logea au château du Roi, qui est près du pont de TElbe, de l'autre côté du quel l'ennemi avait élevé des batteries qui ne cessèrent pendant plusieurs jours d'envoyer des obus, des boulets et de la mitraille qui causèrent un grand dommage à la ville et blessèrent plusieurs personnes.
Le régiment se reposa les 11, 12 et 13.
Le 14 il fut avec toute la Garde recevoir S. M. le Roi de Saxe près du château du Gros-Garden sur la route de Prague. Le pont de pierre qui avait été détruit fut réparé et toute Tarmée se mit en mouvement.
Le 15 mai, nous reçûmes à minuit l'ordre de prendre les armes sur le champ. Toute la troupe resta en bataille jusqu'à sept heures du matin.
croyant à chaque instant de partir; enfin on se mit on marche en suivant la route de Dresde à Berlin ; le régiment biv. en avant de Reichenberg entre les deux routes, les bataillons étaient placés sur deux lignes, Tun derrière Tautrc à distance de demi -bâtai lion. .
Le 17, nous partimes à dix heures du matin, nous marchâmes jusque fort avant dans la nuit et nous biv. près d'un grand village dont j'ignore le nom.
Le 18, on fit Texercice, une pluye abondante nous obligea de nous retirer et dix minutes après nous reçûmes Tordre de nous mettre en route.
Nous suivîmes la division et nous biv. en avant de Bischofwerda. petite ville entièrement brûlée. La division était placée sur deux lignes à distance de bataillon ayant doux pièces de canon en avant et le reste de Tartillerie en arrière entre la ville et le camp. Le régiment était formé en colonne par division à distance de peloton et placé à la droite entre les deux lignes. Le soir on apprit qu'un détachement de lanciers avait rencontré un gros de cosaques et avait eu quelques hommes blessés. M. le général Lanus ayant eu ordre d'aller le reconnaître, prit le régiment qui partit le 19 à la petite pointe du jour. En route nous fumes instruits que les cosaques s'étaient rctirrés et qu'ils étaient encore à plus de cinq lieues do l'en-
droit ou nous étions, ce qui détermina le général à rentrer au camp. En y arrivant nous trouvâmes que toute l'armée était partie. On ne laissa aux soldats que le temps nécessaire pour manger la soupe, après quoi nous nous minîcs en marche pour la rejoindre. Nous trouvâmes la jeune garde devant Beautzen, campée sur trois lignes, ayant la droite au village ou était l'Empereur, ot la gauche dans la direction de la ville, faisant ainsi face aux montagnes de la Bohême.
Le 20 mai (bataille de Bautzen), le canon commença de se faire entendre vers neuf heures du matin, en même temps la fusillade s'engagea à la droite assez vivement. La division se mit en marche en se dirigeant vers la gauche de la ville. L'empereur était placé sur un mamelon qui dominait toute la plaine, la vieille garde était en bataille autour de ce mamelon formant un espèce de quarré simple et très étendu. La jeune garde était placée à la droite et en avant du mamelon, sur deux lignes parallèles, en colonnes serrées par division, par bataillon en masse, les bataillons ayant entre eux distance de déploiement. Il tomba allors une pluye si violente qu'elle suspendit un moment les opérations des armées.
Aussitôt que Taverse cessa, le feu s'engagea sur toute la ligne ; la gauche de notre armée s'étant emparée d'une hauteur où les ennemis avaient un
camp, ce fut comme un signal pour se mettre en mouvement. Toutes les masses se dirigèrent Ja gauche de la ville vers une hauteur où Tennemi paraissait réunir toutes ses forces et dont nous étions séparés par un ravin profond et escarpé, bordé de rochers en plusieurs endroits, au milieu du quel coule La Sprée, dont le cours est très sinueux. On avait construit à la hâte un pont sur la rivière, c'était le seul qui existait dans toute cette partie, ce qui obligeait les colonnes de passer Tune après Tautre ou d'aller faire un grand détour avant de pouvoir se remettre en ligne. Au moment où nous nous mimes en marche^ Tennemi avait retiré les troupes qui couvraient le sommet de la montagne, il avait à une très petite portée une batterie considérable qui dirigeait son feu sur la plateforme et sur les troupes qui gravissaient la montagne dont l'accès est des plus difficiles ; malgré tous ces obstacles, les troupes marchaient au pas de charge et se formaient à mesure qu'elles pouvaient arriver ; Tordre des divisions, des brigades et des régiments se trovait ainsi interverti pendant quelques instants, il falut le rétablir sous une grêle de boulets, on y parvint cependant avec beaucoup de facilité. Le 2® bataillon du régiment arriva le premier au sommet de la montagne et se forma sur le plateau en colonne serrée par division. Le l**'" bataillon se
forma à la droite du second. Lorsque toute la division fut ralliée, notre brigade se mit en marche en se dirigeant vei*s un mamelon qui était un peu à la gauche et qui dominait le cours de la Sprée. En y arrivant, nous formâmes un quarré long ayant Tartillerie aux angles. Ce fut en formant ce quarré que M. le général Lanus fît une chute qui ne lui permit plus de continuer à commander. Je fus chargé de le remplacer pendant le reste do la journée, qui se passa en manœuvres et en mouvements jusqu'au moment ou nous fumes maîtres de la position de la seconde ligne ennemie, ce qui termina la bataille.
Notre perte fut peu considérable. Le régiment eut deux hommes tués et quelques blessés. L'armée resta en position jusque au lendemain matin sans feu, sans paille et sans manger autre chose qu'une très petite portion de mauvais pain. La nuit fut très pénible à passer.
Le 2i mai (bataille de Wurtchen). Cette bataille est une des plus importantes de la campagne et dont les résultats auraient pu amener la paix si l'Empereur n'avait pas été injuste dans ses demandes et d'une obstination sans exemple dans ses prétentions. Au moment ou les troupes prirent les armes, la jeune garde fut formée en deux divisions dont le commandement fut conféré aux généraux Dumou&thier et Barrois; le pre-
inicr commandait les fusiliers et les voltigeurs et le second les tirailleurs. Le régiment faisait partic de la 1'^ brigade, commandée par le général Rattembourg. Aussitôt que la division fut organisée, la brigade se forma en colonne par bataillon à demi dislance. On commença d'entendre quelques coups de canon. On fît former le quarré par brigade, elle se mit de suite en marche en se dirigeant vers un village dont j'ignore le nom, mais qui me parut être à mille toises du point dont nous étions partis. Le mauvais chemin et dos marais impraticables forcèrent de rompre le quarré et de reformer les troupes en colonne serrée par division. Le fou commença allors sur toute la ligne ; la brigade fut placée à coté de Tartillerie qui était en batterie dans des seigles et un peu masquée par un rideau qui était en avant à une petite portée de fusil des redoutes que les Russes avaient établies près de l'auberge de Klein-Bascheville. C'est de là que pendant six heures ils nous firent un feu de mitraille et de boulets qui tuait et blessait beaucoup de. monde.
On envoya une centaine de tirailleurs pour inquiéter l'ennemi et déranger ses canonniers et on fit de nouveau former le quarré. L'empereur onvoya les pièces de 12 se placer à notre droite; dès ce moment nous fumes couverts de feu, de
boulets, d'obus et de mitraille ; Thorizon paraissait enflamé et la terre tremblait sous nos pieds. Jamais on n'avait vu un pareil fracas, les files entières tombaient, le nombre des blessés augmentait dans une progression effrayante et cependant aucun soldat ne quittait son rang pour les emporter, ceux qui avaient les bras amputés s'en allaient se faire panser sans rien dire et sans se plaindre. Les autres qui ne pouvaient pas marcher restaient au milieu du quarré sans proférer une parole. Quelques-uns de ceux qui avaient été blessés de cette manière furent tués par un second coup ou blessés entre les mains des officiers de santé qui leurs donnaient les premiers secours. La plaine en arrière de nous était labourée par les boulets ; il était dangereux do la traverser, aussi plusieurs des officiers qui nous apportaient des ordres furent tués. Nous apprenons que notre aille gauche, qui avait attaqué la droite des Russes, faisait un mouvement rétrograde et qu'elle avait abandonné une redoute dont elle s'était emparée. Nous croyons la bataille perdue ; c'est à ce moment que l'Empereur dit : « La bataille est gagnée ». Ceux qui l'avaient entendu crurent que c'était une mauvaise plaisanterie, mais un instant après on vit combien son coup d'œil était juste et pénétrant. Le général Barrois reçut l'ordre suivant. « L'Empereur or(( donne à
« la division Barrois de s'emparer des redoutes « ennemies qui sont en face d'elle ». Il fît former le premier régiment en colonne serrée par division, et le second en quarré à cin^juante pas du premier. On donna pour point de direction Tanglo saillant de la première redoute. Vingtquatre pièces de canons étaient placées à notre droite et à notre gauche et suivaient notre mouvement ; plus de cinquante autres étaient dans différentes positions sur les cotés qui faisaient un feu continuel pour le seconder. Nous parti mes au pas de charge, mais l'ennemi ne jugea pas à pro- 'pos do nous attendre et abbandonna ses redoutes, laissant quelques pièces démontées, quelques blessés et beaucoup de morts en notre pouvoir. L'Empereur se porta de suite à l'auberge de Klein-Bascheville, fit prendre position à la division et envoya le régiment pour s'emparer d'une position où l'ennemi paraissait vouloir s'établir et qui me parut à une demi lieue de l'auberge. Quelques, tirailleurs qui précédaient la colonne suffirent pour le déloger. J'établis mon régiment sur deux lignes, ayant une haye à sa gauche et un marais à sa droite. J'avais aussi quelques hussards que je plaçai en arrière, ne laissant en avant qu'un poste pour nous prévenir des mouvements de l'ennemi dans le cas où il aurait jugé à propos de nous attaquer. L'Em-
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pcreuv vint nous visiter et loua beaucoup la position que j'avais fait prendre aux troupes sous mes ordres. La nuit fut des plus belles et se passa sans le moindre mouvement. Le régiment perdit soixante-neuf hommes dans cette journée qui fui des plus glorieuses pour les armées françaises.
Le 22 au matin, je reçus Tordre de me porter sur la route pour rejoindre la division qui suivait la direction de Gorlitz, ou les ennemis pal'aissaient se retirer. Le régiment biv. dans un bois près de Weisenfels ; l'avant-garde se tirailla pendant quelques heures, mais quelques boulets seulement vinrent jusqu'à nous sans causer aucun mal.
Le 23, le régiment biv. sur une hauteur entre Roichenbach et Gorlitz près de Tendroit ou fut tué le Grand Maréchal du palais, Duroc. Les deux divisions de jeline garde étaient réunies et campées sur une même ligne dans Tordre suivant : Le premier régiment en bataille^ le second en quarré^ le troisième en bataille, le quatrième en quarré, et ainsi de suite jusqu'à la gauche. Quoique le camp fut sur une hauteur assez élevée, néanmoins le front de bandière et le terrain en avant était très uni et formait une plaine très vaste. L'ordre de campement des deux divisions me parut fort convenable, Tennemi ayant une cavalerie nombreuse à très petite distance de nous.
Ce même ordre do bataille avaitélé employé avec succès à la bataille de Lutz-en ou je crois qu*il avait été mis en usage pour la première fois.. La difficulté était de placer la garde de police et les hommes pour faire la soupe et passer la nuit. Voici la position que je fis prendre : la garde de police fut placée au centre du quarré, les abrisdes compagnies à six pas en arrière de la droite et de la gauche de la façade du quarré la plus éloignée du front de bandière, vis à vis Tinterval (ïes régiments voisins de droite et de gauche de manière qu'aucune des faces du quarré ne f utmasquée; les cuisines étaient en arrière de la 4® division du second bataillon. Les compagnies étaient à six pas l'une de l'autre comme dans Tordre de colonne., de façon qup le premier bataillon était à droite et le second à gauche.
Le 24, la division traversa Gorlitz et fut biv. en avant ; la ville me parut assez considérable, il y a quelques jolies maisons» mais en général les rues me semblent étroites et mal payées.
Le 25, IçL division se rendit à Vajdau, le régiment fut détaché à Bochdorf, çn au vais village à*Ia gauche de la route.
Le 26, la garde fit une halte de quelques heures en avant de Buutzlau, sur le bord de la petite rivière de Quers pour attendre que l'armée eut passé le pont. Le régiment fut ensuite détaché à
Tomaswald, pauvre village qni avait déjà beaucoup souffert.
Le 27, l'armée arriva devant Liognitz, capitale de l|i Basse-Silésie. J'y reçus plusieurs décora- ^ans d'officiers et de chevaliers de la Légion accordées ^ar Sa Majesté comme uii témoignage de sa satisfaction sur la conduite du régiment pendant cette campagne.
Le 28, nous restâmes dans le même camp.
On commença à parler d'armistice et des espérances de paix se répandirent de toutes parts.
Liegnilz est une ville assez considérable près de laquelle les Prussiens gagnèrent une bataille en 1760.
Le 29, les deux divisions de jeune garde biv. en arrière de Neumarclc, à l'endroit où les routes de Dresde et de Glozau se réunissent.
Le 30 mai, les deux divisions traversèrent la ville et furent camper en avant, la l''« division à la droite de la route, et la 2« à gauche. La première formait les deux côtés d'un quarré de manière que la 1'® brigade était en potence : la se-> conde division était !>»ur une seule ligne. On reçut la nouvelle officielle de l'armistice. .
Le 31 mai on donna l'ordre d'établir un camp à pau près comme ceux d<î Schooubron et de Finkestein. On ne saurait se faire une idée de ce que coûte l'établissement d'un camp, c'est la
ruine d'un pays à quatre ou cinq lieues à la ronde et la destruction de l'habillement. Celui de Neumarek fut achevé en quatre jours ; il ne fut d'aucune utilité puisque nous n'y restâmes que jusqu'au 6 juin, et cependant il fut la source et la cause de beaucoup de pillages et de la destruction de plus de 500 maisons.
Le 6 juin, le régi mont se mit en marche vers dix heures du matin et fut coucher à Parckwits, à Aitlais et dans quelques villages ou il fut fort bien.
Le 7, à Lubben, petite ville assez jolie, environnée de murs, je fus logé près de la place n** 37, dans une maison où il y avait trois demoiselles très aimables.
Le 8, nous arrivâmes à Polkwitz. On nous distribua nos cantonnements ; ceux de mon régiment étaient dans les environs de Glogau ; les principaux villages sont à environ 3 lieues l'un de l'autre, ce sont Quittitz, Bauch, Rettkau, Grambschutz, Porschutz, Tsohrewitz, Toppenderf, Vilschau, Pinquaurt, Gros et Klein Obisch^ et ce fut dans ce dernier ou jo m'établis avec mon état major , le village est petit, ainsi que son nom le désigne ; il y a un mauvais château appartenant au prince Auguste de Pru»^^©^ qui ressemble plutôt à une ferme qu'au palais d'un prince. Le régisseur nous traitait assez mal. Voici le
genre de vie que nous y menions : le matin nous déjeunions entre sept et huit heures avec une tasse de café de chicorée et un peu de lait, à midi nous dinions avec le maître de la maison, sa sœur et ses. enfants ; notre diné se composait d'une soupe, du bœuf, des pommes de terre, et pour dessert, un morceau de fromage. Nous étions douze à table, mais nous n'avions jamais plus de trois bouteilles de vin et de la bierre. Nous poupions à huit heures du soir avec un rôti de veau, de la salade, un plat de légumes et deux bouteilles de vin. Je n'ai jamais vu un homme plus flegmatique que ce régisseur. Il coupait le bœuf avec une espèce de mouvement mesuré qui demandait un temps infini ; aussi, malgré la mesquinerie de notre diné, nous restions au moins deux heures à table, et assez auvent les officiers n'avaient plus de pain lorsque le bœuf était auprès d'eux. ,
Nous fîmes plusieurs voyages à Glogau pour nous procurer les choses dont nous avions besoin. Tout était d'une chèreté excessive qui nous obligeait de dépenser au delà de ce que nous aurions fait en France.
La Silésie produit beaucoup de seigle, d'orge, d^avoiiie et une grande quantité de lin avec lequel on fait ço beau linge si renommé dans toute l'Europe.
Pondant une quinzaine de jours, je crus à la paix ot je me faisais une fête de rentrer on France pour soigner ma santé encore très délabrée par la campagne de Russie, mais vers la fin du mois de juin, lorsque je vis les choses traîner en longueur, je fus certain qu'elle ne se ferait pas; ainsi, au lieu d'imiter les colonels qui, pour faire briller leur régiment pendant la paix avaient acheté des pantalons blancs, je procurai au mien des pantalons de drap gris, amples et commodes, des guêtres d'étoffe noire et surtout de bons souliers.
Je fus confirmé dans l'opinion que j'avais eu d'abord, lorsque le 6 juillet je reçus Tordre d'aller camper à Polkwitz. Je redoublai de z-èle et d'activité pour équiper mes soldats, de manière à les mettre dans le meilleur état possible. Je fis traiter les galleux, guérir les maladies légères sans envoyer les hommes aux hôpitaux, enfin le 30 juillet, jour ou le Maréchal Duc de Trévise nous passa en revue, mon régiment s'était augmenté de 200 hommes depuis l'armistice.
Aussitôt après la revue du Maréchal Duc de Trévise on annonça que la fête de l'Empereur serait célébrée le 10 août, parce que l'armistice pouvait finir le 15 et qu'il était indispensable de prendre des mesures pour assurer la réunion dé l'armée. On dressa une table en avant du camp
ou tous los officiers dinèreiit. Le Maréchal Duc de Tréviso, qui nous commandait présida à œ dino qui fut fort gai. On ne parlait que dos conquottcs que nous allions faire si la guorre recommençait, mais il no fallait pîïs une grande pénétration pour s'appercevoir du changement qui s'était opéré dans Tarmée et présager les désastres qui allaient tomber sur elle.
La bataille de Lutzen, gagnée contre toutes les probabilités humaines, aurait.du déterminer l'Empereur à accepter la paix qu'on lui offrait. On no conçoit pas comment il était assez peu instruit des affaires de rAllomagne pour ne pas savoir que tous les souverains se préparaient à quitter son alliance ou comment il avait cru pouvoir résister à l'Europe entière? L'entousiasme qui dabord avait conduit nos bataillons était détruit.
L'ambition avait remplacé l'émulation, l'armée n'était plus commandée que par des officiers braves jusqu'à la témérité, mais sans expérience et sans instruction. Les soldats ne cherchaient que l'occasion de s'éloigner do leurs corps, d'entrer dans les hôpitaux et de s'éloigner du danger. Il faut ajouter qu'on les battait pour la moindre chose, qu'on maltraitait ceux qui tombaient malade ou qui nepouvaient suivre l'armée, que l'on n'en prenait aucun soins et qu'au lieu de les considérer Comme les compagnons de nos travaux
et les agcns de notre Gloire. La plupart des officiers et des généraux les traitaient en esclaves, ce qui dégoûtait ceux qui avaient quelques senfiments élevés. On exigeait de>î choses impossibles, au-dessus des forces de l'homme. Pour les obtenir, tous les moyens étalent bons ; le Colonel qui avait le plus d'hommes présens aux drapeaux était le plus estimé, on ne lui demandait pas ce qu'il avait fait pendant les marches, on ne s'informait pas si on avait abîmé de coups des hommes écrasés de fatigues pour les faire marcher, ils étaient arrivés et cela suffisait. Il résultait de cette conduite que l'homme attaqué d'une légère maladie, qui avec des soins se serait guéri, mourait misérablement au bout de quelques temps. Ce manque d'humanité était la cause de la perte dune masse considérable de braves soldats. Une simple observa* inu aurait montré la fausseté do ce système. On aurait vu qu'en gardant quelques hommes de plus au corps on les perdaient au bout de quelques jours et qu'on les perdaient pour jamais, au lieu qu'avec un peu de soins ils se seraient guéris et auraient rejoint à la fin de la campagne. Ce système de conservation qui doit être celui du gouvernement sage, n'est pas celui que Ton suit dans les armées françaises. On crie contre les colonels et autres officiers qui laissent dos hommes en arrière pendant les marches
forcées, on forme des arriéres garde de sousofficiers et caporaux qui, à force de coups font marcher des hommes qui peuvent à peine se soutenir sur leurs jamhes. On comble d'éloges et de faveurs ceux qui se montrent sans pitié et sans compassion et Ton force ainsi les officiers les plus doux à devenir durs et i)arbares comme les autres. Il résulte de cet état do chose que le soldat ne se bat plus pour la Gloire mais par crainte, et qu'une fois éloigné do ses officiers, il ne rejoint que le plus tard qu'il peut dans la crainte des punitions qui l'attendent à son retour.
Il faut ajouter une autre observation, c'est que l'administration est si mal organisée qu'au moins les trois quarts du temps l'armée n'a point de viande, ce qui oblige les capitaines d'envoyer les soldats piller les campagnes afin de ne pas mourir de faim. Le soldat abandonné à lui même est une bête féroce capable de faire tout le mal possibic ; nous en avions déjà des exemples frappant en Portugal, mais tout cela se perd et on ne songe jamais à prendre des mesures pour arrêter le mal que lorsqu'il est sans remède.
Toutes ces observations, au lieu de me donner des espérances comme à mes camarades me faisaient concevoir des craintes que nos premiers mouvements ne justifièrent que trop J'avais prévu que nous ferions des marches forcées et
je redoutais surtout la décision de l'Autricho, qui en se déclarant contre nous, mettait l'Empereur dans la nécessité de se retirer à la gauche du Rhin, et à faire, au moins pendant quelque temps, une guerre déffencive, qui ne me paraissait pas convenir à son caractère violent et emporté.
Le 11 août, les armées russes et prussiennes dénoncent l'armistice.
Le 15, nous abandonames le camp à 4 heures du matin, nous marchâmes tout le jour par des chemins détestables et nous biv. près du village de Séheinteiler ; ce jour nous fîmes sept mille d'Allemagne, environ douze lieues de France.
Le 16, nous continuâmes notre marche, nous passâmes à Bunzlau, petite ville située sur la Bober, contre des colines ; elle est entourée de murs et Ton y construisait quelques redoutes. Je fus détaché avec la 1''® brigade à Suberdorf, grand village dont les maisons sont fort éloignées Tune de l'autre. Le pays est bon, il produit beaucoup de grains, mais les chemins sont détestables.
Le 17, nous arrivâmes à Lauban. Je. fus détaché avec les deux premiers régimens à Obersbertelsdorf, sur la route de GreifTenborg et de Zitau. Le village est peu considérable, mais le château est vasie, bien entretenu et les jardins en sont charmans. Je fis biv. un bataillon en avant, dcr-
rière un ravin, couper la route, et j'établis une garde en arrière pour communiquer avec Lauban, le reste des troupes fut logé dans des granges et au château.
Le 18^ nous restâmes dans la même position, le bataillon qui était au biv. fut relevé. Je passai l'inspection des régimens, ce repos fut très utile aux soldats qui avaient beaucoup fatigués par la longueur des marches des jours précédens, et surtout par la pluye et les mauvais chemins.
Le 19 nous repassâmes à Lauban et nous fumes biv. près de Luthnau^ grand et fort village à 3 lieues.
La vallée qui est entre Lauban et Luthnau est charmante, elle est arrosée par une petite rivière bordée de prairies immenses, c'est dans ces prairies que l'on blanchit le fil destiné à faire ce superbe linge do table qui s'envoye ensuite dans toutes les grandes villes. Je fus logé au moulin avec le colonel Darieule, nous y fumes parfaitement bien.
Le 20 août nous marchâmes encore trois lieues dans la même direction, la division fit halte dans une plaine ou l'on fit, la soupe, ensuite nous reçûmes ordre de rétrograder sur Lauban ou nous n'arrivâmes que vers minuit par une pluye froide qui tombait comme un torrent. On nous fit biv. sur la montagne en avant de la ville sur la route
de Lowenberg dans un endroit ou il n'y avait pas un brin de bais ni une goûte d'eau, excepté celle qui tombait du ciel assez à contre temps pour nous qui en étions abimés.
Ces contre marches au commencement d'une campagne jetterent un peu de trouble dans les esprits, ce n'était pas la méthode de l'Empereur de manœuvrer avant d'avoir donné une bâtai He. On crut remarquer de l'incertitude dans les mouvements et un manque d'unité et d'ensemble dans les opératious. On fit connaitre à Tarmée la défection de l'Autriche qui s'était mise contre nous. Cette nouvelle fit beaucoup de sensation sur les gens raisonnables qui la regardèrent comme le prélude de notre perte.
Le 21, la division arriva à Lowenberg, petite ville bâtie à l'entrée d'une plaine et au bord d'une rivière. Elle est entourée de montagnes dont la forme est celle d'un amphithéâtre circulaire. Le corps d'armée commandé par le Maréchal Macdonald s'était battu la veille et avait repoussé l'ennemi. 11 continuait à tirailler dans les montagnes. Les généraux habitués à la guerre crurent que l'attaque de Lowenberg était un piège pour nous éloigner de Dresde, partager nos forces et nous battres en détail. Nous campâmes dans la plaine, en colonne serrée par division et par bataillon en masse; nous étions dans la boue et
dans Teau jusqu'à mi jambe, et je n'ai Jamais compris par quelle raison l'on avait choisi une position si incommode et si mal saine.
Le '22 nous restâmes dans le même ordre ; une partie de la VieiMe Garde arriva avec la 4® division. Npus fîmes une visite aux généraux. .
Le 23, Tarmée rétrograda une troisième fois sur Luban, elle n'y fit qu'une halte fort courte et vint biv. près du village de Lichtenberg.
Le 24, on continua la retraite, le régiment fit une halte à Gorlitz, ou il reçut le pain pour trois jours et vint biv. près du village de Kolwitz, ou il n'arriva qu'à dix heures du soir par une nuit des plus obscure et une pluye horrible.
Le 25, le mauvais temps continuait, il tomba une grêle si grosse et poussée avec tant de force que plusieurs soldats en furent blessés et que les chevaux refusaient d'avancer. Nous biv. dans le bois de Bischofswerda.
Le 26, la division arriva devant Dresde n'ayant pas la moitié des hommes présens ; la fatigue avait été telln que les soldats tombaieut dans les fossés sans pouvoir se relever. Il est aisé de concevoir ^qu'il fallait (une santé et une force extraordinaire pour faire des marches aussi longues et supporter des fatigues comme jamais armée n'avaitfait. Il y a, de Lowenberg à Dresde, 25 milles d'Allemagne, environ 50 lieues, que
nous fîmes en 4 jours par une pluyo continuelle ot un chemin détestable. En arrivant sur la montagne devant Dresde, nous aperçûmes de l'autre coté de la ville des troupes des canons et nous distinguâmes parfaitement que l'on se battait ; un instant après une batterie vint s'établira la gailche de TElbô et faisait feu sur quelques troupes qui passaient le long de la droite du fleuve. On nous fît reposer pendant dix. heures, après quoi on nous donna l'ordre d'entrer en ville,
L'Empereur était à la sortie du pont, qui regardait défiler les régi mens. Nous pensions d'être logé chez l'habitant et nous n'avions pas une idée d'aller nous battre. Mais en approchant de la porte Pirna, nous entendimes distinctement le feu de lamousquetterie ; des obus et des boulets commençaient à tomber sur les maisons. Nous trouvâmes les vieux Grenadiers de la Garde sur une petite place, et un peu plus loin les flanqueurs, qui occupaient une espèce do demi lune qui couvrait l'entrée de la ville. A coté de cette demi lune était une redoute ou il y avait six pièces de canons qui faisaient un feu continuel ; c'était le seul point dont nous étionsencore maitres hors de la ville. L'ennemi occupait le Gros-Garden, jardin qui n'est pas à une portée de pistolet de la porte, il faisait un feu de file terrible et son artillerie tirait à mitraille sans discontinuer. Ce
fut en débouchant de la porte et sous un feu des plus meurtrier que le régiment se forma en colonne serrée par division et au pas de course; les deux premiers pelotons furent envoyés en tirailleurs, le premier bataillon marcha à Tangle du bois et le second se porta droit àTennemi qui fut culbuté sur tous les points et la position emportée en quelques minutes; la nuit ne permit pas de profiter de nos succès et de poursuivre Tennemi, qui laissa la plaine et le bois couvert de ses morts ; je reçu' deux coups de feu et deux coups de mitraille sur la poitrine, mes deux lieutenants-colonels furent blessés.
M. d'Ethan mourut des suites de ses blessures. Le régiment perdit en outre trente-sept hommes tués ou blessés. Il tomba une pluye froide toute la nuit et si abondante que le matin la terre en était couverte et que nous étions dans Teau jusqu'à la cheville du pied.
Le 27 au matin le mauvais temps continuait, le régiment prit les armes et se tirailla pendant quelque temps avec l'ennemi qui occupait le château de Gros Garden. Le général Rottembourg ayant été nommé lieutenant-général, le commandement de sa brigade, composée des premiers et deuxième régiment de tirailleurs, me fut confié. Je fus relevé au Gros Garden par une division d'infanterie de ligne commandée par le gé-
néral Paillard, que j'avais connu à Palencia en Espagne.
La brigade se dirigea vers le village, ou Tennemi avait une batterie de quinze pièces de canons qui nous tirraient dessus sans discontinuer. Je fis placer les troupes en colonne serrée et changer de direction afin de profiter de quelques accidens du terrain et d'un rideau qui nous cachait aux ennemis. Le générai m'envoya douze pièces de canons que je fis placer à droite et à gauche en avant de la colonne. Je consignai au commandant de Tartilleriede faire diriger dabord ses douze pièces sur une seule pièce de Tennemi jusqu'à ce que cette pièce fut démontée et d'en indiquer ensuite une autreet ainsi successivement jusqu'à ce qu'il n'en resterait plus. Cette méthode eut tout le succès possible et l'on remarqua que vers deux heures après midi le feu de l'ennemi était presque éteint allors il fit relever cette batterie par une autre de vingt pièces et d'un calibro plus fort qui nous incommoda beaucoup. La pluye avait continué avec tant de violeiice que vers midi aucun fusil ne faisait plus feu. Le régiment eu 36 hommes blessés ou tués, les blessés l'ayant été par la mitraille presque tous furent amputés et fort peu en guérirent.
Un de mes domestiques fut blessé d'un coup de feu et mon vallét de chambre, qui m'avait ap-
porté un peu de pain et de vin eut le pied emporté par un obus; il fut amputé et était guerri, mai>î ayant voulu rentrer en France, il fut pris par des cosaques et je n'ai plus pu savoir ce qu'il était devenu. Le soir, je fus relevé par le corps du Duc de Raguse, je vins rejoindre les corps de la Garde biv. dans l'endroit que la Vielle Garde avait occupé pendant la bataille.
Le 28 août, le régiment traversa le Gros Garden et vint camper à Zchawitz sur la route de Pirna. Je commençai de souffrir beaucoup de mes blessures qui n'avaient été pansées qu'avec de l'eau et du sel, sans qu'il eut été mis une seule bande ni appareil. J'entrai dans une maison du faubourg do Dresde avec mon chirurgien pour me faire panser ; la maîtresse de la maison fut si frappée lorsqu'elle vit l'état où j'étais qu'elle se trouva mal. En effet il est inconcevable avec quel bonheur j'avais été blessé : deux coups de mitrailles m'avaient atteint au moment ou j'arrivais sur la batterie, tH> tiré de la droite et l'autre tiré de la gauche, plus de trente balles de mitraille avaient portés dans mon habit et ma chemise qui étaient déchirée et en lambeaux, il ne restait à l'habit que les quatre boutons d'embas, les cinq autres avaient été emportés, la cravattc déchirée, et malgré un si grand nombre do contusions qui m'avaient tellement meurtri la poitrine qu'elle en
était loutenoiro, malgré deux coups do droito ot deux de gauche qui avaient frappé sur la clavicule et déchire la peau et les chairs de l'un des cotés à Tajitre. Je n'eus ni fièvre ni supuration.
Après avoir été pansé, je rejoignis mon régiment le même jour et je continuai de commander la brigade. J'avais beaucoup de difficulté à me servir de mon bras gauche parbe qu'un tendons était endomagé.
Je visitai le château de Zschawitz, qui appartient à un prince ru«;se : la forme extérieure et les ornements de Tintériour sont d'un genre par trculier, comme je n'en ai jamais vu et cependant fort commodes et fort beaux.
Le 29, nous restâmes au camp.
Le 30, nous fumes passés en revue par l'Empereur dans une plaine en sortant de Dresde par la route de Berlin. J'étais encore dans le même état qu'après la bataille, mon habit déchiré et couvert de sang, ce qui frappa l'Empereur qui me dit avec bonté : « Vous êtes bien blessé, colonel ? » et qui examina avec attention l'espèce de phénomène que présentait des coups aussi extraordinaires et aussi singuliers. Il me nomma sur le champ chevalier de l'ordre de la Couronne de fer et me donna le titre de baron avec une dotation que je n'ai jamais ni reçue ni réclamée, il m'accorda d'autres faveurs pour le régiment.
Après la revue la division se rendit à Reîchenberg, village sur la route de Borlin, au milieu des bois et dans une position agréable ; nous n'y arrivâmes qu'à dix heures du soir. Les soldats étaient si fatigués qu'ils tombaient par terre sans pouvoir se relever et, pour comble de meaux, on nous laissa plus d'une heure avant de nous indiquer le lieu ou nous devions biv., de manière qu'à minuit il n'y avait pas encore de feu dans le camp.
Le 31 août, à 4 heures du matin, au moment ou on commençait de manger la soupe, on battit la grenadiere et nous partîmes de suite, rétrogradant par le même chemin que nous avions faitla veille. Nous trouvions un grand nombre de soldats couchés au milieu do la route qui dormaient. Nous traversâmes la ville jusqu'à la porte de Pirna ou on nous laissât jusqu'à la nuit sans ordre et sans nous laisser faire la soupe.
Le soir on nous fit partir sans autre ordre que de suivre la route ; on nous fit arrêter a Scheilzuilz, village sur la route de Dresde à Pirna, ou nous biv.
Le 1®^* septembre, nous restâmes dans le même camp, nous y apprîmes la funeste nouvelle de la défaite de Vandame et de la prise de son corps d'armée.
Le 2, le régiment se mit en marche à quatre
heures du matin et iVarriva qu'à onze heures du soir près du village de Lauza ou il biv. en colonne serrée [>ar division.
Le 3, la division se mit en rouie à la petite pointe du jour, se dirigeant vers Koenisbrick ou elle s'arrêta pour faire la soupe, ensuite elle fut bivouaquer près du village de Brauuer.
Le 4 septembre, les deux premières divisions de jeune garde se réunirent à Cammed, marchèrent ensemble jusqu'à Bautzen ou elles firent une halte de quelques minutes et furent ensuite prendre position à Hochkirch, ou Tavant garde se battit, mais la position de l'ennemi ayant été forcée, il se retira et nous biv. sur le champ de bataille ; les 3^ et 4^ division?^ arrivèrent à la nuit.
Le 5 septembre, l'organisation de la Jeune Garde fut changée, elle fut formée en 4 div. Je continuai à commander la brigade, qui resta une partie delà journée dans la position ou elle avait passé la nuit précédente. Le soir, nous rétrogradâmes sur Bautzen ou la division biv. sur deux lignes, la première brigade en avant et la 2® à 40 pas et parrallèlement a la première.
Le 6, nous marchâmes depuis la pointe du jour jusqu'à dix heures du soir à travers les champs et dans la boue jusqu'à mi-jambes. Il resta un grand nombre de soldats en arrière. Le régiment biv.au coin d'un bois, à l'endroit ou les routes
de Bautzen et de Neustadt se réunissent à peu de distance de Weisig.
Le 7, la brigade continua sa marche et arriva à Dresde à 11 heures du matin. Nous restâmes dans la rue jusqu'à cinq heures et demie du soir, sans pouvoir être logé. On n'avait pas prévu notre arrivée, les uns voulaient nous envoyer au biv.. les autres nous faire loger, et pendant toutes ces discussions, nous étions à la pluye qui tombait à torrens et sans discontinuer un instant, enfin à Tentrée de la nuit, on nous fit loger dans le même faubourg ou nous avions été la première fois.
Le 8, on nous fit passer la revue d'inspection à dix heures du matin en grande tenue, et un instant après je reçu Tordre de partir de suite. Nous biv. près du village de Leiben. En y arrivant il tomba une pluye si abondante que la terre était couverte d'eau et ressemblait à un lac. Ce fut dans cette position si pénible qu'il fallut passer la nuit.
Le 9, la briga le fit une halte dans la belle vallée qui est au-dessus de Pirna. Pirna n'est considérable que par sa situation et son château. La ville est petite, mal bâtie, les rues étroites et montueuses. Le château est bâti sur une montagne très escarpée du coté de Dresde, il domine l'Elbe qui passe au pied et la vue découvre toute
la belle plaine qui s'étend jusqu'à Dresde. Ce château a servi de forteresse dans les anciennes guerres et il a été remis en état de d'effence. A six heures du soir nous nous remimes en route et noui? biv. près de Berggeishubo, village adossé aux montagnes et très bien bâti, il y a un château et quelques jolies maisons. Ce village était bien conservé et n'avait pas éprouvé la moindre perte, mais les affaires qui ont eu lieu dans les environs ont cntrainés sa ruine totale, la plupart des maisons ont été- d'esecolées pour avoir du bois celles qui sont restées en pied, parce qu'elles servaient d'azile aux blessés n'ont conservé que les murs et le toit.
Le 10, le régiment fournit 100 hommes pour une reconnaissance qui fut envoyée à Hollendorf, sur la route de Peterswald, pour communiquer avec le général Mouton-Duvernet.
Le 11, une autre reconnaissance fut envoyée au général Ornanano pour le même objet.
Le 12, une division du 1®*' corps vint se placer à notre gauche dans le fond de la vallée.
Le 14, au matin, le l®'' corps fut attaqué par l'ennemi et obligé de battre en retraite. Notre artillerie occupa la montagne en avant du village, à droite de la route et contribua au succès de cette journée Le 2® régiment de tirailleurs fut envoyé au secours du 1^^' corps à l'instant ou
rcnnemi s'était emparé do la crête des montagnes ; une compagnie de ce régiment qui avait été placée en embuscade attendit Tennemi, à bout portant, et lui fît une décharge qui lui tua 5 hommes et on blessa une trentaine. Le régiment fit en outre cinq prisonniers et un vallet de chambre du général Milloradowitch. L'ennemi fut repoussé de toutes les positions dont il s'était emparé. On continua à se tirailler jusqu'à l'entrée de la nuii. Le régiment reçut l'ordre de venir rejoindre la division qui pris position en arrière du défilé de Berggeishube. Le régiment perdit quatre hommes tués ou blessés dans cette journée qui fut parliculièremonl glorieuse pour lui ; la div. ne se battit pa^^.
Le 15, la brigade resta dans la même position, la deuxième suivit le mouvement du 1®^' corps qui reprit sa position de HoUendorf. Les sapeurs commencèrent à construire un bloc-hausc sur la route en arrière du défilé de Berggeishube.
Le 16, la division se porta en avant, la brigade prit position sur la hauteur à la gauche du village de Peterswald, situé dans le fond do la vallée et au bord d'une petite rivière; il est grand, les maisons bien batties et entourées de jolis jardins, elles sont toutes isolées Tune de l'autre mais cependant assez près pour que l'on puisse se par-
1er. Elles ne sont séparées que par ses jardins. Le pays est froid, la récolte tardive et néamoins abondante. La route est belle, mais il y a un grand nombre de défilés qui retardent la marche des colonnes et font de ce pays un endroit très propre à faire une guerre de montagnes.
Le 17, nous restâmes dans la même position, il tomba beaucoup d'eau et la nuit fut très incommode. A. midi, nous avions reçu Tordre de partir, mais au moment ou nous nous mettions en marche le contre ordre arriva.
Le 18, nous rétrogradâmes jusque passé le défilé de Hollendorf, ensuite le premier corps s'étant trouvé engagé, nous marchâmes en avant pour le secourir, pendant la nuit nous marchâmes jusqu'à Zcheist^ village situé dans une vallée agréable les maisons sont belles et annoncent de l'aisance. dan«i les propriétaires. Nous primes position 'à rentrée du village dans des vergers ou nous étions en colonne par demi-bataillon, nous y restâmes les 19 et 20 par un temps détestable et dans la boue jusqu'à mi-jambes. On ne pouvait pas faire un pas, et comme nous manquions de paille et de bois, presque tous les soldats couchaient . dans la boue et ressemblaient à des diables.
Le 21 septembre, nous partimes après midi.
La brigade fut logée dans des granges au faubourg de Pirna ou elle était assez mal. Cette fois
la ville me parut plus jolie que lors de notre premier passage ; j'y trouvai des maisons bien bâties qui, on général, sont peintes en dehors commu celles de Fraukenial, de Berlin et de plusieurs villes de l'Allemagne. Le 1<^^' régiment fut envoyé à l'Ohmen, ou il rencontra l'ennemi.
Le 22^ je reçu l'ordre de me rendre à TOhmen avec mon régiment ; je le fis placer on avant de la vallée, à la droite de l'Ohmen et faisant face à Vehlen. J'envoyai quelques reconnaissances qui n'apprirent rien de nouveau.
Le 23, on entendit une forte canonnade sans que Ton en connut les résultats.'
Le 24 au matin, il tomba beaucoup de pluye ; le soir je reçu l'ordre de venir avec la brigade occuper les hauteurs qui sont à la droite de l'Elbe en face de Pirna. La division biv. en colonne par bataillon à demi distance, sur un rocher très inégal, sans feu ni paille, par un temps détestable.
Le 25, le régiment logea à Pirna.
Le 26, il vint à Sporwitz, petit village sur la route de Pirna à Dresde avec l'artillerie de la division.
Le 27, le régiment fut logé au village de Shireu pour garder le pont de Pituitz; un bataillon fut de service à la tète du pont et l'autre fut escorté les fourageurs. On commença do manquer totale-
ment de fourage, ce qui obligea d'enlever tout celui que Ton trouvait à la droite de l'Elbe. On enlevait aussi le bled, le seigle et les bœufs. Ces fourages achevèrent de ruiner les malheureux habitants qui n'avaient plus aucun moyen d'existence ; ils furent aussi l'occasion d'un pillage horrible; on vendait presque publiquementles bœufs, les vaches et les grains enlevés à ces infortunés qui n'avaient que ce moyen pour vivre.
Le 28 septembre, le régiment fut relevé par une brigade de la 4® division et se rendit près de Zschakwitz ou il campa. On fit travailler à ce camp avec une incroyable activité. Il fut achevé le 1^** octobre. Pondant ce temps on travaillait à fortifier la tête du pont de Pituitz, on avait commencé des ouvrages considérables. J'ignore s'ils ont été achevés.
Le 2 octobre nous reçûmes l'ordre de nous rendre à Plaunen pour passer la revue de TEmporeur. La division se réunit en arrière de ce village, mais en y arrivant on nous annonça que S. M. ne viendrait pas et je reçus Tordre d'aller avec mon régiment à Tharaud ou nous arrivâmes de bonne heure ; le temps fut des plus mauvais et les chemins exécrables.
La vallée qui conduit de Dresde à Tharaud a un peu plus de deux lieues et demie de long ; elle est dabord fort étroite et bordée des deux côtés de
rochers très escarpés, lo milieu est occupé par la route et par la rivière. En s'éloignant de Dresde, la vallée s'élargit et les montagnes se changent en colines charmantes.
Tharaud est fort agréable, la situation en est pitorcsque, les maisons sont belles, comodes et bien bâties. Il y a des eaux minérales très renommées, l'air y est sain^ toutes ces qualités en ont fait le séjour d'été des grands seigneurs de la cour de Saxe, qui y ont presque tous des maisons de campagne.
Après la bataille du 27 août, l'armée autrichienne se trouva renfermée dans cette vallée qu'elle mit quatre jours à traverser. Il n'est pas douteux que si l'Empereur avait été bien instruit, s'il avait connu le pays, c'était fait de larmée autrichienne qui s'atlendait atout moment à poser les armes et n'avait pas même la pensée de se deffendre. Cent hommes qui auraient occupés la montagne qui est à la sortie de Tharaud vers la Bohème auraient forcé cinquante mille hommes à mettre bas les armes et prit tout le matériel de l'armée, tant la consternation était grande et la position difficile. Une voiture qui s'éfait brisée sur le pont avait arrêté la colonne, bientôt une seconde voiture qui avait tenté de passer s'était renversée et avait causé un tel embarras qu'il y avait impcs^bilité de pénétrer [)lus avaiu
l.c 4 octobre le réi^imont qui lia Tharaud pour occuper les deux villages de Ilinter et Fodor Gorsdorf. Les maisons en sont jolies et les habitants d'un caractère affable. Je -fus logé chez le garde chasse ou j'étais on ne peut pas mieux, malheureusement on ne nous y laissa que deux jours.
Le 6 octobre, nous reçûmes Tordre de partir de suite pour nous rendre à Wilsdruf, ou nous n'arrivâmes que de nuit par des chemins de traverse très fatiguants.
Lo 7, nous parti mes avant joui* et nous biv. près de Volckisch, peiil village sur la route.
Le 8, à Deutch-Lupé ; c'est un grand, village divisé en deux parties. J'eus un logement chez lo bourguemaitre, j'y fus très bien accueillis.
Le 9, il tomba de Teau toute la journée qui, (jUGi(iue courte, fut des plus fatiguante. Nous trouvâmes 600 Cosaques au village de Leptitz ; ils en furent délogés et eurent trois hommes tués. Nous biv. près de Bohtitz, village adossé à une coline très élevée.
Le 10, nous biv. par bataillon en masse en arrière de Duben, faisant face à la ville, nous n'y entrâmes pas ; on construisit un pont pour traverser la rivière et nous réunir sur la route de Wittemberg.
Le 11 octobre, il plut toute la journée, nous
eûmes un chemin détestable, et nous n'arrivâmes que de nuit près de Luwast, pauvre village qui fut entièrement ruiné. Toute la nuit il fit un vent des plus violent.
Le 12, on nous fit prendre les armes à deux heures après minuit et rester dans la même position jusqu*à sept heures du matin, mais à peine avait-on renvoyé la troupe pour se reposer un peu qne Tordre de partir sur le champ arriva. La division se mit en marche à sept heures et demie.
Le 13, nous passamesà Duben et biv. à 4 lieues plus loin sur la route do Leipzig, près du village de Rothe-Halm ou nous n'arrivâmes que de nuit. Nous étions biv. en colonne serrée par division, chaque brigade formant une colonne, dans un endroit ou Ton entrait dans la boue jusqu'à mi-jambes. Tl tomba de Teau toute la nuit, ce qui rendit la position la plus insuporlable que Ton puisse imaginer.
Le 14, on nous fit partir en toute hâte, sans attendre le retour des hommes de corvée, ni mémo des gardes. La division prit position à une lieue de Leipzig, sur la route de halle. Nous y restâmes une heure, après quoi nous continuâmes de marcher en traversant la ville. La nuit était si obscure et les chemins si encombrés que nous mimes quatre heures pour faire une petite lieue;
on peut juger d'après cela du désordre qui régnait déjà dans Tannée. Nous n'arrivâmes à notre position qu'à dix heures du soir.
Il y eut vers cinq heures du soir une assez forte cannonnade, on fît quelques prisopniers aux ennemis. Il continua de faire une pluye et un vent des plus violent et des plus froid pendant toute la nuit que nous passâmes près de Sellerhausen.
Le 15, nous restâmes dans la même position, le régiment reçut un détachement venant des dépôts. On fit l'achat de quelques centaines de paires de souliers.
Depuis le départ du régiment de ses cantonnements, le 6 octobre, les soldats n'avaient pas reçu une once de pain, la seule distribution qui eut été faite pendant cette marche si pénible à cause des mauvais chemins et du mauvais temps, était un pou de ris et de viande ; on conçoit dans quel état l'armée devait se trouver et la différence qui doit exister entre des corps qui ne manquent de rien et ceux qui n'ont que autant de nourriture qu'il en faut pour ne pas mourir de faim ; aux privations de subsistances se joignait encore le manque de souliers. On voyait un grand nombre de soldats pieds nus dans la bou<î, dans Teau, les pieds et les jambes déchirés et sanglans; cette situation arrachait des larmes aux officiers qui n'a-
valent pas perdus tous les sentiments d'humanlto..
On a pu observer que celte marche de Dresde à Leipzig fut une continuité de contre-marches, de changeniens de direction qui indiquaient le peu de fixité des plans et l'incertitude des projets du chef. Un jour nous marchions vers Pegau, le lendemain sur Leipzig, le jour suivant vers Wittemberg et puis dans la direction de la Bohême.
Les soldats fatiguaient beaucoup sans avancer et sans résultats connus, rinquiétudc prenait la place de la confiance, les hommes tombaient malades, restaient dans les chemins, et l'armée était de moitié détruite avant d'avoir combattu.
Telle était notre position le 16 octobre au matin. Tout paraissait calme et rien n'annonçait une bataille.
Nous nous mimes en maj^che à huit heures du matin en suivant la direction de Liebertwolkwitz. En arrivant près de ce village, nous vimes toute l'armée réunie et disposée pour le combat. Un insJant après, on entendit bien distinctement trois coups de canon tirés à une égalé distance l'un de l'autre; c'était de la part de l'ennemi le signal du combat qui commença par un feu de canon terrible et comme je ne crois pas en avoir jamais entendu; toute la terre tremblait.
Le bruit dos détonations ne permettait pas d'entendre le feu de la mousqueterie, on était frappé par les balles sans pouvoir distinguer, non pas un coup de fusil mais même un feu de bataillon.
Nous exécutâmes différentes manœuvres en nous dirigeant vers la gauche de' notre ligne ou les alliés avaient une hauteur qui couvrait la droite de la leur.
Cette montagne, deffenduc par une artillerie formidable, paraissait être un des points les plus importants de la l'gne et dont la possession devait influer singulièrement sur le gain ou la perte de la bataille; elle fut emportée à la bayonnelte dans un instant. Le bois qui couvrait la gauche des ennemis fut en même temps occupée par nos tirailleurs, des cris de joie et de victoire se firent entendre dans notre armée, la ligne ennemie était découverte et déjà quelque désordre s'y faisait apercevoir. Ce fut dans ce moment que Tordre fut donné. de former les colones d'attaques et de marcher aux ennemis. D'après la disposition des choses la victoire n'était pas douteuse et par la position des alliés, leur destruction totale paraissait inévitable. Le corps d'armée saxonne fit un mouvement que Ton crut être le commencement de la charge générale ; il marcha aux ennemis en ordre de bataille avec beaucoup d'ordre et de célérité, mais la joie que ce mouvement
avait occasionné fut de courte durée : bientôt on vit les généraux alliés venir recevoir les Saxons, et Tartillorie qui, quelques minutes avant, était placée à côté de nous, nous fit feu deèsus. La défection dos Saxons laissait un grand vide dans notre armée qu'il falut remplir en toute hâte. On prit pour cela dabord la cavalerie de la garde et la 2® division de jeune garde qui fut placée près de la batterie des pièces de douze ; ensuite il fallut employer à ce service les troupes qui étaient prêtes à marcher aux ennemis et au lieu d'attaquer, nous borner à garder les positions que nous avions occupées dès le commencement de la bataille.
Vers le soir, le corps d'armée commandé par M. le comte de Lauriston, qui s'était battu toute la journée et avait beaucoup souffert, se mit en retraite et bientôt il fut dans une déroute complette. On envoya la brigade que je commandais pour le rallier et arrêter la marche de l'ennemi. Elle se porta en avant au pas de charge, et dans un instant Tennemi fut obligé de se retirer et d'abandonner sa position.
Ce fut en marchant à l'ennemi que je reçus un coup de feu au coude du bras droit, je restai jusque très avant dans la nuit sans être pansé, la balle s'était logée dans l'os, on eut toutes les peines du monde à la retirer.
La brigade prit posKion on avant du village et bi V. on quarré a une portée de pistolet des vedettes ennemies.
On ne conçoit pas Tospèce d'aveuglement dont l'Empereur était frappé, rien ne pouvait désiller ses yeux, une fatalité extraordinaire le poursuivait sans que les leçons de l'expérience pussent le «auver dos moindres fautes. Il avait vu successivomont les Autrichiens, les Bavarois, les Wurtembourgeois abandonner son armée, et il n'avait pris aucune précaution pour se garantir do la trahison des Saxons. Il n'est pas douteux que s'il avait laissé les Saxons à Dresde et à Pirna et qu'au lieu d'eux il eut amené à Leipzig les deux corps d'armée français, il pouvait remporter une victoire complotte qui aurait pu changer la face des choses, mais on voulant tout conserver il perdit tout. Terrible leçon pour les conquérants qui seraient tentés de l'imiter!
Le 17, la brigade resta dans la même position. Les Prussiens attaquèrent Leipzig et furent repoussés.
La retraite parrut inévitable ; cependant on ne prit aucune précaution pour la faire avec le moins de pertes possibles. Il y a en arrière de Leipzig, par la route qui nous restait, un défilé d'environ deux lieues de longueur ou l'on trouve 32 ou 33 ponts ; il était aisé de présumer que les équi-
pages s'embarrasseraient dans ce défilé et que ni l'armée ui l'artillerie ne pourraient pas passer. Le prince de Wagram avait proposé de faire des ponts de bois afin de faciliter la marche des voitures et conserver la route pour l'armée. L'Empereur rojetta cette mesure si sage parce qu'il no voulait pas que personne eut la pensée de battre en retraite.
A onze heures du soir^ je reçus Tordre de mettre du bois sur les feux et d'abandonner le camp. Au moment ou nous nous préparions à partir, le feu prit dans une maison ou étaient mes chevaux et mes équipages, et dans un instant tout fut consumé sans qu'il y eut possibilité de rien sauver. Je perdis chevaux, effets, argent, tout en un, mot, et restai blessé sans un sou ni une chemise. Je n'avais sauvé qu'un cheval de bat qui ne se trouvait pas dans l'écurie au moment de l'incendie.
Nous employâmes presque toute la nuit pour traverser la ville et nous fumes biv. dans une grande prairie à côté de la route de Naumburg. Il commençait à y avoir un grand embarras de voitures dans les rues et sur la route.
Le 18, après avoir pris quelque repos, la division reçut l'ordre de se porter en avant de la ville. Le général de, division Barrois marchait à la tète, mais l'encombrement était tel, par la
foule qui se pressait pour sortir, qu'il fut sépare de nous et que nous étions dans Timpossibilité d'avancer ni de reculer. Dans ce moment, l'ennemi qui était maître de Thopital et de Tîle du Rosenthal, se présenta à Tentrée de la villerJe me trouvai dans un grand embarras, les balles pleuvaient sur nous de toutes parts, ce qui augmentait encore le désordre, je craignais qu'en ne suivant pas le général de division, je fusse blâmé comme ayant manqué à mon devoir, mais il n'y avait pas à délibérer et je pris mon parti sur le champ. Je fis dabord débarrasser la rue et placer deux pièces de canons sur le pont et envoyer les autres dehors afin de pouvoir prendre l'ennemi en flanc et l'empêcher de couper notre retraite. Je fis placer les deux régiments de tirailleurs en colonne serrée à la gauche de la rivière et chasser l'ennemi du Rosenthal par 500 tirailleurs dirigés par M. le colonel d'Arieule.
Dans un moment, l'ennemi fut chassé de l'ile qu'il laissa couverte d'un grand nombre de ses morts. Ses obus mirent le feu à l'hôpital, qui fut réduit en cendre, et quatre à cinq cents "blessés, de toutes les nations étouffés Je fis prévenir le général et l'Empereur de la position ou je m'étais trouvé. Sa Majesté me fit dire par un de ses aides de camp, de garder cette position et de n'en sortir que par son ordre. II fallut nous battre toute
la journée pour empêcher rennomi d'y rentrer. Le régiment perdit 18 hommes tués et 114 blessés, dont 7 officiers. Les 93 premiers tirailleurs qui avaient été envoyés vers T hôpital furent perdus sans qu'on put savoir s'ils étaient blessés ou prisonniers.
L'embarras, au lieu de diminuer, augmentait.
Je prévis dès lors ce qui ne manquerait pas d'arriver, qu'il ne serait plus possible de passer ou bien que Ton ferait sauter les ponts ; pour parer à ces deux inconvéniens, j'envoyai M. Guillemin, mon lieutenant-colonel, avec un adjudant-major, pour établir un pont sur TElster dans un endroit qui fut hors de la vue et un peu loin de la route. Ces deux officiers s'acquittèrent de cette commission avec une merveilleuse d'extérité. Le pont fut établi en quelques heures, près d'une maison qui le couvrait. J*y fis placer une compagnie pour le garder ; cette précaution fut notre salut le lendemain, et nous aurions été ou prisonniers ou tués si je ne Tavais pas prise.
Le 19, on continuait à se battre ; les alliés approchaient de plus en plus ; notre artillerie fut mise en batterie en avant des portes de Vittemberg et de Dresde ; on nous tira quelques coups de fusils de dessus les remparts de la ville. Je reçus ordre de quitter le Rosenthal dont la deffence fut confiée au général Fournier; il se
"Servit du même pont pour se retirer. Ce qui avait échappé aux désastres de Jrois batailles et qui avait pu passer TElster battit en retraite sur Lutzcn; la route était si encombrée que nou« avions toutes les peines du monde à passer, ce qui fit que nous n'arrivâmes à Lutzen que vers onze heures du soir.
Tout était dans un désordre qui ne peut se concevoir, il n'y avait point de généraux pour faire placer les troupes, aucun officier d'Etat major^ nous fumes obligés de nous arranger comme on pouvait le faire de nuit et au milieu de tant de débris.
Malgré la fatigue horrible des jours précédons on nous fit partir à deux heures après minuit. Le 20 au matin, la colonne fut divisée par un convoi d'artillerie, une partie des troupes s'égara, ce qui nous fit perdre un grand nombre d'hommes qui no purent retrouver leurs corps. Nous nous reposâmes pondant deux heures à Weisenfels pour laisser passer le pont aux équipages, après quoi nous continuâmes notre route sur Freidburck ou nous n'arrivâmes qu'à une heure après minuit. Nous biv. sur la montagne près de la ville.
Le 21 octobre, nous arrivâmes de nuit à Echarbcrg, nous biv. hors du village et nous en parti mes avant le jour.
Le 22, nous biv. près de Gros-Meitz, village considérable et entouré de murs, la division était en colonne serrée par bataillon, faisant face à Erfurt.
Le 23, le corps d'armée fut placé au biv, sur un terrain élevé à quelque distance d'Erfurt, en suivant la route de Veimar. L'armée reçut un peu de biscuit et d'eau de vie, elle n'avait eu aucuns vivres depuis le 15, veille de la première bataille de Leipzig. Le 24, nous traversâmes la ville et biv. près du fort.
Le 25, la brigade fit l'arrière garde. Quelques Cosaques se présentèrent, mais ils se tinrent à une distance respectueuse. Nous biv. près de Grabslieben.
Le 26, biv. près de Eiseuach.
Le 27, il y avait un si grand nombre d'hommes qui avaient jettes leurs armes abandonnés leurs effets et qui marchaient sans ordre comme un troupeau, que pour ne pas les laisser tomber au pouvoir de l'ennemi, nons fumes obligés de nous battre toute la journée nous biv. à Doujes.
Le 28, on tira seulement quelques coups de fusils. Nous fîmmes une halte après avoir traversé Wach et nous biv. dans le bois à deux lieues de Fulde.
Le 29 octobre, nous traversâmes Fulde et biv. près du pont de Flieden.
Le 30, nous avions pris position après avoir traversé Schlichtern. Nous y restâmes toute la journée ; vers le soir, l'çnnemi amena deux pièces de canon et un obusier. Bientôt il fut impossible de garder la position; les deux généraux qui commandaient Tarrière-garde ce jour-là demandèrent d'être relevés^ le Maréchal me chargea de cette dangereuse commission et mit sous mes ordres les débris de six régiments de cavalerie qui formaient au plus un total de 400 hommes avec les 1®^" et 2® régiment de tirailleurs. Les boulets et la mitraille roulaient sur la route comme des billes sur un tapis de billard. L'arrière garde que je relevais était fort épouvantée, elle courait plutôt qu'elle ne marchait ; mon premier soin fut de rassurer un peu les soldats en plaçant une embuscade à côté de la route, derrière des haies ; Tennemi, qui ne voyait que ceux qui fuyaient, marchait sans ordre et sans précaution, mais lorsqu'il fut vis à vis de nous, un feu de file, bien nourri en tua quelques uns, en blessa un grand nombre et mit un tel désordre parmi ceux qui poursuivaient avec tant de chaleur qu'ils furent obligés à leur tour de battre en retraite et qu'ils nous laissèrent tranquillement traverser le village. Après quoi nous tirâmes encore quelques coups de fusils, le reste de la journée fut assez paisible. Nous biv. à deux lieues de Hanneau.
Le 31 octobre, nous reçûmes le matin Tordro de resier dans notre camp, d*y attendre les ordres de TEmpereur, Nous y rejetâmes jusque vers trois heures après midi sans rien recevoir et dan«^ une grande in(|uié(ude. Ce fut dans ce moment qu'il arriva un aide de camp qui nous apportait l'ordre de partir, il nous dit que déjà deux HUtres officiers avaient eu la mission de venir près de nous, mais qu'ils n^avaient pas pu passer. Il nous apprit que Tarmée avait abandonné Hanneau, qui était occupé par quinze à vingt mille hommes. Ijo Maréchal jugea qu'il était impossible de tenter ce passage avec quatre à cinq mi lie hommes lorsque l'Empereur avait eu peine à l'exécuter avec toute son armée. En conséquence, nous suivimes une route à droite, nous marchâmes depuis 4 heures du soir du 31 octobre jusqu'à 4 heures du soir du 1®^ novembre^ dans la boue jusqu'à mi cuisses, par une nuit obscure et un temps insupportable, les soldats ne pouvaient plus se tenir en pieds, un grand nombre tombaient et étaient étouffés dans la boue. Le régiment perdit cent hommes dans cette nuit désastreuse ; le petit nombre de ceux (|ui avaient pu résister à cotte fatigue ressemblait à des sauvages, à des ours, et avaient à peine con« serve une figure humaine.
A peine arrivés devant Francfort, la cavalerie
légère tomba sur nous avec deux pièces de canon. Un officier et quelques soldats furent tués ce jour, . Le 1*^ novembre, nous biv, dans des jardins C)n face de la route, il ne nous fut pas même permis d'entrer dans la ville.
Le 2 novembre, nous continuâmes d^opérer notre retraite et nous biv. à Esse.
Le 3, Tavant-garde alliée nous attaqua en avant d'Hocheim, dans la même position ou nous nous étions battus le 6 janvier 1793; elle fut repoussée, et nous vinmes pendant la nuit prendre position à Contrcim,
La nuit était des plus obscure, les généraux nous avaient quittés sans donner d'ordre sur la position qu'il fallait occuper. Je fis placer la 1»« brigade en colonne serrée par division, chaque régiment formant une colonne dans les vignes au-dessous de la route , les autres régiments suivirent cette manœuvre, .
Le 4, nous occupâmes un camp sous les murs de Cassel.
Le 5, nous repassâmes le Rhin, ensuite le régiment traversa Mayence et fut cantonné à Marienborn.
La campagne de Saxe, depuis le 15 août jusqu'au 15 novembre, fournira de grandes leçons aux généraux. Elle a été presque aussi funeste à
la France quo celle de Russie, et il esfc juste de leconnaitre que la défection des alliés 'avait changé la balance des forces. On doit avouer aussi que depuis la bataille de Dresde, TEmpereur fit des fautes si multipliées qu'amoins d'un miracle son armée devait être détruite. J'ai déjà remarqué qu'après la bataille il aurait pu prendre toute l'armée autrichienne prisonnière de guerre, ce qui probablament aurait amené la paix avec cotte puissance et retenu les autres alliés, mais la plus grave de ses fautes fut d'avoir abandonné le i;énéral Vandame dans les montagnes de Bohème. Conçoit-on un pareil délire I
Il voulait envoyer en même temps un détachemont à Berlin et poursuivre l'armée alliée dans les montagnes, à travers des chemins presque innaccossibles. Si au lieu d'envoyer la Jeune Garde, qui était à Zschakwitz, à Reichenberg, il l'avait faite porter à Bergheishubel et à Hollen- .dorf pour appuyer le mouvement du général Vandamo, c'était fait des ajliés, et il aurait eu tout le temps d'envoyer ensuite au devant des Irussiens, qui, du reste, se seraient bien gardés d(^ s'éloignor de leur capitale dans un moment ou leurs alliés étaient battus. Mais ce qui était raisonnable n'était pas assez pour lui, il lui fallait de l'extraordinaire, il voulait que l'on dise (ju'il avait battu les Autrichiens à Dresde, dé-
iru'it les alliés on Bohême et entré à Berlin en même temps. Ce fut cette ambition démesurée qui perdit tout. Vandame fut battu et fait prisonnier, une terreur panique s'empara de son armée qui posa les armes sans se deffendre. Il faut remarquer que Tartillerie prussienne ne faisait plus feu, que les canonniers étaient assis sur leurs pièces, attendant l'arrivée des Français pour se rendre et que si nos soldats avaient aperçus la moindre réserve, le plus léger secours, cette terreur n'aurait pas existé, la d'effaite de cette armée aurait amené des résultats bien différens.
Après d'aussi grandes fautes, il en fît une non moins impardonnable de laisser deux corps d'armée à Dresde, parce que de deux choses l'une, ou son intention était de donner bataille ou bien de se retirer sur la gauche du Rhin ; dans l'un et l'autre cas c'était une grande faute de laisser deux corps d'armée dans une ville qui ne pouvait se d'effendre deux jours, qui était sans approvisionnemens et au milieu d'un pays entièrement ruiné. On ne peut pas savoir jusqu'à quel point ces deux corps pouvaient contribuer au succès de la bataille de Leipzig ; on a vu souvent que l'arrivée d'une division a fait changer la fortune et décidédu sort d'une bataille. C'était encore ici une suite de ce faux système qui ne vou-
lait rien céder et qui presque toujours finit par tout perdre.
Une autre grande faute, qui est générale dans les armées françaises, c'est le manque d'ordre dans les administrations, aucune précaution n'était prrse pour les subsistances, et au milieu du pays le plus fcrtil de l'Allemagne, nous avons été depuis la veille de la première bataille de Leipzig jusqu^à Mayence, c'est-à-dire dix-sept jours sans recevoir un morceau de pain ; concoiton une pareille négligence ? N'était-ce pas vouloir sacrifier des hommes, comment auraient-Ue pu vivre? Il arrivait delà que pour ne pas mourir de faim, les soldats quittaient leurs régi mens > jettaient leurs armes, se répandaient dans les campagnes et finissaient par tomber au pouvoir de l'ennemi.
Pendant toute cette malheureuse retraite de Leipzig, nous vécûmes de pommes de terre, que souvent on était réduits à manger crues, de troncs de choux et d'autres choses aussi peu substanciels et aussi mauvaises.
En arrivant dans les cantonnemens à la gauche du Rhin, les deux tiers du régiment était malade : 18 officiers avaient la fièvre en. même temps, c'était une désolation. Le 10, le lieutenant Gouge Mourut; le 11, M. Réthoré, sous-lieutenant, et le 12, M. le lieutenant-colonel d'Ethau.
Il périssait des soldats en proportion, ce qui causait beaucoup de chagrin à tout le monde.
Le 7 novembre, le régiment avait été cantonné à Guntznheim, près Monbach ; c'est un assez bon village où les habitants, et surtout le curé, nous accueillirent parfaitement bien. Nous y restâmes jusqu'au 16 novembre, jour de ma naissance. Dans la nuit, je reçus l'ordre de partir à%7 heures du matin.
Le 17 novembre, 'nous logeâmes à Bectelesheim, grand et joli village à la gauche de la route de Mayence à Alzey, nous y arrivâmes de nuit^ mais nous y fumes fort bien.
Le 18, le régiment fut cantonné dans quatre villages assez près l'un de l'autre qui se nomment Steinbach, Steindenbùl, Dreissen et Munster. Je restais dans une auberge à Steinbach ou j'étais fort bien soigné.
Le 25, nous partîmes à six heures du matin et nous fumes coucher àMeissenheim, jolie ville au milieu des montagnes.
Le 26, nous logeâmes à Bergheim etâSulgbach; pour arriver à ce dernier village on est obligé de passer la rivière dans un guet fort étroit et très dangereux ou bien d'aller faire le tour par Birn. La pluye, qui avait grossi les rivières nous lit prendre ce dernier parti.
Le 27, nous occupâmes les villages de Hor-
bruck, Scworbach, Sorchid et Gonerath, qui sont assez mauvais et hors de la route.
Le 28, nous passâmes la Moselle à Berncastel, et nous couchâmes à Cues; c'est un gros village ^ux pieds des montagnes, nous eûmes un chemin détestable ot beaucoup de glaces pour y arriver.
Le 29, la division logea à Wiltlich, jolie petitç ville ; jo fus placé chez le curé qui me traita parfaitement bien. Jo remarquai qu'il avait une sœur très bonne ot do l'humeur la plus enjouée.
Le 30, la division était réunie à Luzerath, le régiment fut cantonné dans les villages de Feid, d'Hor, Woiter, Beuron, Urschmidt etKliding, ce sont do très pauvres endroits "situés au milieu des montagnes du Unsdruck.
Le 4 décombre, le régiment vint occuper les villages de Aldegunde et Brème, ils sont situés au bord de la Moselle, dans une position agréable, mais les chemins pour y arriver sont détestables.
Le 5, je reçus la permission d'aller passer un mois à Paris. Je partis le même jour, je passai à Lutzerath, à Wittlich et je fus coucher à Trêves, ou j'arrivai de nuit.
Le 6, je pris une voiture particulière pour aller à Luxembourg ou je couchai.
Le 7, je me rendis par la diligence à Metz.
J'en partis en poste le 8 et j'arrivai le 9 au matin à Paris.
Le régi méat fut placé à Etter, petite ville entourée de murs, à la gauche de la Moselle, le 6 décembre, il y resta jusqu'au 13 qu'il en partit pour se rendre à Bruxelles en. suivant la route ci-après :
Le 13 décembre à Beugel.
Le 14 à Wettlich.
Le 15 à Etzerath.
Le 16 à Trêves.
Le 17 à Cremaker.
Le 18 à Luxembourg.
Le 19 à Arlon.
Le 20 à Neuf château.
Le 21 a Saint-Hubert.
Le 22 à Marches.
Le 23 à Liney.
Le 24 à Namur.
Le 25 à Jemmapes,
Et le 26 à Bruxelles ou il resta jusqu'après mon retour.
La mauvaise qualité de petite vérole qui régnait dans le pays occupé par la division m'avait particulièrement déterminé àmerendn^à Paris pour me faire vacciner; en conséquence aussitôt après mon arrivée, je me mis au régime convenable à cette opération. Je fus vacciné le 20 décembre par le sieur Lion, chirurgien à Xeuilly, en présence du secrétaire «énéral do la Société de vac-
— IGO —
cine et de plusieurs autres docteurs. Le vaccin fut pris sur un enfant de six mois du sexe féminin et qui était très bien portant. On m'en plaça dans sept endroits, trois dans un bras ot quatre à Tautre.
La douleur que cause cette opération est peu sensible pour les trois ou quatre premiers, mais rirritation qui se communique aux nerfs rend les autres assez douloureux. Je n'éprouvai aucun mal, je suivis un régime fort exact et quoique le docteur assurât que le sixième jour j*avais eu un peu de fièvre, j'aflfirme que je ne m'en apperçus pas le moins du monde et que ce jour je mangeai comme de coutume.
Le dévelopement du vaccin se fit avec une incroyable célérité, il me vint sept boutons gros comme des noisettes, qui suppurèrent assez longtemps et qui, au rapport des docteurs, étaient de la plus belle espèce ; mon i-ang dans l'armée, mon âge, et surtout la vie active que j'avais mené avaient engagés les docteurs à donner une grande importance à cette opération qui eut tout le succès que l'on pouvait. Soit que ce fut un fiffet du vaccin ou seulement du régime que j'avais suivi, il est certain que je jouissais d'une santé parfaite et que je n'ai jamais été mieux.
Je partis le 4 janvier pour aller rejoindre mon régiment à Bruxelles. Le temps était détestable
et ma vaccine encore en suppuration ; je passai toute la nuit dans la diligence.
Le 5, nous déjeunâmes à Roye et soupames à Cambrai.
Le 6, nous traversâmes Valenciennos dans la nuit, nous dinames à Mons et j'arrivai de bonne heure à Bruxelles, Je me logeai dabord à l'hôtel d'Angleterre en attendant le logement qui avait été désigné pour moi. Nous restâmes à Bruxelles jusqu'au 11 janvier, que nous reçûmes à deux heures après midi l'ordre de partir de suite. On peut se figurer toute la peine qu'il y eut pour réunir des hommes logés chez l'habitant, dans une grande ville comme Bruxelles, et surtout lorsque ces hommes étaient de nouvelles levées arrivées à Bruxelles et qui n'avaient pas plus de huit jours d'instruction. Après bien des peines, on parvint à en réunir le plus grand nombre et nous partimes à 4 heures après midi ; il était presque nuit. Nous n'arrivâmes àMalines qu'environ vers les neuf heures et demie du soir.
Quoique la route soit charmante, elle ne laissa pas d'être fatiguante pour ces jeunes gens qui n'étaient pas encore accoutumés aux marches de nuit. Il nous manquait beaucoup de monde en arrivant. On donna des ordres sévères pour le lendemain ; il aurait fallu pouvoir donner des jambes et du courage à ces. paysans habillés en
soldats qui ne cherchaient que Toccasion de s'échaper des rangs,
Malines est une grande et jolie ville qui était autrefois la capitale d'une grande seigneurie qui portait son nom ; elle est située au milieu d'une plaine très fertile et traversée par une quantité de canaux qui en temps de paix donnent beaucoup d'activité à son commerce.
Le 12 janvier, la division devait partir avant le jour ; il fut impossible de réunir les soldats, qui, encore fatigués diî la marche de la veille, restèrent dans leurs logements; ce ne fut que vers dix heures qu'il fut possible de se mettre en route. Le régiment fut cantonné à Lierre, petite ville ou il se fait un granl commerce et ou l'on trouve quelques fabriques.
Quoique la marche de deux jours que nous avions faite n'eut été ni longue ni très pénible, les corps n'en éprouvèrent pas moins des pertes assez considérables en hommes et en effets; c'est une observation que l'on ne peut trop répéter aux officiers : les départs précipités et les marches de nuit ruinent les régiments, et plus particulièrement ceux composés de recrues et de jeunes soldats. Dans la circonstance dont il s'agit, il est bien certain que si au lieu de faire partir la division avec tant de précipitation, on lui avait donné l'ordre de se mettre en marche le
lendemain à la pointe du jour, il est hors de doute qu'aucun soldat n'aurait manqué à l'appel, qu'elle serait arrivée dans un jour à Lierre, moins fatiguée qu'elle no l'était et surtout n'ayant pas éprouvé ce mouvement de crainte qu'occasionne toujours un départ si pressé et qui annonce un danger qui n'avait pas été prévu. Je ne crois pas exagérer en disant que cette marche fit perdre à la division plus de deux cents hommes, une grande quantité d'effets et qu'elle fut la source de la désertion qui se manifesta depuis dans l'armée.
Malgré les désastres de la campagne de Saxe, malgré le pasisage du Rhin par les alliés, l'armée était encore persuadée qu'elle battrait l'ennemi. Elle adorait son chef et elle ne doutait pas qu'il ne fit des choses extraordinaires pour repousser les étrangers et les éloigner de la France. Dès l'ouverture de la campagne, les hommes habitués à la guerre remarquèrent de T indécision dans les mouvements et une certaine précipitation qui obligeait souvent à défaire le lendemain ce qu'on avait fait la veille. On prévit dès lors des malheurs plus grands encore que ceux des campagnes précédentes.
Le 13 janvier, on entendit une forte canonade, on apprit que l'ennemi s'était porté sur la route d'Anvers à Matines. Le général en chef envoya
rartilleric de la division à Malines, sous la conduite d'un bataillon du régiment.
Le 14, toute la division se mit en marche pour se rendre à Anvers par la petite route, dans l'intention de placer le corps ennemi qui avait dépasser Anvers entre Malines et nous et de le forcer à combattre ; mais, soit qu'il eût .prévu ce mouvement, soit pour tout autre motif, il s'était retiré avant notre approche. Le général en chef apprit à moitié chemin que ce mouvement était une feinte pour cacher celui qu'il faisait à notre droite. En conséquence, la division reçut l'ordre de rétrograder sur Lière. La troupe fut dabord mise au bivouac, cependant le froid extrême qu'il faisait détermina le général à la faire passer la nuit, sans feu ni paille, dans une mauvaise cazerne qui est près de la porte de Malines.
Le 14, la division se rendit à Malines et y logea.
Le 16, elle arriva à Louvain. Cette ville est grande, belle et célèbre par son Université. La maison de ville est un bâtiment très remarquable par son architecture gothique qui est de la plus grande beauté, la sculpture est d'une légèreté et d'une grâce que n'ont pas les ouvrages de ce temps.
î.a succursale pour les militaires Invalides ne in a paru avoir de remarquable que son étendue, fjui iiccupe uïïe grande partie de la ville. Elle est
composée de trois couvents que Ton a réunis au moyen de quelques ouvages analogues à la destination de Tédifice.
Le 21, le premier bataillon du régiment se rendit à Malineç. Le lendemain 22, toute la division suivit la même direction et fut cantonnée dans cette ville ; le bataillon qui y était arrivé le premier reçut Tordre d'occuper les villages de Contich.et de Valheim.
Le 24, le régiment se réunit à Lière et fut logé dans la cazerne.
Le 25, toute la division se rendit à Anvers, elle traversa la ville et fut cantonnée à Merxheim, village ruiné et situé à environ uae lieue et demi en avant.
Anvers est une assez grande ville bien fortifiée et dont le port a coûté des sommes immenses à la France. Il y avait dans ce moment une escadre en état de mettre à la voile et plusieurs vaisseaux en construction. Je remarquai que du côté de Dam l'approche de la ville était assez facille et que Ton pouvait établir des batteries qui auraient inquiété les vaisseaux dans le port.
Pendant la nuit du 26 au 27, je reçus l'ordre de me rendre avec mon régiment à la pointe de Malines, d'où je partis pour Mali nés ; j'y arrivai de bonne heure, je ne croyais d'y rester que quelques instants et seulement pour nous reposer
lorsque je fus prévenu que je devais y cantonner.
Le 2(S, la division se mit en marche à 11 heures du soir par un vent des plus violent et très froide elle n'arriva à Louvain que le 29, à 5 heures da matin, nous y restâmes toute la journée. J'étais logé chez le maire de la ville» qui me parut un fort honnête et fort brave homme. Dans l'aprèsmidi nous retournâmes à Malines, il tomba une pluye continuelle qui rendit la route très fatiguante. Nous arrivâmes do nuit.
La route de Malines à Louvain est tirée au cordeau, elle n'a pas une sinuosité et seulement une hauteur peu élevée auprès de la porte de celte dernière ville
La 30, nous abandonnâmes Malines à dix heures du soir pour nous rendre à Bruxelles, ou nous n'arrivâmes qu'à 4 heures et demi du matin du jour suivant.
Le 31, la division se réunit à midi sur la Grande-Place. Le régiment fut chargé de l'escorte de Tartillerie, qui fut envoyée à Anderlecht.
Le 1®^' février, les malades qui étaient dans les hôpitaux de Bruxelles furent évacués sur Lille. L'artillerie se rendit à Tubise, petite ville sur la route de Bruxelles à Mons, près du confluent des deux branches qui forment la rivière de Senne. Cette rivière est guéable pour toute l'armée, elle est d'ailleurs fort étroite, mais elle ne
laisse pas de former par s«s sinuosités et par les . ravins qu'elJe a creusé dans plusieurs endroits différentes positions importantes pour une avantgarde.
Le 5, nous marchâmes vers Bruxelles jusqu'à Halle; en y arrivant je reçus Tordre d'aller à Enghien; nous n'y arrivâmes que dans la nuit. Je fus logé chez le Receveur général, qui me reçut très bien.
Le 6, on continua la retraite, le régiment cantonna à Ath, ville du département de Jemmapes, snr la rivière d'Ender. Le lendemain l'avantgarde des ennemis se présenta sur la hauteur qui domine la ville, en arrivant par la route d'Enghien ; les troupes prirent les armes, on envoya un bataillon qui s'empara de la hauteur, les ennemis se retirèrent précipitemment.
Le 6 février, il plut toute la journée, le régiment fut cantonné à Leuze, petite ville où il se fait un grand commerce de coton, de cuirs et de divers objets qu'elle fabrique.
Le 9 février, toute la division fut cantonnée à Tournay, grande ville sur l'Escaut qui passe au milieu et que Ton traverse sur plusieurs ponts qui se tournent pour donner passage aux batteaux. Cette manière me paraît bien préférable aux ponts-levis, pour l'intérieur des villes et pour tous les endroits qui ne sont pas places de
guerre. Elle aurait même pour ces dernières l'avantage que le boulet ne pourrait jamais les faire tourner au lieu qu'il fait quelques fois tomber les ponts-levis. Il reste encore quelques fortifications qu'il serait aisé de rendre bien meilleur on y faisant des ouvrages extérieurs, mais la citadelle est tout à fait ruinée, excepté les murs qui sont encore sur pied.
On voit près de cette ville l'endroit ou se donna la bataille de Fontenai, gagnée par Louis XV; les redoutes élevées par les deux armées existent encore, mais la manière dont la guerre se fait aujourd'hui a rendu cette position moins importante qu'elle ne Tétait alors.
Je fus logé chez M. do Bras. C'est une maison agréable où il y a quatre demoiselles dont la plus petite a 5 pieds 4 pouces ; l'aînée est mariée. Il me parut qu'une de ces demoiselles portait à l'Empereur une haine si forte qu'elle éprouvait des convulsions chaque fois qu'elle entendait prononcer son nom. Je restai dans cette maison jusqu'au 17 du même mois. Les demoiselles étaient très aimables, mais d'une vertu si sévère qu'elle allait jusqu'à la rudesse dès que l'on disait un mot qui pouvait recevoir la moindre interprétation libre.
Le 17, la division fut logée à Lille, grande et belle ville, chef lieu du département du Nord,
sur la rivière de Deule, qui passe au milieu, et dont les eaux servent à inonder les environs et à remplir les fossés des fortifications. La citadelle est une des plus fortes de TEurope, elle a été fortifiée par Vauban. Cette ville soutint un siège célèbre coatre les Prussiens en 1793, ils furent obligés d'en lever le siège après avoir perdu la moitié de leur armée par les maladies. Il y a un canal qui vient de Douay et qui sert pour le commerce. Les rues de Lille sont en général propres, larges et droites, la place d'armes est spacieuse, la salle de spectacle est assez belle. Je fus logé chez M. Dubosquiel, rue de Thionvillejn*^ 27.
Le 26 févrix)r, nous partimes à quatre heures et demie du soir^ suivant la route de Menin, ou nous arrivâmes à neuf heures du soir. Le pont sur la Lys était détourné de manière qu'il nous fut imposs-iblo d'entrer. Malgré le froid assez vif qu'il faisait, un soldat se jetta tout habillé dans la rivière qu'il traversa à la nage et parvint à tourner le pont. Pendant co temps, une centaine de cosaques qui faisaient la garnison de la ville, montèrent à cheval et se sauvèrent.
Menin est situé à la droite de la Lys, la ville est petite, cependant elle a quelques manufactures et fait un commerce considérable.
Le 26, nous attaquâmes Courtrai, que l'ennemi abandonna après quelques coups de fusils et de
canons. Cette ville est grande, elle a quelques belles rues et beaucoup de fabriques. La Lys passe autour de la ville, ce qui la deffend d'un côté.
Le 2, l'ennemi nous attaqua survies routes de Bruges, de Gand, d'Audenarde et de Tournay. Il fut repoussé sur tous les points. •
Le 3, il forma une nouvelle attaque à la porte de Bruges, qui n'eut point de succès.
Le 4, le 1®^' bataillon du régiment fut envoyé à llaerlebeke.
Le 5, il y eut une affaire assez chaude près crAudonarde ; le régiment perdit 5 hommes tués et 24 blessés. Il fut exposé pendant plus de deux heures au feu d'une batterie qui tirait à mitraille, mais par un hasard heureux, une haie fort épaisse nous cachait aux ennemis, qui dirigeaient leurs coups sur les corps placés en arrière de nous et qui souffrirent beaucoup. Le soir nous biv. à Ilcim, grand village sur la route de Gand; nous en parti m es dans la nuit et fumes cantonnés à Swcweghem sous les ordres du comte d'Audeiiarde, colonel des lanciers et général de brigade.
Le 7 mars, Tarmée commandée par le duc de Saxe-Weimar attaqua le village de Sweweghem où nous étions placés. Son avant garde fut repoussée et obligée de rejoindre le corps d'armée. Le général d'Audenarde fit une grande faute de faire poursuivre l'ennemi au delà delà portée de nos
canons ; ce fut la source de nos portos dans cotte journée. Il envoya successivement tout le régiment en tirailleurs sans garder la moindre réserve, et voyant que Tennemi avançait toujours, il fit retirer les deux pièces qui étaient en batterie près du moulin à vent et se retira avec son régiment >iur la route de Courtray. Je me trouvai dans une grande extrémité, n'ayant pas dix hommes auprès de moi. J'envoyai un de mes lieutenantscolonels de l'autre côté du village pour arrêter les fuyards et réunir son bataillon; il y réussit parfaitement, et aussitôt qu'il fut formé en colonne, je le fis porter en avant. Je le fis précéder par cinquante tirailleurs de bonne volonté et bien instruits. Ce mouvement arrêta la poursuite de Tennemi, mais alors il chercha à cerner le village en faisant avancer des troupes à travers les vignes et les ravins qui le bordent des deux côtés. Je fis ralier le second bataillon de la même manière que le premier ; la nuit approchait et je ne pouvais me maintenir dans le village. Je fis exécuter la retraite en ordre en exécutant le feu de chaussée qui tua beaucoup de paonde aux ennemis. J'avais fait placer quelques hommes bien instruits dans le cimetière avec ordre de l'abandonner avant l'arrivée des premières troupes. L'officier que j'avais chargé de cette mission l'exécuta avec une sagacité admirable, il laissa quelques tirail-
leurs dans unn rue parallèl<î au cimetière de manière que comme il faisait déjà assez obscur, les Prussiens étant entrés les premiers dans les ouvrages du cimetière, les Saxons, qui arrivaient par une autre rue, les prirent pour des Français et firent une décharge qui leur tua et leur blessa une vingtaine d'hommes. En sortant du village, la compagnie du capitaine Roud était placée sur la route, tournant le dos aux maisons, les Saxons la prirent pour être des leurs ; ils avancèrent sans précautions, et lorsqu'ils furent à quinze pas, le capitaine? fit faire demi -tour et un feu de peloton si- bien dirigé que les îSaxons se sauvèrent en poussant des cris affreux. Dès lors ils ne se présentèrent plus près de nous et nous biv. tranquillement près d'un village situé entre Sweweghem et Courtrai. Le régiment perdit 18 hommes tués et 72 blessés. Un officier fut amputé et quelques-uns blessés légèrement.
Le lendemain 8, nous passâmes à Courtrai et nous cantonnâmes à Roncq, grand village sur la route de I/ille à Menin ; nous y restâmes le 9.
Le 10, toute la division fit un mouvement dès. la pointe du jour ; elle s'arrêta assez longtemps à Turcoin, bourg considérable, ensuite nous fumes placés à Roubaix, autre bourg peu éloigné du premier ou il y a un grand nombre de fabriques et de filatures do coton. On y fuit des nankins,,
des percales, des mousselines et d'autres étoffes de même nature. Je fus logé chez M. et M"® Buttcau, dans la rue de Guerre ou j'étais fort bien. Ils ne sont mariés ni Tun ni l'autre et vivent dans une parfaite intelligence.
Le 18, le régiment occupa les villages de Peronne et de Bouvines. Ce fut près de ce dernier que Philippe-Auguste remporta la victoire qui porte ce nom ; les armées étaient séparées par la petite rivière de Manjuc. On voit encore les débris des fortifications que les armées avaient élevées.
Le 21 mars, Tennemi fit une reconnaissance sur toute la ligne et fut repoussé.
Le même soir, le régiment logea au faubourg des malades à Lille. Ce faubourg aval tété brûlé par les Prussiens en 1793; il est presque eatièrement rétabli.
Le 25 mars, la division ayant pris du pain pour trois jours, se mit en marche à doux heures après minuit; elle attaqua d'abord Menin, que l'ennemi abandonna, elle le poursuivit jusqu'à Courtray, ou elle entra après une légère résistance, et le même jour le régiment coucha à Wargheim, grand village à environ une lieue sur la droite de la grande route de Gand.
Le 26, la division poursuivit sa marche et arriva à Gand, les ennemis en furent chassés, on se battit
dans les rues ot à la sortie dos faubourgs.
Le 27, une partie de la division marcha sur Anvers, la garnison fit une sortie, elle fit sa jonclion avec nous et força les alliés à se retirer.
Le 28, le régiment fit une reconnaissance sur la route de Bruxelles et échangea quelques coups de fusils avec les ennemis. Le général en chef fit sortir d'Anvers la division du général Roguetqiii se joignit à nous.
Le 29, quelques patrouilles ennemies s'avancèrent justju'à l'entrée du faubourg de Bruxelles, elles furent ropoussées et perdirent quelques hommes.
Le 30 mars, l'armée se mit en marche, se dirigeant sur Courtray, le régiment fut détaché à Sweweghem avec la moitié du régiment de lanciers qui fut mis sous mes ordres. .le me trouvais donc à deux lieues de l'armée française, en présence de l'armée alliée, forte de 10,000 hommes d'infanterie, 2,000 de cavalerie et 10 pièces de canons n'ayant que 560 hommes d'infanterie et 100 lanciers. Je fis réparer les abatis, obstruer les chemins et fortifier les postes par tous les moyens (juejc i)us imaginer.
Pendant la nuit, je fus prévenu que l'avantgarde de ce corps s'était avancée à une lieue do Sweweghem, qu'elle était composée de trois régiments d'infanterie, deux de cavalerie et quatre
pièces de canons, dont un obusier, que le reste de farniée n'était qu'aune lieue de l'avant-garde. D'après cet avis, qui avait été donné au maire, je fis prendre les armes à 3 heures du matin.
Le 31 mars, nous restâmes dans cette position jusqu'au jour sans rien apprendre de nouveau. Je commençais à croire que l'avis qui nous avait été donné é^ait faux, je fis faire une découverte par la cavfj,erie, elle me rendit compte qu'elle n'avait rien ap perçu et que les postes ennemis étaient dans la même position. En conséquence, je renvoyai les hommes dans leurs logements en prenant toutefois la précaution d'assigner à chaque compagnie le poste qu'elle devait occuper en cas d'une attaque inopinée. A peine étais-je rentré dans mon logement que les vedettes avancées me firent prévenir que l'ennemi marchait et qu'il était déjà très près de nos postes avancés. Dans le même instant, j'entendis quelques coups de fusils, je fis battre la grenadière, et dans moins de cinq minutes les troupes étaient à leurs postes. Les gardes avancées se replièrent à mesure qu'elles ne pouvaient plus detïendre les postes.
Bientôt l'attaque du village commença, l'ennemi fit un feu de mitraille qui brisait les maisons, il envoya une vingtaine d'obus qui causèrent plus de bruit que de mal. Ce.fut dans ce moment qu'un jeune officier, qui voyait le feu pour la première
fois^ abandonna le poste où je Tavais placé. Je lui ordonnai d'aller le reprendre, il me répondit :
— Mais mon colonel nous nous ferons tuer !
— Hebien, lui dis-je^ voiis vous ferez tuer.
Il partit sans rien ajouter et regagna sa position dont il chassa l'ennemi.
Aussitôt que Tattaque avait commencé, j'avais envoyé un officier intelligent pour en prévenir le général de division Danois et lui rendre compte des dispositions que j'avais prises, mon intention était d'engager l'ennemi à pénétrer par la vallée de la Lys et le placer ainsi entre l'armée et nous, la résistance que je faisais à Sweweghem était nécessaire pour donner aux troupes le temps de prendre les armes et de sortir de Courtray. Je fus prévenu que Tennemi se portait par la route de Courtray afin de nous couper la communication, j'en fis prévenir les troupes restées àHaerlébeck, je réunis tous mes hommes, je les formai en colonne et je me retirai en bon ordre, laissant une quantité suffisante de tirailleurs pour empêcher l'ennemi de nous poursuivre. Les lanciers firent une charge si heureuse qu'ils forcèrent ceux qui avaient coupés notre communication a quitter la route, a se jeter dans les bois et à se retirer sur leurs corps. Je continuai à me retirer, déffendant toutes les positions jusqu'au moment ou je vis les troupes sortir de Courtray, alors je ne laissai
sur la route qu'un soûl peloton auquel je donnai l'ordre de continuer la retraite et d'attirer l'ennemi le plus avant qu'il pourrait. L'avant Garde saxonne qui nous crut battus avançait sans prendre aucune précaution. Je profitai d'un bois qui se trouve dans un endroit où la route fait un coude, je traversai ce Bois à la tête de mon régiment et sans bruit, pendant ce temps l'avant garde ennemie avait continué de suivre la route et lorsque je débouchai a la sortie du Bois deux régirnents l'avaient dépassée le 3® arrivait, c'était des prussiens, je lui fit faire un feu de deux rangs qui tua seize tambours, les sapeurs et une partie du premier peloton, ce Régiment fut si frappé d'épouvante qu'il se sauva à toutes jambes abandonnant deux pièces d'artillerie des Caissons et les équipages du Duc de Saxe Weimar, Général en chef de cette armée qui furent pris par un peloton de mon régiment, les soldats me réservèrent une lunette d'approche les Cartes Géographiques et douze Bouteilles de vin de Bordeaux, les Tambours se partagèrent l'argent qui consistait on quelques sacs de mille francs.
Les deux Régiments saxons qui se trouvaient derrière nous se voyant cernés posèrent les armes quelques uns seulement s'échappèrent à travers les vignes environs mille hommes furent prisonni-ers de Guerre.
Je poursuivis la Bayonnctte dans les Reins cctto armée qui se sauvait dans le plus grand désordre, les troupes d'Haerlebeke arrivèrent à Sweweghcm dans le même temps que les alliés le traversait, il firent un feu de file si-apropos qu'il tua un très grand nombre d'ennemis. Les Cuirassiers saxons qui étaient en réserve à la sortie du village de Sweweghem sauvèrent les débris de co corps d'armée qui laissa en notre pouvoir outre les objets dont j'ai déjà parlé, environ 400 blessés. Le soir nous biv. à Avelghem. Cette journée causa une telle épouvante à l'armée alliée que la plus grande partie jetait leurs sacs pour se sauver avec plus de facilité el que plusieurs se retirèrent jusque sur lé Rhin.
Le 1^^' avril notre division se rendit à Lille en suivant la route de Lannois.. 11 fit une pluie et un chemin horrible toute la journée.
Le 4 avril, nous partîmes pour conduire un convoi de poudre et de munitions à Maubœuge, nous couchâmes à Saint-Amant petite ville sur la Scarpe qui se jette dans l'Escaut un peu au dessous de la ville. On ne savait encore rien de ce qui s'était passé à Paris.
Le 5 nous arrivâmes à Valenciennes, le convoi fut remis à la conduite de la Division Souham. L'intention du Général en chef était de marcher sur Mons et de s'emparer de tous les points de
commuaications, de chasser les alliés de tous les pays Bas, ce qui aurait été facille d'après la terreur qui régnait dans l'armée du duc de Weimar. Les nouvelles qu'il reçut en arrivant à Valenciennes changèron-t sa résolution. Je reçus le Moniteur, le Journal de Paris, tous deux annonçaient que Louis Stanislas Xavier de France avait été proclamé Roi et que le Sénat avait prononcé la déchéance de Napoléon Bonaparte. Cetie nouvelle fit une grande sensation cependant elle ne fut pas égale pour tout le monde quelques personnes montraient une rage que Ton ne peut exprimer, les personnes sages se bornèrent à ne rien dire et à attendre le résultat des événements. Le respect que j'avais manifesté pour les Bourbons, même dans nos plus grand succès, m'attira des reproches de la part d'un colonel de mes amis, ({ui me dit avec humour : « Vous voila content vous aurez encore vos Capets ! » nous eûmes une altercation assez vive que je proposai de finir comme ces sortes d'affaires se terminent ordinairement entre officiers du même grade, mon adversaire fut plus sage que moi et tout s'arrangea de bonne grâce et sans bruit. Ce même jour nous traversâmes la petite forteresse de Bouchain située dans un lieu marécageux et nous logeâmes à Masny village à la droite de la route environ à deux lieues de Douay.
On voit sur les bords de TEseaut, entre Valenciennes et Bouchain, le lieu ou se donna la bataille de Denain gagnée par le Maréchal de Villars contre le Prince Eugène. On y a élevé une pyramide en pierre et Ton a gravé sur une des faces de la base, ces deux vers de l'art de la guerre de Frédéric le Grand Roi de Prusse :
« Regardez dans Denain l'audacieux Villars « Disputant le tonnere à l'aigle des Césars
Le 6 avril nous marchâmes av«c toute la célérité possible nous arrivâmes de bt3nne heure à Lille après une marche de plus de douze lieues. Monsieur le Préfet avait du Gouvernement Provisoire l'ordre de se rendre à Paris pour remplir les fonctions de Ministre de la Police, il était parti dans la nuit. Il y avait une grande fermentation dans la ville qui manifestait ouvertement son dévouement à la cause des Bourbons. On apprit fjue Monsieur était avec l'armée alliée.
Il se passa quelques jours sans que rieïi fut décidé la désertion commença à se manifester.'
Le Général en chef réunit tous les officiers supérieurs chez lui pour demander quel était leur avis et savoir ce que Ton pouvait espérer des régiments. Je répondis avec fermeté que je répondais du mien et que j'étais sur do son obéissance. Dans le conseil qui so tint le lendemain j'opinai que puisque le Sénat avait proclamé Louis XVIII
nous devions le reconnaître, lui envoyer une députation pour l'assurer de notre fidélité et faire arborer les fleurs de Lys. Le Général en chef était de cet avis, mais tous les autres s'y opposèrent, on résolu de différer encore. Cependant le lendemain le Général ayant reçu une dépêche télégraphique portant que Napoléon avait abdiqué le Roi fut reconnu par les autorités. Il ne fut d'abord rien décidé pour les cocardes seulement on résolu de remplacer les aigles par des Fleurs de Lys. Avant de commencer ce changement qui demandait de la sagesse et de la prudence, il se répandit dans la ville et surtout parmi les troupes, un écrit que l'empereur était à la tête de l'armée et qu'il marchait pour se réunir à nous, on n'entendait plus que des cris de vive l'empereur les canonniers furent les premiers à se révolter bientôt toutes les troupes se réunirent à eux il falut lever les ponts et [fermer les portes alors ils prirent des haches et brisèrent la porte de France. Environ 5 à 6 cents sortirent en tumulte, un officier de mon régiment nommé Richard fut blessé par eux, mais à peine hors des faubourgs ils jettèrent leurs fusils dans les fossés et se retirèrent chacun chez eux. Le tumulte continua dans la ville pendant trois jours, la place était remplie de soldats, on craignait qu'ils se portassent à quelques extrémités. J'avais
réunis tous les officiers de mon régiment chez moi, je leur expliquai de quelle manière la famille des Bourbons avait gouvernés nos ancêtres et tout ce que les Princes et les Rois avaient faits pour la gloire de la France, ensuite je m'adressai à chacun en particulier en leur demandant s'ils voulaient servir le Roi, j'offris à tous ceux qui voudraient quitter le service de leur faire obtenir leurs retraites et de les aider de tout mon pouvoir a être placés d'une manière avantageuse ; mon discour qui était tout militaire fit une si grande sensation sur ces MM. que tous medeman^ dèrent de leur faire venir des boutons avec les fleurs de lys et qu'au bout de peu de jours tous ceux à aigles avaient disparus. Je fis d'abord retirrer les retrousis des habits sans dire par quot ils seraient remplacés. J'avais fait faire un emporte pièce pour en couper d'autres ayant la forme d'une fleur de lys et tels qu'on les porte aujourd'hui, d'abord je ne permis qu'aux soiji«-officiers d'en porter, ensuite les caporaux me demandèrent de leur accorder la même faveur, ce que je fis après m 'être un peu fait presser afin de donner la même envie aux soldats ce qui ne manqua pas d'arriver de façon qu'en moins de quinze jours le changement fut opéré sans avoir occasionné la moindre querelle. Je fis la même chose pour les schaquots et les boutons et dix jours
avant Tarrivée du Roi à Calais on aurait pu croire que mon régiment avait toujours servi dans l'armée royale tant il était bien disposé.
La musique de mon régiment avait toujours exécuté les airs de Vive Henri Quatre et de Charmante Gabrielle sans que les habitants y eussent fait beaucoup d'attention mais alors ces airs, qu'aucun autre corps n'avait excitèrent un tel enthousiasme que nous avions peine à passer dans les rues et que tout le monde se pressait autour de nous lorsque je passais l'inspection. Bientôt la renommée qui exagère tout, le bien comme le mal, publia que depuis longtemps j'étais dévoué aux Bourbons, d'autres assuraient que ma conversion était l'ouvrage de M"™« Dubosquiel mon hôtesse, ces deux versions n'étaient vraies ni l'une ni l'autre, j'avais servi la France de bonne foi et de tout mon cœur, mais du moment ou le Sénat les eut rappelle au trône de leurs ancêtres je leur fus dévoué au point qu'ils auraient pu compter sur moi comme sur ceux qui les avaient accompagnés dans leur disgrâce, je n'avais eu avec mon hôtesse que des relations d'amitié ou pour mieux dire de simple honnêteté.
Les régiments se retrouvèrent réduis à peu de monde et presque désorganisé par la désertion qui continuait, le mien qui était le plus faible avant les événemens se trouva le plus fort au
moment do rarrivêe du Roi à Calais. Sa Majesté débarqua le dimanche 24 avril clic fut reçue par le Générai en chef Comte Maison qui lui présenta Tadresse qui avait été faite au nom de l'armée par tous les officiers généraux et supérieurs de TEtat- Major et des Corps. Il lui présenta aussi les coloneU- qui s'étflient distingués lors des dcrniei^ événements. Le Roi répondit, je les nomme Maréchaux do Camps. Je me trouvai de ce nombre, mais dans ces- premiers momens 11 y avait une telle confusion dans les affaires que le brevet no me fut expédié que fort longtemps après et que je continuai a commander mon régiment.
Il m arriva à cette époque quelque chose qui vient à Tappuy de ce que certaines gens avancent sur la vérité des présentiments. Voici le fait. J'avais été désigné pour entrer dans la Garde du Roi quelques mois avant sa dissolution. Je m'étais fait adresser une garniture de boutons, voulant arriver à Paris tout habillé, au lieu de m'en-' voyer ceux que j'avais demandé on m'adressât des boutons des Gardes française qui avaient une fleur de lys au milieu. Ces boutons ne m 'ayant pas servis restèrent avec mes effets depuis 1792 jusqu'en 1814. Lorsque je partis de Paris pour rejoindre mon régiment à Bruxelles j'emportai ces boutons sans aucune idée fixe et je me trouvai les avoir au moment où le Roi fut reconnu à
Lille, je les fit attacher le même jour sur mon habit ce qui surpris tout le monde personne ne pouvant sefigurer que je les eusses gardés si longtemps et surtout que je les eusses portés à l'armée, sans avoir la moindre pensée qu'ils pourrait me servir.
Cependant on continuait à entretenir la fermentation dans les esprits par les nouvelles allarmantes que l'on ne cessait de débiter, une de celles qui causa le plus de désordre fut le bruit qui se répandit que l'armée allait être licenciée et tous les officiers renvoyés chez eux, Tordre qui fut donné de vérifier et d'arrêter la comptabilité des corps ne contribua pas peu à faire accréditer une fausseté aussi ridicule, on ne pouvait pas rassurer les anciens militaires qui se croyaient perdus. Ce fut dans une circonstance aussi grave que je reçus Tordre de me rendre avec le premier bataillon de mon régiment au Quesnoy et de laisser, le second à Lille. Je fus instruit en même temps que les régiments de jeune garde devaient èire incorporés avec d'autres corps et former les nouveaux régiments de la ligne. Jamais on ne vit une désolation pareille, les soldats pleuraient, s'embrassaient en se disant adieu, tous les hommes Ju second bataillon voulaient partir avec le premier, ils demandaient avec instance de ne pas être séparés.
Le départ fut différé d'un jour à cause du grand nombre d'affaires que le conseil d'administration avait a régler. Enfin le 7 juin le l®'* bataillon se mit en marche. Il était composé de :
1 major colonel 1 chef de bat^" 1 capit. adj-major 1 chirurgien- major 1 officier payeur
3 capitaines
4 lieutenants
1 sous-lieutenant
13 officiers
2 adjudanss.-off.
1 sergent -armurier
1 chef de musiq.
21 musiciens
4 serg^'^-majors 14 sergents
4 fourriers
25 caporaux
165 tirailleurs
12 tambours
249 s.-off. et sold.
en tout 282 hommes
Il fut couché à Orchies.
Le 8 juin à Valenciennes et le 9 il arriva au Quesnoy.
Nous fumes d'abord si mal accueillis au Quesnoy que j'eus toutes les peines du monde à me loger, personne no voulait me recevoir. Je me vis réduit a rester plus de deux heures sous un hangard ou j'avais fait déposer mes effets, r dans la maison de M"*^ Veuve de l'Epine dont le mari était commissaire des guerre avant la révolution
ot chez laquelle j'avai^un billet de logement délivré parla Mairie. La cause de cette mauvaise réception venait de Topinion que Ton avait que les corps de l'ex-garde impériale n'aimaient pas le Roi et les Bourbons, mais du moment ou Ton vit que mon régiment était très royaliste, nous fumes recherchés et invités partout. On peut même regarder comme une chose extraordinaire qu'après une réception aussi froide tous les officiers restèrent dans les logements où ils avaient placés, sans que les propriétaires voulussent recevoir le prix du loyer ni permettre à ces MM, do se loger dans des hôtels garnis ainsi que cela se pratique. Cependant le désordre qui régnait partout dans l'administration nous réduisait à un état des plus déplorables. On nç payait plus la solde et on ne nous donnait aucun moyen d'existence. La bonne volonté des habitants nous tint lieu de tout, on fournissait de la viande aux soldats à crédi et l'on donnait à manger aux officiers chez un bon restaurateur qui prenait les promesses des officiers comme de l'argent comptant.
Il arriva vers la fin du mois de juin et dans les premiers jours de juillet un grand nombre d'officiers destinés à concourir à la formation du régiment de Condé Infanterie, ou 8* de ligne. Je reçus l'avis que le bataillon était destiné à faire
partie de ce corps. 11 me fui facile de m'aBsurer du mauvais esprit qui animait une partie de ces messieurs. C'était des plaintes continuelles, un mécontentement pros(|ue général. Il fut bien aisé de conjecturer dès lors ce qui devait succéder et combien il était à craindre que quelques ambitieux ne profitassent des circonstances pour se faire un parti dans Tétat et exposer encore la France aux malheurs d'une guerre civile. Je dois dire qu'au milieu du désordre et de l'insubordination qui régnaient partout, au milieu de la misère que les circonstances rendait plus insuportable, je n'eus qu'à me louer de la bonne conduite de mes officiers et do mes soldats. Ce fut dans une position aussi pénible que tous les officiers s'étant réunis chez moi me prièrent de permoltre qu'ils rédigeassent une adresse au Roi pour exprimer leur soumission aux ordres de Sa Majesté et leur fidélité à sa personne sacrée et à son auguste famille. Je consentis avec joie à une demande aussi raisonnable et avant de nous séparer Tadresse suivante fut rédigée, signée par tous les officiers et adressée à S. E. le Ministre de la Guerre Monseigneur le Lieutenant Général Comte Dupont.
Elle fut insérée dans le Moniteur du 2S juil- ' lot 1814.
Elle est conçue en ces termes :
Sire
«. Les officiers du 2* régirnent de Tirailleurs dé- « posent aux p<eds de V, M, Thonimage de leur « profond respect, de leur fidélité et de leur dé- « vouement,
« La France périssait, V. M. l'a sauvée. Votre « sagesse Ta replacée au rang des grandes puis- « sances.
(K La paix a succédé aux désastres d'urto guerre <( étornolie.
« Pénétres do reconnaissance pour tant de « bienfaits, nous vous supplions, Siro, d'accepter « nos humbles remerciements avec la même sa- « tisfaction que nous avons a vous les offrir.
M Daignez, Siro, nous accorder Thonneur de <i renouveller entre les mains de V. M. le serment « do défTendre jusqu'à la mort le Trône de S* Louis « et Tauguste maison des Bourbons.»
Vive le Roi.
Au Quesnoy le 7 juillet 1814,
Monsieur le Lieutenant-Général Rottem bourg, inspecteur d'infanterie, fut chargé de l'organisation du 8*^ régiment (Condé), il eut pour adjoint M. le sous inspecteur aux revues Julien. La plu-
part des officiers du régiment de tirailleurs étaient connus du général qui les fit entrer presque tous dans le nouveau cadre.
J'employai tous mes moyens pour rendre ce dernier service à mes anciens compagnons d'armes et je fus assez heureux pour faire placer ceux qui le désirèrent.
Je n'avais été compris que comme colonel surnuméraire dans le travail d'organisation du régiment de Condé parce que quoi que Ton m'eut assuré que j'étais nommé Maréchal de Camp, je n'avais pas reçu ma nomination. L'organisation étant terminée je partis du Quesnoy et je me rendis à Paris, Je trouvai ma nomination qui avait été adressée à l.ijlo, renvoyée à Paris, réexpédiée au Quesnoy et enfin une seconde fois renvoyée au Ministre.
J'éprouvai un grand vide pendant les premiers jours de mon arrivée à Paris, depuis le commencement de la guerre je n'avais pas quitté un seul instant mon régiment, j'avais presque toujours été chargé de l'instruction des recrues, souvent de celle des officiers. J'avais servi do la manière la plus active et je me trouvais tout à coup sans emploi et sans aucun service obligé. J'avais beaucoup de peine à m'accoutumer à cette inaction ce (jui me détermina à me retirer près de mon vieil ami Ilerman à Neuilly ou je restai jusqu'au neuf
de février 1815 jour où j'épousai Mademoiselle de Bcuzelin et où je vius habiter sa maison des Ternes.
Je vivais très heureux dans cette agréable retraite, nous avions un appartement dans la rue de Richelieu à Paris et je commençais a oublier la guerre et les camps lorsque le retour de Napoléon et le départ du Roi raluma tous les brandons de la discorde et prépara tous les esprits à une nouvçUe guerre. Je ne fus d'abord pas destiné à y participer et malgré mondévouement pour le Roi et son auguste famille, malgré la peine que j'aurais eu à m 'armer contre un souverain qui avait été mon bienfaiteur, j'avoue que je fus sensiblement affligé lorsque je vis l'armée entrer en campagne et que je n'en faisais pas partie. J'avais fait toutes les campagnes et j'éprouvais une peine très réelle que mes camarades en fissent une à laquelle je ne participais pas. Tout en déplorant l'aveuglement funeste qui les avait portés à abandonner le meilleur dos rois pour servir celui qui ne pouvait plus être compté au nombre des souverains légitimes et qui no serait plus pour la postérité qu'un usurpateur. J'aurais voulu combattre dans leurs rangs et donner encore mon sang pour éloigner de mon pays le fléau de la guerre et les maux que je prévoyais qu'il devait cntrainer à sa suite. Je restaisfort tranquille près
de ma fommo lorsque je reçus l'ordre d'aller prendre le com mandement d'un des quartiers do Paris, sous les ordres do Monsieur le Comte do Baumont, Pair do France.
Malgré que l'empereur eut abdiqué une seconde fois et que le Gouvernement provisoire fut déjà établi je ne voulus accepter le commandement qui m'avait été ofTert qu'après avoir consulté MM. les Maréchaux de Franco, Macdonald et Oudinot que je savais avoir été nommés parle Roi [>our gouverner en son absence, ils me conseillèrent Tun et l'autre do me rendre au poste qui m'avait été désignée et de travailler à procurer le retour do S. M. par les moyens qui seraient mis en mon pouvoir. Les événements se succédèrent avec tant de rapidité que le Maréchal Davoust, Prince d'EckmuI, qui commandandait les troupes sous Paris fut obligé de capituler.
Pendant que Ton traitait de la capitulation de Paris, quelques fidèles serviteurs du Roi tentèrent d'exciter un mouvement en sa faveur et de le faire entrer dans la capitale sans le secours des armées alliées. Ce fut dans le moment ou ce mouvement s'exécutait que je fus arrêté par une compagnie de chasseurs de la deuxième Légion de Garde Nationale. Je fus maltraité à coup de crosse de fusils, on m'arracha ma cocarde blanche, la croix de S* Louis et tout ce qui avait le moindre
rapport à la royauté. Je fus conduit à pied entre deux hayes de soldats et de gendarmes jusqu'à l'état-major de la place. Je courus plusieurs fois le danger d'être massacré, j'étais suivi par la populace des faubourgs qui criait de me fusilier ou bien do m accrocher à la lanterne. Mon aide de camp M. Thory eut le même sort que moi.
Comme on me fît passer dans la rue des Capiicines, deva\it l'hôtel de M. de la Marre où je logeais'avec ma femme elle fut instruite de mon arrestation et vint de suite me voir et solliciter mon élargissement qui fut accordé par le général Hulin, alors commandant de Paris, sous les ordres duquel j'avais servi dans la Garde.
Le 8 juillet le Roi rentra dans Paris, je fus faire ma cour à S^. M. à S^ Toin, j'y fus conduit dans la voiture de l'Amical Sir Sidney Schemid qui logeait à la maison.
Le jour de l'entrée du Roi je fus du nombre des officiers généraux qui l'escortèrent à cheval depuis S* Denis jusqu'aux Tuileries, après quoi je rentrai chez moi et j'y restai jusqu'au vingtquatre novembre suivant que je fus nommé commandant du département du Rhône.