BLOCUS DU POTOMAC
Le blocus du Potomac par les rebelles est un sujet qui demandait naturellement d'être examiné par votre comité. A cet égard, nous appellerons l'attention du congrès sur le témoignage du capitaine G.-F. Fox, sous-secrétaire de la marine. On y verra qu'en juin 1861 le département de la marine proposa au département de la guerre d'adopter des mesures pour prendre possession de Matthias-Point, dans le but d'assurer la navigation du Potomac contre tout danger d'interruption. Le même objet fut soumis de nouveau à l'attention du département de la guerre par le département de la marine, au mois d'août, aussitôt après la bataille de Bull-Run. Rien cependant ne fut fait à ce moment sur ce point.
En octobre 1861, le département de la marine revint à la charge auprès du département de la guerre. L'expédition de Port-Royal était en prépa-
ration, et allait bientôt être prête à partir. Le département de la marine représenta qu'il serait absolument nécessaire au succès de cette expédition d'y pouvoir joindre la flottille du Potomac, qui, composée de forts bâtiments de peu de tirant d'eau avec machines protégées, était mieux appropriée à ce service que tous autres bâtiments disponibles à ce moment, et que si quelque chose devait être fait pour assurer la navigation non interrompue du fleuve, il fallait l'effectuer avant le départ de l'expédition. Il fut proposé au président et au département de la guerre de faire prendre et détruire par les canonnières les batteries v que les rebelles commençaient d'élever sur les rives du Potomac et d'où ils canonnaient les navires descendant et remontant le fleuve. Après cela, un nombre suffisant de troupes débarquerait à Matthias-Point, etc., s'y retrancheraient, sous la protection des canonnières, jusqu'à ce qu'elles fussent à même de tenir tête avec l'aide des petits bateaux de la flottille à une force quelconque de l'ennemi. Il fut représenté que, sans cette opération préalable, le départ de la flottille pour Port-Royal serait le signal de la clôture du Potomac à la navigation, et l'événement prouva la justesse de cette prévision. En résumé, toute la question soumise par le département de la marine
se bornait à ceci : l'armée veut-elle concourir avec la marine à assurer la navigation du Potomac, ou bien veut-elle, en se refusant à ce concours, permettre qu'une voie anssi importante de communication soit fermée?
Après des efforts répétés, le général Mac Clellan promit que 4,000 hommes seraient prêts à temps donné pour descendre le fleuve. Le département de la marine pourvut aux moyens de transport nécessaires pour la troupe, et le capitaine Craven, commandant la flottille du Potomac, rassembla par ordre à Matthias-Point tous les bateaux de la flottille au temps fixé. Les troupes n'arrivèrent pas, et le département de la marine en fut informé par le capitaine Craven. Le sous-secrétaire Fox s'informa à son tour auprès du général Mac Clellan du motif qui faisait manquer les troupes au rendez-vous donné, et le général lui répondit que ses ingénieurs étaient d'opinion qu'un si fort corps de troupes ne pouvait pas être débarqué, et qu'il s'était, par conséquent, décidé à ne pas l'envoyer. M. Fox répliqua que le débarquement des troupes était une affaire dont le département de la marine prenait la charge, que toutes les mesures avaient été prises pour l'accomplir avec succès, qu'aucune information n'avait été demandée par lui à cet égard,
ni aucune notification donnée du non-envoi des troupes.
On se mit ensuite d'accord pour que les troupes fussent envoyées la nuit suivante. Le capitaine Craven fut de nouveau averti, et tint de nouveau sa flottille prête pour V arrivée des troupes. Mais celles-ci n'apparurent pas plus que la première fois, et Ton n'en put jamais avoir pour l'expédition projetée.
Le capitaine Fox, interrogé par le comité sur les motifs qui avaient pu faire manquer cette seconde tentative d'entente, a dit que la seule raison qu'il ait pu avoir était, croit-il, que le général Mac Clellan craignait que cette affaire n'amenât un engagement général.
Observation. — On sait qu'à ce moment un plan d'opérations était en discussion entre le général Mac Clellan et le gouvernement. On se flattait de pouvoir tourner l'ennemi par sa droite en descendant la Chesapeake depuis Anapolis, et l'on avait grande espérance de capturer tout ce qui se trouverait entre le Rappahanock et le Potomac. Il y avait donc tout avantage à les laisser en sécurité sur le Potomac et à ne pas les déloger de leurs batteries, malgré les inconvénients de la navigation momentanément gênée. Le secret dont le général en chef était obligé de s'entourer ne permit pas sans doute de donner la vraie raison des retards dans les pourparlers avec le département de la marine et avec ses divers employés, (p. l.)
Le président, qui s'était joint au département de la marine pour demander cette mesure d'abord au général Scott et ensuite au général Mac
Clellan, manifesta un grand mécontentement lorsqu'il apprit que le plan avait échoué parce que les troupes n'avaient pas été envoyées. Le capitaine Craven demanda d'être envoyé à la mer et se démit de son commandement du Potomac, disant qu'en restant là sans rien faire il compromettait sa réputation, vu que le blâme du blocus du Potomac retomberait sur lui et sur sa flottille.
Sur cela, les bâtiments de la flottille du Potomac partirent pour Port-Royal. Presque immédiatement après, la navigation de la rivière fut fermée et demeura interrompue jusqu'à ce que les rebelles eussent volontairement évacué leurs batteries ; en mars, rien ne fut fait pour rouvrir cette voie de communication.