‹ Campagnes de Virginie et de Maryland en 1862 documents officiels, avec introd. et annotChapitre 12 sur 24 · LIGNE D'OPÉRATION · texte numérisé non relu

LIGNE D'OPÉRATION

Après cette longue période d'inaction de l'armée du Potomac, le président des États-Unis émit Tordre suivant, en date du 31 janvier 1862 :

« Résidence exécutive , Washington, 31 janvier 1862.

« Spécial ordre de guerre du président, n° 1.

« // est ordonné que toutes les forces disponibles de Farinée du Potomac, après avoir pourvu à la défense de Washington, soient mises en campagne dans le but immédiat de s'emparer du point du chemin de fer du sud-ouest connu sous le nom de Manassas-Junction , et de s'y maintenir. Les détails de l'expédition restent à la discrétion du général en chef; le mouvement aura lieu avant le 22 février ou ce jour-là même. »

« (Signé) Abraham Lincoln. »

A cet ordre, le général Mac Clellan répliqua le même jour par écrit, objectant que le plan susindiqué entraînait à la « faute de diviser notre armée en deux parties séparées par un difficile

obstacle (la rivière Occaquan), et cela à une distance telle que ces deux portions ne pourraient pas se soutenir réciproquement dans le cas où l'une serait attaquée pendant que l'autre serait tenue en échec ». Il se prononçait ensuite pour un mouvement par la voie du Rappahanock ou de Fort-Monroe, donnant la préférence au premier. Il disait que trente jours seraient nécessaires pour préparer les moyens de transport, et qu'il regardait, « suivant toutes les chances de la guerre, le succès comme certain » par la route qu'il proposait, tandis qu'il n'était « en aucune façon certain de battre l'ennemi par Manassas ».

A cela le président répondit comme suit :

« Résidence exécutive, Washington, 3 février 1862.

« Mon cher monsieur, vous et moi avons des plans différents pour un mouvement de l'armée du Potomac : le vôtre, de descendre la Chesapeake, puis de remonter le Rappahanock sur Urbana, et de là, par terre, jusqu'au chemin de fer du Yorck- River; le mien, de se porter directement sur un point du chemin de fer au sud-ouest de Manassas. Si vous voulez me donner des réponses satisfaisantes aux questions ci-dessous, je subordonnerai volontiers mon plan au vôtre :

« 1° Votre plan n'entrainera-t-il pas une plus

« grande dépense de temps et d'argent que le « mien ?

« 2° En quoi une victoire est-elle plus certaine « par votre plan que par le mien ?

« 3° En quoi une victoire serait-elle plus déci- « sive par votre plan que par le mien ?

« 4° En fait, ne serait-elle pas, au contraire, « moins décisive puisqu'elle ne couperait aucune « grande ligne de communication de l'ennemi, « tandis que cela aurait lieu par mon plan ?

« 5° En cas de désastre, une retraite ne seraitce elle pas plus difficile par votre plan que par le « mien?

« A vous sincèrement. »

c< (Signé) Abraham Lincoln.

« Au général Mac Clellan. »

Votre comité n'a aucun renseignement ni oral ni écrit sur les discussions qui suivirent et sur les arguments qui amenèrent le président à abandonner sa ligne d'opération pour adopter celle du général Mac Clellan, sauf le résultat d'un conseil de guerre tenu en février 1862. Le conseil, le premier pour autant que votre comité ait pu s'en assurer, convoqué par le général Mac Clellan , se composait des douze généraux suivants : Mac Dowell, Sumner, Heintzelman, Keyes, Fitz-

John Porter, Franklin, W.-F. Smith, Mac Call, Blenker, Andrew Porter, Barnard et Naglee (de la division Hooker).

11 lui fut soumis la question d'endosser la ligne d'opérations que le général Mac Clellan désirait d'adopter. Le résultat de la déclaration fut un vote de 8 contre 4 pour la ligne par Anapolis, de là descendant la baie de Chesapeake, remontant le Rappahanock, débarquant à Urbana et à travers le pays sur Richmond. Les quatre généraux qui votèrent contre ce mouvement proposé furent les généraux Mac Dowell, Sumner, Heintzelman et Barnard. Le général Keyes vota pour le mouvement à condition que rien ne serait changé jusqu'à ce que l'ennemi ait avancé ses batteries du Potomac.

Cela étant, il peut être opportun d'examiner maintenant les principaux arguments pour et contre le mouvement direct de Washington sur Richmond, en regard du mouvement par la Chesapeake, y compris le premier plan proposé par le Rappahanock et le plan finalement adopté par le Fort-Monroe et la Péninsule.

Dans l'expression de son opinion sur ce point, ainsi que sur d'autres sujets se rapportant aux opérations, votre comité n'a pas entrepris de se former son jugement par lui-même, mais bien

par les témoignages de militaires dont les connaissances et l'expérience méritent toute confiance.

Les arguments en faveur de la route directe sur Richmond et contre celle de la baie sont nombreux et puissants. Plusieurs d'entre eux ont déjà été exprimés dans la lettre mentionnée cidessus du président au général Mac Clellan du 3 février 1862. A côté de cela, le mouvement direct permettait au nombre le plus grand de troupes d'opérer activement en campagne, vu que par son mouvement l'armée couvrait immédiatement Washington, et pouvait ainsi dispenser d'y laisser une forte garnison (1). Par le choix de la route d'en bas, au contraire, une division de l'armée devait nécessairement rester à Washington pour garder la capitale de toute attaque ennemie. « On faisait la faute, pour employer le langage du général Mac Clellan lui-même à l'occasion du mouvement proposé contre l'ennemi à Manassas, de diviser notre armée en deux portions par un difficile obstacle, si bien que chacune d'elles pourrait être accablée par des masses ennemies sans que l'autre, simplement tenue en échec, puisse la secourir. »

(4) Voir l'observation de la p. 48 sur les défenses de Washington.

En partant directement de Washington, l'armée évitait tous les délais et les embarras de rembarquement et du débarquement d'une telle force avec son matériel.

Observation. — Mais elle avait l'embarras des boues et des charrois, ainsi que l'obstacle des fortifications ennemies, (f. l.)

Et en investissant Richmond par le nord et le nord-ouest, nous la coupions de ses grandes sources de ravitaillement de la Shenandoah, en même temps qu'on prévenait ses pointes dans cette région, pointes qui, on le sait, paralysèrent les efforts pour envoyer à l'armée de la péninsule l'assistance du peu de troupes laissées à Washington.

Le général Mac Clellan dit, dans sa déposition, qu'en adoptant la route d'Anapolis et du Rappahanock il espérait, surtout si le secret était bien gardé, être à même d'arriver dans le voisinage de Richmond avant l'armée rebelle de Manassas. Quelles qu'aient pu être les chances de réalisation d'une telle espérance au moment où la voie du Rappahanock fut choisie, elles étaient complètement tombées depuis que l'ennemi avait évacué Manassas avant tout mouvement de notre armée. Le général Mac Clellan abandonna aussitôt la route du Rappahanock, et décida, de con-

cert avec ses commandants de corps d'armée, de se diriger par Yorktown et la péninsule.

Une grande objection contre la route de la péninsule, indiquée dans la déposition de tous les témoins, du général Mac Clellan lui-même, était le manque total d'informations sur la nature du pays, la condition des routes, les préparatifs de défense, etc. Les difficultés et les contrariétés de toute espèce qui assiégèrent notre armée dans la péninsule provinrent bien évidemment de ce manque d'informations, à en croire les témoignages.

Observation. — On avait quelques cartes de la presque-île de Yorktown, mais fautives et incomplètes, il est vrai. Si une armée en offensive ne devait jamais s'avancer que dans un pays parfaitement connu , elle limiterait plus encore ses chances de succès que ses risques. Ce n'est point cela, au reste, qui fit échouer la campagne de la péninsule, comme on le verra tout à l'heure, mais bien la perturbation jetée dans les plans du général en chef. (f. l.)

La décision du conseil des douze généraux en février avait été d'opérer par Anapolis et le Rappahanock. La question de la réouverture du Potomac, en repoussant l'ennemi de ses batteries sur le fleuve, fut discutée. Il fut cependant décidé en finale que l'ennemi serait laissé en possession de ces batteries, et que le mouvement serait fait quand même. Ce fait est établi par l'enquête,

ainsi que par le second paragraphe de l'ordre du président, en date du 8 mars 1862, portant :

« Résidence exécutive, 8 mars 1862.

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