ORDRE GÉNÉRAI DE GUERRE DU PRÉSIDENT, N
« // est ordonné qu'aucun changement de base d'opérations de l'armée du Potomac ne soit fait sans laisser à Washington et environs une force telle que, dans l'opinion du général en chef et des commandants de tous les corps d'armée, la capitale soit en parfaite sécurité.
« Que pas plus de deux corps d'armée (50,000 hommes) de ladite armée du Potomac ne soient acheminés sur une nouvelle base d'opérations tant que la navigation du Potomac, de Washington à la baie de Chesapeake, ne sera pas débarrassée des batteries ennemies et autres entraves, ou tant que le président n'en aura pas donné expressément la permission.
« Que le mouvement que le général en chef peut vouloir ordonner vers une nouvelle base d'opérations par la baie de Chesapeake commencera le 18 mars, et le général en chef sera responsable qu'il s'effectue dès ce jour.
« Il .est ordonné que l'armée et la flotte agissent en commun et immédiatement pour capturer
les batteries ennemies sur le Potomac, entre Washington et la baie de Chesapeake.
« (Signé) Abraham Lincoln.
« A L. Thomas, adjudant général. »
Avant que l'opération par Anapolis ait commencé, l'ennemi avait évacué les batteries du Potomac, ainsi que ses positions de Centreville et de Manassas, se retirant sur la ligne du Rappahanock.
Lorsque le général Mac Clellan, alors à Washington, apprit l'évacuation de Manassas, il traversa le Potomac et ordonna un mouvement de toute l'armée dans la direction de la position précédemment occupée par l'ennemi. L'armée se mit en marche le matin du 10 mars et n'alla pas au delà de Fairfax-Court-House. Un détachement de l'armée se porta jusqu'à Manassas et vers le Rappahanock, s' assurant que l'ennemi s'était bien retiré derrière la rivière et avait détruit le pont du chemin de fer qui la traverse.
Le 1 1 mars, le général Mac Clellan ordonna, par télégraphe, que les transports concentrés à Anapolis soient aussitôt conduits à Washington et Alexandrie pour y embarquer l'armée, et il informa le département qu'il se proposait de faire occuper Manassas par une portion du corps du
général Banks, tandis qu'il porterait toutes les forces qu'il pourrait concentrer sur la ligne déterminée précédemment. Des événements subséquents dans la vallée de Shenandoah, qui aboutirent à la bataille de Winchester, le 23 mars, empêchèrent le corps du général Banks de quitter la vallée.
Le 1 3 mars, le général Mac Clellan réunit à Fairfax-Court-House un conseil de guerre, comptant quatre des cinq commandants de corps d'armée (le général Banks étant absent), et l'informa qu'il avait décidé d'abandonner le premier plan du Rappahanock pour un mouvement par les rivières York et James. Le résultat des délibérations de ce conseil fut le suivant.
« Quartier général de l'armée du Potomac.
a Fairfax-Court-House, 13 mars 1862.
« Un conseil des généraux commandants des corps d'armée réuni au quartier général a été de l'opinion :
« 1° Que l'ennemi s'étant replié de Manassas à Gordonsville, derrière le Rappahanock et le Rapidan, il est avantageux d'agir d'Old-Point- Comfort, entre les rivières York et James, sur Richmond, pourvu qu'en premier lieu le bâtiment ennemi Merrimac soit neutralisé; qu'en second
lieu les moyens de transport pour un transfert immédiat de l'armée par le Potomac soient prêts à Washington et à Alexandrie ; qu'en troisième lieu une force navale auxiliaire participe à la prise des batteries ennemies de la rivière York ; et qu'en quatrième lieu la force laissée pour couvrir Washington donne complète sécurité pour la capitale. A l'unanimité.
« 2° Si le projet ci-dessus ne peut être exécuté, l'armée se mouvra contre l'ennemi, derrière le Rappahanock, aussi promptement que possible.
A cet effet, on devra lui fournir les moyens de reconstruire les ponts et de remettre en état de service les deux chemins de fer Orange-Alexandrie et Aquia-Richmond, pour en faire les lignes de ravitaillement de l'armée. A l'unanimité.
« Note. Que les forts de la rive droite du Potomac ayant garnison complète et ceux de la rive gauche étant occupés, une force de 25,000 hommes laissée au front de la Virginie serait suffisante pour couvrir Washington. (Généraux Keyes, Heintzelman et Mac Dowell.) Une force totale de 40,000 hommes suffirait à la défense de la capitale (Sumner). »
Le même jour, le général Mac Clellan informa le département de la guerre « que le conseil des
commandants de corps d'armée avait décidé à l'unanimité un plan d'opérations, et que le géné- Mac Dowell allait se rendre à Washington pour vous le soumettre ».
A quoi le secrétaire de la guerre répliqua :
« Quel que soit le plan adopté, exécutez-le immédiatement, sans perdre une heure pour mon approbation. »
Le plan fut soumis le même jour au président, qui l'approuva également, mais en donnant les directions suivantes pour son exécution :
« 1° Laisser à ' Manassas- Junction une force telle qu'on soit certain que l'ennemi ne reprenne pas possession de ce point et de cette ligne de communication ;
« 2° Laisser Washington en sécurité;
« 3° Porter le reste des forces par le bas Potomac, choisir une nouvelle base à Fort-Monroe, ou partout ailleurs dans ces parages, ou à tout événement poursuivre aussitôt l'ennemi par terre avec tout le reste de l'armée. »
L'armée revint sur Alexandrie afin d'y être embarquée pour la péninsule, et auparavant tous les corps durent être concentrés autour d'Alexandrie. Les moyens de transport ne suffisant pas pour un embarquement immédiat, les troupes
restèrent plusieurs jours exposées à de fortes pluies, privées de leurs arrangements antérieurs de campement, quoique à proximité, et n'ayant pour se préserver des intempéries que leurs tentes-abris.
Le général Mac Dowell avait d'abord été désigné pour prendre la tête de l'expédition, mais lorsqu'on vit qu'il n'y avait pas de bâtiment pour embarquer tout son corps à la fois, il consentit à rester jusqu'à ce que toutes ses troupes pussent être embarquées ensemble, en réservant que les troupes parties avant lui n'opéreraient pas sur le champ d'action spécial qui lui avait été désigné. Il s'ensuivit que le corps Mac Dowell resta le dernier à partir, et qu'enfin, au lieu d'être embarqué, il fut, en vertu d'ordres postérieurs, retenu pour la défense de Washington.
Observation. — Nous prierons ici le lecteur impartial de vouloir prendre note de cet aveu, qui se rapporte au fait le plus important du plan de la campagne. Il est donc établi que le corps du général Mac Dowell, qui devait partir le premier, mai9 dont rembarquement fut retardé de quelques jours pour qu'il restât concentré, et en réservant que la mission qui lui était assignée ne serait pas remplie par d'autres troupes, que ce corps, disons-nous, fut retenu par ordre du président, très-mal conseillé en cette circonstance. On verra plus loin quelle fut la conséquence de cette fatale mesure, lorsqu'on verra quelle était la mission que devait remplir le corps de Mac Dowell. Il est presque inutile de dire que Washington ne fut ni plus ni moins sérieusement menacée par suite de la présence du corps retenu pour sa défense. — Quant au chiffre fixé par le conseil de guerre pour le nombre des défenseurs de Washington,
il était, d'après ce que nous avons dit précédemment, beaucoup trop fort. D'ailleurs, à ce même moment, plus de 400,000 hommes, en dehors de l'armée du Potomac, étaient morcelés en petites armées et en détachements, à droite et à gauche, d'où l'on aurait pu tirer quelques renforts, (f. l.)
En se référant à l'ordre présidentiel général n° 3, du 8 mars 1862, on se rappellera qu'aucun changement de base d'opérations de l'armée du Potomac ne devait être fait, sans laisser à Washington et aux environs une force telle que dans l'opinion, non-seulement du général en chef, mais « de tous les commandants de corps d'armée », la sécurité de la capitale soit complète. Et en se référant au rapport du conseil de guerre tenu à Fairfax-Court-House le 13 mars 1862, composé des généraux Mac Dowell , Sumner , Heintzelman et Keyes, on verra que trois membres de ce conseil estimaient nécessaire pour la sûreté de Washington « que les forts de la rive droite du Potomac eussent garnison complète, que ceux de la rive gauche soient occupés, et qu'une force de 25,000 hommes y soit laissée ». L'autre général (Sumner) estimait à 40,000 hommes en tout la force suffisante pour couvrir la ville.
Malgré cet ordre du président et la décision du conseil, le général Mac Clellan, quand il s'embarqua lui-même à Alexandrie pour Fort-Monroe, laissa l'ordre à tous les corps de l'armée du
Potomac , sauf à Banks, et sans en avoir conféré avec les commandants du corps, de s'embarquer aussitôt pour la péninsule.
Observation. — On voit ici la preuve qu'on voulait imposer des conseils de guerre au général. Le jour même du passage du Potomac, l'armée avait été réorganisée par le gouvernement ; des chefs de corps avaient été imposés au général Mac Clellan , et il fut aussi déclaré relevé de son poste comme commandant en chef des troupes des Etats-Unis, ne restant plus que commandant de l'armée du Potomac, qu'on allait encore lui diminuer de deux cinquièmes. C'est sous le coup de telles mesures, équivalant à une disgrâce mal déguisée, que le général Mac Clellan dut ouvrir la campagne. Il semblait qu'on n'eût attendu que le moment où il serait hors de Washington pour le frapper, (f. l.)
Juste au moment de partir, le général Mac Clellan adressa la communication suivante à l'adjudant général de l'armée :
« Quartier général de l'armée du Potomac.
« A bord du Commodore, l n avril 1862.
« Général, je vous prie de vouloir bien mettre sous les yeux de l'honorable secrétaire de la guerre la note ci-dessous :
« Les effectifs approximatifs et les positions laissés en arrière de l'armée du Potomac sont à peu près comme suit :
« Le général Dix, tout en gardant les chemins de fer sous sa surveillance, a assez de monde pour donner 5,000 hommes à la défense de Baltimore, et 1,988 affectés à l'Eastern-Shore,
Anapolis, etc. Le fort Delaware est très-bien garnisonné par 400 hommes environ.
« Les garnisons des forts autour de Washington montent à 10,000 hommes; les autres troupes disponibles sous le général Wadsworth sont d'environ 11,400 hommes.
« Les troupes employées à la garde des chemins de fer du Maryland montent à 3,359 hommes. Ils sont désignés, étant d'anciens régiments, pour être relevés par de la cavalerie démontée et être envoyés en avant à Manassas.
« Le général Abercrombie occupe Warrenton avec une force qui peut monter à 7,780 hommes et 1 2 bouches à feu, y compris le colonel Geary à White-Plains et la cavalerie à sa disposition.
« J'ai l'honneur de demander que toutes les troupes organisées pour le service en Pensylvanie, à New-York et dans d'autres États de l'Est soient dirigées sur Washington. J'apprends du gouverneur Curtin qu'il y a maintenant 3,500 hommes de troupes prêtes en Pensylvanie. J'aurais aimé envoyer aussitôt cette force à Manassas ; je désire qu'on y envoie 4,000 hommes du général Wadsworth. Ces troupes, avec les gardes de chemins de fer précitées, feront une force, sous le général Abercrombie, montant à 18,639 hommes.
« Mon intention est de pousser la division du général Blenker de Warrenton sur Strasburg, où il resterait jusqu'à destination ultérieure.
« Les troupes dans la vallée de Shenandoah seraient alors : division Blenker, 10,028 hommes et 24 bouches à feu; le cinquième corps Banks, comprenant le général Shields, soit 19,687 hommes et 41 canons, 3,652 chevaux de cavalerie et la garde des chemins de fer, environ 2,100 hommes, en tout 35,157 hommes.
« J'ai le dessein de relever Hooker sur le bas Potomac par un régiment, 850 hommes et 500 cavaliers, soit 1,350 hommes.
« Pour récapituler :
« A Warrenton il y aura. . . . 7,780 hom.
«AManassas 10,859 —
« Dans la vallée de Shenan-
« Il sera encore laissé pour les garnisons et le front de Washington, sous le général Wadsworth, 18,000 hommes des batteries à l'instruction.
« Les troupes en organisation ou prêtes pour service à New-York monteront probablement à
doah
« Sur le bas Potomac
Total
54,456 hom.
ce que j'apprends, à plus de 4,000 hommes.
Elles peuvent être réunies à Washington pour en disposer suivant les besoins.
« Je suis votre très-respectueux et obéissant serviteur.
« (Signé) George B. Mac Clellan, major général commandant.
« Au brigadier général Thomas, adjudant général de Varmée des États- Unis. »
Cet état était, pour employer l'expression d'un des témoins, « très-vague. » Le général Wadsworth, chargé des défenses de Washington, adressa au secrétaire de la guerre, lorsqu'il apprit les dispositions de troupes proposées par le général Mac Clellan et le peu de moyens qu'il lui laissait pour remplir son importante mission, la communication suivante :
« Quartier général du district militaire de Washington, a Washington D. C, 2 avril 1862.
« Monsieur, j'ai l'honneur de vous soumettre l'état sommaire ci-dessous des forces laissées sous mon commandement pour la défense de Washington :
« Infanterie 15,335 hom.
« Artillerie 4,294 —
A reporter 19,629 hom.
Report 19,629 hom.
« Cavalerie (seulementsixcompagnies montées) 848 —
« Total 20,477 hom.
« Malades et hommesaux arrêts à déduire 1,455 —
« Total des présents sous les
armes 19,022 hom.
« Je n'ai pas d'artillerie légère attelée sous mon commandement.
« Plusieurs compagnies de la réserve d'artillerie de l'armée du Potomac sont encore ici, mais pas sous mon commandement, ou pas aptes au service.
« De cet effectif je dois, par ordre du général Mac Clellan, détacher deux régiments à la division Richardson (corps Sumner), qui passera à Alexandrie; un régiment à l'ancienne division Heintzelman pour remplacer le 37 e New-York volontaires; et un régiment pour relever un régiment de la division Hooker à Budd's-Ferry. — Total 4 régiments.
« J'ai en outre reçu l'ordre ce matin par le télégraphe d'envoyer 4,000 hommes à Manassas et à Warrenton pour y relever le général Sumner, afin qu'il puisse s'embarquer aussitôt.
« Quant à la qualité des troupes de mon commandement, je dois dire que presque toutes sont nouvelles et imparfaitement disciplinées; que plusieurs régiments, par suite de diverses causes qu'il n'est pas nécessaire de rappeler ici, sont complètement désorganisés, quelques-uns ayant été rappelés pour leur inaptitude au service de brigades en campagne, et remplacés par les meilleurs régiments restants.
« Deux régiments de grosse artillerie et un d'infanterie, exercés depuis quelques mois au service des pièces, ont été retirés des forts de la rive sud du Potomac, et je n'ai pu les remplacer que par des régiments tout nouveaux d'infanterie, complètement ignorants du service d'artillerie, et de nulle ou petite valeur dans la présente condition.
« Je ne suis pas informé de la position que devra prendre le major général Banks, mais j'apprends qu'il est à ce moment de l'autre côté des montagnes du Bull-Run, laissant à mon commandement le soin de couvrir le front depuis Manassas-Gap (environ vingt milles au delà de Manassas) jusqu'à Aquia-Creek.
« Je dois donc déclarer, en présence de l'effectif et de la nature des forces laissées sous mes ordres, qu'elles ne sont pas du tout en état de remplir l'important devoir qui leur est assigné.
Je regarde comme très-improbable que l'ennemi nous assaille sur ce point, mais cette opinion est fondée sur l'espérance qu'il sera promptement occupé ailleurs, et qu'il ignore le nombre et le caractère des forces laissées ici.
« J'ai l'honneur d'être votre obéissant serviteur.
« (Signé) Jas. S. Wadsworth, brigadier général et gouverneur militaire.
« A Vkonorable secrétaire de la guerre. »
Observation. — Voici donc le général Wadsworth qui, tout en regardant comme très-improbable d'être attaqué, trouve qu'avec une quinzaine de mille hommes sous ses ordres il ne peut pas satisfaire à sa tâche ! Et voici le gouvernement qui, prenant un tel rapport au sérieux, estime qu'avec ces 45,000 hommes, et avec les 30 à 40,000 autres à disposition vers la droite, il n'est pas encore assez en sécurité. 11 ne craindra donc pas de retenir tout un corps engagé dans une opération déjà commencée , et qui est la plus importante de toute la guerre ! (f. l.)
Ces communications furent soumises au président par le secrétaire de la guerre. La question fut aussitôt renvoyée à l'adjudant général de l'armée et au major général E.-A. Hitchcock, avec l'instruction de faire immédiatement rapport sur la manière dont les ordres du président avaient été suivis. Voici le rapport de ces officiers :
« Washington D. C, 2 avril, 7 h. 40 m.
« Conformément à vos instructions, nous avons examiné les papiers qui nous ont été transmis et
nous avons l'honneur de vous faire le rapport suivant :
« 1° L'ordre de guerre présidentiel n° 3, du 8 mars 1862, porte qu'en prenant une nouvelle base d'opérations on doit pourvoir à la parfaite sécurité de la ville de Washington. Les autres points de l'ordre n'ont plus d'opportunité, puisque depuis cette date l'ennemi à évacué ses positions sur le Potomac et s'est retiré derrière le Rappahanock.
« 2° Le conseil des officiers généraux, tenu à Fairfax-Court-House le 13 mars, eut lieu après que l'ennemi eut évacué Manassas et détruit le chemin de fer sur ses talons. Le conseil décida à l'unanimité de prendre une nouvelle base d'opérations par le Fort-Monroe, et trois des généraux — la majorité — décida que la force à laisser pour la défense de Washington devait être de la garnison complète des forts de la rive droite du Potomac, d'une garnison « d'occupation » des forts de la rive gauche, plus d'un corps couvrant de 25,000 hommes. Nous pensons que ces officiers estiment à 30,000 hommes la garnison des forts, ce qui porterait le total de l'armée de défense de Washington à 55,000 hommes.
Observation. — Nous ne savons en vérité où les deux généraux du département de la guerre ont puisé les éléments de ce calcul,
et entre autres du chiffre de 30,000 hommes pour la garnison des forts en proportion des 25,000 autres. Si l'on veut des garnisons sérieuses dans tous les forts exposés aux atteintes de l'ennemi avec les réserves nécessaires, le double ou le triple même n'est pas de trop. Si l'on veut rentrer dans ce que nous avons appelé la défense restreinte, la plus rationnelle sur ce terrain et dans de telles conditions, alors 5 à 6,000 hommes sont tout ce qu'il faut pour les garnisons et leurs réserves immédiates. Avec un corps couvrant, c'est-à-dire en campagne dans la direction de l'ennemi, de 25,000 hommes, 2,000 hommes de garnison fixe pourraient à la rigueur suffire. Mais s'il faut au département de la guerre 30,000 hommes de garnison pour un corps couvrant de 25,000 , c'est-à-dire plus d'hommes immobilisés que d'hommes actifs dans le total de l'armée, alors nous comprenons qu'il n'ait jamais assez de forces sur les points où il croit voir du danger, (p l.)
« 3° Les directions du président au général Mac Clellan, en date du 13 mars, portent : a) de laisser une garnison à Manassas-Junction , telle que l'ennemi ne puisse reprendre possession de ce point; b) de pourvoir à la complète sécurité de Washington ; c) de porter le reste de l'armée par le bas Potomac ou à la poursuite de l'ennemi. En ce qui concerne l'occupation de Manassas- Junction, comme l'ennemi a détruit les chemins de fer qui y conduisent, on peut assez raisonnablement présumer qu'il n'a pas l'intention de réoccuper cette position, et il n'est par conséquent pas nécessaire d'y mettre une forte garnison.
Observation. — Ce raisonnement fort juste peut aussi s'appliquer en bonne part à la capitale. Si l'ennemi n'avait pas l'intention de réoccuper Manassas, il devait avoir moins encore celle d'enlever Washington, qui est d'une étape et demie plus en arrière. La môme
latitude d'interprétation de l'ordre présidentiel dont on use à l'égard du premier de ces points pouvait donc être revendiquée à l'égard du second. On objectera peut-être que l'ennemi peut arriver sur Washington sans passer à Manassas, c'est-à-dire par le haut Potomac et par le Maryland. Possible ! Mais, dans ce cas, les décisions du conseil de guerre deviennent moins impératives encore, puisqu'il avait à peine prévu cette hypothèse, n'ayant demandé garnison complète que pour les forts de la rive droite qui seraient alors complètement inutiles, (f. l.)
« 4° Le rapport du major général Mac Clellan à l'adjudant général, en date du t cr avril, après avoir énuméré les diverses troupes à laisser pour la défense de Washington, en fait la récapitulation comme suit : A Warrenton, 7,780 hommes; à Manassas, 10,859; dans la vallée de Shenandoah, 35,467; sur le bas Potomac, 1,350.
Total, 55,456. Et il serait laissé pour les garnisons et le front de Washington, sous les ordres du général Wadsworth, 18,000 hommes. Dans l'énumération ci-dessus se trouve compté le corps d'armée du général Banks; mais il resterait à savoir si ce corps, opérant dans la vallée de Shenandoah, peut être considéré comme une portion réelle de la force nécessaire à la protection du front immédiat de Washington.
« 5° Le rapport du général Wadsworth du 2 avril énumère ses forces comme suit : infanterie, 15,335; artillerie, 4,494; cavalerie, 858 (six compagnies seulement montées). Total, 20,477.
Malades et hommes aux arrêts à déduire, 1 ,455. Total des présents sous les armes, 19,022.
« De cette force le général Wadsworth doit détacher deux bons régiments à la division Richardson, corps Sumner, qui seront déduits de son commandement; un régiment à l'ancienne division Heintzelman, pour remplacer le 37° New- York, et un autre pour relever un régiment de la division Hooker à Budd's-Ferry ; total 4 régiments.
« Il lui est ensuite ordonné d'envoyer 4,000 hommes relever Sumner à Manassas et Warrenlon. Le général Wadsworth mentionne en outre qu'il n'a point d'artillerie légère attelée et qu'il y a bien encore ici quelques compagnies de la réserve d'artillerie, mais pas sous son commandement ou non aptes au service. Il dit encore que presque toutes ses troupes sont des recrues imparfaitement disciplinées, que plusieurs régiments sont démoralisés, quelques-uns ayant été retirés pour inaptitude au service de brigades en campagne, et remplacés par les meilleurs régiments de la place ; que deux régiments de grosse artillerie et un d'infanterie, exercés depuis plusieurs mois au maniement des pièces, ont été retirés des forts de la rive sud du Potomac et remplacés par deux régiments d'infanterie, recrues inexpérimen-
tées et complètement ignorantes du service de l'artillerie, par conséquent de nulle ou petite valeur dans la présente condition. S'il y avait donc besoin d'employer la force militaire pour la défense de Washington, le général Wadsworth déclare dans son rapport qu'il estime son commandement impropre à cette tâche.
« En présence de l'opinion exprimée par le conseil des commandants de corps d'armée sur la force nécessaire à la défense de la capitale, quoique non stipulée en chiffres, et de la force énumérée par le général Mac Clellan comme étant laissée dans ce but, nous sommes d'avis que les requêtes du président que la capitale soit laissée « en parfaite sécurité», dans l'opinion nonseulement du général en chef, mais de tous les commandants de corps d'armée, n'aient pas été complètement suivies.
« En tout respect.
« (Signé) L. Thomas, adjudant général.
« E. A. Hitchcock, major général de l'armée des États-Unis. »
Observation. — La tournure basochienne de cette consultation ne la rend pas plus concluante pour cela. Il reste, quant à la forme, que Tordre du président fut non exécuté sur plusieurs points sans qu'on en fait de crime à personne, parce que, en effet, un ordre ne peut pas toujours tout prévoir et tout prescrire. Par conséquent,
celui dont nous parlons pouvait être interprété , sur le point spécial de la sécurité de Washington, plus sainement et plus largement qu'il le fut, sans autre atteinte à la dignité présidentielle. Il reste constant ensuite qu'avec une quinzaine de mille hommes sous le général Wadsworth à Washington, plus 4 à 5,000 hommes en avant vers Manassas; avec une trentaine de raille hommes en outre à la droite et vers la Shenandoah ; avec un large fleuve devant soi, muni de canonnières , de ponts et têtes de ponts ; derrière soi, tout le pays en communication par chemin de fer et des recrues en organisation dans plusieurs États; avec toutes ces ressources, il reste constant, disons-nous, qu'on ne se crut pas en « parfaite sécurité » à Washington, en d'autres termes qu'on y prit peur ou qu'on fit semblant, et que sous cette pression le gouvernement retint tout à coup au général Mac CleLjan , lancé à ce moment dans une entreprise décisive et périlleuse, un corps de 30,000 hommes sur lequel il avait compté pour remplir le rôle principal aussitôt après le débarquement, (f. l.)
Le lendemain du jour où ce rapport avait été écrit, le président invita le secrétaire de la guerre d'ordonner à un corps de l'armée du Potomac de demeurer jusqu'à nouvel ordre devant le front de Washington. Le corps du général Mac Dowell, étant le seul corps au complet encore en arrière, fut choisi pour rester, sans que le général Mac Dowell en ait eu connaissance, cet officier étant occupé, au moment où il reçut cet ordre, à préparer son embarquement pour la péninsule.