CONDUITE DE LA GUERRE
Le sujet de l'enquête était lui-même de la plus haute importance. De la « conduite de la présente guerre » dépend en effet Y issue des expériences inaugurées par nos pères après tant de sacrifices de sang et d'argent, c'est-à-dire l'établissement d'une nation fondée sur les aptitudes de l'homme au self-government. La nation s'est trouvée engagée dans un conflit où sa propre existence est en jeu. Une rébellion, qui n'a pas son égale dans l'histoire, menaçait de ruine nos libres institutions; et les sentiments de patriotisme et d'honneur de chaque citoyen, ainsi que les intérêts de la prospérité du peuple, dictèrent les mesures les plus promptes et les plus vigoureuses.
Aucune nécessité n'apparut à votre .comité de
recommander une législation particulière au congrès. Lorsque le congrès se réunit en juillet dernier, fraîchement appelé par les électeurs à pourvoir à la sécurité du gouvernement et au maintien de l'honneur et de l'existence de la nation, les représentants du peuple montrèrent qu'ils comprenaient les devoirs qui leur incombaient et ils eurent le courage et la volonté de les remplir. L'administration, appelée à la tête du gouvernement dans ce moment critique de notre histoire, fut appuyée plus complètement et plus promptement que ne le fut jamais un gouvernement quelconque dont les annales aient gardé le souvenir. Les appels présidentiels d'hommes et d'argent ont été dépassés, aucune mesure législative jugée nécessaire n'a été refusée par le congrès, et le peuple a acquitté de la manière la plus noble et la plus généreuse la dette à laquelle ses représentants s'étaient engagés en son nom. Le même congrès s'est réuni de nouveau, et nul doute qu'il ne continue à agir dans le même esprit. Il n'y a qu'à s'en référer aux procès-verbaux de la session qui vient de se clore pour être certain qu'il saura accomplir toute sa tâche.
Ce n'est donc pas sur ceux à qui il incombait de pourvoir aux moyens nécessaires d'écraser la rébellion, mais sur ceux qui durent appliquer
ces moyens et sur les agents qu'ils employèrent dans ce but, que doivent retomber, s'il y a lieu , le blâme et la responsabilité des déceptions éprouvées.
Votre comité a donc pensé que le meilleur moyen de remplir sa tâche était de prendre toutes les informations sur la conduite de la guerre qui pourraient montrer les erreurs faites dans le passé, et la manière d'en éviter de semblables à l'avenir, travail auquel ni le président ni le cabinet, vu leurs occupations courantes, ne pouvaient se livrer, et de le leur soumettre avec telles observations et recommandations qu'il jugerait le plus utiles. Les procès-verbaux du comité montrent que nous avons été longtemps en communication constante avec le président et son cabinet, et que nous n'avons négligé aucune occasion de placer sous leurs yeux le résultat de nos investigations.
Plusieurs sujets se sont présentés d'eux-mêmes à l'attention de votre comité, dont les uns pourraient demander l'examen d'un comité spécial, tandis que la plupart réclameraient, pour être complètement éclairés, les soins de tous les membres du congrès. Il fut évident dès l'entrée que votre comité devrait se borner à quelques sujets principaux d'enquête, à ceux, par exemple, ca-
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ractérisant le mieux les causes et la nécessité, s'il y en eut, des délais et de l'inaction de nos armées en campagne.
Et quoique chacun de ces sujets ait reçu du comité l'attention auquel son importance, pour autant qu'elle pouvait être reconnue, lui donnait droit, ses soins se sont plus particulièrement portés sur les opérations de l'armée du Potomac. Dans l'historique de cette armée se trouve tout ce qui est nécessaire pour mettre votre comité à même de rapporter sur la « conduite de la guerre ». Si cette armée avait accompli tout ce qu'un peuple généreux et confiant était en droit d'en attendre, la rébellion aurait été depuis longtemps écrasée, et les bienfaits de la paix restitués à cette nation. Les échecs de cette armée ont prolongé le présent trouble , avec tous ses sacrifices de vies et de biens, car ils ont en grande partie neutralisé, sinon détruit entièrement, les légitimes fruits qui, sans cela, seraient résultés de nos glorieuses victoires de l'Ouest.
Observation. — Il serait plus exact de dire que les victoires de l'Ouest ont été en bonne partie payées par l'armée du Potomac. C'est parce que celle-ci avait attiré contre elle, en Virginie, les masses principales des sécession istcs que, sur les autres points, le succès fut facilité aux fédéraux. Et si le peuple généreux et confiant aux sentiments duquel le comité fait appel est en même temps quelque peu raisonnable , il ne méconnaîtra point les utiles services d'une armée vouée, par la force des choses, aux
plus grands risques, pendant que ses collègues étaient mis» à même de recueillir tous les lauriers. Les diverses actions d'un théâtre de guerre sont solidaires. Pendant que les forces de l'Ouest reprenaient le Tennessee en hiver 1862, les masses sécessionnistes étaient retenues en Virginie par l'armée du Potomac , campant et bivouaquant dans la houe et dans la neige par une rigoureuse saison, en face de l'ennemi. Pendant que le général Mac Clellan était obligé, par manque de renforts attendus, de ne s'avancer dans la péninsule d'Yorktown qu'à pas de loup, le général Halleck laissait s'éclipser de Corinthe l'armée de Beauregard, qui arrivait ensuite à Richmond et y augmentait considérablement les forces contre lesquelles le général Mac Clellan avait à lutter. On est donc mal fondé à exploiter les victoires de l'Ouest pour ravaler les services de l'armée du Potomac. (f. l.)
Aussi , quoique votre comité n'ait pas manqué d'entendre des témoins sur les opérations des divers théâtres de guerre, et sur divers sujets qui lui ont été recommandés depuis sa nomination par le congrès et par le département de la guerre, la partie principale de son enquête porte sur l'armée du Potomac et sur les opérations liées directement avec les siennes. 11 a entendu environ deux cents témoins, presque tous militaires en service, y compris environ cent généraux.
Le désastre de Bull-Run, en juillet 1861, a été examiné en détail par votre comité, comme la première affaire sérieuse des troupes nationales contre la trahison armée, et aussi parce que les troupes engagées sur ce champ de bataille formèrent le noyau autour duquel fut constituée plus tard la grande et magnifique armée du Potomac.
Le comité soumet dans un rapport spécial le résultat de son enquête à cet égard.
Le désastre de BalVs Bluff a été examiné par votre comité, comme étant la première action de quelque importance livrée par l'armée du Potomac réorganisée. Un rapport séparé est également fait sur ce désastre.
Aussitôt après l'organisation de votre comité, et avant de commencer l'enquête, nous adressâmes au général Mac Clellan, devenu commandant en chef de l'armée par la retraite du général Scott, la communication suivante :
« Washington, D. C, 21 décembre 1861.
« Monsieur, vous êtes informé qu'un comité mixte a été nommé par le sénaf et la chambre des représentants pour s'enquérir de la « conduite de la guerre ». Notre comité, dans une réunion tenue ce matin, a exprimé unanimement le désir d'avoir, avant de procéder à ses devoirs officiels, une entrevue avec vous à notre salle du Capitole, et à l'heure qui pourrait vous convenir en vue de vos pressantes affaires. Notre lieu de réunion est la salle du comité des territoires du sénat.
« Je demeure votre très-respectueux.
« (Signé) B. F. Wade, président.
« Au major général Mac Clellan, commandant en chef de l'armée des États-Unis. »
Quoique appréciant pleinement la dignité et le pouvoir dont il était revêtu par la confiance des deux chambres, votre comité ne pensait pas déroger de sa position en demandant au général Mac Clellan de pouvoir conférer avec lui sur la meilleure méthode à suivre pour répondre à l'attente que le peuple est en droit d'avoir d'une administration à laquelle il a confié, par l'intermédiaire de ses représentants, des pouvoirs aussi étendus. Le journal de votre comité montrera qu'une indisposition empêcha le général Mac Clellan de se rendre immédiatement à notre invitation.
Observation. — Le général Mac Clellan fut en effet indisposé pendant plusieurs jours, et, comme on avait laissé l'heure de la réunion à son libre choix, il put bien penser que rien ne pressait jusqu'à son rétablissement. D'ailleurs, on pouvait déduire de la haute intelligence de MM. les membres du comité que, dans les circonstances critiques du moment, ils n'envisageraient pas leur tâche comme devant primer toutes autres affaires. Le fait est que lorsque, un peu plus tard, le général fut remis et qu'il se rendit à la séance, le temps s'y passa, dit-on, en causeries qui durent sans doute offrir beaucoup d'attrait à MM. les membres du comité et piquer leur curiosité, mais pendant lesquelles la besogne courante restait en souffrance au quartier même du général en chef. (f. l.)
Les circonstances, toutefois, étaient si urgentes que le comité dut passer outre et procéder aux enquêtes.